Et il s’est incarné du Saint-Esprit par la Vierge Marie.

Et incarnatus est : le cœur marial du Credo
L’expression Et incarnatus est par le Saint-Esprit de la Vierge Marie est l’une des formules les plus denses du Credo. Joseph Ratzinger (1995) rappelle que dans cette expression se condense tout le mystère marial : Marie est la porte de la chair par laquelle le Verbe entre dans le monde.
Introduction
La Vierge Marie et l’Encarnation du Verbe : théologie de Ratzinger
La profession de foi nicéenne, comme toutes les grandes professions de foi de l’Église ancienne, est en sa structure de base une confession du Dieu trinité. Son contenu essentiel est de dire « oui » au Dieu vivant, notre Sentor, de qui provient notre vie et vers qui elle retourne. C’est une confession de Dieu, mais qu’est-ce que c’est que d’invoquer Dieu, un Dieu vivant ? Cela signifie que Dieu n’est pas une conclusion de notre pensée, que désormais, avec la conscience de notre connaissance et de notre compréhension, nous allons présenter aux autres. Si c’était seulement une question de cela, Dieu resterait une pensée des humains, et toute tentative de s’y référer pourrait être une quête constante d’espoir et d’attente, mais elle resterait néanmoins indéfinie.
Le fait de parler du Dieu vivant signifie : Dieu se montre à nous, depuis l’éternité jusqu’au temps, et se relie avec nous. Nous ne pouvons pas le définir selon nos goûts. Il s’est défini lui-même et est maintenant, comme notre Sentor, devant nous, au-dessus de nous et parmi nous. Cette auto-révélation de Dieu, en raison de laquelle il n’est pas le fruit de notre réflexion, mais notre Sentor, constitue précisément le point central de la confession de foi. La reconnaissance de l’histoire de Dieu dans l’histoire humaine ne complique pas la simplicité de la confession de Dieu, mais c’est sa condition intérieure.
Par conséquent, le centre de toutes nos confessions de foi est le « oui » à Jésus-Christ : « Il s’est encarné par le pouvoir du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie et est devenu homme ». À cette phrase, nous nous prosternons, car le ciel, le voile du mystère de Dieu, est déchiré et le mystère nous touche immédiatement. Le Dieu distant devient notre Dieu, devient Emmanuel, « Dieu avec nous ».
Les grands maîtres de la musique sacrée, d’une manière toujours nouvelle, au-delà de tout ce qui peut être exprimé en paroles, ont donné à cette phrase une résonance par laquelle l’indiscutable touche nos oreilles et nos cœurs. De telles compositions sont une « exégèse » du mystère, qui va plus profondément que toutes nos interprétations rationnelles. Mais comme le Verbe, qui s’est fait chair, nous devons à nouveau et encore traduire cette Parole originale créatrice, qui « était avec Dieu » et « est Dieu » dans nos paroles humaines, afin d’entendre la Parole dans les mots.
1. Grammaire et contenu dans la phrase de la profession de foi
Si nous examinons maintenant la phrase, en premier lieu, selon sa structure grammaticale, nous voyons qu’elle inclut quatre sujets. Le Saint-Esprit et la Vierge Marie sont expressément mentionnés. Mais il y a aussi le sujet « Il » qui est indiqué par « de ».Il est devenu chair». Il est d’abord appelé par divers noms : Christ, le Fils unique de Dieu, Dieu vrai de Dieu vrai, consubstantiel au Père. Ainsi, en lui – inséparable de lui – une autre Personne est incluse : le Père, avec qui il est de la même substance, pour qu’il puisse être appelé Dieu de Dieu. Cela signifie : le premier et véritable sujet de cette phrase est – comme on s’y attendait après ce qui a été dit précédemment – Dieu, mais Dieu dans la Trinité des personnes, qui sont pourtant une seule : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.Cependant, le drame de la phrase réside dans le fait qu’elle ne formule pas une affirmation sur l’être éternel de Dieu, mais une affirmation d’action, qui, examinée de plus près, se révèle même comme une déclaration de passion – comme un passif. À cette affirmation d’action, à laquelle participent les trois Personnes divines – chacune à sa manière – est attachée l’expression « ex Maria virgine », d’ailleurs, elle dépend du drame du tout. En