Marie au service des baptisés et de la vie

Maria ao serviço dos batizados e da vida

Introduction

L’une des préoccupations les plus fortes de notre époque réside dans la prise de conscience de la manière dont l’équilibre des facteurs qui, dans leur interdépendance, garantissent au monde sa survie, est sérieusement compromis. De multiples causes de désagrégation existent, et l’homme n’est pas totalement étranger à celles-ci. Cependant, tous ces facteurs s’inscrivent dans un cadre plus large, représenté par la valeur de la vie, un don précieux offert par Dieu et réalisé dans toute sa valeur cosmique et temporelle par l’action salvifique opérée par le Christ. C’est Lui qui a rendu à l’homme la dignité perdue à cause du péché. Or, ce facteur désagrégeant du péché est pris en compte par la prière de l’Église qui célèbre l’Eucharistie, c’est-à-dire qu’elle s’immerge quotidiennement dans un temps propice pour grandir et mûrir dans la foi et porter le message de la vie aux lointains, et avant tout, la réaliser.

Par l’Eucharistie, le sens de la vie est réaffirmé avec force dans la victoire du Christ sur le péché et sur la mort. Le fait qu’Il soit le même « hier, aujourd’hui et pour toujours » (Heb 13,8) est professé dans l’acclamation après le récit de l’Institution : « Nous acclamons ta mort, Seigneur, nous proclamons ta résurrection, dans l’attente de ta venue ». Ainsi : la communauté fidèle (et qui professe sa foi) contemple les mystères salutaires, les *mirabilia Dei*, événements et personnes, dont Marie a une place tout à fait spéciale.

Il convient de noter que la relation entre Marie et la création, et le service que la Mère de Dieu accomplit en faveur de la vie et du cosmos, est très articulée, au point de considérer divers aspects. Mais ils peuvent être identifiés par une réflexion sur le texte de la prière de la Collecte de la Sainte Messe « Marie Vierge, siège de la Sagesse ». Nous reproduisons le texte :

Maria ao serviço dos batizados e da vida, humildade e papel de Maria na vida cristã

Père de lumière, qui, pour relever en Christ l’humanité décadente, avez élu la Vierge Marie comme siège de la Sagesse, donnez-nous, par son aide maternelle, une conscience profonde de nos limites, pour ne pas nous laisser entraîner par l’orgueil et vous servir avec l’humilité qui vous plaît. Par notre Seigneur Jésus-Christ…

Dans ce texte euchologique, nous trouvons au moins quatre lignes d’observation qui, réunies, révèlent la cohérence réelle du rôle que Marie joue par rapport à la vie et au cosmos. Nous diviserons donc cette contribution en cinq parties, chacune intitulée un aspect de cette prière. Dans la partie conclusive, nous tenterons un bilan global de l’importance que la Vierge Sainte conserve dans son être, la première et plus grande promotrice de vie.

Humanité décadente

Nous pouvons partir d’un fait très réel : dans notre monde, la vie est menacée. Les manifestations sont multiples, la cause unique. Des manifestations telles que la violence, la faim, la misère, la peur ont privé l’humanité de sa caractéristique fondamentale : la dignité. La cause unique qui agit de manière transversale, traversant des lieux et des époques diverses, est le péché. Il n’est pas nécessaire de consulter des ouvrages de théologie ou de sociologie pour comprendre comment et à quel point le péché opère en termes de désordre : nous le constatons parce que nous vivons en contact avec lui.

Origine et chute

Le premier élément à considérer est donc l’humanité déchu, mais pourquoi ? Les premières pages du livre de la Genèse nous montrent un Dieu en action, un Dieu qui apporte de l’ordre au chaos. De cette action émerge quelque chose de nouveau : le cosmos avec un caractère fondamental, la bonté (Gn 1,25). Bonté qui est un don qu’Il accorde : l’environnement lui-même, complet de tout être vivant, régulé par les cycles cosmiques et les phénomènes naturels, est prêt à accueillir l’homme, cette créature faite à son image et à sa ressemblance (Gn 1,26). Ici, la bonté s’intensifie (Gn 1,31) : contemplant avec joie la créature qu’Il a produite, Dieu s’en réjouit, Il l’aime. Dans son cœur, Il l’a déjà destinée à une grande gloire, car dès maintenant Il l’a choisie comme sa collaboratrice. L’homme est désormais proclamé « seigneur » de la création, engagé à vivre dans une double harmonie : avec Dieu et avec le cosmos. Déjà dans le premier récit de la création en Gn 1, on perçoit cette harmonie, et elle se manifeste explicitement au verset 28 (« Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la » ) en deux moments : la reproduction, c’est-à-dire perpétuer la vie, par lequel Dieu souhaite offrir un avenir. Deuxièmement, soumettre la terre non seulement en s’en servant pour les besoins primaires, s’éloignant d’un but ou de fins de destruction, mais aussi « au fait que l’homme, et par lui toute la création, élèvent un cantique de louange à Dieu, parce que sa bonté et sa miséricorde sont immenses ». Tout est véritablement un paradis, le terrestre : le jardin, lieu de délices dont le sommet est précisément l’harmonie, l’amour pur et sans ombres entre Dieu et l’homme (cf. Gn 2,28). Il est nu, il ne ressent pas la honte (Gn 2,25) : il n’a rien à cacher, ni les parties extérieures, ni le cœur et l’esprit. Mais quelque chose dans l’horizon menace et gâche les choses : « Connaissant le bien et le mal, vous serez comme Dieu » (cf. Gn 3,5). Cela suffit à déformer les relations : plus d’harmonie, mais la prétention. Plus de pureté, mais la peur et la fausseté. L’image même de Dieu proposée par la serpent n’est pas la vraie et réelle : il s’agit d’un Dieu peint selon les termes de l’égoïsme, alors que dans la réalité, nous savons qu’Il est le Dieu qui a créé le monde et l’homme et qu’Il s’en réjouit, et aussi que son pouvoir, sa domination, sont sous le signe de l’amour. Mais, instigué par le Malignant, l’homme va dans la direction opposée, commet le péché, le considérant comme le moyen juste pour atteindre le bien. Voici le cœur de la proposition du Malignant, qui a des répercussions non seulement sur l’homme, mais sur les relations qu’il entretient avec tout le cosmos.

