Pêché et santé, douleur et salut

Pêché et santé : la médiation maternelle de Marie dans la salut
La relation entre pêché et santé traverse toute l’histoire de la salut. Comprendre le péché et la santé sous un angle marial signifie redécouvrir Marie comme mère guérisseuse, dont l’intercession unit le pardon des péchés à la santé intégrale de la personne.
Avez-vous déjà entendu dire qu’une personne a souffert ou est en train de souffrir à cause de ses péchés ? Ou que la vie du chrétien est une souffrance éternelle ? Cette seconde partie de notre parcours a pour but de présenter Marie avec une image qui n’est pas directement contenue dans l’Écriture sacrée, mais qui est déduite de la tradition ecclésiale. L’état de santé de Marie et du Christ n’est pas mentionné par les hagionographes du Nouveau Testament. Ces derniers se sont intéressés à transmettre l’annonce historique-salvifique en se concentrant sur le mystère pascal du Seigneur.
«parce que de par la Passion du Christ et par les mérites de la Bien-Aimée Mère de Dieu, qui (la) ramenait à l’unité des Fils de Dieu, offrant santé et sainteté à chacun d’eux»
Cette attribution à Marie de gratia sanitatum nous aide à comprendre la relation entre salut et santé que nous allons maintenant tenter d’illustrer.
Relation entre santé et salut

L’interprétation mariologique de cette relation doit dépasser une position qui a traversé l’histoire de la tradition ecclésiale latine : la compréhension de la salut en sens spirituel strict. Le pardon des péchés et la communion avec Dieu seraient dissociés de la santé, celle-ci restant étrangère à la salut, car celle-ci s’est réalisée en s’unissant aux douleurs de Christ sur la croix et donc à l’opposé de la santé. Déjà au XVIIe siècle, on trouve une association entre la grâce et la douleur, au point que Louis Chardon, dominicain, affirme que « plus les âmes s’unissent avec l’esprit de Jésus, plus elles s’obligent à souffrir ». Cette vision est une conséquence du dolorisme qui a conduit Thomas A. Kempis (d. 1471) dans son célèbre ouvrage *Imitation de Christ*, deuxième livre religieux le plus diffusé dans la spiritualité occidentale après la Bible, à écrire : « Toute la vie de Christ fut croix et martyre ». Blaise Pascal (d. 1662), penseur chrétien éminent, écrit à sa sœur : « Je connais le danger de la santé et les avantages de la maladie… Ne pleure pas pour moi, car la maladie est l’état naturel des chrétiens ». Face à ces témoignages, nous devons affirmer l’unité entre la création et la rédemption pour redécouvrir le véritable rôle de Marie auprès des malades.
Le désir de vivre, le respect de la vie, la volonté d’être en bonne santé sont un bien, une valeur qui constitue une occasion de rencontrer Dieu et de se réjouir en le louant pour tous ses bienfaits. La santé est liée à la salut car le chrétien a l’obligation de conserver la vie comme un don de Dieu et de la mettre au service du Royaume. Cet impératif salvifique se tourne vers la vie comme inclusive des sains et des malades, des forts et des faibles, et même après Christ, il considère la souffrance et la mort comme des lieux de salut. Il existe un Évangile de la souffrance (rappelez-vous *Salvifici Doloris* de 1984 de Saint Jean-Paul II), mais aussi un Évangile de la vie (rappelez-vous *Evangelium Vitae* de 1995 du même Pape), car ce n’est pas l’abondance de souffrances dans la vie qui nous agracie, mais l’amour dans ces états de vie qui nous mène à la salut. Quelle relation alors entre salut et guérison ?
Jésus, médecin des corps et des âmes
Ce titre peut être trouvé dans la plus ancienne tradition chrétienne, affirmant l’existence de récits. Des Pères de l’Église comme Ignace d’Antioche (décès 108) proclament Jésus comme le seul médecin spirituel et corporel, et plus tard, Clément d’Alexandrie (décès 215) parlera de Jésus comme le médecin des corps et des âmes.
