Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants : Marie est l’espérance de la Résurrection.

Non est Deus mortuorum sed vivorum: Maria e a esperança da Ressurreição
“Dieu n’est pas des morts, mais des vivants ; c’est pourquoi vous vous écartez beaucoup.”(Marc 12,27)Non est Deus mortuorum : la question des saducéens sur la résurrection (Mc 12,18-27) est l’une des plus philosophiques des débats de Jésus à Jérusalem : en utilisant un cas hypothétique de lévirat, les saducéens tentent de démontrer l’absurdité logique de la résurrection des morts. La réponse de Jésus déjoue le piège avec un argument scripturistique inattendu, Dieu se révèle à Moïse comme étant « le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob », dans le présent, et non dans le passé, et conclut par une affirmation qui résonne comme l’un des axiomes fondamentaux de la foi chrétienne : « Non est Deus mortuorum, mais des vivants ». La mariologie trouve dans cette affirmation son fondement escatologique le plus solide : l’Assomption de Marie est la démonstration la plus concrète que le « Dieu des vivants » a vaincu la mort également dans la chair humaine.I. Non est Deus mortuorum : l’argument des saducéens et la réponse de JésusLes saducéens, qui nièrent la résurrection, construisent un cas hypothétique absurde : une femme qui épousa sept frères successivement (selon la loi du lévirat, Dt 25,5-10). À la résurrection, de qui serait-elle l’épouse ? La prémisse de l’argument est que la vie ressuscitée serait une continuation de la vie terrestre dans ses catégories, mariage, propriété, identité sociale, et que cette continuation générerait des contradictions insolubles.Jésus répond en deux temps. Tout d’abord, il corrige le présupposé : la vie ressuscitée n’est pas une continuation de la vie terrestre, mais une transformation radicale, « ils sont comme des anges » (Mc 12,25), elles transcendent les catégories du temps présent. Les catégories du mariage, de la propriété, de l’identité sociale sont du « monde qui passe » (1Cor 7,31). La vie ressuscitée ne passe pas, elle est définitive, transfigurée, incorruptible. Ensuite, il utilise lui-même la Scripture que les saducéens respectent : dans Ex 3,6, Dieu dit « Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob », pas « j’étais ». Si Dieu continue d’être le Dieu d’Abraham, Abraham doit être vivant, dans un mode de vie qui transcende la mort biologique.L’argument de Jésus est plus qu’une réfutation des saducéens : c’est une révélation sur la nature de Dieu. Dieu n’est pas un Dieu qui abandonne ses siens, il n’est pas le Dieu des morts, qui terminent dans une tombe sans retour. Il est le Dieu des vivants, qui entretient la relation avec ses siens au-delà de la mort. Cette affirmation est le fondement de toute l’eschatologie chrétienne : la résurrection n’est pas un mythe réconfortant, c’est une exigence de la nature de l’amour de Dieu, qui ne peut laisser mourir définitivement ce qu’il aime.La dimension mariologique de cette affirmation est directe.Si « *Deus non est Deus mortuorum sed vivorum* », et si Marie fut aimée par Dieu d’une manière plus parfaite que toute autre créature, alors la « *victoire de la vie sur la mort* » en Marie, que l’Assomption proclame, n’est pas un privilège arbitraire mais une conséquence logique de la nature de l’amour de Dieu. Le « *Dieu des vivants* » ne pourrait laisser la Mère de son Fils prisonnière de la corruption.

II. Non est Deus mortuorum : la vie ressuscitée et l’Assomption de Marie

Non est Deus mortuorum : Mc 12,25 déclare : « *Quand ils ressusciteront des morts, ils ne se marieront ni ne seront donnés en mariage, mais ils seront comme les anges du Ciel* ». Cette affirmation de Jésus sur la vie ressuscitée, qui transcende les catégories matrimoniales de la vie terrestre, a souvent été utilisée dans la tradition pour contextualiser la virginité consacrée : la vie virginale est une anticipation, dans ce monde, du mode d’existence escatologique que la résurrection révélera. L’axiome « *Non est Deus mortuorum* » trouve dans l’Assomption de Marie sa confirmation historique.Marie, qui a vécu la virginité comme état permanent, anticipe dans cette dimension le mode d’existence qui deviendra universel par la résurrection. Sa virginité n’est pas un refus de la création, c’est une anticipation escatologique : elle qui « *vit comme les anges* » en ce qui concerne le mariage habite déjà, dans une certaine mesure, dans l’horizon de la vie ressuscitée. Il n’est donc pas surprenant que l’iconographie mariale utilise abondamment les images célestes, la « *femme vêtue de soleil* » (Ap 12,1), la Reine couronnée, pour exprimer cette dimension escatologique de l’existence de Marie.L’Assomption de Marie, définie dogmatiquement par Pie XII en 1950, affirme que Marie est déjà complètement dans ce mode d’existence ressuscité : en corps et en âme, sans attendre la résurrection universelle. Elle qui a anticipé spirituellement la vie ressuscitée par sa virginité a également anticipé physiquement cette résurrection par son Assomption. L’Assomption n’est pas un privilège déconnecté du plan de salut, c’est la réalisation en Marie de ce que Christ a accompli en lui-même et promis à tous ses.La théologie de l’Assomption a été développée en dialogue avec la question de la mort de Marie : la définition dogmatique est soigneusement neutre (« *ayant achevé le cours de sa vie terrestre* », *expleto terrestris vitae cursu*), ne se prononçant pas sur le fait que Marie soit morte ou non. La question reste théologiquement ouverte. Ce qui est défini, c’est la glorification finale : quelle que soit la manière de sa « *transition* », Marie est désormais entièrement dans le « *monde de la résurrection* », témoin vivant que « *Dieu n’est Dieu des morts mais des vivants* ».

