Marie, Reine des anges

Maria Rainha dos anjos

« L’attribution du titre de « Reine des Anges » n’est pas simplement dévotionnelle : elle s’enracine dans une christologie précise sur la réalité royale de Christ et dans le rôle unique de Marie dans l’économie de la salut. Présent dans les Litanies de Lorette, dans les liturgies et les traités mariologiques depuis les Pères de l’Église, ce titre exprime une hiérarchie surnaturelle que l’Église a approfondie progressivement. L’encyclique Ad Caeli Reginam de Pie XII (1954) et la vision apocalyptique de l’Apocalypse 12,7-8 fournissent les deux piliers de cette doctrine : la royauté cosmique dérivée de Christ et la médiation céleste de Marie sur les anges. »

Le titre marial dans les Litanies de Lorette, dans l’encyclique Ad Caeli Reginam de Pie XII (1954) et dans la tradition théologique

L’Église chante, dans ses offices, qu’elle a été exaltée au-dessus des chœurs des anges. La Vierge est plus vénérable que les chérubins, incomparablement plus glorieuse que les seraphins.

Le titre de « Reine de l’univers et de toutes les créatures » bien qu’il n’ait jamais été défini par une définition solenne du Magistère de l’Église, est proclamé par le Magistère ordinaire, non seulement dans la prédication des Pères de l’Église, mais aussi dans la liturgie de toutes les églises d’Occident et d’Orient.

Rappelez-vous la prière de l’Église Siro-Maronite

« Ô excellent Fils, nouveau Adam, en qui était la vie, tu t’es fait chair et, comme chair, tu as souffert la mort pour nous donner la vie à nouveau par ta résurrection. Tu as voulu que ta Mère, la Vierge, fût la seconde Ève, cause de salut pour l’humanité. Tu n’as pas refusé de goûter à la mort pour nous, et tu as également soumis à cette mort la pureté et l’immaculée de ta Mère. Mais, comme pour toi, son corps n’a pas été corrompu, et tu l’as assise comme Reine des anges et des hommes. »« À l’esprit, on ne peut décrire l’abîme de ta humilité et la dignité inatteignable à laquelle tu as été élevée. L’ange vint te saluer au nom du Très-Haut et, avec toute humilité, tu répondis : « Je suis l’esclave du Seigneur, que sa parole soit accomplie en moi. » Par l’abîme de ta humilité et par ta dignité sublime, les générations te proclament bienheureuse, le Tout-Puissant t’a couronnée reine du ciel et de la terre et reine des anges et des êtres célestes. »« Devant tes merveilles, Vierge éternelle, les nuages du ciel s’arrêtent en admiration. Les étoiles du ciel sont émerveillées et les anges de feu sont saisis d’extase. Le Sauveur du monde s’est plu en toi : il t’a libérée de la chute d’Adam et a fait couler de toi une torrent de grâces, te faisant reine des anges. Les armées célestes se sont précipitées sur la terre en légions pour louer leur Sentor dès le moment où il était dans le ventre de sa mère. Elles se sont placées respectueusement à ses ordres, lui offrant une dévotion et chantant ses louanges avec admiration à celui qui t’a choisie comme sa demeure divine. Grande est ta puissance, Dieu créateur, qui as engendré une lumière splendide de notre race asservie et des générations d’Adam chassées. »Il est évident que ces prières s’appuient sur la maternité divine de Marie, mais aussi sur sa maternité spirituelle pour les êtres célestes. Marie est reine parce que son Fils est roi : la royauté est partagée, mais non moins réelle et légitime. Et lorsqu’il s’agit des êtres célestes, et même des anges, la royauté est acquise par une collaboration effective dans l’œuvre de salut.L’iconographie du titre : « Notre-Dame de la Clémence » (VIIe siècle) et la tradition artistique de la reine des anges.Dans l’Église latine, il faut se souvenir de l’image de « Notre-Dame de la Clémence ».

Marie, Reine des anges | Locus Mariologicus

Parmi les rares images en bois représentant la Marie Reine, la cathédrale «Notre-Dame de Clémence», vénérée dans la chapelle Altemps de la Basilique de Sainte-Marie-en-Trastevere, se distingue. Marie apparaît vêtue de Basilissa, assise sur un trône orné de joyaux, entourée de deux anges qui la protègent. Le personnage en bas, à droite, aux pieds de la Vierge, vêtu de une casule et d’un pallium, est le pape Jean VII.

