Appelés à la sainteté dans les traces de Marie

Chamados à santidade nas pegadas de Maria

1. APPELÉS À SAINTETÉ
L’expression appelés à la sainteté ponctue comme antiphone les préambules de l’épistolaire paulin : «saints par vocation» (Rm 1,7), «appelés à être saints» (1Cor 1,2), «tous les saints de toute l’Acaie» (2Cor 1,2), «sélectionnés avant la création du monde pour être saints et sans tache devant lui dans la charité» (Ef 1,4). Depuis toujours, les Églises sont pensées en Dieu comme un être dans la sainteté, comme la manifestation publique, «en ce lieu» et «en ce temps`, de la vérité du tome, patente dans un adjectif qui devient un nom de définition des frères et des sœurs de Jésus, «saints» (Col 1,2), et de son Église : «Je crois en l’Église sainte». Une vocation dont le fondement, toujours actuel, est dans l’expérience consignée à l’écrit d’Israël, liée au vocabulaire du «saint», qadost.

Chamados à santidade nas pegadas de Maria, código de santidade mariana

Dieu s’est éloigné

Il n’existe pas de terme comparable à « saint » pour définir l’identité et la vérité profonde de Dieu, le théiste-chrétien. Ainsi chante la cour céleste : « Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu » (Ap 4,8 ; Is 6,3). Ainsi proclame la voix de la Loi : « Je, l’Éternel, votre Dieu, suis saint » (Lv 19,2). Ainsi l’Église terrestre l’affirme dans la célébration de l’Eucharistie.

Le trois fois saint, l’Islame et le trisagion, étant donné la racine thébique du terme, est le « séparé », le « distinct » du monde et du tomain, le « lointain ». Une diversité en soi : « Je suis Dieu et non un tomain » (Os 11,9), « le seul qui possède l’immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul parmi les tomains n’a vu ni ne peut voir » (1Tm 6,16), et qui s’étend également à la sphère de la pensée et de l’action : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, mes chemins ne sont pas vos chemins. Comme le ciel est élevé au-dessus de la terre, ainsi mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées au-dessus des vôtres » (Is 55,8-9). En effet, « Dieu n’est pas un tomain pour mentir, ni un philosophe du tomain pour se repentir. Est-il un homme pour dire et ne pas faire ? Promet-il quelque chose et ne tient-il pas sa promesse ? » (Nm 23,19).

Proclamer la sainteté de Dieu signifie donc, en premier lieu, reconnaître l’altérité radicale et constitutive par rapport au cosmos et au tomain. Cela signifie adopter la prière du psalmiste : « Reconnaissez que le Seigneur est Dieu, qu’il nous a faits » (Sl 100,3). Cela signifie proclamer avec l’Évangéliste : « Nul n’est bon, sinon un seul : Dieu » (Lc 18,19). Un Dieu non créé par les questions du tomain sur l’origine, la durée et le sens de la vie, non étant donc un projet de son esprit et de son cœur, bien qu’il ne soit pas étranger ni indifférent aux interrogatifs et à la quête humaine. Une précision utile à l’égard d’une non-descente dans le domaine de l’idôlatrie, qui apparaît lorsque le Saint est identifié à un de nos systèmes de pensées, d’images, de désirs et de discours sur Dieu. Il est autre et au-delà. Loin est son nom.

Dieu s’est rapproché

La dimension de l’altérité, bien que fondamentale, n’épuisa pas la richesse insondable du mystère de Dieu.

La parabole jamais achevée d’Israël fidèle a proclamé et continue de proclamer à maintes reprises que le lointain, l’autre, le sans péché, en somme le Saint, aime s’éloigner de son inaccessibilité pour se faire proche, prochain, présent. En effet, il est écrit : « Je suis le Saint au milieu de toi » (Os 11,9), venant vers toi pour te constituer « une nation sainte » (Ex 19,6) : « Soyez saints, car je, l’Éternel, votre Dieu, suis saint » (Lv 19,2).

