La Royauté de Marie : fondements

Realeza de Maria: fundamentos

Introduction

La reconnaissance de la dignité royale de Marie fait partie du trésor de la foi de l’Église primitive : l’archange Gabriel lui-même peut être considéré comme le premier annonciateur de cette dignité. Le titre explicite de « Reine » (avec son équivalent « Souveraine-Dame ») est attesté dès les premiers siècles du christianisme par l’unanimité des voix de la tradition patristique, liturgique, tomiste, populaire et artistique. Les objections de type sociologique ou psychologique semblent moins solides qu’auparavant : le magistère marial des papes, les orientations conciliaires et les nouveautés dans le domaine liturgique ont de nouveau attiré l’attention sur les Écritures et la Tradition, conduisant à une réévaluation des raisons, des fondements et de la signification d’un titre largement utilisé et encore employé sous des formes relativement nouvelles. Pour maintenir vivante l’attention portée à la royauté de Marie, dans les jours d’aujourd’hui, la piété populaire contribue significativement, tout en percevant des signes subtils de relance des études sur le sujet.realeza de Maria fundamentos teológicos
La royauté de Marie dans la parole de DieuLe peuple chrétien a toujours cru, avec raison, même dans les siècles passés, que celle de qui est né le Fils du Très-Haut, qui « régnera éternellement sur la maison de Jacob » (Lc 1,32), sera « Prince de la Paix » (Is 9,6), « Roi des rois et Seigneur des seigneurs » (Ap 19,16), au-dessus de toutes les autres créatures de Dieu, a reçu des privilèges singuliers de grâce. Compte tenu des liens étroits qui unissent la mère au fils, il a été facilement attribué à la Mère de Dieu une prééminence royale sur toutes les choses.» Ainsi le dit l’encyclique Ad Caeli Reginam, qui, en exposant les raisons théologiques de cette prérogative mariale, ne se limite qu’à utiliser les passages bibliques relatifs à la maternité royale. Trois sont les voies suivies par les érudits pour apporter le soutien biblique nécessaire à une doctrine qui n’a été mise en question que durant la modernité : la recherche de textes-preuves, la déduction à partir d’autres vérités clairement révélées et le recours à la « typologie ». Bien que valides et utiles, l’approche historique-sauvificielle se montre plus accessible et fructueuse.
La tradition de la Reine mère dans la monarchie davídique

On reconnaît la fécondité de la tradition de la gebîrâ et ses implications théologiques dans l’Évangile de Luc. Enracinée dans le contexte historique et politique du Proche-Orient antique, où la figure institutionnellement pertinente de la reine n’était pas l’épouse, mais la mère, cette tradition offre une clé importante pour interpréter certains passages du Nouveau Testament. Après la concession de l’institution monarchique (1Sam 8), c’est avec la dynastie davídique que Dieu établit un lien unique. Pour comprendre l’importance de la reine-mère du futur Messie et roi davídique, il est nécessaire d’examiner le rôle juridique et institutionnel des reines-mères de cette dynastie, qui constituent une sorte d’anticipation, sans pour autant mettre l’accent sur les figures historiques elles-mêmes et en tenant compte de la différence entre les attentes et l’accomplissement. À la cour davídique, la gebîrâ ou «Grande Sentor», pour des raisons liées à l’expérience religieuse du peuple saint, joue un rôle important et officiel : elle intervient dans la désignation du successeur, précède en dignité les ministres et hauts fonctionnaires, est associée au gouvernement du royaume avec une autorité secondaire seulement à celle du fils (elle possède trône et couronne), agit comme avocate du peuple et comme conseillère influente.

Passages de l’Ancien Testament : Is 7,14

À un moment particulièrement critique pour la vie du pays, le Sentor offre à Acaz un «signe» extraordinaire de bienveillance : la ‘almâ (la «vierge», dans les LXX) donnera naissance au successeur qui assurera la continuité et la stabilité du royaume. Le sens du nom que la reine-mère elle-même donnera à cet enfant, Émanuel, qui signifie «Dieu avec nous», fait directement référence à la préservation de la tradition dynastique (cfr. 2Sm 7,8-16). L’espoir semble lié à la «jeune femme» sur laquelle une action divine transcendante est annoncée. Mi 5,2 confirme la prophétie d’Isaïe : la salut viendra lorsque «celle qui doit enfanter, enfante» (cfr. Lc 2,6-7). Lorsque le «signe» devient pleinement réalité, comme tel est également rappelé : l’évangéliste Matthieu déclare accomplie la promesse divine avec la naissance de Jésus de la «vierge davídique».