Marie est représentée comme reine des anges et des saints. Le tableau, de la première décennie du VIIIe siècle, met en scène le pape Jean VII (705-707). Selon le Liber Pontificalis, d’origine orientale et grand dévot de Notre-Dame, il aimait se faire représenter dans les images qu’il vénérait.

Marie, Reine des anges | Locus Mariologicus

La figure de Notre-Dame impressionne par sa grandeur tendre. Assise sur un trône sur un coussin haut de couleur pourpre, bordé d’étoiles, elle soutient dans sa main gauche l’Enfant assis sur son genou, tandis que sa main droite tient une croix. Elle porte une tunique rouge, maintenant foncée, serrée à la taille par une ceinture, frangée de perles aux poignets. Sur sa tête, elle porte une couronne de pierres précieuses parsemées de perles. Des colliers de pierres tombent sur ses épaules. D’autres, après de nombreux tours autour de son cou, descendent jusqu’à sa poitrine.

Marie, Reine des anges | Locus Mariologicus

De chaque côté de la Mère de Dieu, deux anges sont représentés à genoux, en acte d’adoration. Ils portent une tunique vert émeraude et un manteau ocre, avec un autel fixe devant eux, orienté vers un point indéterminé. Une main s’étend en geste qui semble vouloir s’éloigner du trône, tandis que l’autre tient des bâtons posés sur les épaules. Ces anges peuvent être identifiés comme les archanges Saint Michel et Saint Gabriel.

Étant donné l’ancienneté de cette œuvre en termes d’éléments : couronne, trône, anges, nous pouvons entrevoir une iconographie de la couronnement de Marie comme Reine des Cieux et de la Terre, des saints et des anges. La production artistique immense a transmis jusqu’à nos jours des œuvres exprimant cette expérience de la beauté de Marie. Dans ce sens, il convient de rappeler ce que le théologien orthodoxe Pavel Evdokimov a écrit récemment :

« En voulant créer une image de beauté absolue et manifester clairement la puissance de son art aux anges et aux hommes, Dieu a véritablement fait Marie toute belle. Il a uni en elle les beautés partielles qu’il avait attribuées à d’autres créatures et en a fait le bijou commun de tous les êtres visibles et invisibles. Ou mieux, Dieu a fait d’elle un ensemble de toutes les perfections divines, angéliques et humaines, une beauté sublime qui embellit les deux mondes, qui monte de la terre au ciel, et même au-dessus du ciel » (P. Evdokimov, L’art de l’icône. Théologie de la beauté).

Le fondement théologique de la réalité de Marie : la prééminence du Christ (Rm 5,14), le sommet de la création et le Concile Vatican II

Ces paroles évoquent notre origine, c’est-à-dire que l’homme a été créé à l’image de Dieu. Mais l’acte créatif ne s’est pas arrêté au premier couple, il a continué car l’être image du Fils signifie que le Père Éternel avait en tête, dès l’éternité, qu’au moment de la plénitude des temps, il enverrait dans le monde le Verbe pour se faire homme et rédiger l’humanité.

En réalité, l’homme est la « figure de celui qui devait venir » (Rm 5,14). Jésus-Christ, qui s’est réalisé dans l’Incarnation en Marie immaculée. C’est pourquoi le Concile Vatican II déclare : que la prédestination éternelle du Verbe fut également la prédestination de la Bien-aimée Vierge Marie à être la Mère de Dieu.

La nature divine du Christ et de Marie est le sommet de l’œuvre de la création. Bien que Christ et Marie soient apparus dans le monde des siècles plus tard que la création de toutes choses, la Trinité Sainte avait en tête, depuis l’éternité, cette œuvre inégalable, comparée à toute autre création de Dieu : une Femme immaculée qui fut Mère du Fils, lui donnant la chair tendre depuis son ventre par l’action de l’Esprit Saint.