Le Saint-lointain devient Saint-proche pour faire d’Israël une portion de nuage saint, c’est-à-dire lointain et proche, séparé et adjacent : éloigné des idoles et des chemins idolâtres, allié de Dieu et initié à son chemin. Et encore différent des nations, car on lui a donné d’être « un peuple sacré » (Ex 19,6), dans les nations et par elles, témoin du Nom et de son code de sainteté, de vie bonne et juste.

C’est la vocation perpétuelle d’Israël, son appel à la sainteté qui consiste à sortir de l’avant, de l’idôlatrie, des pensées et des chemins non bons, et à entrer dans le après, la compagnie du Dieu des pères, des pensées et des chemins de vie et de lumière. Un passage rendu possible par la décision de…

être au milieu» d’Israël pour ne priver l’humanité de la mémoire de sa présence et de ses indications. Vocation à la sainteté merveilleusement résumée dans ce verset du prophète Michée : « Homme, on t’a enseigné ce qui est bon et ce que le Seigneur exige de toi : pratiquer la justice, aimer la piété, marcher dans la crainte de ton Dieu » (Mi 6,8).

Appelés à la sainteté

L’être proche de l’Éloigné, dans l’expérience chrétienne, atteint son apogée en Jésus. En lui, l’Indiscutable se fait parole (Jean 1,14), l’Invisible devient visage (Jean 14,9), le code de la sainteté se résume et se traduit par : « Cet amour est mon commandement : que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 15,12). Un comme qui dit nouveauté et plénitude. Je vous ai aimés comme « Fils unique de Dieu », jusqu’à donner ma vie. En lui, Emmanuel, véritablement « Dieu avec nous ». En lui, Jésus, véritablement « Dieu sauve ». En lui, enfin, se distingue Israël des Églises. Ces dernières sont appelées à la sainteté par lui.

Une précision, comme déjà écrit, récurrente dans l’épistolarité paulinienne, par exemple dans la Première Lettre aux Corinthiens, où l’expression appelés à la sainteté fait probablement référence à la « saintification » de l’Exode et du Lévitique (Exode 12,16. Lévitique 23,2-44). En effet, selon l’Exode 10,1-8, la sortie est en vue de l’apparition d’un peuple sacerdotal, nation sainte. Et parce que « saint », terme qui englobe simultanément les significations de séparation et d’appartenance, Israël est le prêtre du Très-Haut parmi les nations et pour les nations. Ainsi, appelés à la sainteté comme défi à une histoire alternative, fruit de la parole accueillie d’un Allié grand en miséricorde et porteur de renouveler le visage de la terre, de la faire un Éden où coulent le lait et le miel, le vin et la justice, le droit et la paix. Dans le « fragment d’Israël » est inclus et significé le projet de Dieu sur l’ensemble.

Ce contexte, sous-entendu dans l’expression appelés à la sainteté appliquée aux élus de Corinthe, se précise cependant, comme déjà évoqué, par une particularité. Le Dieu qui, au cœur de cette grande cité théologique, décide de créer pour lui-même une portion dédiée et l’arrache de l’idolâtrie antéprise (1 Corinthiens 12,2), le fait par Jésus-Christ. Le passif théologique « sanctifiés en Christ Jésus » (1 Corinthiens 1,2) est clair et éclairant. Les appelés par le Père à Corinthe le sont par le biais de Christ Jésus et en vue de la communion avec Christ Jésus, son Fils et Seigneur (1 Corinthiens 1,9). Fils-Seigneur qui sanctifie, on entend sous-entendre, à travers l’effusion superabondante du grand don, source de tous les dons (1 Corinthiens 1,5) : l’Esprit Saint, qui fait des élus l’assemblée d’un seul Dieu, l’Abba de Jésus, d’un seul Seigneur invoqué et attendu (1 Corinthiens 1,2. 16,22), d’un seul commandement, l’agapè (1 Corinthiens 13), qui rend les jours irréprochables (1 Corinthiens 1,8).

