L’historicité des récits de l’Assomption de Marie

A historicidade das narrativas da Assunção de Maria
La question de ce qui est advenu de Marie après la mort de Jésus, où elle est morte, où elle a été enterrée, et ce qui est arrivé à son corps, ne trouve pas de réponse directe dans les Évangiles. Le principal témoignage littéraire est le *Transitus Mariae*, un ensemble de récits apocryphes des IVe-VIe siècles qui décrivent la dormition, l’enterrement et l’assumption corporelle de Marie. Bien que non canonique, ce texte a été décisif pour la formulation du dogme de l’Assomption (Munificentissimus Deus, 1950), précisément parce qu’il témoigne de l’ancienneté de la croyance. Cet article analyse la historicité de ces narrations, les situant dans le contexte des sources écrites et des mémoires liturgiques les plus anciennes.Le *Transitus Mariae* est la désignation technique des apocryphes qui racontent la dormition et l’assumption de la Mère de Dieu. Il a survécu dans trois familles textuelles distinctes : le *Transitus Romanus*, le *Pseudo-Meliton de Sardes* et celui de *Jean de Thessalonique*. Les manuscrits grecs, syriaques et latins diffèrent radicalement quant au destin du corps de Marie, oscillant entre une dormition simple avec sépulture à Jérusalem et une assumption immédiate au ciel. L’analyse de la historicité de ces récits a été déterminante dans le processus qui a conduit Pie XII à promulguer le dogme de l’Assomption dans Munificentissimus Deus.(1950).

L’origine romaine : les textes ébionites et le plus ancien témoignage de la Dormition de Marie

La première chose à dire est que les textes ébionites catholiques, étant les plus anciens, sont ceux qui ont préservé, car les plus proches des faits, la plupart des événements terminaux de la vie de Marie. Parmi ces textes, le *Transitus Romanus*, transmis par le Codex Vaticanus Graecus 1982, du XIe siècle, d’auteur inconnu qui attribue la pseudo-épigraphe à Jean, le Théologue, c’est-à-dire l’Évangéliste, est pratiquement identique au Livre du Repos Éthiopien et au texte du Codex Augiensis CCXXIX, mais il est le plus important parmi eux, tandis que le *Livre des Exéquies de Marie* et deux autres textes, l’un géorgien et l’autre irlandais, dépendent de cette triade. Donc, soit tous les trois composants dépendent de l’archétype perdu de Leucio, qui, comme nous l’avons dit, est du IIe siècle, soit cet archétype est le *Transitus* lui-même. Cela n’a pas grande importance pour la discussion que nous devons faire. Ce qui est plus important sont certains éléments pour la datation des textes et pour leur démitification, afin de mettre en évidence le fait historique sous-jacent.

Le cadre du *Transitus Romanus*

Le *Transitus Romanus* se déroule à Jérusalem. Au paragraphe 1, il est attribué à Jean Évangéliste, dont le texte écho ici et là avec le style et la formulation. Aux paragraphes 2-3, le *Transitus* décrit l’apparition de l’Ange à la Vierge, qui est le même Jésus, mais non reconnaissable comme la Mère. Il lui annonce que sa vie terrestre prendra fin dans trois jours. Ce détail, de matrice judéo-chrétienne, permet de dater le texte à une époque où existaient encore des chrétiens ébionites, c’est-à-dire avant la deuxième guerre juive de 130-135, et de faire remonter les faits narrés à l’époque de Marie, car elle était sans doute la plus éminente représentante des chrétiens juifs.

Détails de la narration et leur importance historique

Pour le confirmer, aux paragraphes 4-8, l’Ange conduit Marie sur le Mont des Oliviers et se révèle comme Jésus, qui a alors, ici comme dans les récits de la Résurrection de Luc et de Jean, un corps glorieux polymorphe. Un signe non seulement de l’authenticité de l’expérience mystique, mais aussi de la composition très ancienne de cette passage. Il n’y a pas de raison de douter de l’authenticité de cette expérience extrasensorielle prémonitoire : Marie était une mystique et les apparitions faisaient partie de sa vie, comme pour les premiers chrétiens, à commencer par les fondamentales qui se sont produites au tombeau du Ressuscité.

Éléments judéo-chrétiens dans le *Transitus Romanus*

De plus, d’autres éléments judéo-chrétiens d’une grande pertinence et visibilité immédiate sont ceux des paragraphes 9-12, où Marie, recevant une palme céleste, parle avec elle comme si c’était une image du Fils, car cela symbolise la vie éternelle que Jésus, vrai fruit de l’arbre de la vie, a conquise pour toute la famille humaine. Il est parfaitement plausible de considérer historique cette prière, car elle se réfère au contexte culturel dans lequel Marie a vécu et est morte.

Préparation de Marie pour son passage

Aux paragraphes 13-14 du *Transitus Romanus*, la Mère de Dieu informe ses parents de son passage imminent, tandis qu’aux paragraphes 15-21, l’apôtre Jean, celui à qui Jésus avait confié sa Mère, retourne miraculeusement à Jérusalem pour assister à son passage, arraché dans une nuée par l’Esprit Saint. À elle, Marie adresse une douce réprimande, celle de l’avoir laissée, bien que Jésus l’ait confiée à ses soins. Jean se justifie en disant qu’il avait accompli l’ordre du Maître qui envoyait ses apôtres dans toutes les nations. Cependant, ce détail semble incertain : si la nouvelle de la suite de Marie avec Jean en Asie Mineure n’est pas suffisamment certaine, il n’est pas non plus possible de la dénuer de tout fondement.