Passages du Nouveau Testament : Mt 1-2

Dans l’Évangile de l’enfance de Matthieu, Jésus est clairement présenté dans le contexte du royaume davídique et Marie est éclairée dans son rôle de mère du nouveau roi : elle apparaît dans la généalogie (Mt 1,16) et dans l’accomplissement déclaré des prophéties (Mt 1,23 cite Is 7,14). Le fait que l’enfant soit à plusieurs reprises présenté avec sa mère rappelle la coutume, attestée dans les livres des Rois, d’enregistrer le nom de la reine-mère à côté de celui du fils. Les motifs davídiques sont évidents dans le récit de la visite des mages : on parle du «roi des Juifs», de la révérence des nations, de la «étoile», de «Bethléem».Lorsque nous étudions, Marie est à côté du Fils comme la *gestante* : c’est elle qui intronise le nouveau-né roi-messie et le présente à l’adoration des *nations*.(Luc 1,26-38) Prometuee à un fils de la *maison de David*, la Vierge est révélée par l’ange comme l’élue, par grâce, pour être la mère du messie attendu, le successeur sur le trône de son père. Jésus est annoncé comme le roi davídique par excellence : il sera « grand » et « fils de l’Altissime » au sens propre et unique par le pouvoir de l’Esprit Saint, qui interviendra directement dans sa conception (Luc 1,31 fait référence à Isaïe 7,14).(Luc 1,39-45) Avec le titre de « mère de mon Seigneur », et le même respect révérencieux manifesté par David pour l’arche (voir 2 Samuel 6,9), Elisabeth, en plus de raconter la conception messianique du garçon, salue Marie comme « mère de son roi » : une excellence et une dignité singulières.(Apocalypse 12) La Femme, qui occupe une position centrale dans la vision prophétique, est présentée avec un ensemble riche de symboles qui la qualifient comme reine-mère. Ce passage fait écho à Isaïe 7,10-14 (ce « signe dans le ciel » rappelle celui demandé par Acaz), Genèse 3,15-16 (voir Apocalypse 12,17.2 : ici se réalise la lutte commencée en Genèse 3), Jean 19,25-27 et 16,20-21 (où apparaissent une femme, les douleurs de l’accouchement, le thème de la loi). Sur la croix, la mère du Messie (et Roi des Juifs) devient la mère du disciple fidèle et idéal de l’Évangile. La Femme de l’Apocalypse est la mère à la fois du fils destiné à régner sur les nations avec un sceptre de fer, et de tous ceux qui observent les commandements : les disciples des deux situations sont liés. Le grand signe se réfère certainement à la communauté fidèle, mais comme image de Marie, qui, étant mère du Messie davídique, est précisément la *gestante* eschatologique.Au-delà de la tradition historiqueL’exégèse scientifique, confirmant la présence dans la Parole de Dieu d’une tradition comme celle de la reine-mère davídique, offre des éléments utiles pour comprendre la dignité et le rôle royal de Marie dans l’histoire du salut. Avec deux limitations :1) elle a du mal à récupérer à la fois Jean 2,1-11 ainsi que la liturgie et le magistère n’hésitent pas à attribuer à la même tradition ; et Actes 1,14, qui a été interprété dans ce sens tout au long des siècles.2) elle ne sépare pas suffisamment les données, sans doute fondamentales, liées au messianisme royal dynastique, de celles tout aussi importantes d’une autre origine.La lumière qui éclaire pleinement le sens de la dignité et du rôle royal de Marie vient également d’autres directions. C’est pourquoi il est nécessaire d’écouter à nouveau les Pères, pour lesquels, tout comme toute l’Écriture parle de Christ, toute l’Écriture parle de Marie, dont la royauté ils découvrent préfigurée dans de nombreux autres textes, lus, sans ignorer la lettre, dans une pluralité de perspectives, à partir de la typologique et prophétique.La royauté de Marie dans la pensée des Pères de l’ÉgliseLa doctrine de la royauté de Marie apparaît discrètement élaborée dans les écrits d’Éphrem et d’Ambroise. Mais déjà dans le Protoévangile de Jacques (IIe siècle) nous trouvons une première esquisse des aspects sous lesquels ce mystère de grâce, clairement énoncé dans le Nouveau Testament, sera progressivement exploré et compris à mesure que ses anticipations symboliques dans l’Ancien Testament seront découvertes.Reine et mère du SauveurDans le plan rédempteur et salvific de Dieu, Marie est la première bénéficiaire de cette transformation radicale qui concernera toute l’humanité : comme nouvelle et vierge terre, dans laquelle sera semée l’Église (selon Éphrem), cette créature est placée dans un nouveau jardin, le ciel-Dieu, où elle devient « fille du Roi céleste ». La *reine* « pure », qui vient du ciel, fait son entrée solennelle au moment culminant de l’histoire du salut en tant que « reine », comme « domina ». Elle est la porte orientale, très haute et « unique » de la vision d’Ézéchiel (44,1-3) par laquelle passe le Prince et entre la salut dans le monde : la seule demeure ou palais céleste digne de Dieu, la seule créature humaine préférée aux chœurs angéliques, de laquelle Dieu assumera la propre humanité, la mère qui donnera naissance tout en préservant sa dignité royale vierge.