Les effets du péché

En laissant de côté, pour l’instant, la page scripturistique et en ouvrant celle du monde, on remarque facilement que, de nombreuses façons, en ce qui concerne le monde dans lequel nous vivons, des expressions telles que «Tout va mal» ou «On a atteint le fond» ne sont pas rares. Tout cela témoigne d’une impatience et d’un désintérêt envers un monde et un environnement que l’homme, affaibli par le péché qui l’a transformé de maître en tyran, a souvent rendu inhabitable. Il est clair qu’il ne s’agit pas seulement de l’environnement, mais d’un ensemble de comportements qui nuisent à la vie de l’homme, le considérant non plus comme un objectif ou une fin à servir ou à poursuivre avec les conquêtes du progrès scientifique et technique, mais plutôt comme un terrain d’expérimentation. Dans la continuité de son enseignement fortement anthropologique, Jean-Paul II, dans son Evangelium Vitae de 1995, met en lumière, de manière plus explicite, les racines de l’effondrement moral dont l’humanité est à la fois victime et complice. L’aspect le plus grave est que, par exemple, la politique et la médecine ont abandonné leurs fonctions de protection et de défense de la vie humaine, empruntant des chemins menant à la mort. Une déformation des arts nobles. Jean-Paul II écrit :

Le fait que les législations de nombreux pays, s’éloignant peut-être de leurs propres principes fondamentaux, tentent de ne pas punir ou même de reconnaître la pleine légitimité de ces pratiques contre la vie, est à la fois un symptôme inquiétant et une cause non marginale d’un grave effondrement moral : des choix autrefois unanimement considérés comme criminels et rejetés par le sens moral commun deviennent progressivement socialement respectables. La médecine elle-même, qui, par sa vocation, est ordonnée à la défense et à la préservation de la vie humaine, dans certains de ses secteurs, s’adonne de plus en plus largement à la réalisation de ces actes contre la personne et, de ce fait, déforme son visage, se contredit elle-même et dévalorise la dignité de ceux qui l’exercent.

Tout près de nous se trouve le récent document de l’Académie Mariale Pontificale Internationale (PAMI), intitulé La Mère du Seigneur. Mémoire, présence, espérance, qui a identifié avec précision deux domaines où cette situation inquiétante du monde est plus visible. Un premier champ est celui écologique, où, entre autres effets, on note la désertification, les incendies et la pollution ; tandis que le second, social et éthique, touche directement à la réalité concrète, comme être soumis à la violence, à l’exploitation et à l’instrumentalisation à des fins anti-humaines. Une idée erronée de liberté, dépouillée et séparée de tout développement métaphysique et transcendant pour lequel la réalité est constitutionnellement orientée, est clairement sous-jacente.

Avant la rédaction de ce document, à la fin du 210e Chapitre Général tenu en 1995 à Mexico, l’Ordre des Serves de Marie a élaboré sa contribution à l’Église universelle, sous le titre éloquent *Serviteurs du Magnificat*. Une partie remarquable de ce texte a été consacrée à la vie, mais également aux multiples et inquiétants aspects qui, malheureusement, favorisent sa désagrégation. Tout cela est développé avec une perspective mariale évidente. La description présentée par *SdM* est également très attrayante par son style, riche en figures scripturaires, ainsi qu’en éléments sur lesquels la tradition fidèle, orante et vivante de l’Église réfléchit constamment. S’inspirant de (Ap 6), par exemple, on dépeint la lutte entre le cheval blanc et les trois autres (rouge, noir et verdâtre), auxquels sont associés quatre types de maux qui affligent l’humanité : la faim, la guerre, l’injustice criminelle et la dévastation écologique. Chacune de ces manifestations cause une lésion : la faim provoque les plus grands ravages, suivie de la dévastation écologique, heureusement définie comme le « *résultat d’un anthropocentrisme absolu* », qui a mis en lumière avec une urgence extrême le problème écologique, permettant de considérer attentivement la bonté de la création.Un trait commun aux deux documents est de noter que le déclin du cosmos et le déclin de l’humanité s’évoquent mutuellement et peuvent être résolus par la précision des limites au sein desquelles l’homme doit exercer son dominion sur la terre. C’est précisément le problème écologique qui est vivement débattu par certaines courants et représentants de la théologie contemporaine. Dans l’ensemble de leurs positions, ils sont unanimes à réduire et à redimensionner les prétentions de dominion de l’homme sur le cosmos, montrant comment la vie y est présente, non seulement chez l’homme, mais aussi dans le cosmos lui-même.Sur la base de ce qui précède, le péché, sous toutes ses formes, apparaît toujours comme une réalité obscure qui blesse avant tout celui qui en est l’auteur. Mais prendre conscience de lui et de la limitation qui en découle est une première étape vers le changement (cf. 1Jo 1,8-9). Il s’agit de la « *penitence intérieure* » dont parle le *Catéchisme de l’Église Catholique* et qui est le fruit d’une longue tradition théologique et spirituelle. L’homme est ici facilité dans deux directions : par les effets que le péché entraîne dans le domaine des relations interpersonnelles, et par la seconde, représentée par la singularité de la Sainte Vierge Marie, qui fait partie intégrante de cette humanité qui prend conscience de sa propre situation. Examinons attentivement ces éléments.