La demeure de Marie en Palestine et l’Église judéo-chrétienne

Peut-être l’auteur du *Transitus Romanus* a-t-il tenté d’insérer cette réprimande dans l’original pour démontrer que Marie est restée toujours en Palestine et que l’Église judéo-chrétienne, si elle n’a eu qu’un seul apôtre jusqu’à la fin de sa vie (c’est-à-dire Jacques, le Plus Petit, martyrisé en 68), a cependant accueilli la Mère de Jésus jusqu’à sa mort. Dans cette optique, il faut lire l’accent, sans doute historique, sur le fait que Marie a vécu à Jérusalem avec ses parents. Les sources ultérieures, plus vraisemblablement, attesten que la Mère était également avec la famille de Jean.

L’arrivée miraculeuse des apôtres

Par la suite, aux numéros 22-29 du récit, les Apôtres arrivent de manière miraculeuse, tout comme le Quatrième Évangéliste. Après cela, Marie s’entretenait avec eux (n° 30-31). Démystifiant la scène, nous pouvons, avant tout, établir quelques repères chronologiques. Le premier est que, après l’an 42, lorsque chaque Apôtre partit pour une mission hors de la Palestine, la première et unique fois qu’ils se réunirent tous ensemble fut au Concile de Jérusalem, c’est-à-dire entre 48 et 49. Jean est attesté à Éphèse dès 66, mais il partit également en 42 et, selon le Transitus, il vint à Jérusalem de Sardes. Tout cela permet de dater la Dormition de Marie non au-delà de l’an 50.Paul et le Concile de JérusalemPour appuyer cela, Paul est présenté comme un néophite accueilli favorablement par les autres douze, particulièrement par Pierre, ce qui signifie que les contrastes entre lui et Jacques se résolurent au Concile de Jérusalem, grâce à la médiation du Prince des Apôtres. Par conséquent, une source judéo-chrétienne comme celle-ci peut parler de Paul avec une certaine condescendance (cf. n° 45, où Jésus lui annonce qu’il lui révélera dans la vie future ce que les autres Apôtres savaient déjà de lui sur terre), sans aucune référence aux divergences concernant l’observance de la Loi de Moïse. Le texte original, donc, fut écrit après l’an 50, tandis que Leucius l’a écrit avant 130, lorsque des juifs chrétiens orthodoxes reconnaissaient encore les Écritures pauliniennes comme inspirées.L’importance de la venue miraculeuse des douze ApôtresProbablement, pour marquer la différence entre les chrétiens ethniques et les chrétiens juifs, Leucius ou quiconque a préféré présenter miraculeusement la venue des douze au chevet de Marie, presque pour nier l’importance du Concile de Jérusalem, dont les décrets ne concernaient que les baptisés non appartenant au Peuple de la Promesse. Un autre élément important : Jean revient de Sardes et non d’Éphèse, ce qui nous donne un autre indice que les faits sont situés après 42 et avant 50. De plus, Marie offre à Jean un livre composé d’un parchemin, c’est-à-dire vraisemblablement un rouleau (n° 20), selon une coutume remontant à une période très ancienne, anté-destruction de Jérusalem : signe que le récit original fut écrit avant 70.La Dormition de Marie : un événement historique

Nos numéros 32-36, on décrit la Dormition elle-même, avec une apparition de Jésus accompagné de personnages importants de la cour céleste. L’âme de Marie est emportée par le Fils. Les témoins de cette vision sont les Apôtres et de nombreux autres. Jésus ordonne de sortir par le côté gauche de la ville pour se diriger vers le tombeau préparé, ce qui suppose que la Dormition s’est produite au nord de Jérusalem, car seul en levant de là, le côté du Cedron (où se trouve le tombeau de Marie) est à gauche. Il n’y a aucune raison de douter de l’historicité de l’événement ni de son authenticité, la psychanalyse ne suggérant pas de collectes suggérées en groupes de plus de deux personnes. Cet événement est le véritable fondement historique des derniers faits concernant Marie, car le reste a été déduit, mais si la mort n’était pas entourée d’un halo parapsychologique, il n’y aurait pas de motif pour postuler une glorification précoce de la Mère de Dieu en corps et en âme.

Les funérailles de Marie et le miracle de la conversion

Aux numéros 37-44, on raconte les funérailles de Marie et un événement qui est la clé de la datation. En effet, le cortège funèbre est attaqué par les Juifs, menés rien de moins que par le Grand Prêtre Jéronim. Celui-ci tente de retourner le cercueil, mais ses mains restent collées à celui-ci. En conséquence, il se convertit et est immédiatement guéri. De retour à Jérusalem avec la Palme céleste, il guérit les autres agresseurs qui se préparaient à attaquer le cortège, mais ils furent aveuglés par les Anges. Au numéro 44, les Juifs punis font un parallèle entre leur situation et celle de Sodome dans la Genèse, car ils savent qu’à moins de se convertir, ils seront détruits. De ce fait, beaucoup se convertissent.

