Le cœur de Marie au premier millénaire


Les Pères de l’Église et les écrivains ecclésiastiques du premier millénaire
Si, dans un sens, la dévotion au Cœur Immaculé de Marie peut être considérée comme relativement récente, elle trouve néanmoins ses racines profondes dans la Moyen Âge et chez les Pères de l’Église, notamment les Latins. Le platonisme a conduit certains Pères, tels qu’Origène et son disciple Grégoire de Nyse, à identifier le cœur avec l’intelligence. Les Pères latins s’inscrivent principalement dans cette perspective. Mais Augustin, aux côtés de l’interprétation biblique du terme « cœur » comme pensée, y place la totalité de l’homme, ou plus précisément, l’intimité la plus profonde, le centre originel et fondamental de l’être humain.
Les Pères, grecs et latins, ont repris et développé en profonde réflexion surtout les textes lucaniens mentionnés ci-dessus. Parmi les Pères grecs, nous rappelons un texte attribué à Grégoire qui affirme que Marie
(Homélie 2, PG 10,1169-1170).
«gardait toutes ces paroles, méditant sur elles dans son cœur. Comme si elle était le vase et le réceptacle de tous les mystères».
(Planctus s. Mariae, PG 114.216).
On peut également citer Siméon Métaphraste qui, à la fin du premier millénaire, témoigne d’une longue tradition orientale qui voit dans le cœur de Marie l’endroit où la passion de Jésus se reproduit d’une certaine manière : Pendant que son côté était déchiré, mon cœur fut également percé !…
(De virginibus 2,7, PL 16,220).
Parmi les Pères latins, Ambroise invite fréquemment à imiter le Cœur de Marie : Elle était vierge et humble de cœur et ce que Marie a fait, faites-le dans votre cœur.
Augustin, commentant
Lc 8,19-21
«et voici que sa mère et ses frères sont venus, et ne pouvaient s’approcher de lui à cause de la foule. Et on lui dit : Voici ta mère et tes frères qui veulent te voir. Il répondit : Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’accomplissent»,
affirme que
«si Marie fut bienheureuse d’avoir conçu le corps du Christ, elle l’est encore plus d’avoir accepté la foi en Christ».
Plus loin, se référant à
Lc 11,27-28 :
«pendant que Jésus disait ces choses, une femme de la foule s’écria : Heureuse la femme qui t’a mis au monde et qui t’a allaité. Il répondit : Avant, heureuses celles qui écoutent la parole de Dieu et y obéissent»,
il ajoute :
Le thème augustinien de la conception de Christ par le cœur et par la foi (corde, fide), est repris et illustré par des auteurs médiévaux, parmi lesquels se distinguent : Rupert de Deutz (1075-1129), Hugo de Saint-Victor (1096-1141), Saint Bonaventure (1217-1247). Ce dernier affirme :> Commentaire sur l’Évangile de Saint Luc 1,67.> « Depuis ce temps [Marie] concevra dans son cœur la parole de la foi, et dans son sein elle enfantera le Fils de Dieu » (citation).> Sur les bienfaits accordés à Marie (Mt 5,3-12 ; Lc 6,20-26)Lorsque nous proclamons Marie comme bienheureuse, il faut comprendre que la vie terrestre est une ascension vers la béatitude du Royaume des Cieux. Tous les hommes aspirent au bonheur et Dieu promet la joie éternelle à chacun. La béatitude annoncée par Jésus dans le Sermon sur la Montagne a particulièrement concerné les pauvres, les affligés et les persécutés.> Mt 11,29Aux premiers communautés chrétiennes, la béatitude s’est présentée comme un signe de reconnaissance du Messie, venu inaugurer une ère de joie pour les fidèles et manifester dans son cœur humain la tendresse du cœur de Dieu. Voici ce qu’a écrit Origène : « Jésus, toutes les bien-aventurances qu’il a annoncées dans l’Évangile, il les confirme par son exemple ; son enseignement atteste cela par son témoignage. Il dit : Bienheureux les doux… Apprenez de moi, car je suis doux ».> Ef 2,14-16Bienheureuses les pacifiques : qui est aussi paisible que mon Seigneur Jésus, notre paix, celui qui a fait cesser la haine et l’a détruite en sa chair ?> Commentaire sur Luc 38Bienheureux ceux qui subissent la persécution pour la justice. Personne n’a subi une telle persécution pour la justice comme le Seigneur Jésus.La véritable alliance est scellée avec Jésus dans le cœur des fidèles :> Salut, source de flux immortels, > Salut, bougie de lumière toujours allumée, > Salut, racine incorruptible de plaisir indescriptible, > Salut, porte inépuisable de lumière qui ne cesse jamais, > Salut, terre qui nourrit les cœurs des fidèles, > Salut, même si nous sombrons parmi les multitudes d’ennemis, > Salut, tu rends le monde heureux par ton avènement, > Salut, tu exalte le firmament par ton sommeil, > Salut, tu illumines la foule des fidèles, > Salut, tu disperses les multitudes d’ennemis, > Salut, pour toi, la terre s’est transformée en ciel, > Salut, pour toi, la nature a été sauvée. > Ave, Vierge et Épouse.Pour approfondir votre dévotion au Cœur de Marie dans la tradition de l’Église, consultez l’Exhortation apostolique *Marialis Cultus* de Paul VI.(De sancta virginitate 3, PL 40.398).
«la maternité divine n’aurait pas de valeur pour Marie si elle n’avait pas porté Christ dans son cœur lorsqu’elle le généra dans la chair» [materna propinquitas nihil Mariae profuisset, nisi felicius Christum corde quam carne gestasset].
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