Dans cette perspective, la Vierge Marie peut être définie comme la prémissure du Père, car il l’a prédestinée, avec son Fils Jésus-Christ, avant toutes les créatures. Christ et Marie ont été pensés, aimés et chéris par le Père Éternel, par sa Parole et par l’Esprit Saint, avant que toute création et toutes choses ne soient soumises.

Tout l’univers matériel et spirituel a été créé intimement uni à l’homme, dont Christ et Marie sont le sommet, et seule par l’homme toutes choses peuvent atteindre leur but pour lequel elles ont été créées. La création des anges par Dieu était liée à sa décision de s’unir à l’homme par l’Incarnation : c’est-à-dire d’entrer dans le monde de la matière, de l’espace et du temps. Par conséquent, la création des anges a été orientée, dès le début, vers l’admirable synthèse de la création, qui est l’homme, dont le plus grand représentant est le Verbe de Dieu, qui devient chair par Marie et devient homme.

La création de l’homme – et en particulier la nature divine du Verbe – donne cohérence et sens à tout l’univers, y compris les anges. Il est clair que, dans ce dessein de Dieu, la Vierge Marie, bien qu’elle soit, comme toute créature humaine, composée d’esprit et de matière (corps et âme), s’élève au-dessus des anges, qui sont des esprits pures.

Dans le domaine de la démonologie, Lucifère, par sa nature angélique – semblable à celle de Dieu en tant qu’esprit purissime – affirmait qu’il lui appartenait la prééminence sur toute la création. Or, en réalité, Dieu l’avait accordée à la Vierge Marie. Cette attitude impliquait donc un défi décisif à la fois de l’Incarnation du Verbe de Dieu – qui a assumé la nature humaine, inférieure à angélique – et de la présence de cette Femme, d’où, en s’incarnant, serait né le Fils de Dieu dans le temps.

La Vierge de Nazareth, placée à sa droite, comme Reine des anges et des éléments, a été élevée non seulement au-dessus des créatures humaines, mais aussi des anges. Le rejet de Marie par Satan est une conséquence logique du rejet de l’Incarnation.

Lorsque la Trinité Sainte créa les anges, elle savait que certains d’entre eux utiliseraient le don de la liberté pour rejeter son dessein d’amour pour toute la création. Dans sa toute-puissance, les anges tombés se levèrent contre leur Créateur, travaillant à la destruction de sa création bonne, introduisant le mal, la souffrance et la mort spirituelle.

Pour cette raison, nous pouvons affirmer qu’ dès le commencement de la Création, Dieu établit que l’Incarnation du Verbe serait également rédemptrice, pour sauver les créatures humaines qui lui resteraient fidèles. En créant l’humanité, Dieu pensa à son Fils fait homme en Christ Jésus, comme Rédempteur, et à sa Mère, coopératrice du Rédempteur.

La vision cosmique de l’Église orientale : Nicolas Cabasilas (†c. 1391) et la hiérarchie surnaturelle de la Reine sur les anges et l’humanité

Dans cette vision cosmique de la Reine des anges, il est important de regarder l’Église orientale lorsqu’elle explique la relation de Marie avec les créatures.

Dans la Mère de Dieu, se combinent la force et la faiblesse humaine, la bienveillance divine envers les mortels et l’audace des mortels envers Dieu. La Mère de Dieu se trouve sur la ligne qui sépare la créature du Créateur, et comme ce milieu est absolument inatteignable, la Mère de Dieu l’est également.

Elle est l’altitude inatteignable pour les pensées humaines la profondeur insondable pour les honneurs angéliques « plus haute que les cieux » « plus resplendissante que les chérubins et sans comparaison plus glorieuse que les séraphins »“La reine des anges”. On dit d’elle : Tu es pure et plus magnifique que les seraphins de nombreux autels. En tant que porteuse de la pureté, manifestation du Saint-Esprit, principe de la créature spirituelle, source de l’Église, Marie, plus qu’angélique, ne peut être considérée comme une parmi d’autres dans l’Église, ni même dans l’Église des saints. Elle est unique, le centre unique de la vie ecclésiale, elle est le cœur de Jésus, l’Église.Marie, Reine des anges | Locus Mariologicus

Nicolas Cabasilas, archevêque de Thessalonique au XIVe siècle, l’un des plus vénérés théologiens de la Divine Liturgie, a expérimenté la mystérieuse profondeur de ce mystère révélé, et témoigne que :