La justification biblique de ce titre réside dans la fonction guérisseuse qui témoigne de l’activité de Jésus. Si dans l’Ancien Testament, on ne trouve que trois guérisons miraculeuses (Num 21,9 ; 2 Rois 5,10-14 ; Is 38,1-8), dans les Évangiles Synoptiques, on compte vingt-deux récits de guérisons individuelles et douze de guérisons collectives. Ces guérisons correspondent généralement à la victoire sur la maladie physique et à l’exorcisme (cf. Mt 8,16). Jésus se présente alors comme un médecin, mais du homme entier, car « ce ne sont pas les sains qui ont besoin du médecin, mais les malades » (Mt 9,12). Il est le médecin libre de toute contrainte ou loi, guérissant un jour de sabbat par sa parole, évitant toute apparence de magie, car c’est le plan de Dieu agi dans la création, apportant la justice et la paix.
Jésus guérit la misère humaine comme signe de sa compassion et de sa miséricorde envers l’humanité souffrante. Le Fils de Marie, en guérissant les corps, réalise également la guérison de l’âme. Ainsi, la maladie du paralytique est liée au péché (Mt 9,1-8). Les miracles de Jésus sont le signe du royaume messianique qui restaure la salut en intégrant à nouveau l’homme dans le « jardin de Dieu » (Mt 11,2-3). Les guérisons montrent que le Verbe incarné, pénétrant dans le monde, détruit la maladie et la douleur, signes de la rupture entre Dieu et l’homme, pour instaurer le Royaume, et ce même pouvoir est transmis aux disciples (Mt 19,7-8).
Marie, mère de la santé et guérisseuseDans ce dessein du Père Dieu, attesté par Christ, de salut et de santé, il n’est pas difficile d’insérer Marie dans ce contexte. En premier lieu, parce que Marie est la racine de l’œuvre de santé universelle, c’est-à-dire, dans le mystère du salut, Marie est la Nouvelle Ève et la Mère du Sauveur. À cet égard, Irénée de Lyon (d. 130) témoigne que Marie est la cause du salut et la Mère du salut. Nous rappelons qu’en araméen, « atî » signifie vivifier et guérir, et que ce verbe a été traduit par « salut » et « santé ». Dans ce sens, dire « ta foi t’a sauvé » (Mc 5,34. 10,52. Lc 7,50. 17,19) signifie à la fois « ta foi t’a guéri », car les guérisons concernent l’homme dans sa totalité. La même observation se trouve chez les Pères de l’Église qui comprennent le salut dans un sens intégral, incluant la santé. Il convient donc d’interpréter le titre causa salutis dans le sens où Marie collabore efficacement à l’œuvre du salut comme libération complète qui régénère la vie, conduisant l’homme à la situation du paradis.Dans une œuvre attribuée à Saint Maxime le Confesseur (d. 662) sur la Vie de Marie, on peut lire, dans les dernières années de sa vie, tels étaient les miracles et les guérisons que les Juifs commencèrent à respecter Marie : « La Sainte Vierge, Mère du Seigneur, n’était plus méprisée par eux, au contraire, ils la regardaient avec respect, à distance, ils lui faisaient un signe de tête avec crainte… et non seulement à cause des miracles survenus à ce moment-là… mais encore, de jour en jour, à cause des miracles qui se réalisaient par sa grâce et par son intercession, les démons étaient chassés, des maux incurables étaient guéris, d’innombrables signes et prodiges se produisaient par elle. »En comprenant que la contemplation de Marie a précédé sa glorification, il s’ensuit, en tant que chrétiens, que notre confiance s’adresse à Marie avec la certitude que personne d’autre que Marie ne peut appliquer le verset de Jacques 5,16 : « La prière du juste a beaucoup de valeur. » La Contemplante ne prie pas seulement, elle participe également à la puissance divine et possède le pouvoir de la guérison. Reconnue tout au long de la tradition chrétienne comme porteuse de la grâce thérapeutique, la Mère de Jésus est invoquée comme « consolatrice des affligés, santé des malades, espérance de ceux qui n’en ont plus, trésor inépuisable de guérison, guérisseuse des blessures incurables, force des saints, remède apaisant la douleur de chaque cœur, remède de nos membres. »Dans le monde chrétien occidental, Marie est reconnue comme salus infirmorum, santé des malades, popularisée plus tard par les Litanies de Notre-Dame. Nous pouvons trouver l’activité de guérison que Marie exerce du ciel envers ses enfants malades dans le titre que lui attribue Richard de Saint-Laurent lorsqu’il affirme : « Marie est la piscine probatique dans laquelle l’ange du Seigneur, c’est-à-dire l’ange du grand conseil, comme l’appelle Isaïe, est descendu au moment de l’incarnation.