Elle est la «vraie reine» destinée depuis l’éternité, préfigurée par l’arche conservée dans la tente de la congrégation : entièrement revêtue et couronnée d’or pur (Ex 25,11 : Vulgata), couverte de splendeur, ce qu’elle contient fait allusion aux réalités futures : nouvelle loi, Pain de vie, royaume-sacerdoce. La nouvelle et définitive «Arca de sainteté», bien plus précieuse et royale que la première, est appelée à une tâche inédite : le Psaume 45 (44) proclame la joyeuse annonce-euangélion (selon Chrysippe) de la dignité suprême à laquelle elle sera élevée : la «fille du roi David» donnera naissance au «fils du Roi céleste», la verge prophétisée de la racine de Jessé transmettra au «fleur de beauté» le crot, le trône et la couronne (cf. Ct 3,11).

La sainte «Épouse de Dieu», «servante fidèle du Seigneur» qui enfantera le «serviteur obéissant de Yahvé», la Nouvelle Ève qui donnera naissance au nouveau Adam, est élevée au palais du ciel pour devenir médiatrice et cause de salut : par elle, la gloire de Dieu entre la terre, le Soleil de justice, est donnée au monde, le pouvoir des ténèbres et du diable est détruit, la malédiction ancienne est annulée, la mort est anéantie, la vie est restaurée, la paix entre Dieu et l’homme est rétablie, et le Royaume finalement instauré. Elle est le trône véritablement royal, exalté et élevé (cf. Is 6,1) sur lequel le Seigneur des armées fait son entrée glorieuse, le nouveau «Temple du Roi des nations» qui remplace l’ancien, où il est possible de s’approcher du mystère adorable de Dieu : une jeune fille porte, sans se briser, Celui qui, par sa force, soutient tout le monde.

Le prodige de la maternité divine est accompagné de la communication d’une gloire, d’une majesté, d’une noblesse et d’une perfection incomparables. Dieu la rend plus grande que toute autre créature et souhaite qu’elle soit grandement agrandie par le peuple de la nouvelle alliance scellée par son «fiat». Perle précieuse du Royaume, trésor de l’amour de Dieu, elle est «la plus belle avec le plus beau» parmi les fils des hommes. La richesse de grâce avec laquelle elle est agrée, elle ne la garde pas pour elle, mais la communique et distribue. Sublime en vertus, resplendissante de mérites, vêtue de lumière, brillante comme et plus que le soleil, et plus grande que lui car elle irradie de sa personne la Lumière (cf. Jn 1,5.14), elle est la femme la plus bénie car elle est la plus craintive. Fidèle à sa mission d’ancilla Domini, elle est la supérieure qui visite immédiatement l’inférieure (Lc 1,39).

Reine et mère de tous les sauvés

La maternité divine place la Toujours Vierge Mère de Dieu au cœur même du dynamisme salvifique, l’action trinitaire, comme centre propulsif de vie, de grâce, de joie, de source d’espérance, de lumière, de beauté, d’origine de tous les biens : les nouveaux dons du Royaume. Dans la chaîne de grâce, un pouvoir tabit et agit, inversant les situations, soumettant les forces adverses, abattant le royaume de la douleur, détruisant les idoles, purifiant et renouvelant radicalement le monde, le préparant à accueillir le Roi. Son domaine est coextensif à celui du Fils et s’étend à l’univers. En raison de la grâce et de la dignité qui lui sont conférées, le rôle de régner lui est confié dès le début : «Ces choses, Mère, annonce à tous… par ces choses soit Reine» (Romain, Hymne II de Noël 18).