La raison d’un appel est évidente. Dieu appelle pour sortir de l’idolâtrie, sainteté comme « séparation », afin que certains parmi les Corinthiens deviennent ses alliés, sainteté comme « appartenance ». Et il le fait en Jésus-Christ, interpelant les appelés à devenir conformes au Fils (Romains 8,29), lettre de Christ écrite avec l’encre de l’Esprit de Dieu vivant et lisible par tous les êtres humains (2 Corinthiens 3,2-3), en somme «

Nation sainte» (1P 2,9).

Une fois de plus, l’appel à la sainteté a une dimension politique évidente. Être, dans la polis, la ville, témoins du Père de Jésus-Christ et de son Saint : libérés de tout pseudo-idole-idéologie et remplis d’un Esprit qui rend possible l’impossible, la koinonia avec le Père dans le Seigneur Jésus, la réconciliation des divers dans l’amour, l’attente orante de l’irruption de «Dieu tout en tous» (1Co 15,28). Libérés définitivement de tout mal et de la mort.

Sainteté comme christologie-formité Nouvelle créature

Dans l’expérience chrétienne, l’appel à la sainteté est donc une œuvre du Père, par le Fils, dans l’Esprit, et plus spécifiquement, il peut être défini comme un appel à devenir conforme à Christ, à son image et à sa ressemblance et en lui, conforme au Père. Il est, en effet, le Saint de Dieu parmi nous, c’est-à-dire le «mystère caché» devenu manifeste «dans le dernier temps», comme manifestation pleine et interprétation accomplie de l’Ineffable et de son chemin ineffable. Ainsi, «appelés… et prédestinés à être conformes à l’image de son Fils» (Rm 8,28-29), de telle sorte que «nous sommes transformés selon cette même image, de gloire en gloire, selon l’action de l’Esprit du Seigneur» (2Co 3,18). Dire «Église sainte» et «disciples et discipules saintes» signifie simplement devenir ce que nous sommes appelés à être, semblables à Christ et en lui au Père, dans l’Esprit : «Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait», une perfection faite chair et visible dans le Seigneur Jésus. Il n’y a pas d’autres critères pour définir la sainteté chrétienne.

Il s’agit d’un événement qui comporte un transfert et retourne le sens étymologique du terme saint comme séparation de et proximité à. Lisons : «C’est Dieu, en effet, qui nous a libérés du pouvoir des ténèbres et nous a transférés dans le royaume de son Fils bien-aimé» (Cl 1,13). Une proximité que les Évangiles traduisent comme être avec lui dans le suivi, Paul comme être en lui et Jean comme demeurer en lui, dans son amour et dans sa parole. Un événement qui implique une transformation et retourne le sens étymologique du terme saint comme séparation du vieux, du précédent, et assomption du nouveau, du présent.

« « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle création » (2 Cor 5, 17), un nouveau tissu (Ef 2, 15. 4, 24. Cl 3, 10) selon lui (Rm 8, 29. 2 Cor 3, 18) dans la pensée (1 Cor 2, 16), dans le sentiment (Ph 2, 5), dans l’action (1 Jn 2, 5) et dans la mort et la résurrection (Ph 3, 10-11). La christiformité est donc la nouvelle forme d’existence donnée aux Églises, véritable perle précieuse : « Ce qui compte, c’est d’être une nouvelle création » (Ga 6, 15). Et elle est donnée en réponse à la question de l’époque sur la qualité de la vie, question qui ne peut être déçue dans son attente d’une grande vision, la christophanie comme prolongement, dans la vicissitude tourmentée, de la compassion cosmique et active du Seigneur Jésus. Celle-ci doit devenir la langue maternelle de toutes les Églises, véritablement universelle et visible, audible et compréhensible par tous. »

La compassion se traduit, avant tout, par la garde du droit du pauvre et de la nature, attentive au cri des opprimés et au gémissement de la création, chapitres constitutifs de la spiritualité christiforme de ce temps comme de tout autre. Par conséquent, la sainteté comme prolongement de l’acte christologique jusqu’à mourir pour lui, le martyre comme étant, sans aucune restriction, avec et pour l’autre jusqu’au don inconditionnel de soi, épiphanie du visage du Père et du tissu fait chair et histoire en Jésus, caractérisera de plus en plus les Églises dans l’histoire. Unies dans la visibilité de la nouveauté existentielle en termes de pratique messianique.