«si quelqu’un pouvait voir l’Église de Christ véritablement unie à Christ et participante de sa chair, il ne la verrait qu’comme le corps du Seigneur. Mais s’il s’élevait vers la purissime et bénie Vierge Marie, il la verrait comme le cœur de Christ. Elle est le centre de la vie de la créature, le point de rencontre de la terre avec le ciel, l’élue, la Reine céleste et terrestre. À la Reine du Ciel et de la terre, élue par le Roi éternel sur toutes les créatures, nous nous adressons avec foi et tendresse, portant une vénération digne et une gratitude».

Dans ce parcours, nous voyons comment le pouvoir de la Mère de Dieu sur le cosmos fait partie des racines les plus profondes de la Création. La Reine des anges possède un pouvoir cosmique, elle est :

  • la sanctification de tous les éléments terrestres et célestes.
  • la Reine de tout
  • la Dame du monde.

C’est pourquoi tous les fidèles peuvent exclamer : «Je ne trouve de consolation en dehors de toi, Dame du monde, espérance et intercession des fidèles».

Marie, Reine des anges | Locus MariologicusTémoignages spirituels : Chiara Lubich, Nicola Cabasilas et les saints sur la royauté de MarieChiara Lubich (décédée en 2008), fondatrice des Focolares, a également laissé quelques paroles sur la Reine des Anges sous un angle très contemporain :« Quant souvent, dans l’histoire, les peuples se sont réfugiés près de forteresses, de basiliques et de sanctuaires mariaux, comme s’ils cherchaient protection sous le manteau de la Mère lorsque leurs frères peuples se battaient entre eux. Tous les peuples chrétiens l’ont déjà proclamée leur Reine, à eux et à leurs enfants. Mais il manque une chose, et cela ne peut être fait par Marie, nous devons l’aider : il manque notre collaboration pour que les peuples catholiques, unis comme des frères, se tournent vers elle pour la reconnaître ensemble comme Mère et Reine. »« Nous pouvons la couronner comme telle si, par notre conversion, nos prières et nos actions, nous retirons le voile qui recouvre encore sa couronne, couronne qui lui a également été donnée par le Pape lorsqu’il l’a proclamée Reine du monde et de l’univers. Cette partie du monde qui est entre nos mains, nous devons la placer à ses pieds. »« Si les frontières ont été presque éliminées par des lois non chrétiennes, même entre des peuples très chrétiens, peut-être Dieu le permet pour que le chemin de Marie dans le monde à venir soit moins entravé et tout paraisse comme un estrade à ses pieds (Mt 5,35), aux pieds de la plus grande Reine que le ciel et la terre connaissent : Reine des mystères, Reine des saints, Reine des anges, car lorsqu’elle était sur terre, elle s’est totalement sacrifiée, comme servante du Seigneur, et ainsi enseigner à ses fils le chemin de l’unité, de l’embrassement universel des hommes, pour que ainsi sur terre soit comme au ciel. »

En profondeur, ce qui est révélé sur Marie se manifeste par amour pour le Fils, pour éclairer la nature de la Mère et aussi le suivi de celui-ci. Et chaque fois que la lumière tombe sur elle, elle apparaît comme une servante, une collaboratrice. Elle est même reine, car celui qui est couronné reçoit des pouvoirs et des devoirs royaux. Marie est exaltée comme petite et humble.

Elle est appelée reine des anges parce que, avec son Fils, elle est montée au-dessus d’eux pour servir l’humanité et souffrir pour elle.

Elle est appelée reine des apôtres, car elle s’est engagée dans l’œuvre de son Fils, avec l’Église, d’une manière plus profonde et radicale qu’eux. Les apôtres et leurs successeurs ont, en tant que pasteurs, un ministère dans l’Église, mais Marie, en tant que Mère, représente toute l’Église devant son Seigneur et Époux.

Elle est reine de tous les saints, car son « petit chemin » devient la mesure pour évaluer tous les chemins de sainteté, grands et petits, mystiques et martyrs, charismatiques et missionnaires, tous les chrétiens de toutes les époques et de toutes les conditions.