La récupération des éléments menacés

Concernant le premier point, une distinction théologique est déjà établie entre les concepts de péché originel constitutif et péché originel résultant, appliquée à la désobéissance de nos premiers parents. Beaucoup a été écrit dans des manuels et des monographies sur cet aspect. Le fait est que, depuis la désobéissance initiale et par le biais de celle-ci, la séparation au sein de l’humanité elle-même et de celle-ci avec le cosmos entier s’est approfondie, en utilisant une expression familière et parlée, « comme une tache d’huile ». Les tentatives de justification des parents dans Gn 3,11-13 ne servent à rien ; au contraire, elles nous montrent le début d’une histoire qui, si au début, après la création, était idyllique et parfaitement communautaire, est désormais imprégnée de péché et révèle ces fractures qui sont le produit de l’individualisme. Les événements successifs jusqu’à la Tour de Babel le confirment. Les destructions (le déluge) et les dispersions (Babel) que nous trouvons dans Gn 4-11 se révèlent désormais comme des instruments par lesquels Dieu retient l’homme dans ses actions inspirées par l’idolâtrie. « Vous serez comme Dieu » continue d’exercer son pouvoir d’illusion et de cécité. Non seulement l’homme doit être au centre du monde, mais il peut l’être s’il reprend conscience d’être le lieutenant de Dieu, gardien de cette création qu’Il lui a confiée. Supprimant cette communion, l’homme manifeste toute sa faiblesse et toute sa finitude dissimulées, ou de toute façon cachées, par une prétendue affirmation de liberté qui, en réalité, est une esclavage à la pire partie de lui-même. Revenons à la maxime biblique : seule la nouvelle initiative de Dieu en appelant Abraham parvient à inverser et à libérer, même de manière incomplète, l’humanité de l’immobilisme de l’idolâtrie. À Abraham est confiée une mission communautaire : l’homme vieux se soumet à Dieu qui le visite et lui promet une descendance, malgré l’âge avancé qui l’empêcherait de procréer. Isaac, fils d’Abraham, que la tradition chrétienne ultérieure a considéré comme une anticipation de Christ, représente une nouveauté non seulement par sa naissance, mais aussi par sa fonction de père d’un nouveau peuple. Pourquoi tout cela ? Sans doute, une anticipation de la salut qui sera réalisée dans le Nouveau Testament avec Christ, mais elle ne surgit pas de manière spontanée. La préparation de l’Ancien Testament naît d’une volonté surnaturelle précise du Créateur et Rédempteur Dieu. Cependant, il convient de noter que « le monde porte indéniablement les marques du péché, mais il porte également profondément gravé le désir de salut, son sceau d’origine, sceau du Créateur ». Un Dieu, donc, qui produit un bien supérieur au péché et dont Saint Paul est l’archet en soulignant que « là où abondait le péché, la grâce a superabondé » (Rm 5,20). Saint Augustin, des siècles plus tard, reviendra à l’argument dans son *De Civitate Dei*, parlant d’un bien original supérieur au mal, par lequel l’homme n’est pas impossible à prier en disant « pardonnez-nous nos dettes ». Cela rend l’homme conscient de ses limites, sans le jeter dans le désespoir, mais en le conduisant plutôt à se découvrir partie intégrante d’un cosmos et d’une vie marqués par la faveur de Dieu : un cosmos d’où il est possible de monter jusqu’à l’Auteur, car Il est l’endroit où Dieu a laissé sa marque. Appartenant à cette humanité, et parfaitement intégrée à elle, est Marie, la Mère du Seigneur.