Un événement qui équivaut, de la part des Églises, à déclarer achevé le temps de la catégorie de l’ennemi et de l’usage de l’épée au nom de Dieu et en défense des raisons de Dieu : «

« Ainsi, c’est fait. » La vérité de Dieu en Christ est un morceau de pain pour celui qui trahit, c’est le pardon pour celui qui t’assassine. Quiconque tu soit.

Pain dur à digérer, qui qualifie, en troisième lieu, la sainteté comme un événement de lutte, l’agonie et l’agonie de l’ascèse comme exercice de mort et de vie. Saint est celui, dans l’Esprit, qui prend distance de la mort, la négation ouverte de Dieu et de la logique déterminée par la mundanité génératrice de l’ancienne façon de faire. C’est celui qui, dans le même Esprit, entre dans la vie génératrice de la nouvelle façon de faire, comme lieu à travers lequel l’amour du Père, qui accorde la grâce par le Fils et qui ouvre à la communion dans l’Esprit, continue de devenir compassion universelle. De telles figures et d’une telle Église, la terre a besoin. La sainteté comme extase de l’histoire, comme l’autre façon de l’histoire.

La terre demande donc une sainteté qui ne se conforme pas à ce monde et qui ne fuie pas ce monde, qui soit présente d’une autre manière. Les métaphores évangéliques de la lumière, du sel et du levain ne laissent aucun doute à cet égard, tout comme les exhortations à être dans le monde mais sans en être, à ne pas se conformer à sa logique, ainsi qu’un vocabulaire riche en suggestions pour inviter les Églises à habiter la terre.

Envoyés par la grâce

Se savoir et se sentir, en tant qu’Églises, un don de l’initiative libre et gratuite de Dieu au monde.

Étrangers et pèlerins

L’expression « étrangers et pèlerins » (1 Pierre 2,11 ; Hébreux 11,13) évoque l’origine, la destination et la manière des Églises et des disciples du Seigneur dans l’histoire. « Notre patrie est dans les cieux » (Philippiens 3,20), nous venons d’ailleurs et nous allons ailleurs : « Nous ne possédons pas ici-bas une ville permanente, mais nous recherchons la future » (Hébreux 13,14), vivant cependant « comme des citoyens dignes du Evangile » (Philippiens 1,27).

Dans le présent de la diaspora (1 Pierre 1,1), être selon la patrie de laquelle on provient et vers laquelle on tend dans l’attente. « Patrie signifie proprement une ville avec son gouverneur, régie par certaines normes ou lois auxquelles doivent se conformer ceux qui y habitent avec le droit de citoyenneté. Normes et lois qui donnent sens et ordre à la vie individuelle et sociale ». Cela signifie : vivre le présent terrestre déterminé et orienté par le ciel. Par conséquent, une « spiritualité de l’étranger » comme non-identification, en racine, aux patries naturelles et culturelles, en dehors de place et en diaspora partout, et une « spiritualité de la pèlerinage » dans les pas de l’itinéraire du Fils : de là-haut, l’origine ineffable, vers ici-bas, la destination ineffable attendue et vers laquelle on marche. Prophètes des origines, des accomplissements et de celui qui donne sens au jour et à l’heure donnés pour vivre.

Par la marche avec les Écritures, dans une compagnie aimante jusqu’à la croix, la présence des Églises et du chrétien dans l’histoire conjugue, en même temps, les catégories de l’au-delà, de l’autre et de la compagnie. La « mondanité » (être dans le monde), la « contemporanéité » (être dans ce monde) et l’« éthicité » (être là comme Dieu en Christ) ont été le lot des disciples du Seigneur. C’est leur sainteté, qui consiste à être là comme participation à l’amour jusqu’à la douleur de Dieu pour le monde. Églises comme lieu à travers lequel Emmanuel, Dieu avec nous, continue de se faire Jésus, Dieu sauve, pour ce pauvre monde.