effet, sans Marie, l’entrée de Dieu dans l’histoire ne serait pas accomplie. Ce qui importe dans la profession de foi, ce n’est pas atteint : que Dieu est un Dieu avec nous et non seulement un Dieu en lui-même et pour lui-même. Ainsi, la femme, qui s’est qualifiée comme humble, c’est-à-dire comme une femme anonyme (Lc 1,48), est placée au centre de la profession en Dieu, le Dieu vivant, qui ne peut être pensé sans elle.Elle appartient inaliénablement à notre foi en Dieu vivant, en Dieu qui agit. La Parole devient chair, le sens éternel et fondamental du monde y entre. Il ne se contente pas de regarder de l’extérieur, mais il devient lui-même un sujet actif en elle. Pour que cela arrivât, il était nécessaire que la Vierge mette toute sa personne à disposition, devenant le lieu d’habitation de Dieu dans le monde. L’Incarnation nécessitait l’acceptation.Seule ainsi l’unité du Logos et de la chair peut être véritablement vérifiée. « Celui qui t’a créée sans toi ne voulut pas te rédiger sans toi », dit Augustin à ce sujet. Le monde auquel le Fils vient, la « chair » qu’il assume, n’est pas un lieu quelconque et une chose quelconque : ce monde, cette chair, est une personne humaine, un cœur ouvert. La Lettre aux Hébreux, s’inspirant du Psaume 40, a interprété le processus de l’Incarnation comme un véritable dialogue intradivin : « Tu m’as préparé un corps », dit le Fils au Père. Mais cette préparation du corps se réalise dans la mesure où Marie affirme également : « Sacrifice et offrande, tu ne voulais pas, un corps tu m’as préparé… Voici-moi, je suis prêt à faire ta volonté » (Heb 10,5. Psa 40,6-8). Le corps est préparé pour le Fils au moment où Marie se soumet entièrement à la volonté du Père et met ainsi son corps à disposition comme tente du Saint-Esprit.2. Le fondement biblique de la phrasePour comprendre pleinement la phrase centrale de la profession de foi, il faut aller au-delà du Credo jusqu’à sa source : les Saintes Écritures. En examinant de plus près, la profession de foi se révèle à ce stade comme une synthèse des trois grands témoignages bibliques de l’incarnation du Fils : Mt 1,18-25. Luc 1,26-38. Jn 1,13. Essayons donc – sans entrer dans une interprétation minutieuse de ces textes – de saisir quelque chose de leur contribution spécifique à la compréhension de l’incarnation de Dieu.2.1. Mt 1,18-25Matthée écrit son Évangile pour un public juif et judéo-chrétien. Il a donc la préoccupation de mettre en évidence la continuité entre l’Ancien et le Nouveau Testament. L’Ancien Testament tend vers Jésus, les promesses s’accomplissent en lui. Le lien intérieur d’attente et de réalisation devient à la fois une démonstration que Dieu agit réellement ici et que Jésus est le Sauveur du monde envoyé par Dieu. De ce point de vue découle principalement le fait que Matthieu développe l’histoire de l’enfance à partir de Saint Joseph : pour montrer que Jésus est le fils de David, le dernier promis, qui donne continuité à la dynastie davidique et la transforme en royauté de Dieu sur le monde. La lignée davidique mène à Joseph : l’ange s’adresse à lui comme fils de David (Mt 1,20). Joseph devient donc celui qui nomme Jésus : « L’adoption comme fils s’effectue avec l’imposition du nom » (J. Gnilka, Das Matthäusevangelium I, Freiburg 1986, 19).Justement parce que Matthieu veut montrer la corrélation entre promesse et accomplissement, la Vierge Marie apparaît aux côtés de la figure de Joseph. Elle n’avait pas encore été révélée et restait incompréhensible la promesse que Dieu avait faite par le prophète Isaïe au roi Ézéchias, qui ne voulait pas demander un signe à Dieu alors que les armées ennemies étaient de plus en plus proches. « Le Seigneur vous donnera un signe : voici, la Vierge concevra et enfante un fils, et on l’appellera Emmanuel (Dieu avec nous) » (Is 7,14). Personne n’est en mesure de dire ce que ce signe signifiait dans l’histoire temporelle du roi Ézéchias, si ce fut donné sous cette forme. La promesse va bien au-delà de cette époque. Elle continue à briller dans l’histoire d’Israël comme une étoile d’espoir, qui oriente le culte vers l’avenir, vers ce qui reste inconnu. Pour Matthieu, avec la naissance de Jésus