Le repentir rédempteur et l’importance des conversions

Ces informations sont d’une importance capitale. En premier lieu, lorsque Leucio a écrit son archétype ou le Transitus Romanus, il l’a certainement fait avant la deuxième guerre juive : sinon, il n’y aurait pas de manque de références à la ruine définitive d’Israël et de Jérusalem, comme véritable et définitive punition de Dieu sur les Juifs incrédule, d’abord en Christ et ensuite en Marie. Au lieu de cela, le texte parle de la possibilité rédentrice d’un repentir qui, après la fondation d’Aelia Capitolina sur les ruines de Jérusalem, semblerait complètement inutile. Au plus, on peut supposer que l’auteur, avec cet appel à se convertir à Marie et à Christ, rappelait aux judéo-chrétiens que le véritable Messie n’était pas Bar Kokteba, mais Jésus, et qu’ils ne devraient donc pas, comme ils ne l’ont pas fait, se joindre à la révolte.La relation entre le Transitus Romanus et la destruction du TempleCependant, dans ce cas, Leucio ou quiconque aurait dû rappeler aux fidèles qu’une fois déjà, en 70, Jérusalem avait été détruite, comme Jésus l’avait prédit, et qu’une nouvelle révolte pourrait donc avoir des conséquences bien plus catastrophiques. Au lieu de cela, l’auteur préfère, comme nous l’avons vu, attribuer aux Juifs effrayés la crainte d’avoir le même destin que Sodome, sans aucune référence à la Destruction du Temple. Ce qui suggère que lorsque le texte assumentiel original a été écrit, Jérusalem était encore debout avec son lieu saint. Sinon, il aurait été plus logique de menacer les Juifs impénitents avec ce qui serait arrivé par la suite, c’est-à-dire la destruction de la ville. Au lieu de cela, le texte laisse entendre qu’un aperçu de salut pour les Juifs, lorsque Marie est endormie, pourrait encore exister auprès de Dieu, car beaucoup se sont convertis. Ce qui signifie que l’archétype perdu de l’Assumption a été écrit avant 70. Cela est également confirmé par le fait que l’attaque contre le cortège, plausible étant donné la lutte que les pharisiens et les saducéens menaient contre les judéo-chrétiens, est menée rien de moins que par le Grand Prêtre.Le contexte historique du sacerdoce juif et sa pertinence

Maintenant, après l’année 70, le sacerdoce juif a cessé d’exister ; il est donc évident qu’attribuer à un prêtre l’assaut sur le cercueil et promettre lui le salut s’il se convertissait est un anachronisme flagrant dans le Transitus Romanus et dans l’archétype de Leucio. Cela ne s’explique que si le texte original, dont Leucio a extrait les passages, a été rédigé avant la destruction du Temple. De toute évidence, comme il n’y a jamais eu de grand prêtre nommé Jéphonias et qu’aucun clerc juif ne se souillerait en touchant un cadavre, le récit de l’agression doit être considéré comme une exagération. L’assaut est possible, mais il est probablement l’œuvre d’un laïc qui a profané le cercueil de Marie, ce qui n’est pas sans précédent, comme nous le verrons. Au plus, cela aurait pu être un prêtre mineur, qui se serait converti après un prodige. Toutefois, cela ne serait pas possible pour le grand prêtre sans recourir à des sources historiques de plus haut rang.

La défense du corps de Marie et les prodiges qui y sont associés

Quant au miracle au cercueil, outre le rappel de l’intangibilité de l’Arche d’Alliance dans l’Ancien Testament, assimilée à Marie, c’est une explication plausible de l’échec de l’assaut juif. L’autre explication est une défense du corps de la Mère de Dieu par les chrétiens, ce qui est cependant problématique à supposer, car officiellement les fidèles non circoncis reconnaissaient encore l’autorité du Sanhédrin, et surtout, cela impliquerait une intervention de l’autorité publique, avec des conséquences que les Actes des Apôtres, parlant du Concile de Jérusalem, n’auraient pas omis de mentionner.

La veille des apôtres et l’Assumption au paradis

Au numéro 45, le Transitus parle de la veille des apôtres devant le tombeau de la Vierge, tandis que aux numéros 46-48, on décrit l’Assumption au Paradis (terrestre) par les archanges Michel et Gabriel. Le corps de Marie est placé sous l’arbre de vie et son âme y retourne. Cet événement est vu par les douze apôtres. Bien qu’aucune restriction ne puisse empêcher Dieu de faire des prodiges, il est probable que ce passage est une exagération mythique d’un événement beaucoup plus modeste, en accord avec ce que décrivent les quatre Évangiles sur la Résurrection de Jésus, c’est-à-dire un retour à la vie sans témoins, mais déduit du tombeau vide.