Marie, Reine des anges | Locus MariologicusTémoignages médiévaux : Sainte Gertrude d’Helfta et Pierre de Blois sur la Reine des AngesIl convient de rappeler ici quelques paroles perdues dans le temps sur la Reine des Anges. Commençons par Gertrude de Pologne (décédée en 1108) :> « Puissante et priante dans le ciel, noble Reine des Anges, tu es digne d’être louée par tous, car tu as été élevée parmi de nombreuses créatures, non seulement au-dessus des plus nombreuses, mais aussi au-dessus de tous les anges. Bien que tu sois agrandie par les louanges des anges, ainsi que par celles des hommes, ne méprise pas la piètre dévotion que je porte à ta gloire. Car, en plus de la vénération commune que toute créature te doit en raison de ta filiation, je veux exprimer une soumission particulière à ta sainteté et un action de grâce pour la miséricorde singulière avec laquelle tu m’as toujours consolée, indigne que je suis. Et pourtant, quel louange convenable à sa dignité, quelle adoration, quelle action de grâce puis-je te rendre, toi qui surpasses en dignité les louanges des anges ? Mais même si je ne peux le faire dignement, je te remercie au moins par la dévotion, car même lorsque j’étais souillée, polluée et marquée par de nombreux vices, tu t’es si miséricordieusement, si gentiment, dignée d’être près de moi, lorsque j’ai crié à toi dans toutes les détresses et les besoins, de telle sorte que non seulement ce que je désirais ne semblait pas contraire à ta volonté divine, mais souvent tu as obtenu pour moi de ton Fils une consolation telle que je ne pouvais ni l’imaginer ni la présumer. Et qui peut désespérer de sa miséricorde et douter de sa bonté, si tu t’es dignée montrer une telle douceur de miséricorde à l’indigne de tous les chrétiens ? »Dans ce passage de Gertrude, nous voyons comment la Reine des Anges est considérée comme une puissance suplicante en raison de sa supériorité par rapport à toute création. En nous déplaçant de la Pologne vers l’Angleterre, nous rappelons la contribution de l’historien Guillaume de Malmesbury (décédé en 1143).Marie, Reine des anges | Locus Mariologicus

«Ô Marie, temple du Saint-Esprit, offre-moi un refuge ombragé contre la chaleur du vice.
Marie, Vierge perpétuelle, purifie-moi de la tache et de la corruption des péchés. 
Marie, Mère de miséricorde, tire-moi du lodo de la laideur et du marasme de la misère (cf. Ps 39,3).
Marie, Étoile de la mer, guide-moi et conduis-moi au port de la salut. 
Marie, Mère de Dieu, rend féconde l’esprit de ton serviteur, pour qu’il soit fécond en vertu. 
Marie, échelle de Dieu, aide-moi à monter de vertu en vertu, pour que, progressant peu à peu dans le bien, je mérite d’atteindre le sommet suprême de la perfection.
Marie, porte du ciel, conduis-moi aux joies du ciel. 
Marie, reine des anges, accorde-moi du moins de pouvoir me cacher dans le coin le plus reculé du royaume des cieux, afin que je puisse voir le Dieu des dieux à Sion»
.

Dans ces paroles poétiques, les verbes : abriter, purifier, conserver, guider, aider, conduire et enfin se cacher, traversent la fragilité humaine qui trouve sa force dans la Reine des Anges comme dernier refuge de l’espoir d’une aide aux filles de l’Église. Il faut noter, comme la phrase «afin que je puisse voir le Dieu des dieux à Sion» (Ap 19,16) découle d’une soumission à la maternité ecclésiale de Marie comme accès à la béatitude éternelle. Le Dieu incarné dans le fiat plein de Marie s’étend eucharistiquement comme corps jusqu’à l’éternité.

De la Grande-Bretagne, nous descendons jusqu’en France pour nous retrouver avec le théologien et diplomate Pierre de Blois (m. 1204) qui nous a laissé, de manière apologétique, des paroles élocutives sur la Reine des Anges :

«Mes frères, je ne me lasse pas d’appeler Marie Reine et Dame des Anges. C’est une gloire pour les anges d’avoir comme Dame celle que le Seigneur des anges a choisie comme Mère. Elle a donné naissance au Fils et dernier de Dieu d’une manière si glorieuse et ineffable, qu’elle a reçu un nom bien plus différent et glorieux que les autres. C’est une grande et glorieuse chose pour un ange d’être fait ministre de Dieu. Mais sans doute, c’est encore plus grand et plus glorieux pour Marie de devenir la Mère de Dieu.