de la Vierge Marie, le voile est levé : le signe est déjà donné. La Vierge qui donne naissance par la puissance de l’Esprit Saint est elle-même le signe. Maintenant, un nouveau titre est lié à cette seconde promesse prophétique, qui donne au nom de Jésus toute sa signification et sa profondeur. Si, à partir de la promesse d’Isaïe, l’enfant est appelé Emmanuel, le cadre de la promesse davidique s’élargit également.Le royaume de cet enfant va au-delà de ce que l’on pourrait attendre de la promesse de David : c’est le royaume de Dieu. Il participe à l’universalité du culte de Dieu, car Dieu y entre dans l’histoire du monde. L’annonce, qui se manifeste dans l’histoire de la conception et de la naissance de Jésus, n’est reprise que dans les derniers versets de l’Évangile. Pendant sa vie terrestre, Jésus se sent intimement lié à la maison d’Israël, sans encore être envoyé aux peuples du monde. Mais après sa mort sur la croix, comme ressuscité, il proclame : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28,19). Ici, il se montre comme le Dieu-avec-nous, dont le nouveau royaume inclut toutes les nations. En accord avec cela, Matthieu, dans le récit de la conception de Jésus, modifie le mot d’Isaïe à un point. Il ne dit plus : elle (la Vierge) l’appellera Emmanuel, mais : ils l’appelleront Emmanuel, Dieu avec nous. Ce « ils » annonce la future communauté des fidèles, l’Église, qui invoquera Jésus avec ce nom. Dans le récit de Matthieu, tout est orienté vers Christ, car tout est orienté vers Dieu, c’est pourquoi la profession de foi l’a compris à juste titre et l’a transmise à l’Église.Étant donné que Dieu est maintenant avec nous, les porteurs humains de la promesse sont également d’une importance essentielle : Joseph et Marie. Joseph représente la fidélité de Dieu à Israël, Marie est l’espérance de l’humanité. Joseph est père selon la loi, Marie est mère par son corps : grâce à elle, Dieu est devenu véritablement un de nous.2.2. Lc 1,26-38Et le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance de celui qui est au-dessus de toi ombragera ton sein. C’est pourquoi le Saint-Enfant qui naîtra de toi sera saint, il sera le Fils de Dieu. (Lc 1,35)Marie dit alors: « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ? » L’ange lui répondit: « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance de celui qui est au-dessus de toi ombragera ton sein. C’est pourquoi le Saint-Enfant qui naîtra de toi sera saint, il sera le Fils de Dieu. » (Lc 1,34-35)Elle ajouta: « Je suis la servante du Seigneur; que tout se passe selon ta parole. » Et l’ange lui quitta, laissant Marie remplie de l’Esprit Saint, et avec une grande joie à l’idée de cette visite céleste. (Lc 1,38)Considérons maintenant la présentation que Luc fait de la condition et de la naissance de Jésus, non pour faire une exégèse de ce texte dense, mais pour saisir sa contribution particulière à la profession de foi. Je me limite à la passage de l’annonce de la naissance de Jésus par l’Archange Gabriel (Lc 1, 26-38). Luc laisse transparaître le mystère trinitaire dans les paroles de l’ange et donne ainsi à l’événement celui centre théologique auquel fait référence toute l’histoire du salut, également dans la profession de foi. L’enfant qui va naître sera appelé Fils du Très-Haut, Fils de Dieu. L’Esprit Saint, comme force du Très-Haut, réalisera mystérieusement sa conception : ainsi nous parlons du Fils, et indirectement du Père et de l’Esprit Saint.Pour la descente de l’Esprit Saint sur Marie, Luc utilise ici le terme « envelopper dans l’ombre » (v. 35). Ainsi, il fait allusion à l’histoire de l’Ancien Testament de la nuée sainte, qui, planant au-dessus de la tente de la rencontre, indiquait la présence de Dieu. Ainsi, Marie est caractérisée comme la nouvelle tente sainte, l’espace vivant de l’alliance. Son « oui » devient lieu de rencontre, où Dieu accueille le monde. Dieu, qui ne peut être contenu dans des maisons de pierre, réside désormais dans une personne humaine. Luc résonne à plusieurs reprises ce thème du nouveau temple, de la véritable arche de l’alliance, notamment dans la salutation de l’ange à Marie : « Rejois-toi, pleine de grâce ! Le Seigneur