La vérification de l’Assumption et les textes originaux perdus

La fin la plus probable du texte original, qui n’est pas parvenu jusqu’à nous, est celle attestée par le Codex Vaticanum 2072 et le Codex Ottobonianus Graecus 415 (contenant un fragment d’Éphémien), où les Apôtres ouvrent le sépulcre après trois jours pour voir le corps de Marie, mais ne le trouvent pas, déduisant qu’il a été assumé au ciel. La même fin est attestée dans le Codex Vaticanum 2013 et le Codex Parisinus 121, où les Apôtres veillent jusqu’à la translation du corps de Marie au ciel, mais cette translation n’est ni décrite ni vue. Il est vrai que les similitudes entre la Résurrection et l’Assomption sont uniquement extrinsèques et que la description, dans les récits des textes judéo-chrétiens en général, est une création originale due au manque d’archétypes littéraires et théologiques, mais cela ne signifie pas que la vision n’a pas eu lieu. Elle aurait pu être la représentation narrative d’une réflexion doctrinale formulée par l’Église judéo-chrétienne.

Les récits des códices sur le tombeau de Marie

Il est également notable que l’épilogue du Codex Marcianus VII, 38 indique que le tombeau de la Vierge a été ouvert après quelques jours, car un apôtre, dont le nom n’est pas mentionné, arrivant en retard, voulait voir une dernière fois le visage de Marie, et, en entrant dans la chambre funéraire, découvrit que son corps avait été assumé au Ciel. Cette information me semble digne de foi, car elle coïncide avec ce que nous avons dit sur le retour des Apôtres à Jérusalem non de manière miraculeuse, mais pour le Concile. Dans ce cas, quelqu’un aurait pu sans doute arriver en retard.

La préservation des traditions judéo-chrétiennes en Syrie et en Éthiopie

La dernière note sur l’historicité des textes des IIe et IIIe siècles réside dans le fait qu’ils, imprégnés de judéo-christianisme, sont parvenus jusqu’à nous non seulement par l’élaboration de l’Église palestinienne, mais également par d’autres deux communautés qui ont toujours été très liées à la culture juive : celle de Syrie et celle d’Éthiopie, qui ont accueilli et préservé les anciennes traditions avec un amour particulier.

Confirmations dans les textes les plus récents sur l’Assomption

Certaines nouvelles historiques peuvent également être déduites des textes les plus récents. Le Transitus Colbertino, le texte le plus significatif de ces monofisites nominaux dont nous parlons, apporte des confirmations importantes à ce qui est décrit par les livres judéo-chrétiens, non seulement par un simple nettoyage de leurs récits. Les passages communs et les parties dialoguées contiennent souvent les mêmes phrases et mots. Au 1,1, le Transitus fait référence à l’enseignement de l’apôtre Jean. Aux 2,1-2, il est affirmé que Marie vivait dans la maison des parents de Jean, située sur la Montagne des Oliviers. Les confirmations archéologiques rendent cette nouvelle crédible : Marie avait certainement sa propre maison à Jérusalem, si ce n’est pour autre chose, car elle y est née, mais les parents de Jean en avaient également une, où la Mère de Jésus pouvait rester aussi longtemps qu’elle le souhaitait, puisque l’Apôtre, par ordre du Rédempteur mourant, l’avait prise, littéralement « entre ses choses ».La vie érémitique de Marie et son rôle dans l’Église primitiveDans ce même passage, il est dit que Marie, deux ans après la Passion de Jésus, prise de tristesse et de nostalgie pour le Fils, s’est retirée dans sa cellule, c’est-à-dire dans un lieu isolé de la maison des parents de Jean. Ce type de vie érémitique est compatible avec le rôle discret de Marie dans l’Église primitive, car elle n’est jamais citée dans les textes canoniques des Épîtres et des Actes après le Pentecôte.L’annonce angélique de la Dormition de MarieAu chapitre 3, on trouve l’annonce de la Dormition imminente de Marie, de manière similaire à celles que nous avons vues. L’Ange, qui est Jésus mais ne se révèle pas, remet à la Mère la Palme céleste. Tout semble se dérouler deux ans après la Résurrection de Jésus, mais ce qui est dit ensuite sur l’arrivée des Apôtres à Jérusalem, venus des lieux de mission, laisse clair qu’il y a un intervalle temporel entre 2,2 et 3, une forme rapide similaire à celle des Évangiles de la Résurrection, presque comme si l’auteur du Transitus Colbertino voulait situer son œuvre dans cette littérature, afin d’associer les derniers destins du Fils à ceux de la Mère.L’arrivée miraculeuse des apôtres et la Dormition de Marie

De facto, aux versets 4,1-5,2, les Apôtres arrivent sur les nuages. De 6,1 à 7,2, on décrit la veillée des Apôtres auprès de Marie et sa Dormition. Lors de ce Transitus, Jésus apparaît avec Michel et les anges, qui emmènent l’âme de Marie. S’ensuit une procession funèbre. Aux versets 7,3-9,2, on relate l’agression des Juifs, mais significativement, l’attaque sur le cercueil est effectuée par l’un d’eux, non spécifié. On y retrouve également la répétition du récit des mains coupées, de la conversion, de la restauration de l’intégrité au sacrificateur repentant et de son annonce évangélique aux autres Juifs, également punis. Dans ce récit, on retrouve, de manière identique au Transitus Romanus, la référence au destin de Sodome qui pèse sur Jérusalem si elle ne se convertit pas. L’auteur du Transitus Colbertin, malgré deux destructions de la ville, ne modifie pas la menace, l’adaptant à ce qui s’est réellement passé, démontrant ainsi que la conversion des Juifs, dont il parle comme si elle était salvatrice, n’était évidemment pas sincère et suffisante. Cela révèle qu’il s’agissait d’une tradition trop vénérable pour être modifiée.