Collaboratrice de Dieu, «Mère de la vie», «avocate» de la mère en défense de toute l’humanité, la Nouvelle Ève, que Dieu a restaurée sur le trône perdu par la première (selon Damasce), est mère universelle. «Mère de tous les sauvés», «ventre qui régénère tous les hommes en Dieu». Sur la croix, au centre de la «chambre nuptiale», elle apparaît comme épouse du nouveau Adam et reine à sa droite, participante des douleurs du Crucifié, «couronnée» par son sang. Contrairement à la première, l’accouchement de la multitude infinie de ses nouveaux enfants se fait dans la douleur. Au moment où Christ accomplit la volonté du Père avec le don suprême de lui-même, elle est constituée solennellement et formellement «début» de l’Église, dans laquelle elle joue un rôle central et exemplaire de guide et d’enseignante : elle détient la primauté dans la proclamation du Royaume (elle est Regina Apostolorum) et préside la prière d’invocation du don de l’Esprit (Ac 1,14). André de Crète reconnaît sa présence dans la plus grande de toutes les prières : elle est la Reine qui prépare le banquet «royal» par excellence, l’eucharistique. La médiation sacramentelle confiée à l’Église trouve dans le titre (regalis) caelestium sacramentorum (selon Ambroise) son sens originel.

Compte tenu de la perfection désirée par le Maître, la « première » et la « parfaite » disciple exerce, en union avec le Fils, un service de grâce et d’autorité efficaces pour la salut, soutenant depuis les premiers pas, dans le nouveau grand exode, le peuple des sauvés par des interventions providentielles infinies. Le pouvoir/domaine qu’elle exerce dans l’Église est ouvertement reconnu et proclamé : il est nécessaire que les fidèles entrent dans le champ d’action de cette Domina déjà dans ce monde pour pouvoir appartenir au Dominus au ciel (selon Ildefonso). L’amour et la vénération que nous manifestons à la Mère du Roi garantissent l’authenticité de notre culte d’adoration à Dieu.

Son ascension, sa glorification et son intronisation dans le ciel, où, à l’instar du Ressuscité, elle retourne comme reine victorieuse, signifient pour toute l’humanité le passage de la misère à la richesse. Dans la plénitude de ses fonctions régnantes et maternelles, soutenue par l’onipotence de l’Esprit, la « Dame de toutes les créatures » travaille sans cesse pour réparer la rupture causée par le péché : sa médiation salvifique (amener Dieu dans le monde et conduire le monde à Dieu) apparaît tout à fait maternelle : elle se traduit par la protection et la préservation de l’existence, en particulier de la vie surnaturelle. Supérieure même aux êtres incorpóreels (bien qu’elle serve, comme eux, Dieu, les anges sont à son service, et elle est aussi leur reine), elle est associée encore plus intimement au domaine du Rex gloriae jusqu’à la fin des temps, où l’on attend une intensification de son intervention salvifique précisément en tant que reine.

La royauté de Marie dans le Magistère récent

L’encyclique Ad Caeli Reginam du pape Pie XII reste le texte magistral le plus important sur la royauté de Marie. Son enseignement, cependant, est en parfaite continuité avec la lettre apostolique Ineffabilis Deus et le merveilleux épilogue de l’encyclique Mystici Corporis, ainsi que avec la constitution apostolique Munificentissimus Deus.