est avec toi » (1, 28). Il est désormais largement reconnu que ce mot de l’ange transmis par Luc reprend la promesse de Sophonie 3, 14, qui s’adresse à la « fille de Sion » et annonce la présence de Dieu au milieu d’elle. Avec cette salutation, Marie est présentée comme la Fille de Sion en personne et, en même temps, comme la demeure, comme la tente sainte, sur laquelle repose la nuée de la présence de Dieu. Les Pères de l’Église, ayant repris cette idée, l’ont ensuite déterminée également dans l’iconographie paléochrétienne. Saint Joseph est indiqué, à travers le bâton fleuri, comme le grand prêtre, comme l’archétype du évêque chrétien. Marie, en revanche, est l’Église vivante. Sur elle descend l’Esprit Saint, qui la transforme en nouveau temple de Dieu. Joseph, le juste, est présenté comme administrateur des mystères de Dieu, comme superviseur et gardien du sanctuaire, qui est l’épouse et le Verbe à l’intérieur d’elle. Ainsi, il devient l’image de l’évêque, à qui l’épouse est confiée. Il ne l’a pas à sa disposition, mais sous sa protection. Tout est orienté vers le Dieu trinitaire, mais précisément pour cela, dans le mystère de Marie et de l’Église, son « être avec » dans l’histoire devient particulièrement évident et compréhensible.Un autre point dans le récit lucan de l’Annonciation me semble important pour notre question. Dieu demande le « oui » de l’humaine. Il ne le dispose pas simplement avec un acte de son pouvoir. Il a créé pour lui un interlocuteur libre dans la créature humaine, et maintenant il a besoin de la liberté de cette créature pour que son royaume, qui ne repose pas sur un pouvoir extérieur, mais sur la liberté, puisse devenir réalité. Bernard de Clairvaux, dans l’un de ses sermons, a représenté dramatiquement cette attente de Dieu et de l’humanité :« L’ange attend ta réponse, car il est temps de retourner à celui qui l’a envoyé… Ô Vierge, donne cette réponse, car la terre, le monde souterrain, et même les cieux attendent. Comme le Roi et Seigneur de tous désira de voir ta beauté, il désire aussi ta réponse affirmative… Pourquoi hésites-tu ? Pourquoi as-tu peur ? Voici que celui qui est attendu par tous frappe à ta porte. Malheur à toi si, par ta réticence, il passe… Lève-toi, cours, ouvre ! Lève-toi avec foi, hâte-toi avec ton offrande, ouvre avec ton adhésion » (Bernard de Claraval, *In laudibus Virginis Matris*, Homélie IV, 8).Sans cette libre adhésion de Marie, Dieu ne peut devenir l’émetteur de la rédemption. Certes, cette adhésion de Marie est entièrement grâce. Le dogme de l’Immaculée Conception de Marie n’a d’autre sens que de montrer qu’elle n’est pas un être imparfait qui met en mouvement la rédemption par sa propre puissance, mais que son adhésion, entièrement contenue dès le début et antérieurement, dans l’amour divin qui l’entoure déjà, avant même d’être conçue. Tout est grâce. Mais la grâce n’annule pas la liberté, au contraire, elle la crée. Tout le mystère de la rédemption est présent dans ce récit et se résume dans la figure de la Vierge Marie : « Voici la servante du Seigneur. Que sa volonté soit faite en moi » (Luc 1,38).2.3. Prélude de l’Évangile selon JeanPassons maintenant au Prologue de l’Évangile de Jean, dont les paroles servent de base à la Profession de Foi. « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ». Le Logos devient chair : nous sommes tellement habitués à ce mot que cette synthèse divine inouïe de ce qui semblait absolument séparé ne nous impressionne plus. C’est là la véritable nouveauté chrétienne, qui paraissait absurde et impensable à l’esprit grec. Ce qui est dit ici ne découle d’aucune culture particulière, comme la sémitique ou la grecque, mais s’oppose à toutes les formes culturelles. C’était aussi incorrect pour les Juifs que, pour des raisons tout à fait différentes, pour les Grecs ou les Indiens, et aussi pour l’esprit moderne, pour lequel cette synthèse du monde phénoménal et numineux semble tout à fait irréelle, et fait l’objet d’une contestation renouvelée avec toute la conscience de la rationalité moderne. Ce qui est dit ici est nouveau, car il vient de Dieu et ne pourrait être fait que par Dieu. Pour tous les temps de l’histoire