III. Non est Deus mortuorum : Abraham, Isaac, Jacob et la communion des saints avec Marie

Non est Deus mortuorum : L’argument de Jésus à partir d’Ex 3,6, « *Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob* », est un argument pour la « *communion des saints* » : Abraham, Isaac et Jacob n’ont pas « *morti* » au sens où ils auraient mis fin à leur relation avec Dieu. Ils vivent dans cette relation, d’une manière qui transcende la mort biologique. Cette « *continuité relationnelle* » au-delà de la mort est le fondement théologique le plus solide de la doctrine de la communion des saints. Le « *Non est Deus mortuorum* » de Mc 12,27 est la clé herméneutique de cette communion des vivants avec Dieu.Marie est au cœur de cette communion des saints.Lumen Gentium (cap. VIII) On insère une réflexion sur Marie dans la doctrine de l’Église et dans la communion des saints afin d’éviter que la mariologie ne devienne un système autonome séparé de l’ecclésiologie. Marie n’est « pas au-dessus » de l’Église, elle en est au cœur, en tant que membre le plus parfait, comme la Mère, comme la figure. Et sa fonction d’intercession est l’expression de cette communion vivante qui n’a pas été interrompue par la mort.

L’invocation des saints, en particulier celle de Marie, repose précisément sur l’argument de Jésus dans Mc 12,27 : le « Dieu des vivants » garde ses amis en vie au-delà de la mort. Demander à Marie d’intercéder n’est pas adresser une requête à un fantôme du passé, mais à une personne vivante, qui est « vivante pour Dieu » (Rm 6,11) d’une manière plus parfaite que toute personne encore en ce monde. Sa « présence » auprès du Fils ressuscité n’est pas métaphorique, elle est réelle, même si d’une manière dépassant notre expérience actuelle.

La doctrine œcuménique des derniers temps, mort, jugement, enfer, purgatoire, paradis, trouve dans l’Assomption de Marie son signe le plus éloquent. Elle qui est déjà dans l’« état définitif » de corps et d’âme glorifiés est la « primauté » de la promesse universelle : ce que le « Dieu des vivants » a fait pour elle, il le fera pour tous ceux qui lui appartiennent. Contempler Marie dans la gloire, c’est anticiper le destin vers lequel le « Dieu des vivants » a créé et rédempt la humanité.

IV. « Vous vous écartez beaucoup » : la foi qui corrige les erreurs sur la mort

Il n’y a pas de Dieu des morts : Mc 12,27 se conclut par une note presque surprenante : « Vous vous écartez beaucoup ». Cette correction de Jésus envers les saducéens est plus qu’une victoire dans un débat, c’est une affirmation sur la gravité de l’erreur concernant la résurrection. Nier la résurrection n’est pas une erreur théorique mineure : c’est une erreur sur la nature de Dieu (« Dieu des morts » au lieu de « Dieu des vivants »), sur la dignité du corps humain, et sur le destin ultime de la personne humaine. « Il n’y a pas de Dieu des morts, mais de Dieu des vivants » est la formule qui corrige toutes ces erreurs à la racine.

Le « grand écart » contemporain sur la mort prend diverses formes : le matérialisme qui réduit la mort à la fin biologique pure et simple. Le spiritualisme qui dévalorise le corps et le destin de la chair. Le nihilisme qui voit la mort comme l’absurdité fondamentale de l’existence. Contre toutes ces formes de « s’écarter beaucoup », Marie ressuscitée et assentie est un signe visible : la mort n’a pas le dernier mot. Le corps n’est pas destiné à la corruption définitive. La personne humaine ne se dissout pas dans le néant.

La dévotion mariale a, dans ce contexte, une dimension apologique importante. Dans les cultures marquées par la peur de la mort, le refus de la finitude, l’obsession de la jeunesse et de la santé comme antidotes contre la conscience de la mortalité, Marie assentie offre une alternative : non la négation de la mort (elle « a accompli le cours de sa vie terrestre »), mais la surmonter par la vie du « Dieu des vivants ». L’Assomption n’est pas de la magie, c’est l’espoir fondé sur la fidélité de Dieu qui n’abandonne pas ceux qu’il aime.

La fête de l’Assomption (15 août), célébrée par la liturgie avec la solennité des fêtes mariales les plus importantes, occupe une place centrale dans le calendrier liturgique précisément pour cette raison : au cœur de l’été, alors que la liturgie est dans le Temps Commun, l’Assomption de Marie surgit comme un rappel escatologique. Le « Temps Commun » n’est pas le temps de l’oubli de Dieu, c’est le temps où la foi doit être vécue au quotidien. Et l’Assomption de Marie rappelle que ce quotidien a un horizon éternel : le « Dieu des vivants » l’attend à la fin du chemin.

Marie, assumée en corps et en âme, est le signe le plus éloquent de cette vérité : « Dieu n’est le Dieu des morts, mais des vivants » (Mt 22,32). En elle, la promesse du Ressuscité a trouvé sa première et la plus parfaite réalisation dans l’humanité rédemée.

Références

La théologie catholique (mariologie, angélologie, démonologie, joséphologie) s’intéresse à divers aspects de la foi liés à la place et au rôle de la Vierge Marie, de ses anges et de ses démons, ainsi qu’à Joseph, son père terrestre. Elle inclut l’étude des doctrines, des mystères et des pratiques mariales, ainsi que l’interprétation des textes sacrés et des traditions concernant ces sujets.

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