Apparition et métamorphose

Les Églises, donc, comme compagnie de la foi dont l’œuvre, par pure grâce, est le témoignage, dans la vie quotidienne, de l’amour ineffable, dont chaque fidèle est appelé à être un fragment visible, une apparition, un signe d’une transformation non impossible du texte à la stature du texte véritable et vrai Homme qui est Jésus-Christ, le…

Ecce Homo est une fenêtre ouverte sur le mystère de Dieu et sur le mystère du sacrifice.

Sur les traces de Sainte Marie : code de sainteté

L’Église et les chrétiens sont donc appelés à la sainteté sur les traces, c’est-à-dire, selon l’exemple et les pas de Jésus-Christ : « Christ vous a laissé un exemple, afin que vous suiviez ses pas » (1P 2,21), Lui, la marque de Dieu à imiter, le chapitre de la sainteté à suivre.

sequela Christi in Spiritu

Après avoir souligné ce discours comme étant le « décisif », nous pouvons aborder le thème de l’imitation des imitateurs : « Soyez mes imitateurs », écrit Paul aux Corinthiens (1 Cor 4,16), et peu après : « Soyez mes imitateurs comme je le suis du Christ » (1 Cor 11,1). Ainsi : « Vous savez comment vous devez nous imiter » (2 Ts 3,7), « vous êtes devenus nos imitateurs et du Seigneur » (1 Ts 1,6). Par conséquent : « Imitez la foi de vos chefs » (Hb 3,7), et encore : « Marchons dans les traces de la foi d’Abraham » (Rm 4,12) et, comme il a compris dès le début la tradition chrétienne éclairée par l’Esprit, « dans les traces de la foi de Marie ». Un père dans la foi s’accompagne d’une mère dans la foi.

C’est le chapitre délicat de la relation entre l’existence chrétienne et les saints, dont la présence et le type d’exemplarité nécessitent une attention critique constante. Un être-là non pas au sens d’« intermédiaires » pour faciliter l’accès à Dieu et à ses faveurs, comme si Christ n’était pas le seul intermédiaire entre Dieu et l’homme et l’homme et Dieu, mais au sens de « compagnie » expressive d’une amitié et d’une fraternité jamais interrompues. La communion des saints n’est pas interrompue par la mort. Ainsi, la communion avec la Mère de Dieu n’est pas avec une déesse ou une demi-déesse, mais avec une Femme entièrement à nos côtés, pour nous et pour les Églises, présence, mémoire et prophétie. Une compagnie qui, par exemple, rappelle et prophétise, dans son propre corps et à sa manière, le code de sainteté.

Christ, Sainteté de Dieu, est ainsi désigné par de nombreux codes : les Écritures célébrées dans la Liturgie, expliquées par les Pères et lisibles dans la vie des plus semblables à Lui. Parmi ceux-ci, Marie, définie par la tradition comme « forme de la discipline de Christ » et par Dante dans le Paradis, 32,85 : « Visage le plus semblable à Christ ». Marie, donc, en tant que code de sainteté, celle qui, en Jésus, a trouvé son expression la plus haute, car en Lui, le Saint des Saints, la propre sainteté est devenue une de nous. Un code, Marie, à feuilleter chapitre après chapitre. Nous nous contentons d’énumérer quelques titres, suffisants pour une lecture de la sainteté en termes d’événement de grâce, d’événement de foi.