et pour toutes les cultures, c’est quelque chose d’absolument nouveau et inattendu, auquel nous pouvons accéder par la foi et seulement par la foi. Il ouvre des horizons entièrement nouveaux pour penser et vivre.Jean, cependant, a une accentuation très particulière en tête. La phrase du Logos qui devient « sarx » (chair) est un prélude au sixième chapitre de l’Évangile, qui développe dans son ensemble ce demi-verset (R. Schnackenburg, *Das Johannesevangelium* I, 243).Jesus dit aux Juifs et au monde : « Le pain que je donnerai (c’est-à-dire le Logos, qui est la vraie nourriture de l’âme) est la chair immolée pour la vie du monde » (6,51). Le mot « chair » exprime à la fois le don jusqu’au sacrifice, le mystère de la croix et le mystère du sacrement pascal qui en découle. La Parole ne devient chair d’une manière quelconque, pour avoir une nouvelle condition d’existence. La dynamique du sacrifice est incluse dans l’incarnation. On retrouve encore une fois les paroles du psaume : « Un corps m’as préparé… » (Heb 10,5 ; Ps 40). Ainsi, dans cette courte phrase, tout l’Évangile est contenu. On perçoit l’appel à la parole des Pères de l’Église : le Logos s’est condensé, est devenu petit. Cela vaut de deux manières : le Logos infini est devenu petit, un enfant. Mais également, la parole inmesurable, toute la plénitude de l’Écriture, s’est contractée en cette seule phrase, où la Loi et les Prophètes sont synthétisés (H. U. von Balttasar, *Das Wort verdicttet sict* dans *Communio* 6 (1977), 397-400). Être et histoire, culte et éthique se rencontrent ici au centre christologique et se font présents sans heurts.Une deuxième indication, qui me tient à cœur, peut être brève. Jean parle de l’habitation de Dieu comme conséquence et but de l’incarnation. Pour cela, il utilise le mot de la tente et fait à nouveau référence à la tente de la rencontre de l’Ancien Testament, à la théologie du temple, qui trouve son accomplissement dans le Logos fait chair. Le mot grec utilisé pour tente, « skené », résonne également avec le mot hébreu « stekînat », qui désigne la nuée sacrée du judaïsme primitif, devenue le nom de Dieu et signifiant « la présence gracieuse de Dieu, auprès de laquelle les Juifs se réunissaient pour prier et étudier la loi » (R. Sctnackenburg, *Das Jotannesevangelium* I, 245). Jésus est la vraie « stekînat » par laquelle Dieu est parmi nous, lorsque nous nous réunissons en son nom.Enfin, nous devons à nouveau offrir un sacrifice dans la verset 13. À ceux qui l’accueillent, il – le Logos – leur donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu : « À tous ceux qui croient en son nom, qui ne sont pas nés de sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté du toment, mais de Dieu » (Jn 1,13). Il existe deux traditions textuelles différentes pour ce verset, et il n’est plus possible de discerner laquelle est l’originale. Elles semblent toutes deux être d’une même antiquité et avoir la même autorité. Il y a donc une version au singulier : « qui ne fut pas engendré par le sang, ni par la volonté de la chair, ni par la volonté du toment, mais par Dieu ». Cependant, aux côtés de celle-ci, on trouve la version utilisée par la tradition latine, au pluriel : « qui par Dieu furent engendrés ». Cette forme duale de la tradition est compréhensible, car le verset fait référence aux deux sujets. Dans ce sens, nous devons en réalité toujours lire les deux traditions textuelles ensemble, car seul leur sens complet émerge ainsi. Si nous prenons pour base la version plurielle habituelle, nous parlons alors des baptisés, qui participent à la nouvelle naissance divine, à partir du Logos. Mais le mystère de la naissance virginale de Jésus – l’origine de notre naissance divine – brille si clairement que seul un préjugé peut nier cette corrélation. Même si nous considérions la version singulière comme l’originale, il reste évident le lien avec « tous ceux qui l’ont accueilli ».Il est clair que la conception de Jésus par Dieu, sa nouvelle génération, vise à cela, à nous assumer, à nous donner une nouvelle génération. De même que le verset 14, avec la parole de l’incarnation du Logos, présage le chapitre eucharistique de