L’Assomption au ciel et la divergence sur le destin de Marie

Aux versets 10,1-3, Jésus et les Archanges Michel et Gabriel assument au Ciel, et non au Paradis terrestre, le corps réanimé de Marie, tandis que les Apôtres assistent à la scène. Cette divergence sur le lieu de destination de la translatation semble confirmer une théorie d’élaboration narrative plutôt qu’une véritable vision des Apôtres.

Le Transitus du pseudo-Melitone de Sardes : variantes narratives et le débat sur l’Assomption immédiate
Informations pertinentes dans le Transitus du pseudo-Melitone de Sardes

Dans le Transitus du Pseudo-Melitone de Sardes, on trouve quelques informations notables. Tout d’abord, un début controversé contre Leucius (1,1), auquel sont attribuées de nombreuses théories et dont les écrits sont interdits et, par conséquent, effacés de la mémoire collective. Aux versets 2,1-2, on confirme la nouvelle selon laquelle la Vierge, confiée à Jean, est restée avec ses parents. Cela sert également à démontrer qu’il n’y avait pas de différence entre les Églises apostoliques des nations et l’Église « mariale » judéo-chrétienne, car Marie est restée à Jérusalem, mais Jean s’en occupait indirectement.

La peur de Marie et la fermeté des Apôtres

En 3,1, on trouve l’annonce angélique de la Dormition avec la remise de la palme. Pour justifier l’absence de Marie dans les Écritures bibliques, le Pseudo-Melitone situe la Dormition deux ans après la mort et la résurrection de Jésus. Il conserve toutefois des éléments judéo-chrétiens jusqu’alors non divulgués à l’Église universelle, car il attribue à Marie la crainte de devoir affronter Satan après sa mort, bien qu’elle ne soit pas sous son pouvoir. Elle est cependant apaisée par l’ange.Le récit de la Dormition et du sépulture de MarieEn 4,1, l’apôtre Jean est décrit comme catégorique, ayant reçu de Marie la connaissance que les Juifs avaient décidé de brûler son corps après sa mort. De 5,1 à 6,1, les autres apôtres, de manière également miraculeuse, sont également catégorisés, bien qu’un évident anachronisme les place déjà répandus dans le monde prêchant, alors qu’ils n’ont quitté Jérusalem qu’en 42 et non en 32. Cela révèle le manque de préparation de l’auteur de ce Transitus.La Dormition de Marie et la conversion des JuifsDans la section entre 7,1 et 9,2, les apôtres veillent sur Marie qui se prépare à la Dormition. Apparu, comme dans les autres sources, Jésus, la Mère s’endort et son âme est emportée devant les témoins présents. En 9,1, le tombeau est à l’est de la ville, identifié clairement en fonction de la nouvelle localisation des événements. De 11,1 à 15,2, on décrit le cortège funèbre, avec l’assaut correspondant, cette fois-ci mené par le Grand Prêtre, et la sanction divine qui précède la conversion, comme dans le Transitus romain. Aussi dans cette source, les Juifs craignent de partager le destin de Sodome, bien que le ton antijudaïque du texte, et il n’y a pas de prédiction de la chute de Jérusalem, qui aura néanmoins lieu, malgré sa conversion. L’héritage ancestral est encore une fois très fort.Le sépulture et l’Assomption de MarieDe 16,1 à 18,1, la Vierge est ensevelie. Jésus apparaît et assume la Vierge dans le ciel également avec son corps, à la demande des apôtres. Ce détail, qui suscite l’étonnement, vise à souligner de manière maladroite la primauté de l’Église apostolique sur l’Église charismatique représentée par Marie, et surtout de l’Église gréco-latine sur l’Église judaïsante. Dans la mémoire de l’auteur, cette dernière n’était plus distincte entre l’orthodoxie ebionite et la tétrorodoxe.Le fragment copte de la Dormition et le contexte historiqueDans le Fragment copte de la Dormition, nous n’avons que deux informations : le prêtre sacrilège et converti avertit les Apôtres que leurs anciens coreligionnaires veulent brûler le corps de Marie. Mais tandis que les douze s’inquiètent, Dieu les dissuade de leur funeste projet, car ils comprennent qu’ils ne pourront échapper une seconde fois (la première fut lors de la mort de Jésus) à la punition de Dieu (8-9). Jésus ressuscite alors la Mère en présence de ses Apôtres. La première nouvelle n’est pas dépourvue d’une certaine importance historique : en effet, l’empereur Claude (41-54) avait promulgué un édit interdisant l’ouverture et la profanation des tombes. Le décret établissait non seulement l’inviolabilité perpétuelle des sépultures, mais aussi la peine capitale pour quiconque détruirait les corps ou les déplacerait avec des intentions malveillantes. Claude, qui avait diffusé cet édit en Palestine, aurait peut-être été poussé à le promulguer par les rumeurs persistantes de la Résurrection de Jésus, qui étaient évidemment frauduleuses pour lui. Les prêtres, s’ils avaient profané la tombe de Marie, auraient encouru les sanctions de la loi, d’autant plus que lorsque la Mère de Jésus mourut, Claude était encore vivant. À cette punition, les prêtres voulaient évidemment échapper lorsqu’ils décidèrent de ne pas profaner la tombe de Marie. Cette menace pourrait sans doute paraître divine et providentielle aux chrétiens, dont on ne peut exclure une intervention auprès de l’autorité romaine compétente.Jean de Thessalonique (VIIe s.) : la troisième famille textuelle et les éléments historiques de la DormitionJean de Thessalonique et les éléments historiques pertinentsDans le cadre des documents monophysites nominaux, je cite le récit de Jean de Thessalonique. Outre l’invective initiale contre les ebionites (1,1-3), certains éléments sont notables. Le premier est que, malgré l’annonce de la mort de Marie par un ange qui lui remet la palme céleste et cache son nom, comme dans la autre source, dans ce récit la Vierge se rend sur le Mont des Oliviers et voit Jésus (3,1-3) : cela signifie que les motifs les plus anciens sont fusionnés avec les plus récents. Jésus est distinctement séparé de l’ange, mais la nouvelle de son apparition à la Mère avant la Dormition est confirmée, tout comme sa localisation spatiale.La vénération de la palme et les enseignements de Marie