En effet, l’Apôtre dit : « Les sacrifices et les offrandes n’ont pas pu approcher de Dieu, ni les oreilles ne les ont entendus, ni l’œil ne les a vus, ni aucune créature n’a pu les concevoir, ni comprendre les choses qui sont, aussi grandes qu’elles soient, qui sont préparées pour ceux qui l’aiment » (1Cor 2,9). Si Dieu prépare de telles choses précieuses pour ceux qui l’aiment, réfléchissez à combien il prépare de grandes choses pour Celle qui l’a engendré ! À qui l’ange a-t-il dit : « L’Esprit Saint viendra sur toi » (Luc 1,35) ?

Je vais vous montrer une prérogative encore plus remarquable. Viens, ma chère, et je t’asseoirai sur mon trône. À quel ange n’a-t-on pas dit une parole si vénérable, si douce et si familière : « Viens, ma chère, viens » (Ct 2,10) ?

L’invitation est étendue à la demeure suprême de la gloire. « Car beaucoup sont appelés, mais peu sont choisis » (Mt 22,14). Elle est appelée et choisie, non seulement choisie, mais prédestinée. Dieu l’a choisie et prédestinée. « Heureuse celle que tu as choisie, car elle habitera dans tes palais » (Psa 64,5).

Si nous prêtons attention aux paroles du Seigneur, il habitera en elle et établira son trône en elle, car il l’a choisie comme sa demeure. Ce sera mon lieu de repos pour toujours. Je vivrai ici car c’est moi qui l’ai choisie » (Psa 131,13-14).

La notion de Marie comme demeure de Dieu ajoute à la prière de miséricorde une condition de stabilité depuis la création du monde et pour l’éternité qui orientent la création vers une vision de la royauté de la Mère de Jésus de manière active. Sans ajouter ainsi de problèmes qui pourraient découler d’une subordination à la royauté de Christ, au contraire, le « se faire » de la volonté du Père en Marie la place comme Reine car son action est celle de la souveraineté avec les devoirs réels qui consistent dans la prise en charge de chacun de ses sujets, anges et humains.

Marie, Reine des anges | Locus Mariologicus

Assumption et couronnement céleste (Ap 12,1 et Ad Caeli Reginam 1954) : Marie, Reine des Anges dans la liturgie et l’eschatologie chrétienne

Nous concluons ici en affirmant que l’Assumption est synonyme de la résurrection de la chair, du couronnement de Marie en tant que Reine des Cieux et de la Terre, et en tant que Domina angelorum, avec quelques mots de Benoît XVI :

«Marie est assise en corps et en âme dans la gloire du ciel et avec Dieu et en Dieu, elle est Reine du Ciel et de la Terre. Est-elle si éloignée de nous ? Au contraire. Exactement parce qu’elle est avec Dieu et en Dieu, elle est très proche de chacun d’entre nous. Lorsqu’elle était sur terre, elle ne pouvait être proche que de quelques personnes. En étant dans Dieu, qui est proche de nous, c’est-à-dire «à l’intérieur» de nous tous, Marie participe à cette proximité de Dieu. En étant dans Dieu et avec Dieu, elle est proche de chacun d’entre nous, elle touche nos cœurs, nos prières, peut nous aider par sa bonté maternelle et nous est donnée – comme le dit le Seigneur – précisément comme une «mère» à qui nous pouvons nous adresser à tout moment. Elle nous écoute toujours, elle est toujours proche de nous et, en tant que Mère du Fils, elle participe à la puissance du Fils, à sa bonté. Nous pouvons toujours confier toute notre vie à cette Mère qui n’est pas éloignée de nous, mais qui est au contraire toujours proche de nous», (Homélie de l’Assumption, 2008).

Pour approfondir la compréhension des titres mariaux et la dévotion à Marie, consultez l’Exhortation Apostolique Marialis Cultus du Pape Paul VI.

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