et d’autres documents.La vérité proposée par Pie XII n’est pas nouvelle, car elle a toujours été unanimement professée à la fois en Orient et en Occident. Le pape rappelle les fondements traditionnels et les raisons théologiques : « La bienheureuse Vierge est Reine, non seulement parce qu’elle est Mère de Dieu, mais aussi parce qu’en tant que nouvelle Ève, elle a été associée au nouveau Adam ». Sa réalité de Reine ne se limite pas au degré suprême d’excellence et de perfection qu’elle possède après Christ, mais aussi à la « participation de cette influence par laquelle son Fils et notre Rédempteur s’exprime en disant qu’il règne sur l’esprit et la volonté des hommes ». Son pouvoir dans la distribution des grâces est presque immense.L’encyclique ne traite pas de questions spécifiques ni n’approfondit les relations de la réalité royale avec les nombreux autres aspects du mystère marial (l’Immaculée Conception, la Rédemption, la maternité spirituelle, l’Assomption…): cette tâche est laissée aux théologiens. L’objectif pastoral de cette déclaration solennelle est particulièrement évident : la fête liturgique est instituée pour que tous les hommes puissent se rassembler en prière autour de leur Reine et se consacrer à son Cœur Immaculé : « En effet, dans cet acte réside une grande espérance pour qu’une nouvelle ère puisse émerger ».Dans le chapitre VIII de Lumen Gentium du Concile, conscient de la congruence biblique-théologique d’une thématique qui ne voile pas et ne contredit pas la dimension biblique-évangélique de la Mère de Jésus, il place le titre Universorum Regina dans la perspective de la glorification de la Vierge-Mère et de la conformité la plus parfaite au Fils (LG 59), en soulignant l’aspect essentiel de sa maternité dans l’ordre de la grâce (LG 62). AG 42, AA 4, PrO 18 reprennent le titre Regina Apostolorum pour mettre en évidence la « mission » et, par conséquent, le « service » qu’elle accomplit, suivant les pas de Christ et comme modèle de l’Église, jusqu’à la Parousie (LG 68). La Marialis Cultus rappelle que Marie, « véritable siège de la Sagesse et véritable Mère du Roi », dans la gloire du ciel « brille comme une Reine et intercède comme une Mère » (Raimonde de la miséricorde, Mère de la grâce) et réaffirme la validité perpétuelle de l’avertissement de Saint Ildefonso : « Le Roi est couronné par l’avalanche de prières adressées à Raimonde » (cf. MC 5.6.11.22.25).L’encyclique Redemptoris MaterNo 41, l’interprétation de la réalité est éclairée par le Magnificat : «Marie est devenue la première parmi ceux qui, «servant Christ aussi dans les autres, avec humilité et patience, conduisent leurs frères au Roi, servant Celui qui règne» (LG 36), et a pleinement atteint cet «état de liberté royale», propre aux disciples de Christ : servir, c’est régner». De plus : «La gloire du service n’est pas sans être son exaltation royale : élevée au ciel, elle n’a pas cessé ce service salvifique, par lequel s’exprime la médiation maternelle, «jusqu’à la couronne perpétuelle de tous les élus» (LG 62)». Un service inauguré déjà aux noces de Cana (RM 21).

Lors de la catéchèse mariale du 23 juillet 1997, Jean-Paul II rappelle que le peuple chrétien, avec le titre de Reine, souhaite placer Marie au-dessus de toutes les créatures, en exaltant son rôle et son importance dans la vie de chaque personne et du monde entier. Sa réalité royale exprime le pouvoir qui lui a été conféré pour accomplir sa mission maternelle particulière, étant un corollaire de cela : associée au pouvoir du Fils, elle a un rôle dans l’extension du Royaume par la diffusion de la grâce divine dans le monde. Elle accompagne ses enfants, dont tout provient, avec une proximité continue et attentive, les soutenant dans les épreuves, communiquant la joie qui lui a été accordée : « C’est une Reine qui donne tout ce qu’elle possède, participant surtout à la vie et à l’amour de Christ ».

La réalité royale de Marie dans la liturgieLa présence de Marie en tant que Reine dans l’Église est, avant tout, une présence dans la liturgie, où son rôle est à nouveau « singulier ». La prière quotidienne des heures inclut des antiphones d’une beauté ancienne, comme Salve Regina, Ave Regina caelorum, Regina caeli. Un subtil signe de sa royauté est présent dans chaque célébration eucharistique lorsque résonne le « gloriosa » du canon romain, mais lors des solénités mariales, cette note est dominante.

La mémoire liturgique de Marie, ReineL’objet spécifique de la mémoire liturgique, ainsi que de la solénité de l’Assomption, dont elle est une joyeuse prolongation, est l’enthronement de la Reine à droite du Roi (Antiphone d’entrée), une vérité réconfortante que nous professons dévotement en adorant « Christ Roi, qui a donné à sa Mère la couronne de gloire » (Invitatoire) et en remerciant le Père de nous avoir donné Marie comme « notre Mère et Reine » (Collecte, Prière après la Communion).