On suit alors la vénération de la palme et l’enseignement des parents par Marie (4,1-2. 5,1-4), exactement comme dans les sources les plus anciennes. En 6,1-3 est décrite sommairement l’arrivée de Jean, qui ne sera explicitement racontée comme miraculeuse qu’en 8,1, tandis qu’en 7,1 arrivent sur les nuages les autres Apôtres, qui discutent avec Marie (8,2-3). Un détail intéressant est la timidité de Paul en 7,2-3, ainsi que la source primitive judéo-chrétienne qui n’est jamais parvenue jusqu’à nous.

La veille des Apôtres et la dormition de Marie

De 9,1 à 11,1 est décrite la veille au côté de Marie, et en 18,1-4, sa Dormition, avec l’apparition habituelle de Jésus et de Saint Michel qui prennent son âme. La description de la scène conserve plusieurs éléments juifs. Enfin, à partir de 13,1, sont relatés les péripéties du sépulture, incluant l’attaque d’un prêtre non nommé sur le cercueil et le prodige qui en résulte, la conversion et la guérison du sacrilège, ainsi que sa prédication à ses coreligionnaires, qui, à cette époque, sont décrits comme inquiets de ne pas partager le même destin que Sodome (13,6).

Épilogues du récit de Jean de Thessalonique

Les épilogues que j’ai cités précédemment comme des sources fiables préservant la tradition la plus ancienne de la Dormition, avec l’Assomption sans témoins, appartiennent au récit de Jean de Thessalonique. Il en existe six, dont cinq corroborent cette version, bien que avec quelques variations qui ne clarifient pas le sens. En tout état de cause, ils ne comportent pas d’apparitions assuncionistes. Seul l’épilogue du Codex de Paris 1190 mentionne que la Vierge est assise au ciel sous les yeux des Apôtres. Il est évident que la réécriture des textes judéo-chrétiens par les monophysites nominaux s’est également basée sur des sources plus anciennes, toutefois décontextualisées, ajoutées plus ou moins librement aux nouveaux textes par divers copistes.

Documents calédoniens et leurs particularités

En ce qui concerne les documents calédoniens, je renforce ce qui a déjà été dit, à savoir qu’ils reposent sur une tradition remontant à l’Apôtre Jacques, et je mets en lumière les particularités du Transitus du Pseudo-Joseph d’Arimathie. La première particularité de ce texte réside dans le fait que la Vierge demande à son Fils, avant la Passion, d’annoncer sa propre départure trois jours auparavant, et le Fils accepte (1-3). C’est un préambule qui n’a jamais été raconté. Au numéro 4, on décrit l’annonce de l’Ange à Marie concernant sa Dormition, avec la remise de la palme. Il est situé, avec un anacronisme impressionnant, deux ans après la mort de Jésus.

L’arrivée de Jean et des autres apôtres

Au numéro 6, on décrit l’arrivée miraculeuse de Jean, et au numéro 7, celle des autres apôtres, à l’exception de Thomas. Ce retard, incompréhensible dans un contexte de transport miraculeux, est logique s’il est considéré comme une arrivée par des moyens humains : Thomas évangélisait les Indes et était beaucoup plus éloigné lorsque le concile de Jérusalem a été convoqué. Aux numéros 11-12, on trouve l’apparition de Christ avec la Dormition de Marie et l’Assomption de son âme qui en découle.

Le cortège funèbre et la conversion de l’agresseur

Aux numéros 13-15, on décrit le cortège funèbre et l’attaque subséquente des Juifs sur le cercueil. Le coupable du sacrilège, dûment puni et ensuite converti, est un laïc nommé Rubem. Étant donné que cette source est la seule à attester à la fois de la condition laïque et du nom différent de l’agresseur, je pense qu’il est préférable de retenir la nouvelle de l’attaque, si ce n’est par un prêtre, du moins par un Juif nommé Iefonia.