La Vierge Marie

Actuellement, avant d’entreprendre une parole religieuse explicitement chrétienne et en lisant l’Évangile simplement comme une narration, nous percevons comment Marie, attentive à la Parole, prend continuellement conscience d’elle-même et de sa relation avec Dieu et avec la vie. Et si pour les chrétiens Elle est la créature destinée à une mission particulière, pour les non-croyants ou pour ceux qui ne se tournent pas immédiatement vers une parole de foi, Marie apparaît plus simplement comme une personne en quête, qui s’interroge. Elle est également une pèlerine dans la foi. Face à Dieu, Elle se pose également la question sur le sens de la Révélation et de la vie (cf. Lc 1,29). Si dans *SdM* n. 63, Marie apparaît comme « un fragment singulier en lequel, après Christ, tout est recapitulé et en lequel tout est dit », cela a une valeur non seulement dans le domaine de l’être, mais aussi dans l’action. Un parallélisme, donc, avec ce qui s’est passé au commencement du monde. Il s’agit de cette médiation qui, du seul Christ (cf. 1Tm 2,5-6), s’étend à tous les êtres et qui nous permet de lire en Marie notre tâche de gardiens de l’univers, porteurs de la nouveauté de Christ et de son message de rédemption. À l’exemple de Marie, porteuse « de Celui qui fait toutes choses nouvelles » (cf. Ap 21,5) et consciente d’elle-même, il est possible d’entreprendre un itinéraire de réflexion sur ce qui sont non seulement nos limites, mais aussi les germes de lumière que le Seigneur a déposés dans notre obscurité. D’un côté, donc, nous avons les conséquences néfastes du péché, tandis que, de l’autre, la créature, créée peu inférieure aux anges, ornée de gloire et de beauté (cf. Ps 8,6), est appelée à témoigner activement et concrètement de la grandeur de Dieu par l’emploi de talents et de charismes. Les paroles du document de la PAMI résonnent alors avec pertinence, pour lequel « au paradigme individualiste de l’époque moderne se substitue un nouveau modèle, dont les composantes sont la relationnalité et la solidarité, la synergie et la complémentarité : composantes qui reflètent l’ordre de la nature et sont en parfaite harmonie avec l’enseignement évangélique ». À partir de cette base, le nouveau sens de l’activité humaine dans le monde prend force et toutes les sciences, chacune dans son domaine, peuvent offrir leur service qui opère dans le cosmos et dans l’histoire. Si les composantes citées par le document de la PAMI sont mises en pratique, il est possible de réduire l’incidence du péché, en tenant compte, entre autres choses, qu’elles, provenant de la bonté de Dieu, renforcent notre communion avec Lui et notre supériorité au sein de la création. Cela a des développements précis dans le discours marien à deux niveaux : tout d’abord, dans la considération de Marie comme créature en communion et comme celle qui montre en plénitude la réponse de sens que la Révélation offre à l’être humain et, simultanément, le besoin que la mariologie s’ouvre de plus en plus au dialogue avec les autres sections de la théologie.Une supériorité, poursuivant dans cette ligne mariale comprise comme un service, profondément ancrée dans la maxime évangélique exprimée par le *Magnificat*, où Marie, après avoir accolté la Parole par un acte de foi libre et ecclésiale (d’une ecclésialité qui englobait et parachevait le donné de l’Ancien Testament), mais surtout déterminée par son Objet, unit et met en évidence la réciprocité entre les deux dimensions de la humilité et de l’exaltation. En lisant attentivement (Lc 1,48), on perçoit aisément que l’exaltation passe par l’humilité de la servante et, à son tour, cette humilité reçoit son couronnement dans l’exaltation, qui est la cause de joie exprimée dans les versets précédents. Tout cela nous montre que, au cœur du mystère de Dieu, «*insignifiance et incapacité ne signifient pas improductivité ou inutilité (cf. Ps 30,8 [LXX]. Gn 29,32)*». Ce sont les «*octaves*» offertes par le mystère de Dieu au ton pour se faire comprendre et aimer, car, par l’humilité et en se proclamant humble (cf. Mt 11,29), Jésus-Christ se présente comme plénitude de la Révélation de Dieu. La consécration-conformité baptismale du fidèle à Christ et sa seconde naissance ne peuvent se faire sans la Vierge Sainte, telle qu’elle est présentée par les Évangiles : la créature dont l’humilité a été exaltée par le Très-Haut. En effet, le baptême porte des traits mariaux à valoriser. Là, tant la tradition orientale que occidentale sont explicites à les signaler. Cyrille d’Alexandrie, par exemple, observe que, par la Vierge Sainte, les fidèles s’unissent à la grâce du baptême. En Occident, c’est surtout Léon le Grand qui souligne la relation d’exemplarité entre Christ, qui naît de la Vierge Marie, et les chrétiens, qui naissent de l’Église Vierge.

Ne pas être emporté par l’orgueil

La fragilité du tombeau est d’autant plus tangible et évidente que les forces qui s’exercent sur elle sont plus insistantes. Ce qui détermine la chute du tombeau réside précisément dans la considération de ces forces négatives, ces sollicitations, comme des facteurs de réalisation, et par conséquent, s’y adapter. C’est ainsi que naît l’orgueil, qui, comme le rappelle G. Marcel, en exagérant la préoccupation envers soi-même, nous prive de cette ouverture qui me permet de saisir ce qui est autre que moi. Une question fondamentale se pose ainsi au tombeau et au chrétien.

Christianisme : origine de la catastrophe écologique ?

Faisons un pas en arrière et commençons cette nouvelle section par une réflexion à partir de ce que l’on lit et entend : le Christianisme est souvent accusé d’être, en partie, responsable de la catastrophe écologique qui se dévoile devant nos yeux, et cela découle d’une lecture et d’une interprétation erronées et superficielles de (Gn 1,28). Comment répondre aujourd’hui à de telles accusations ? Nous pourrions affirmer immédiatement que si l’on parle de catastrophe, elle doit être attribuée à la pensée scientiste et matérialiste qui a contribué à la séparation entre le cosmos et Dieu. Le fait que le tombeau reçoive les choses de Dieu, les contemple et les rende comme si, dans le présent, elles sortaient de ses mains, nous ramène à l’engagement fondamental que le tombeau a reçu de Dieu : participer et collaborer efficacement à son œuvre. Que devons-nous alors dire, en corrigeant l’expression initiale, si ce n’est : ce n’est pas le Christianisme qui a favorisé l’exploitation indifférenciée du cosmos, avec tous les déséquilibres tragiques qui en ont découlé, mais une mauvaise compréhension de la religiosité comme phénomène qui lie le tombeau au Divin et à l’Absolu. Cette déformation a eu divers effets : le sécularisme, l’efficacisme, le technicisme, qui ont dégradé le tombeau et le cosmos, obscurcissant grandement cette capacité de voir en soi l’empreinte du Divin.