L’eau fut agitée par la salutation angélique devant laquelle Marie fut troublée, et seuls ceux qui crurent en un seul Dieu en trois personnes furent guéris.
Nous ne pouvons ici décrire combien et quelles sont les guérisons miraculeuses attribuées à l’intercession de Marie. Nous illustrons simplement que si notre vie est un livre, Marie connaît nos pages de douleur, notre alphabet de souffrance et des maux de la société. Ce sont des signes d’une transition de situations tragiques à des conditions de santé améliorées grâce à une prière à Marie et à l’expérience de son secours. Nous pouvons même affirmer que ces moments furent un kairós où le fragment du mystère pascal de la mort et de la vie trouvèrent refuge dans le dialogue entre le dévot et Marie. Ce sont ces moments de salut qui se croisent avec la totalité de l’homme qui font de l’invocation de Marie comme santé des malades un témoignage de l’amour de Dieu.
Du point de vue dogmatique, nous pouvons affirmer que Marie anticipe l’époque eschatologique, participe à la manière d’agir de Dieu, transcende les demandes et les désirs les plus justes et réalise la volonté du Père, car elle voyage aux côtés du Peuple de Dieu, notamment des plus faibles. La médiation unique de Christ entre Dieu et les hommes n’affirme pas l’exclusivité, mais l’inclusivité. En tant que coopératrice de la salut, Marie est transformée par Christ comme chemin de l’auto-compréhension de la créature dans laquelle agit l’amour de Dieu, sauvant et bénissant. D’un autre côté, puisque la foi est dialectique, nous trouvons également la réponse responsable du fidèle lorsqu’il réalise avec des paroles, des actions et des méditations son témoignage.
Marie participe du charisme des guérisons de Christ, comme le montre l’expérience des chrétiens au cours des siècles. Marie est la santé des malades également parce qu’elle est la Mère de la santé qui est le Christ. Ce titre ne signifie pas seulement le domaine du salut spirituel, car le but de l’incarnation est de donner à l’homme la vie et la vie en abondance. Sa transformation en l’homme s’accomplit par la nouvelle création par l’Esprit Saint à l’image de Christ glorifié dans le corps et dans l’Esprit. L’expérience bimillénaire du christianisme nous dit que Marie est vivante et agit dans l’Église en exerçant sa maternité permanente en aidant les malades du corps et de l’esprit.
Sainte Marie, santé des malades, prie pour nous !Approfondissez vos études : explorez la mariologie, la théologie mariale, les apparitions mariennes et le diplôme de maîtrise en mariologie.
En somme, le péché et la santé trouvent en Marie leur clé de lecture chrétienne : la Vierge est la gratia sanitatum, source de guérison spirituelle et corporelle. Approfondir le péché et la santé à la lumière de Marie, c’est s’ouvrir à la miséricorde de Christ médiée par Marie. Lire davantage sur Marie en tant que mère de l’Église dans Christi Matri.Master en Mariologie
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