Six raisons de ne pas oublier Marie, selon Joseph Ratzinger

Six raisons de ne pas oublier Marie selon Ratzinger
Les raisons de ne pas oublier Marie proposées par Joseph Ratzinger continuent d’influencer la mariologie contemporaine. Ces raisons de ne pas oublier Marie révèlent que la dévotion mariale est le signe d’une foi pleinement catholique et ecclésiale.
Marie et le christianisme
À l’occasion du Congrès Mariologique International tenu à Loreto (22-25 mars 1995), le cardinal Ratzinger a accepté de prononcer la prolongation sur l’article du Credo : “Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine“. Dans cette conférence magistrale, il affirme que :
En termes clairs, Marie est placée au cœur essentiel de la foi et de l’histoire, comme celle qui introduit Dieu dans la situation inédite de l’incarnation. Par elle, Dieu se révèle non comme un Dieu enfermé au ciel, mais véritablement comme Emmanuel, Dieu avec nous. Conséquence théologique inévitable : Marie entre dans la notion de Dieu vivant et agissant dans l’histoire, au point qu’on ne peut penser à Marie sans faire référence à sa collaboration maternelle active.Après avoir interprété la phrase du Sceau Apostolique comme une synthèse des trois grands témoignages bibliques de l’incarnation du Fils : Mt 1,18-25. Luc 1,26-38. Jn 1,13ss, le cardinal s’est arrêté sur le lieu de Dieu comme conséquence et finalité de l’incarnation et affirme que Jésus est la véritable Shekinah, par laquelle Dieu est entre nous, lorsque nous sommes réunis en son nom premier. Bien que les lieux saints soient la garantie permanente de l’entrée de Dieu dans le monde, la réalité la plus importante est le oui de Marie, qui ouvre à la Parole l’espace où elle peut installer sa tente, car Dieu n’est pas limité aux pierres, mais est lié aux personnes vivantes.Icône révélatrice de Dieu impliqué dans la dynamique de l’incarnation, Marie reste ancrée dans l’histoire de son peuple. C’est ce que le cardinal a souligné à nouveau à Loreto le 7 mars 1988 lors de la conférence «Tu es pleine de grâce. Éléments pour une dévotion biblique mariale», organisée lors du congrès régional de mise à jour pastorale. Il présente la figure de Marie comme paradigme pour le chrétien et pour l’homme, selon une véritable anthropologie, dans la mesure où elle n’est pas isolée de son peuple et, en même temps, ouverte à la salut de toute l’humanité :«Sans Marie, l’entrée de Dieu dans l’histoire ne trouverait pas de fin. Ce qui importe dans la confession de foi, à savoir que Dieu est un Dieu avec nous et non seulement un Dieu en lui-même et pour lui-même, serait inatteignable. Ainsi, la femme qui s’est qualifiée comme humble, c’est-à-dire comme une femme anonyme (Lc 1,48), est placée au centre de la confession en Dieu vivant, qui ne peut être pensé sans elle.»