Un nouvel autel contemplatif sur la création

Mais encore parvenus à ce point, quelle mystique est nécessaire pour contempler l’univers ? Il est sans doute possible de suivre un style rappelant les canons orientaux, en s’inspirant de certaines instances, pistes et suggestions, à condition toutefois de ne pas dévier vers un syncrétisme, subtil ou évident, en intégrant des thèmes qui ne relèvent pas de notre foi. Une première voie possible, mais à laquelle il faut prêter attention, est précisément celle-ci. À ses côtés se trouve celle représentée par la Sacre Écriture, qui devient un miroir à travers lequel la création se présente à nous et devant lequel il est possible de méditer. Dans la Sacre Écriture, notamment dans l’Ancien Testament, nous trouvons un nombre considérable de réinterprétations des événements de la création, et dans la plupart des cas, il s’agit de textes de fond et de dimension sapientiale. Parmi ces textes, le classique est (Pr 8,22-31), qui conduit non seulement à la célébration du Dieu Créateur, mais réaffirme une analogie avec le tome. Nous reproduisons le texte en respectant la division des versets :Ainsi parle la Sagesse de Dieu : Le Seigneur m’a créée au commencement de ses œuvres, avant toute chose, dès le commencement. Je fus constituée depuis l’éternité, depuis les origines de la terre. Avant les abîmes, j’ai été créée, avant les sources d’eau chargées. Avant que les montagnes soient fondées, avant les collines, j’ai vu le jour. Avant la terre et les champs, avant les premiers produits de la terre, j’étais là, lorsque les cieux étaient formés. Lorsque l’arc-en-ciel était tracé sur l’abîme, lorsque les nuages étaient rassemblés en haut, lorsque les sources de l’abîme étaient fixées, lorsque les limites du mer étaient établies pour que les eaux ne dépassent pas leur limite, lorsque les fondements de la terre étaient posés, alors j’étais avec lui, architecte, et j’étais sa joie chaque jour, m’enchantant devant lui en permanence. M’enchantant sur la face de la terre, plaçant mes délices parmi les fils de l’homme.La Sagesse est ici présentée heureusement avec des traits anthropomorphiques humains, ce qui aide à réfléchir sur la manière dont le Tome peut contempler le monde et agir en lui dans un esprit de communion, avec une conscience humble et discrète de ses limites, et en même temps, conscient d’être placé au cœur du mystère d’amour qui l’a créé. C’est déjà un point de départ fertile pour un nouvel horizon qui peut s’ouvrir pour le Tome. En adoptant cette perspective religieuse, comprise comme une situation de lien avec le divin, et en regardant le monde avec les déséquilibres souvent par lui provoqués ou déclenchés, le Tome est pris dans un état d’anxiété qui l’amène à se demander s’il existe réellement une voie de sortie.Humilité agréable au SeigneurIl est très important de clarifier bien le concept d’humilité, qui est commun à la fois dans la théologie et dans la philosophie.Qu’est-ce que l’humilité ?Si l’on considère que la timidité dérive de *tumus* (terre), on comprend qu’elle n’est rien d’autre qu’une référence au lieu maternel des origines, d’où est tiré le *tomé* : l’ancien Adam et le nouveau Adam, c’est-à-dire le *tomé* Jésus-Christ. Dans les deux cas, il s’agit d’une terre vierge. La timidité est donc liée à la virginité, qui est la véritable forme de sainteté, comprise comme une séparation de tout ce qui, d’une manière ou d’une autre, peut corrompre et obscurcir. Séparation, cependant, ne signifie pas aliénation. La Lettre aux Hébreux, parlant de Christ qui entre dans le monde en accomplissant le nouveau sacrifice, souligne avec des paroles éloquentes l’importance de la corporalité (cf. Heb 10, 5-10). Cela signifie que, au lieu de l’aliénation, qui pour la pensée athée est le signe du *tomé* qui croit en Dieu et lui confie son espoir, devenant ainsi dépouillé et appauvri, la sainteté-séparation indique rencontre et participation, au point de décréter le triomphe de la vie. Dieu se déplace vers le *tomé*, assumant son existence terrestre et la cohérence de son être, afin que le *tomé* soit élevé. La timidité, donc, dans son rapport à la terre comme lieu des origines, devient une condition indispensable pour explorer les relations entre Dieu et le *tomé*, au sein desquelles la Sainte Vierge occupe un rôle fondamental. Il s’agit, en ce qui concerne la Mère de Dieu, d’une obscurité qui, bien qu’en sa pureté et en l’absence de péché, n’élimine pas sa relation avec notre obscurité, pécheresse et continuellement assaillie par le *Mysterium iniquitatis*, mais plutôt se qualifie dans son être *Mater misericordiæ* et *Refugium peccatorum*. Deux titres qui appartiennent à la *lex orandi* de l’Église et qui expriment une *lex credendi* orientée vers une vie chrétienne plus ferme et robuste, faite de miséricorde et d’œuvres non seulement bonnes, mais aptes à la réconciliation. Action maternelle de miséricorde, celle mise en œuvre par Marie, et avant cela, de constante unité entre elle et l’humanité. Dans l’une de ses plus belles homélies, Germain de Constantinople, parlant de la Dormition de la Sainte Vierge, souligne précisément qu’elle n’a pas abandonné le *tomé* de la part de la Mère de Dieu, mais qu’elle continue de veiller sur toute l’humanité. Présence de miséricorde, présence qui, dans la perspective de Christ, favorise la réconciliation entre le ciel et la terre, mais tout cela parce que Marie est modèle de perfection. Dans ce sens, le salut et la considération attentive du titre litanique *Virgo inviolata*, qui apparaît dans *SdM* au n. 108, se révèlent plus que justifiés et plausibles. En reliant Marie à la création, cela ne nous empêche pas de voir cette absence de violence comme un retour et un salut effectif de l’état originel de la terre. La timidité, donc, n’est pas un masque, mais la naturalité avec laquelle se manifeste ce qu’on est réellement, sans altérations, et comme si on était créé initialement par Dieu pour une relation intègre avec la création.Ap 12 : une proposition toujours actuelle