Le témoignage de Thomas et l’Assomption de Marie

Au n° 16, l’Assomption de Marie est décrite dans le contexte d’une apparition angélique. La particularité réside cependant aux n° 17-21 : Thomas arriva sur les nuages alors que la Vierge est assumée et reçoit d’elle, comme un cadeau, le cordon avec lequel le linceul funèbre était attaché à sa mortalité. S’ensuivent des dialogues entre Thomas et les autres Apôtres, où le rôle évangélique de douteur du premier est inversé pour celui de confirmateur de la foi des seconds. En plus du récit éthologique de la relique qui se conserve à Constantinople à l’époque où ce Transitus a été écrit, le texte contient une information sûrement authentique. Thomas arriva en retard à Jérusalem, apprit que Marie avait disparu, demanda aux autres Apôtres d’ouvrir le tombeau et, constatant la disparition du corps, contempla en vision son Assomption.

La tradition des églises syriennes et calédoniennes

Le cordon, aujourd’hui disparu, est devenu la preuve de la libération du corps de Marie de la mort, tout comme le Sudarium a été pour la Résurrection de Jésus. Ce Transitus, signé par Joseph d’Arimathie (n° 22), contient cette nouvelle si ancienne car il dépend directement des traditions remontant non à Jean, mais à Jacques, le Plus Petit, chef incontesté de l’Église de Jérusalem jusqu’à sa mort. Ces nouvelles ont été religieusement préservées par l’Église syrienne de manières inconnues pour nous et se sont confluées dans les textes calédoniens appelés Transitus Syrien A, B, C et D, dont le dernier rassemble les autres et est attribué, tout comme le Transitus Romain, à Jean, le Théologue, où il n’est pas par hasard que les motifs des diverses narrations se fondent largement.

Le pèlerinage de Marie au Calvaire et l’Annonciation de la Dormition

Dans la Transition, n. 2, nous trouvons la nouvelle, sans doute historique mais racontée d’une autre manière, que Marie se dirigeait vers le Calvaire pour commémorer le Fils mort, malgré la détermination du Sanhédrin à y placer des gardes, mais qui, miraculeusement ou pieusement, n’ont pas pu empêcher la Mère de Dieu lors de ses fréquentes visites. Au n. 3, Marie reçoit de l’Archange Gabriel l’annonce de sa Dormition imminente. Ici, l’ange annonciateur de la Dormition n’est pas seulement distinct de Christ, mais identifié comme le messager de l’Annonciation, dont le nom, Gabriel, indique ce qu’il vient annoncer, c’est-à-dire l’action puissante de Dieu. L’identification n’est pas théologiquement erronée, mais démontre une préoccupation dogmatique propre à l’Église universelle, élevée à la mentalité judéo-chrétienne.

Les miracles et l’impuissance contre Marie à Bethléem

Ce qui suit est complètement différent des autres sources que nous avons étudiées : Marie se prépare à la Dormition à Bethléem (4) et c’est là qu’est descendu Jean (6), suivi par les autres Apôtres (11). À Bethléem, la Vierge accomplit des miracles et des guérisons (26-28) et même ressuscite certains morts (13). L’aristocratie sacerdotale de Jérusalem tente alors d’inciter l’autorité romaine contre elle, sans succès (29-30), jusqu’à ce que Marie, miraculeusement, retourne à Jérusalem, non sans une tentative d’attaque des Juifs, interrompue par un ange (31-34).

De la Dormition à la doctrine : historicité des récits et Munificentissimus Deus de Pie XII (1950)
La véracité des rapports du Transitus romain

Il me semble peu crédible que la Vierge ait tenté d’aller à Bethléem après l’arrivée des Apôtres, mais la nouvelle de son ministère charismatique, même aux abords de Jérusalem, et de l’impuissance répétée des Sadducéens et des Pharisiens contre elle, véritable centre de l’Église judéo-chrétienne en l’absence de presque tous les Apôtres, me semble raisonnablement acceptable, tout comme celle d’une neutralité proclamée des Romains en matière de doctrine. Je dirais de même pour un rôle particulier que l’Église de Bethléem aurait dû jouer dans la préservation des mémoires mariales liées à la naissance de Jésus et à la lignée davidique.

La dormition de Marie et la narration du transitus

Des numéros 37 à 45, le Transitus décrit la veille au chevet de la Vierge par les Apôtres et la dormition de Marie, dont l’âme est emportée par Jésus. Des numéros 46 à 47, on trouve la description du cortège funèbre, avec l’attaque de Jéfonie, qui est ici une personne ordinaire. Enfin, des numéros 48 à 50, on raconte le sépulture de Marie et son ascension subséquente, vue par les Apôtres. On remarque donc, comme dans la plus grande source du dernier groupe assuncioniste, des éléments archaïques et plus récents sont désormais en parfaite fusion.

La croyance en la descente de Marie aux enfers

En marge de tout cela, je note que, même dans le cycle de Leucio, dans le Livre du Repos Éthiopien (n. 100), est attestée la croyance ancienne en le voyage au-delà de la tombe de Marie, ascendue au Ciel, aux enfers, dont les prisonniers elle obtient une interruption cyclique de leur peine. Cela signifie que, sur la base de notre reconstruction de l’histoire des textes assuncionistes, déjà au premier siècle, l’Église judéo-chrétienne, imitant ce qui est attesté de Jésus dans l’Évangile de Matthieu, croyait en une descente de Marie aux enfers, avec des effets similaires, mais réduits, à ceux du Fils. Cette nouvelle revient également dans l’Apocalypse de Paul de 250 et est la préhistoire de la croyance en l’efficacité de l’intercession de la Vierge et des Saints en faveur des âmes des défunts.