La première lecture (Is 9,1-3.5-6) ramène à nouveau dans le temps liturgique la venue du Messie attendu : Il opère la transformation radicale de la réalité en faveur de son peuple, ouvrant les portes du royaume éternel et universel de Dieu. Mais le Fils-Créature, Prince de la Paix, qui entre dans l’histoire humaine est le Agneau sans tache qui se sacrifie sur la croix pour la rédemption de tous (Prière sur les offrandes). Il est d’abord accueilli par la Vierge-Mère : avec le courage de Judith, elle expose immédiatement sa vie pour délivrer son peuple de l’esclavage et de la détresse (Psaume responsorial : Jdt 13,18-20). Collaboratrice généreuse du Rédempteur, elle apporte rapidement la bonne nouvelle aux pauvres qui l’attendent : par sa voix, ils reçoivent l’effusion du Saint-Esprit (Évangile : Lc 1,39-47).

L’Église, en prière avec la Mère de Jésus, s’ouvre également pour accueillir le Sauveur et participer avec Lui au Royaume qui vient. Elle se souvient avec joie de la totale dévouement de la Vierge à la vie, à la mission et au sacrifice du Fils. En la suivant sur le chemin de l’humilité (Chant de l’Évangile) et de la foi (Antiphone de la Communion et Magnificat), l’Église s’associe à Marie, l’imite, et avec elle offre, en gratitude, sa propre disponibilité pour servir Christ et les frères déjà dans ce monde, aspirant à une conformité plus pleine avec son Seigneur, que la « plus noble Reine du monde » (Antiphone du Benedictus) a déjà atteinte, et à la participation au banquet éternel qui attend tous les élus (Prière après la Communion).Le don de la glorie des fils, sommet de l’existence et couronnement de la vocation à régner avec Dieu, peut être invoqué et espéré avec confiance : notre prière est soutenue par l’intercession efficace de la Reine céleste (Collecte).> Le rite de couronnement de l’image de la bienheureuse Vierge MarieLa Bienheureuse Vierge est à juste titre considérée et invoquée comme « Reine », car elle est Mère du Fils de Dieu et Roi messianique, collaboratrice auguste du Rédempteur dans l’établissement du Royaume, disciple parfaite et membre suprême de l’Église, et à juste titre « Dame des cieux et de la terre et Reine de tous les saints » (Préface 5). La couronne sur l’image réactualise la réalisation par Marie de l’objectif recherché par tous les fidèles : l’entrée dans le Royaume préparé par le Père depuis la création du monde pour ceux qui lui appartiennent. Le contexte doctrinal des textes eucharistiques (Lc 14,11 ; Mt 20,25-28, etc.) oriente l’existence du disciple : la couronne sera la récompense pour la fidèle suite du Maître. Le grand titre de réalité pour Marie est d’être « l’humble servante » du Seigneur « préoccupée par notre salut éternel, ministre de piété et reine de l’amour ». La action de grâce et l’invocation, le texte le plus significatif, s’articule sur le Magnificat. La Providence révèle son merveilleux dessein de salut, auquel l’existence de Christ et de Marie a un caractère exemplaire : tous deux, consciemment et librement, ont embrassé ce dessein, en s’humiliant eux-mêmes, et Dieu les a exaltés. Le règne de Marie est effectif : elle intercède glorieusement en tant qu’Avocate de grâce et Reine de miséricorde, opérant efficacement pour que le mystère accompli en elle se réalise également dans le peuple messianique. L’Ordo contient des supplications litaniques à Marie, Reine, et sept antiphones latines particulièrement suggestives.Les messes en l’honneur de la Bienheureuse Vierge MarieLes messes votives, une véritable et précieuse nouveauté dans le cours de la véritable réforme liturgique désirée par le Concile, aident à réaffirmer la place éminente et royale de Marie au sein du peuple de Dieu et à contempler son mystère tout au long de l’année liturgique. En puisant abondamment dans la langue de la tradition ecclésiale ancienne, de nombreux formulaires introduisent explicitement dans la célébration la note de réalité, qui, dans l’ensemble de la collection, peut être admirée dans toute sa richesse de nuances, comme dans un kaléidoscope. Les embolismes préfaciaux des quatre schémas, spécifiquement dédiés au thème dans l’editio typica, soulignent adéquatement la relation intime de Marie avec le Saint-Esprit et sa « compassion », son amour miséricordieux et illimité pour tous ses enfants.Le Magistère de l’Église approfondit la réalité de Marie dans l’encyclique Redemptoris Mater de Jean-Paul II, qui présente Marie comme Reine et Mère dans l’ordre du salut.Approfondissez vos études : explorez la mariologie, la théologie mariale, les apparitions mariennes et le diplôme de maîtrise en mariologie.