Pour Ratzinger, Marie est une personne “en relation vitale avec Dieu“, et c’est précisément de ce sens de grâce qu’elle est remplie : “Tu es pleine de grâce“, ce qui signifie également que Marie est un être humain totalement ouvert, qui s’est pleinement révélé, qui s’est courageusement et sans limites livré aux mains de Dieu.Étant donné que cette ouverture est désignée par l’Écriture avec le mot “foi“, il en résulte qu’à l’instar d’Abraham, père des croyants, dans l’ancienne Alliance, nous trouvons Marie, mère de ceux qui croient, au début du nouveau peuple. La figure pure et sublime de Marie est spécifique pour Ratzinger dans un travail intérieur dont Luc témoigne lorsqu’il affirme que Marie gardait toutes ces choses et les méditait dans son cœur (Lc 2,19). Malgré la transcendance du mystère, il s’agit d’unifier le particulier dans le tout, et de le garder et de le maintenir fidèlement “à travers” les phases de la vie, même lorsque la épée la frappe au moment de la passion.Par conséquent, après avoir interiorisé la parole, «elle peut la donner au monde : Marie est une prophète». Le Magnificat est une “prière prophétique tissée avec des fils de l’Ancien Testament” qui nous invite à magnifier le Seigneur, c’est-à-dire à lui donner de l’espace, pour qu’il soit plus présent dans le monde.Six raisons de ne pas oublier MarieDans une perspective synthétique, le cardinal Joseph Ratzinger, interviewé par le journaliste Vittorio Messori en 1985, énumère six raisons de ne pas oublier Marie, qui présupposent une fonction essentiellement unitive et communautaire de la Vierge en relation avec les mystères de la foi, de la Bible et de la Tradition, de l’Ancien et du Nouveau Testament, de la raison et du cœur, de l’homme et de la femme.Premier point : Reconnaître la place que le dogme et la Tradition attribuent à Marie signifie être fermement enraciné dans la christologie authentique.Le Concile Vatican II affirme : « L’Église, méditant pieusement sur la Vierge et la contemplant à la lumière du Verbe fait homme, pénètre plus profondément, remplie de respect, dans le mystère insondable de l’Incarnation, et se conforme de plus en plus à son Époux » (Lumen Gentium n. 65).De plus, c’est au service direct de la foi en Christ, donc non principalement par dévotion à la Mère, que l’Église a proclamé ses dogmes mariens : d’abord la virginité perpétuelle et la maternité divine, puis, après un long mûrissement et réflexion, la conception sans la tache du péché originel et l’Assomption au ciel.Ces dogmes protègent la foi authentique en Christ comme vrai Dieu et vrai homme : deux natures en une seule Personne. Ils abritent également la tension escatologique indispensable, indiquant en Marie Assurée le destin immortel qui nous attend tous. Et ils protègent également la foi, aujourd’hui menacée, en Dieu créateur qui (entre autres choses, c’est l’un des sens plus que jamais incompris de la vérité sur la virginité perpétuelle de Marie) peut également intervenir librement dans la matière. En somme, comme le rappelle également le Concile : « Marie, par sa participation intime à l’histoire du salut, rassemble et fait résonner, ainsi dit-on, les plus grands éléments de la foi » (Lumen Gentium).«Marie est Sion en personne, et cela signifie : elle vit tout ce qu’on entend par «Sion». Elle ne constitue pas une individualité fermée qui dépend de l’originalité de l’ego. Elle ne veut pas être seulement cet être humain qui défend et protège son ego […] Elle vit de manière à être «habitable» pour Dieu, à vivre de manière à être un lieu pour Dieu».
65. Ratzinger aborde ce premier point essentiellement christologique, qui place Marie en relation avec la foi authentique en Christ, vrai homme et vrai Dieu, de telle sorte qu’elle devient la pierre angulaire de l’orthodoxie, avec un deuxième point. Il s’agit de fusionner la Parole de Dieu et la Tradition ecclésiale, car la figure de la Vierge Mère, dans son approfondissement au fil des siècles, concentre les données bibliques et le progrès dans la connaissance du mystère opéré dans l’Église.
Le deuxième point : La Mariologie de l’Église suppose une relation juste, une intégration nécessaire entre la Bible et la Tradition.
Les quatre dogmes mariaux trouvent leur base indispensable dans les Écritures. Cependant, il existe ici une graine qui pousse et porte ses fruits dans la vie chaude de la Tradition, telle qu’elle s’exprime dans la liturgie, dans l’intuition du peuple fidèle et dans la réflexion théologique guidée par le Magistère.
Le troisième point concerne la position médiane et unificatrice de la Vierge de Nazareth, qui, historiquement, se trouve au sommet où convergent le mouvement ascendant du peuple d’Israël et celui du mouvement chrétien qui se répand dans le monde à travers l’œuvre évangélisatrice de l’Église.
Troisième point : Dans sa personne de jeune Juive devenue mère du Messie, Marie unit de manière vitale et indissociable le peuple ancien et le nouveau de Dieu, Israël et le christianisme, la synagogue et l’Église.
Marie est le point de jonction sans lequel la foi (comme cela se produit aujourd’hui) risque de perdre l’équilibre, soit dans l’Ancien Testament, soit seulement dans le Nouveau. Dans la Vierge, nous pouvons expérimenter la synthèse de toute l’Écriture. La fonction unitaire de la Vierge se manifeste dans la dévotion du peuple de Dieu envers elle : elle unit raison et sentiment, rationalité et affectivité, préservant ou libérant le christianisme des pièges de l’intellectualisme et du sentimentalisme, tous deux stériles.