L’Assomption de Marie comme fait historique

Que l’Assomption de Marie soit un fait historique, au sens d’un fait attesté par une multitude de sources connectées, mais en partie indépendantes, je le crois déduire de ce que nous avons dit dans ces pages. Toutes ont le même schéma narratif : vie de Marie à Jérusalem, annonce céleste de sa dormition, sa préparation, arrivée de Jean puis des autres Apôtres, derniers entretiens de Marie avec les Apôtres, dormition de Marie avec vision du destin de son âme par les présents, cortège funèbre, attaque de certains Juifs avec intervention divine prodigieuse pour défendre le corps de Marie, conversion de nombreux agresseurs, sépulture de Marie, son ascension. Probablement sans témoins, mais constatée par la visite au tombeau de l’apôtre Thomas, arrivé tard à Jérusalem. Celui-ci, évidemment, peut-être aussi avec les autres qui l’accompagnaient, a eu une vision sur le destin ultraterrestre de Marie.

Le tombeau vide de Marie comme confirmation de l’Assomption

Cet événement historique a une confirmation puissante dans le fait que nous avons le Tombeau de Marie, dont nous avons parlé précédemment, et qu’il est vide. Lieu de culte depuis le Ier siècle, décrit avec précision dans le Transitus Syrien C 3, 27, comme le tombeau du Fils, ne contient pas le corps de celle qui y a été déposée. Les explications possibles pour cela sont nombreuses, mais aucune n’est plausible. La Vierge aurait pu être ensevelie ailleurs, secrètement, pour éviter que les Juifs ne profanent son corps, mais cela ne expliquerait pas pourquoi le culte s’est développé autour du faux tombeau. On pourrait imaginer que le corps de Marie a été retiré par les chrétiens ou par les Juifs plus tard, mais les deux auraient violé la loi romaine mentionnée précédemment.

L’inviolabilité du corps de Marie et la mythification du culte

De plus, si le corps de Marie avait été retiré par les Juifs, ils auraient paradoxalement commencé à mythifier la fin de la Mère de Jésus, lançant ainsi le culte de son Assomption supposée. D’un autre côté, les chrétiens, en retirant le corps de Marie, n’auraient pas eu d’intérêt à initier le culte assuncioniste, et auraient couru de sérieux risques. La nouvelle religion était basée sur la Résurrection de Jésus et l’ajout d’une nouvelle et incroyable croyance sur la disparition du corps de sa Mère aurait semé de sérieux doutes sur sa validité, et ne semblait en fait pas nécessaire. C’est pourquoi la doctrine de l’Assomption a été affirmée très tard dans l’Église universelle, le dogme catholique de 1950, et est entrée, non sans controverses, à la fin du IVe siècle, provenant de l’Église judaico-chrétienne déprécie, comme le témoignent les affirmations prudentes d’Éphrem et d’Épiphane. De plus, les Romains n’auraient pas facilement autorisé cette nouvelle falsification typologique.

L’absence de l’Assomption dans les Écritures du Nouveau Testament

Même dans les Écritures du Nouveau Testament, du moins celles postérieures à la Dormition, la nouvelle de l’Assomption de Marie ne figure pas, comme si les auteurs sacrés, concentrés sur Christ, avaient eu honte d’ajouter des prodiges à des prodiges dans leur récit. Une pâle référence à cet événement pourrait être la vision de la Femme vêtue de soleil dans l’Apocalypse de Jean, l’Apôtre qui, avec Jacques et probablement Thomas, a transmis oralement les récits sur la dernière phase de la vie de Marie, récits qui ont été dûment transcrits et préservés dans l’Église judéo-chrétienne, malgré les diverses réécritures qui les décrivent.

La réserve de la communauté chrétienne face aux derniers événements de Marie

Il est très probable que les derniers événements de Marie aient été vécus avec réserve par la Communauté chrétienne. L’hypothèse d’une élaboration mythique de l’Assomption, entre la disparition de Marie et la rédaction du cycle de Leucio, doit également être écartée. En effet, non seulement une telle élaboration aurait nécessité plus de temps, mais elle n’expliquerait pas simplement la genèse des textes, et ne pourrait pas non plus se développer au sein de l’Église judéo-chrétienne, car celle-ci a souffert précocement d’un schisme, celui de Tabuti, qui rejetait la Divinité de Christ, dont l’Assomption de Marie aurait été, comme on en déduit des sources citées, une confirmation indirecte.

La division précoce au sein de l’Église judéo-chrétienne et son influence

La division précoce au sein de la petite Église judéo-chrétienne empêchait les mécanismes psychologiques collectifs orientés vers l’auto-célébration, qui préparent habituellement l’élaboration des mythes. La fin de Marie fut historique et les événements exceptionnels qui l’accompagnèrent se sont imposés dans la mémoire des fidèles non pas parce qu’ils étaient prévus ou même imaginés, mais précisément parce qu’ils étaient surprenants. De même que celui de Jésus, la fin de Marie fut catégorique de prodiges.

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Pour approfondir la théologie mariale sur l’Assomption, consultez l’Encyclique Redemptoris Mater du Pape Jean-Paul II.

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