Conclusion

Le sens théologique de la réalité de Marie peut être facilement saisi en considérant trois aspects fondamentaux : la participation à la souveraineté-régnance de Dieu, le service d’amour oblatif et la maternité au sein du peuple messianique.

Reine dans le royaume de Dieu

Dans la trajectoire exaltante et dramatique des interventions de Dieu dans l’histoire pour rétablir le dialogue avec ses créatures, dans la révélation progressive du mystérieux plan éternel de salut qui converge vers son accomplissement en Jésus-Christ, résonne parfois l’annonce joyeuse et libératrice : « Le Seigneur règne ! » (Ex 15,18, Ap 12,10). À un moment absolument unique et décisif de l’accomplissement de ce plan, apparaît dans le ciel, comme une véritable « étoile du matin », la figure réelle d’une « Nouvelle Mère », destinée par le Père, choisie par le Verbe, remise entre les mains du Saint-Esprit, faite « pleine de grâce », capable d’opérer en synergie avec Dieu pour la réparation et la restauration universelle, visant l’accomplissement de l’alliance : la communion de vie avec Dieu, but ultime de la création elle-même.

Le « Soleil de justice » enlève de Elle son vêtement d’humanité et, en tant que Roi-Sauveur, délivre, régénère et réintègre dans leur dignité originelle les fils dispersés, prisonniers et éloignés (cf. Lc 15). En Elle, « la porte de la vie éternelle », Dieu se rend à nouveau proche de l’homme et l’homme de tous les temps peut à nouveau s’approcher de Dieu. À l’ombre du Très-Haut, avec la puissance de l’Esprit, dont Elle devient la demeure éternelle, la « Vierge royale » ouvre la voie à la défaite de l’ennemi de l’humanité et à la victoire définitive du Fils (cf. Gn 3,15), dont Elle partage intimement et indissolublement la vie, la mission et le pouvoir depuis Son pèlerinage terrestre. Dans cette œuvre de portée cosmique, qui durera jusqu’à la Parusie, la nouvelle Ève, la Mère immaculée du Rédempteur et de tous les sauvés, est placée comme un véritable secours à côté du nouveau Adam (cf. Gn 2,18) « plein de grâce et de vérité » (Jo 1,14).L’Évangile du Royaume (royaume de vérité et de vie, de sainteté et de grâce, de justice, d’amour et de paix) que Dieu instaure par l’œuvre de Son Christ est donc accompagné par l’annonce joyeuse de la présence royale d’une « fille de David », véritable « Arche de l’Alliance » qui amène Dieu et véritable « Tente de rencontre » qui prépare sans cesse la rencontre avec le Sauveur, entamant, dès la visite à Élisabeth, « la prédication du nouveau Royaume » (Éphrem, Diatessaron I, 28), levain de vie immortelle déjà présente et active. Avec l’accomplissement du mystère pascal (cf. Jo 19,30), le mystère de la « sublime fille de Sion » et de « la nouvelle Jérusalem » devient le mystère de l’Église « épouse du Agneau » et « mère » d’une multitude immense de fils (Ap 7,9). De Marie, Elle est éternellement le commencement, le modèle, la source, le cœur (cf. Ac 1,14). À côté du Roi des siècles, vêtue de l’éclatant splendeur de la lumière divine (Ap 12), Elle exerce sur l’univers une souveraineté accordée par Son propre Fils et opère sans cesse et efficacement pour la diffusion du Royaume, obtenant par Son puissante intercession les grâces nécessaires à la sanctification de chacun de Ses fils.Dans les versets 10,27 du IVe livre des *Carmina Nisibena*, attribués à saint Éphrem, la Mère de Jésus semble presque se dérober à l’hommage des « princes de Perse », dissimulant l’identité véritable de l’enfant et la sienne propre : « Quand une servante humble a-t-elle donné naissance à un roi ? Ne nommez pas mon fils roi : voyez que l’enfant est silencieux et que la maison de sa mère est vide et pauvre. Il n’y a rien de réel ici : vous avez peut-être été induits en erreur et le roi né doit être un autre. » Après avoir prouvé l’honnêteté des visiteurs, elle les avertit