l’Évangile, il est également évident ici l’anticipation de la conversation avec Nicodème au troisième chapitre. Christ dit à Nicodème que la génération charnelle n’est pas suffisante pour entrer dans le royaume de Dieu, une nouvelle génération du haut est nécessaire, une régénération par l’eau et par l’Esprit (3,5). Christ, conçu par la Vierge par l’action du Saint-Esprit, est le début d’une nouvelle génération, d’une nouvelle forme d’existence. Devenir chrétien signifie être accueilli dans ce nouveau commencement. Devenir chrétien est plus que de chercher de nouvelles idées, un nouveau comportement, une nouvelle communauté. La transformation qui se produit ici a la nature radicale d’un véritable renaissance, d’une nouvelle création. Ainsi, la Vierge-Mère se retrouve à nouveau au centre de l’événement rédempteur. Elle garantit dans toute sa personne la nouveauté que Dieu a réalisée. Se son histoire est vraie et est au commencement, alors ce que Paul dit est valable : « Par conséquent, si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle créature » (2Cor 5,17).Conclusion : les traces de Dieu
Dieu n’est pas limité aux pierres, mais il est lié aux personnes vivantes. Le « oui » de Marie ouvre l’espace où il peut installer sa tente. Elle-même devient la tente et le début de l’Église sainte, qui à son tour est une anticipation de la nouvelle Jérusalem, où il n’y a plus de temple, car Dieu habite là. La foi en Christ, que nous confessons dans le Credo des baptisés, est donc une spiritualisation et une purification de tout ce que l’histoire des religions a dit et espéré sur la demeure de Dieu dans le monde. Mais c’est également une incarnation et une concrétisation qui dépasse toute attente quant à la présence de Dieu aux hommes.
« Dieu est dans la chair » : ce lien indissoluble de Dieu avec sa créature constitue le centre de la foi chrétienne. Si tel est le cas, il est compréhensible que les chrétiens depuis le début considéraient sacrés les lieux où cet événement s’est produit. Ils sont devenus la garantie permanente de l’entrée de Dieu dans le monde. Nazareth, Bethléem et Jérusalem sont devenus des lieux où l’on peut, dans une certaine mesure, voir les traces du Rédempteur, où le mystère de l’incarnation de Dieu nous touche de près.
En ce qui concerne le récit de l’Annonciation, le Protoévangile de Jacques, datant du IIe siècle et bien qu’il contienne de nombreux éléments légendaires, pourrait avoir préservé également des faits réels. Il divise cet événement en deux lieux. Marie :> « Elle prit le jarre et sortit pour aller puiser de l’eau. Et voici qu’une voix dit : « Salut, grâce pleine, le Seigneur est avec toi, bénie entre toutes les femmes ». Elle se retourna, et se mit à regarder de tous côtés pour voir d’où venait cette voix. Elle fut troublée, entra chez elle, laissa le jarre, prit un tissu, s’assit sur la chaise et l’étendit. Et voici qu’un ange du Seigneur apparut soudainement devant elle et dit : « Ne crains point, Marie, car tu as trouvé la grâce auprès de Dieu ; tu concevras et tu enfanteras un fils » » (11, 1-2).Cette double tradition correspond aux deux sanctuaires : le sanctuaire oriental de la source et la basilique catholique, construite autour de la grotte de l’Annonciation. Tous deux ont une signification profonde. Origène a attiré l’attention sur le fait que le motif du puits révèle toute l’histoire des Pères de l’Ancien Testament.Pour approfondir la théologie de l’Incarnation et le rôle de Marie, Vierge, consultez l’encyclique *Redemptoris Mater* de Jean-Paul II, sur Marie et le mystère de l’Incarnation.Pour approfondir vos études : explorez la *Mariologie*, la *Théologie mariale*, les *Apparitions mariennes* et la *Pôle d’études en Mariologie*.En résumé, l’expression « Et incarnatus est » met en lumière la médiation maternelle indispensable de Marie dans le mystère de l’Incarnation. Approfondir « Et incarnatus est » c’est contempler le concret de la foi chrétienne et de la mariologie. Lire davantage sur l’Incarnation dans l’encyclique *Redemptoris Mater* (25 mars 1987) du Saint-Père Jean-Paul II : Redemptoris Mater.Master en Mariologie
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