Quatrième point : La dévotion mariale assure à la foi la coexistence de la raison indispensable avec les raisons du cœur, comme le dirait Blaise Pascal.
Pour l’Église, l’homme n’est pas seulement raison ni seulement sentiment, il est l’union de ces deux dimensions. La tête doit réfléchir avec clarté, mais le cœur doit être réchauffé : la dévotion à Marie (« libre de tout faux excès, mais aussi d’une mesquinerie qui ne considère pas la dignité singulière de la Mère de Dieu ») est essentielle pour maintenir cet équilibre.
», comme le recommande le Concile, assure à la foi toute sa dimension humaine.Ratzinger ajoute également une cinquième raison particulièrement opportune, presque un écho d’une pensée similaire de son collègue Hans Urs von Balthasar. Marie contribue effectivement, par sa féminité et sa maternité, à humaniser le visage de l’Église, évitant qu’elle ne tombe dans la bureaucratie, le formalisme abstrait et le légalisme de la lettre qui tue l’Esprit.Cinquième point. Pour utiliser les propres expressions du Vatican II, « Marie est la « figure », l’« image » et le « modèle » de l’Église ».Ainsi, en la regardant, l’Église est protégée du modèle machiste qui considère l’Église comme un instrument d’un programme socio-politique. En Marie, sa figure et son modèle, l’Église retrouve son visage de Mère, elle ne peut dégénérer dans une régression qui la transforme en un parti, une organisation, un groupe de pression au service des intérêts humains, même nobles. Si Marie ne trouve plus de place dans certaines théologies et eclesiologies, la raison est simple : ils ont réduit la foi à une abstraction. Et une abstraction n’a pas besoin d’une Mère.Le sixième et dernier motif pour ne pas oublier Marie à notre époque est son exemple pour tous, particulièrement pour les femmes. Elle éclaire son chemin en se référant à la vocation et au mystère provenant de Dieu, offrant en même temps l’exemple de synthèse entre interiorité et annonce évangélique, consécration et mission, courage et disponibilité.Sexte point. « Marie, avec sa vocation de Vierge et de Mère, continue d’éclairer ce que le Créateur a voulu pour la femme de tous les temps, y compris à notre époque. »En effet, peut-être plus particulièrement à notre époque, où, comme nous le savons, l’essence de la féminité est menacée. La virginité et la maternité de Marie ancrent le mystère de la femme dans un destin exaltant dont elle ne peut être détachée. Marie est l’audacieuse annonciatrice du *Magnificat*. Mais c’est aussi elle qui rend fructueux le silence et le repli. C’est Elle qui n’a pas peur d’être sous la croix, qui est présente à la naissance de l’Église. Mais c’est aussi celle qui, comme le souligne à plusieurs reprises l’évangéliste, « garde et médite dans son cœur ce qui se passe autour d’elle ». Créature de courage et d’obéissance, elle est (encore et toujours) un exemple pour lequel tout chrétien, homme et femme, peut et doit se tourner.Condamner au silence une personne aussi significative dans l’histoire de l’humanité que Marie n’est pas une enrichissement, mais un appauvrissement spirituel, une privation d’une femme qui a donné une orientation positive et une direction juste au chemin humain, et est devenue, par conséquent, un paradigme irremplaçable pour la révélation de Dieu et pour la maturité des disciples de Christ.Pour approfondir les raisons théologiques de ne pas oublier Marie, consultez l’encyclique *Redemptoris Mater* de Jean-Paul II, sur la présence maternelle de Marie dans la vie de l’Église.Approfondissez vos études : explorez la *mariologie*, la *théologie mariale*, les *apparitions mariennes* et la *maîtrise en mariologie*.En résumé, les raisons de ne pas oublier Marie, rassemblées par Ratzinger, aident le fidèle à redécouvrir la Vierge comme mère et modèle. Lire plus sur Marie dans la foi de l’Église dans l’encyclique *Redemptoris Mater* : Redemptoris Mater.Master en Mariologie
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