d’abord : « Magos, gardez le silence ! J’ai gardé le secret et ne l’ai révélé à personne », puis leur accorde la paix et les envoie comme apôtres de la vérité. Ils confessent alors ouvertement à la « Grande Dame » leur foi et reconnaissent que le pouvoir de l’enfant, son Fils, devant lequel toutes les nations se soumettront, commence déjà à régner dans le monde et à sanctifier la terre. Humilité, pauvreté, dépouillement sont les caractéristiques du service offert par Marie de Nazareth à Dieu et à son Royaume. Cet aspect de mystère caché, qui distingue la dignité royale de Marie, dont la véritable grandeur (comme cela s’est déjà produit pour Jésus devant trois de ses disciples : cf. Mc 9,2ss) se manifeste dans toute sa splendeur à l’apôtre de Patmos, s’étend à l’Église, corps de Marie : la dignité qu’elle possède déjà naît de sa communion intime à la vie de son Seigneur et est une réalité « autre » de celle extérieure et mondaine. La Mère du Messie « humble » annonce et anticipe en elle le style de son Fils (cf. Jn 13,14). Elle est une reine, rappelle Maxime le Confesseur, qui faisait pénitence : elle priait et jeûnait. Au moment incomparablement joyeux de sa première élévation à la gloire (la maternité divine), elle ne perd pas conscience de sa dimension créaturelle : « Marie offre un service fidèle » (Pierre Crisologue). Cependant, sa conscience de sa dignité royale transparaît discrètement dans le *Magnificat*, où Dieu est exalté pour « abaisser les puissants de leurs trônes et élever les humbles ». Mais Il a regardé, précisément, l’humilité de sa Servante.Reine du peuple messiéniqueMarie « Reine » est le message-vérité pour chaque personne qui vient dans ce monde, une anticipation de la gloire future de l’Église qui éclaire la vocation escatologique-réelle de tout le peuple de Dieu. L’insertion vitale en Christ, notre voie, vérité et vie, est préparée, favorisée, continuellement accompagnée et soutenue par la Théotokos, qui, en synergie avec l’Esprit, le divin Iconographe, forme progressivement et jusqu’à la perfection les fils à l’image du Fils, la veste royale nécessaire pour l’entrée dans le Royaume. En continuité et en communion avec la « fille élue du Père » et vraie « Nouvelle Mère » de tous les vivants, dans laquelle fleurit de manière unique la grâce de la conformité à Christ et toute la grâce de l’Église se trouve comme intensifiée et condensée, l’Église, Épouse du Seigneur, régénère dans les sacrements de la foi les appelés à la salut.Le « oui » à l’amour de Dieu, la conversion, constitue le début d’un chemin où toute l’humanité redécouvrira finalement sa dignité réelle originelle, objet de l’impatiente attente de la création entière (cf. Romains 8,19ss). Sur ce chemin, possible uniquement sous le signe de la foi inconditionnelle et de l’acceptation des plans de salut/réalisation que Dieu a pour chacun, la plus sainte des créatures est une guide sûre et toujours fidèle : « Voici ta Mère ! » L’acceptation du don que Christ mourant fait au disciple-Église pour accomplir pleinement la volonté du Père, et la communion de vie avec elle (la consécration à son Cœur immaculé pour partager son service au Royaume) est, pour l’Église, à la fois une grâce à invoquer et une réponse d’amour à la volonté du Seigneur : « Appelez ceux qui sont dans la salle (des noces : le Calvaire !), ils sont ses serviteurs. Chacun viendra en courant, tremblant, et l’entendra, ô Sainte, quand elle dira : « Où est mon Fils et mon Dieu ? » » (Romain le Mélode, « Marie aux pieds de la croix » 5). Le service à la Reine est un titre de gloire pour tout chrétien : « Servir le Seigneur et la Dame, c’est régner. »Approfondissez vos études : explorez la Mariologie, la Théologie mariane, les apparitions mariennes et le Diplôme de Master en Mariologie.

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