La Vierge Inviolée n’est pas seulement un appel à rejeter la violence ou la pensée violente d’exploitation, mais un retour au centre, comme une mémoire opérationnelle, de la situation harmonieuse des origines, non pour regretter une imaginée « âge d’or », mais pour agir en faveur d’un environnement plus conforme à la dignité de l’homme, fait à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il est tout à fait opportun de considérer le texte biblique de (Ap 12). La femme vêtue de soleil, image, selon l’expression heureuse d’H. Urs von Balthasar, d’une « Église tout mariale », inondée par la lumière de Dieu, s’oppose au dragon rouge, capable de ne produire que désordre et mal (cf. Ap 12,4). Et également la double fuite de la femme, qui se voit menacée, prend un nouveau sens : ce n’est pas une évasion des propres responsabilités, mais elle veut être, pour l’Église, un avertissement de ne pas abandonner sa propre situation de lutte continue pour la vie. Une lutte qui peut être menée non avec la violence, en répliquant le mal par le mal, mais avec une union constante à Dieu. L’un des sens les plus profonds de (Ap 12) voit l’humanité entière représentée par la femme, dont l’ancien Israël et l’Église des temps nouveaux font partie intégrante et supérieure dans leur engagement de témoignage, qui se trouve dans une situation difficile face aux menaces du dragon, et ensuite, accompli un destin de gloire capable d’inspirer l’espoir dans les diverses traversées. L’homme est libre de choisir : suivre le dragon apocalyptique, qui continue encore aujourd’hui à perturber les équilibres avec le complexe des diverses idéologies, systèmes et codes de destruction sur un vaste rayon, ou regarder la Vierge Inviolée, c’est-à-dire prendre conscience de la gloire à laquelle Dieu a appelé le monde. Ce n’est pas un destin de destruction ou d’anonymat, mais la récupération de la valeur de la vie, car seul à travers elle est possible de discerner la grandeur et le pouvoir de Dieu, un pouvoir dont l’homme peut participer et se faire instrument, et cela se produit entièrement dans le mystère pascal, auquel le texte de (Ap 12) fait fortement allusion. L’emploi du chrétien dans le monde est essentiellement un emploi pour la vie, afin qu’elle triomphe. Au cœur de ce programme de vie se trouve la Mère du Seigneur, terre bouleversée et vierge, qui indique à l’homme, en Christ, la lumière pour sortir des chemins sans retour et la force de ne pas céder aux attraits et aux modes d’une publicité et d’une violence aussi impudentes que déraisonnables. En parallèle à Christ, Alpha et Oméga de la création, et façonnée par l’Esprit, Marie se présente comme terre vierge des origines, où la vie abonde sereinement (cf. Gn 1,24) et, en même temps, représente la réalité finale qui témoigne concrètement de la victoire de la vie sur la mort et sur les multiples manifestations du mal qui font la guerre à la vie et à l’homme (cf. Ap 12,17).

Beauté et sagesse de Marie, paramètres pour s’en inspirerDans un discours de 1992, Jean-Paul II observait que, en Christ devenu parfait, « le projet anthropologique de Dieu a atteint sa perfection absolue. Or, à la racine du Christ, sa conception dans le sein de Marie, et sa naissance pour la vie définitive, du sépulcre inviolé, se trouve un « élément virginal » d’une portée considérable en ce qui concerne son être, sa valeur exemplaire pour tous ses disciples ». C’est pourquoi, quiconque contemple Marie comme « miroir placé devant la création qui aspire au respect de son intégrité » ne peut rester indifférent à l’appel à la paix qui monte de la terre par les voix de la nature. Significatives à cet égard, sont les paroles avec lesquelles *SdM* conclut son traitement des relations entre Marie et le cosmos : « Marie de Nazareth n’a pas connu la corruption. Degradação et pollution lui étaient étrangères ». *Tota pulchra es, Maria*. Cette phrase ne se limite pas à un simple, bien que suggestif, titre liturgique, mais exprime la profondeur d’une condition réelle. Si, comme le remarque Jean Damascène dans son *Homélie sur la Transfiguration du Seigneur*, l’être humain est par constitution un microcosme, à tel point qu’il porte en lui le lien de toute essence visible et invisible, la présence de Marie, signe d’une humanité parfaite, invite à penser en termes d’origine, où la bonté des choses créées par Dieu, par la force de leur harmonie, s’unit à la beauté, et cela parce que toute création est orientée vers un *télos* qui la réalise et qui est Dieu lui-même. Poursuivant son discours, J. Damascène observe qu’il a plu au Seigneur, créateur et gouverneur de l’univers, que dans le Fils unique consubstantiel à Lui, l’unité de la divinité et de l’humanité soit réalisée, et par là, de toute la création, pour que Dieu soit tout en tous. C’est pourquoi, il est possible de poursuivre sur cette voie et d’avancer ses instances en élaborant une esthétique théologique qui ne se limite pas à parler de beauté, mais laisse la beauté parler à l’être humain contemporain.Il est nécessaire de noter que si cette unité de la création avec la divinité s’est réalisée par la personne du Fils éternel et consubstentiel, cela implique que la beauté de la création n’est pas réductible aux modes ou aux goûts éphémères, mais qu’elle est, au contraire, la langue par laquelle Dieu non seulement parle dans la création, mais la prend également en lui. En parlant cette langue, l’homme peut saisir et retrouver cette vérité, cette bonté, cette unité et cette beauté qu’il porte en lui, ayant été formé à l’image et à la ressemblance de Dieu, et qui, dans leur ensemble, le réalisent à la fois en tant qu’être fidèle et en tant que créature, qu’elle soit tomane ou mulçul. C’est ce qu’a souligné la PAM dans son document, en reprenant et approfondissant ce que Paul VI, déjà au milieu des années 70, mettait en avant précisément à propos de la beauté à travers l’image de la Femme apocalyptique. Si, comme le note encore le document *La Mère du Seigneur*, le chemin de la beauté est passé d’un « instrument pastoral » à une « catégorie d’instrument d’enquête théologique », la réflexion mariologique n’a pas constitué un obstacle ou un préjugé, mais a plutôt grandement favorisé cette démarche. « *Tota pulchra*, observe le document, est en contact le plus étroit avec Dieu, la propre source de la beauté, qu’elle reçoit en abondance, dont elle est pleinement modelée. Elle la diffuse, après Christ, sur le cosmos et la renvoie, transfigurée en louange et en action de grâce, à la Source d’où elle provient »*. Tout cela se trouve dans l’*Homélie sur la Dormition* de G. Palamas, lorsque le grand moine et évêque de Thessalonique place la Vierge en situation médiane entre les deux mondes, tomane et divin : « *Elle est seule la limite entre la création et l’incréé, et personne ne pourrait aller à Dieu s’il n’était pas éclairé de sa splendeur divine. Dieu est au milieu d’elle, il ne vacillera pas (Ps 45,6)* ». Il est certain que l’on peut y déceler une dimension eclesiale, mais ce qui importe, c’est la position, prioritaire par rapport à l’eclesial, que Marie occupe de *vertex creationis*, de sorte que Marie représente certainement le « *oui* » de Dieu au toman, mais un « *oui* » qu’il ne prononce pas extérieurement, mais prenant et nobilisant cette création dont Marie est la partie la plus éminente, au point de sanctionner son processus progressif de *theosis*.

