Notre-Dame des Douleurs : mémoire liturgique

Dans la forme actuelle de la Messe, les textes sont entièrement nouveaux par rapport au Missal antérieur à 1969, à l’exception de l’antiphone d’entrée, du passage de l’Évangile et de la séquence optionnelle du Stabat Mater.
La forme révisée s’ouvre avec le passage de Luc 2,34-35 comme antiphone d’entrée :
Simeon dit à Marie : «Ce garçon sera un signe de contradiction, et une âme de nombreux en Israël. Il sera un signe de controverse, afin que les pensées de nombreux cœurs soient révélées. Quant à toi, une épée transpercera ta âme».
On y présente immédiatement la figure du Christ, pierre rejetée par les bâtisseurs devenue la pierre angulaire (cf. Ps 117,22), et le rôle de Marie dans l’œuvre du salut. Les paroles mystérieuses de Simeon, adressées à la Mère de Dieu au début de la célébration, invitent l’assemblée à s’engager dans la Parole qui va être entendue et à renouveler l’écoute pour Christ, suivant l’exemple de la Vierge Mère.
La première lecture est tirée de la Lettre aux Hébreux 5,7-9 :
[Christ], pendant les jours de sa vie terrestre, offrit des prières et des supplications, avec une grande ferveur et des larmes, à Dieu, qui pouvait le sauver de la mort, et, par son abandon total à lui, il fut exaucé. Bien qu’étant le Fils, il apprit l’obéissance par les souffrances qu’il endura. Et, une fois parfait, il devint le médiateur d’une alliance éternelle pour tous ceux qui lui obéissent. Le texte appartient à la partie centrale de la Lettre aux Hébreux, où il parle du prêtre compatissant, Jésus, pendant les jours de sa vie terrestre. Grâce à son humanité, il a pu représenter les hommes et, partageant leurs souffrances, a pu compatir à leurs misères. «Pendant les jours de sa vie terrestre».
Avant tout, dans le jardin de Gethsémani, il offre des prières et des supplications «à Dieu qui pouvait le sauver de la mort». La mort ne lui est pas épargnée, mais elle est vaincue par sa résurrection glorieuse (cf. Phl 2,9-11. Hb 2,9). Il «apprend l’obéissance» par une soumission totale au Père céleste et est «parfait» dans son rôle de prêtre et de victime. Par cette voie dramatique, Christ «est entendu». Sa mort devient la cause d’une salut éternel pour ceux qui y croient, ouvrant la voie à la splendeur joyeuse de la résurrection.
L’utilisation de ce passage signifie que Marie, jusqu’alors simplement la Mère de Jésus, associée à Christ dans la Passion avec sa douleur, devient la Mère de tous ceux qui croient, de toute l’humanité appelée au salut. Les fidèles, à l’imitation de Marie, sont également invités à pratiquer l’obéissance par la souffrance et à s’engager quotidiennement et constamment pour devenir «parfaits» et ainsi participer à la plénitude de la gloire de Christ ressuscité.
«Père, je remets mon esprit entre tes mains» dit Jésus peu avant sa mort, citant le psaume 30,6, proposé comme psaume responsorial. Selon Luc 23,46, Jésus tire de ce psaume la prière de l’abandon confiant à la croix, une invocation également attribuable à Marie, debout près de la croix, et à l’assemblée réunie pour la commémoration de la Vierge. Avec le refrain : «Aide-moi dans ma douleur, Seigneur», le psaume résume le chagrin des souffrants, des marginalisés, des opprimés, des persécutés, des exclus, un cri que Christ fait sien dans la Passion et qui trouve écho dans le cœur de sa mère. En référence à d’autres textes de l’Écriture, le psaume devient une source de lumière et d’espoir pour tous.
La lecture de l’Évangile est la péricophe classique de Jean 19,25-27. L’utilisation fréquente de ce passage révèle le potentiel de la parole de Dieu, toujours immuable, mais continuellement manifestée à l’homme et à la femme dans ses richesses infinies, permettant ainsi à l’Église de pénétrer de plus en plus dans le mystère et d’en expérimenter le sens. Le passage nous invite à contempler Marie près de la croix au moment où Jésus, mourant, lui confie le disciple bien-aimé tous ceux pour qui il verse son sang. La remise est alors réaffirmée par les paroles adressées au disciple : «Voici ta mère». Marie apparaît comme la Nouvelle Éva, la mère des vivants et l’image de l’Église, à côté du nouveau Adam endormi dans la mort féconde.
Les paroles de l’Évangile révèlent que Christ, premier-né d’une multitude de frères, et le disciple bien-aimé ont la même Mère : la douleur de Marie à la croix est la souffrance maternelle, génératrice de la vie.
Les trois textes eucharistiques [textes des prières de la Sainte Messe] unissent le mystère de Notre-Dame des Douleurs avec la vocation de l’Église à s’unir au mystère pascal de Christ.
Reconnaissant que, par la volonté du Père, Marie est proche de la croix du Fils, dans la Prière collecte, nous demandons à Dieu que l’Église, « associée à Marie dans la passion de Christ, participe de la gloire de la résurrection ».
Dans la Prière sur les offrandes, en présentant les offrandes sur l’autel, l’Église se soumet également au Dieu miséricordieux, unie à la douce Mère donnée-reçue sous la croix de Christ.
Enfin, la Prière après la communion, se référant à Colossiens 1,24, rappelle le lien qui unit l’Église à Marie : la participation aux sacrements salutaires en mémoire de la Vierge des Douleurs engage les fidèles à s’assimiler à Celle qui a agi dans la rédemption. C’est pourquoi nous implorons Dieu aide, encouragement et soutien à l’Église, afin que dans chaque membre de celle-ci soit accompli ce qui manque à la passion de Christ, son Fils.
Pour approfondir la réflexion sur la mémoire liturgique de Notre-Dame des Douleurs, consultez l’exhortation apostolique Marialis Cultus de Paul VI, qui intègre les fêtes mariales de souffrance et de compassion dans le calendrier liturgique de l’Église.
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