Le rôle de Marie

Ici se pose une question fondamentale qui s’impose avec une certaine urgence : comment peut-on parler de la Sainte Vierge comme de l’Esclave du Seigneur, par Lui-même placée au service de la vie et du cosmos ? La réponse peut être tirée, une fois de plus, de la Sacre Écriture et, en particulier, en revenant sur le récit des noces de Caná (cf. Jn 2,1-12).

Retour à Caná

Commençons par dire que, dans cet épisode, nous avons au moins trois motifs d’intérêt : un ensemble d’éléments, de symboles et de signes entre eux connectés ; l’attitude de collaboration propre à Marie ; et, au centre, et plus importante, la souveraineté de Christ sur la création, souveraineté en perspective de renouvellement et d’accomplissement. Ces motifs ne sont pas séparés, mais vivent et trouvent leur sens en réciproque connexion. Quant à la symbolique sous-jacente au texte, elle a été bien mise en évidence par A. Serra à partir du sens du nombre 6, le nombre des jarres, qui « représentent les six époques du monde, durant lesquelles la Torah a été révélée. Comme chaque jarre réalise le nombre 6, c’est-à-dire la totalité, nous pourrions dire que chaque âge de la Loi mosaïque marche vers la plénitude représentée par Christ ». Par sa présence, en paroles et en œuvres, Christ complète ce qui a été révélé avant lui et l’oriente vers sa personne : en se présentant dans l’histoire, Christ représente sa totalité ultime. De là découle également le deuxième élément, constitué de la transformation de l’eau en vin : à la Torah, à l’Ancien Testament, se substitue la nouvelle Loi, celle de la nouvelle Alliance entre Dieu et l’humanité, conclue et accomplie par la personne de Christ, qui est celui qui renouvelle toutes choses (cf. Ap 21,5). À tout ce projet mis en œuvre par le Fils de Dieu, Marie collabore silencieusement, se contentant d’observer la pénurie de vin à cette fête, circonstance qui nuirait au succès de celle-ci. Il s’agit d’une attitude de discrétion suprême, ainsi que d’une participation joyeuse à un événement, comme les noces, qui célèbre la victoire de la vie. C’est précisément cette victoire que le Fils de Dieu, par son premier miracle, commence à sceller dans le monde et dans l’histoire. Si avec lui entre dans le temps la valeur la plus profonde et la plus élevée de la vie, Marie, en plus d’être la première à en bénéficier, est également la première à devenir sa promotrice. « La bienveillance de Marie doit justement à sa capacité de laisser entrer dans sa propre vie le mystère de Dieu et de le rendre opérationnel par sa collaboration ». Il ne devrait donc pas surprendre sa sollicitude, unie à une profonde discrétion, lorsqu’elle remarque qu’il n’y a plus de vin à la fête, et qu’elle renvoie à Christ pour recevoir de lui la nouveauté représentée par le fait qu’avec son vin, il, comme Dieu, se présente à nouveau comme Époux de toute l’humanité. La transformation de l’eau en vin contribue à rendre joyeuse l’atmosphère d’un monde que nous savons blessé par toute sorte de maux et de déséquilibres. Mais même avec ses difficultés, le monde reste toujours création de Dieu, nécessitant une transformation. Dans ce sens, il est possible de comprendre à nouveau cette histoire et la création, non pas comme des entités pures qui passent ou sur lesquelles il est possible de dominer, mais plutôt comme des lieux dans lesquels Dieu veut faire la fête avec nous et par nous. Et la fête par excellence est la Pâques, événement où la terre et la création sont à nouveau revêtues de la gloire de Dieu, dont Marie participe déjà, Vierge Annoncée et pleine de grâce (cf. Lc 1,28) et Vierge Assumée, vers laquelle les chrétiens et tous les êtres peuvent regarder comme vers la créature « dans laquelle se sont accomplies les merveilles de Dieu, les merveilles de la grâce » et sont invités à marcher vers la même destination.

Foi et témoignage

Avant tout, le thème de la foi : v. 11 nous rappelle la manifestation de Christ, à laquelle s’ajoute le fait que « les disciples crurent en lui ». Premier pas vers un service véritable, la foi : adhérer à la proposition d’un Dieu qui, gratuitement, se fait serviteur pour libérer les hommes de tout ce qui l’offense. Nous aussi, soutenus par la foi, nous nous trouvons, en tant que disciples de Christ, dans une situation analogue à celle de ceux qui ont assisté au miracle de Cana. À côté de la foi, et en découlant, un témoignage cohérent en vue d’une véritable promotion de la vie. Il est clair que la louange et la vénération de Sainte Marie ne peuvent rester séparées et isolées d’une conduite cohérente, toujours en connexion avec la circularité lex orandi, lex credendi, lex vivendi, dans laquelle s’accomplit une synergie d’éléments utiles à un service qui rende crédible la grandeur de celui qui est venu pour restaurer les anciennes ruines (cf. Is 61,1-2 et Lc 4,16-21). Tout cela est une vie récupérée avec une force plus grande que celle du dragon apocalyptique et, comme vie récupérée et valorisée, conduit à la fête, qui n’est telle que si elle célèbre l’harmonie et la communion entre les hommes et le cosmos avec Dieu, qui est leur Origine, et, en célébrant, vit constamment avec des écoles cohérentes. Les invités des noces ne jeûnent pas, ni ne sont en deuil ou affligés quand le mari est avec eux (cf. Mt 9,15), mais font la fête, qui n’est pas une euforie désordonnée et bruyante, mais plutôt une joie de retrouver celui qui donne la vie et la donne en abondance (cf. Jo 10,10). Quand manque l’Auteur de la Vie, le plaçant dans un coin sous l’idée fausse qu’il puisse limiter l’espace des hommes, on ne tarde pas à entrer dans le monde de l’erreur, de la non-clarté et de l’incomplétude. Mais, surtout, en perdant le sens de la vie, on acquiert et on embrasse ces modèles qui encouragent leur mépris et qui s’allient à des actions qui, comme nous l’avons dit, offensent gravement Dieu et le cosmos.

Conclusion

« Fugi du mal comme un torpeur ; attachez-vous au bien » (Rm 12,9). L’invitatif pressant de Saint Paul à la communauté de Rome transcende l’espace et le temps et nous atteint dans toute sa fraîcheur. « Fugi du mal avec torpeur » n’est qu’un aspect de la vie chrétienne. Un mal qui n’est pas seulement le péché ponctuel, petit ou grand, mais est, de manière plus apparemment innocente, la limite, l’incomplétude inhérente à la condition humaine. S’éloigner de cette limite signifie ne pas stagner dans la médiocrité et ne pas accepter aveuglément les schémas qui sont proposés comme porteurs d’une réalisation qui, rapidement, se révèle illusoire. dépasser cette limite signifie grandir et faire grandir. C’est ici que réside la force persuasive d’un discours sur Marie. « C’est elle la femme dont la « culture » a atteint un tel degré de « culture d’un être humain » que son expérience à cet égard coïncidait avec le « culte » dû uniquement à Dieu ». « Attachez-vous au bien » est la deuxième partie de l’avertissement paulinien, qui peut être ramenée à l’expression heureuse « culture d’un être humain ». Elle nous indique les deux directions du service de Marie : à l’homme et, par lui, au monde. Service à l’homme, donc service à la vie, et encore plus, à l’Auteur de la Vie : attachement, fait de communion, au Bien suprême de l’humanité, qui est la véritable Source de la Vie, signe d’une nouveauté qui se présente toujours dans son actualité. « Attachez-vous au bien » : il ne s’agit pas d’un bien statique, mais nous sommes face à une Personne qui nous pousse à faire le bien et qui rend l’homme protagoniste d’une action de bien pour lui-même, pour les autres et pour le cosmos. Surtout et plus visiblement dans l’épisode de Cana, Marie, la nouvelle Ève, la première Rédimée, peut conduire l’homme à Dieu, pour qu’il collabore avec lui dans la transformation, dans la promotion joyeuse de la vie. La fête de la vie indique le triomphe de la foi. Il est alors possible d’observer que la manière dont Marie se place « devant nous comme lumière pour les problèmes de notre humanité est à la fois présence, exemplarité et invitation à collaborer avec elle dès lors, pour rendre présente la culture de l’amour de Dieu, qui est vie et Résurrection ».Il s’impose donc une attitude vitale, optimiste mais pas superficielle : recommencer par la positivité et la beauté de la création pour voir, à travers elle, la Beauté Originelle, qui a un visage et un nom : Jésus de Nazareth, en qui toutes les promesses de Dieu trouvent leur « oui » (cf. 2Cor 1,20). Un « oui » à la salut, à la vie et à la culture qui en découle. Un « oui » puissant, en fin de compte, au sein duquel se modèlent toutes les attitudes qui parlent de promotion et de respect de la vie. Marie y entre pleinement et, justement par la convergence des intentions, exemplaire pour ceux qui l’imitent, elle assume cette grandeur que, dans son style si personnel, Pierre Teiltard de Chardin décrit comme « gemme scintillante de la Matière, la Perle du Cosmos et son point de connexion avec l’Absolut personnel incarné, la Bien-aimée Vierge Marie, Reine et Mère de toutes choses… ». Une vision fascinante et susceptible, si nous le voulons, de recherches ultérieures, mais sa force disruptive suffit à renforcer l’espoir d’une amélioration de notre monde, en rappelant aux hommes leur vocation singulière de collaborateurs avec le Créateur et gardiens de l’univers.Pour approfondir le service de Marie à la vie de l’Église et des baptisés, l’exhortation apostolique *Marialis Cultus* de Paul VI présente Marie comme modèle du service chrétien discret.Approfondissez vos études : explorez la *Mariologie*, la *Théologie mariale*, les *Apparitions mariennes* et le *Diplôme de Master en Mariologie*.Ressources académiques mariales : approfondissez votre formation en *Mariologie* et *Théologie mariale* avec l’Institut Locus Mariologicus. *Master en Mariologie*, une formation académique d’excellence.

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