Marie, code de la grâce

« Saint est son nom » (Lc 1,49) est le titre du chapitre qui ouvre le code de sainteté « Sainte Marie ». Cela signifie, en accord avec la tradition juive et chrétienne et en résumant celle-ci, que le phénomène de la sainteté n’appartient pas au genre des choses disponibles à la volonté. Il est hors du champ des désirs, des pensées, des projets, des décisions et des possibilités de l’individu. En somme, de son nom. Elle réside dans l’autre de la volonté et au-delà de la volonté, celui que la Prière eucharistique proclame « Source de toute sainteté ». L’autoréférentialité en tant que sujets propriétaires de leur propre sainteté, comme l’Église et comme les chrétiens, est coupée à la racine. Le sujet n’est pas l’alpha, le principe, l’origine et la cause. À l’image du Donneur, Saint, la sainteté elle-même est distante et cachée, un « jamais vu » et un « jamais entendu ».

Un chapitre d’une importance capitale pour reconnaître et faire reconnaître l’indisponibilité radicale et l’altérité de Dieu et de sa voie, prémisse indispensable pour une place juste et une attitude juste : être devant le Mystère en disponibilité. Le Saint et la sainteté appartiennent à l’horizon du don à accueillir : « Saint est son nom », et sainte est sa voie, ni l’une ni l’autre ne sont la conquête d’une ascèse, mais la grâce d’une descente. Le judaïsme et le christianisme ne sont pas, en premier lieu, la religion de l’aller vers Dieu, mais de la venue de Dieu vers l’homme, sans laquelle aucune réalité ni de sa parole orientatrice ne se fait. Cela ne veut pas dire nier l’aspiration tout à fait humaine à autre chose et au-delà, à l’auto-transcendance de l’homme. On veut simplement affirmer que si le gémissement n’est pas écouté par Celui qui habite au-delà, la tension reste sans attention et l’attente sans rencontre.

« Tournée vers la timidité de sa servante » (Lc 1,48), « tu as trouvé grâce devant Dieu » (Lc 1,30), « l’ange fut envoyé par Dieu… à Marie… entra où elle était » (Lc 1,26-28), « le Seigneur est avec toi » (Lc 1,28). Ce sont les paragraphes du deuxième chapitre du code de sainteté appelé Marie. L’In principio de la sainteté, sa connotation fondamentale, est dans l’expérience d’un don purissime qui ne vient pas de l’homme, mais de Dieu (Ef 2,8) : être tourné avec bienveillance et être visité avec bienveillance par un Distant qui, librement, gratuitement, souverainement et unilatéralement, a décidé de devenir proche, « avec toi », d’entrer dans ton espace de vie, « entra où elle était ». Une expérience déconcertante qui invite à la réflexion : Marie « était troublée… et réfléchissait au sens » (Lc 1,29). Cela rappelle et prophétise le code de Sainte Marie : sainte est l’Église et sainte est la créature initiée, sans mérite ni prétention, dans la connaissance de se faire tourner avec bienveillance et trouvée avec bienveillance par un Dieu qui demande compagnie, stupéfaction et réflexion. L’offrande et la rencontre du Saint, du Dieu autre et innocent, qui rend innocents de ses offrandes ceux qui font de la place à sa présence amicale. La pérennité de la sainteté réside dans le fait d’être tourné avec amour et visité avec amour. Qui que tu sois : l’amour n’invente pas, il crée avec diligence, note avec sagesse Luther. La sainteté vient à nous d’au-delà de nous-mêmes.

« Tu as été embellie » (Lc 1,28). Ainsi s’intitule le troisième chapitre. La venue de Dieu chez Marie est en vue de la vérité de Marie, c’est-à-dire de concorder avec la manière dont Dieu voit l’homme : créature bonne, capable de faire le bien et, par conséquent, belle, aimable et pleine de grâce, comme le bois doré par le soleil de l’automne. C’est ce que prophétise le code de sainteté « Sainte Marie ». Par la grâce, il l’a faite icône de la création incontaminée des origines et des accomplissements. La venue du Totallement Autre est pour que les visités deviennent totalement autres qu’ils ne l’étaient : « saints et immaculés devant lui dans la charité » (Ef 1,4-5), « irréprochables » (Cl 1,22). Beaux et bons à l’image du « plus beau parmi les fils des hommes », Christ, beauté de Dieu parce que traduction de la bonté de Dieu pour l’ami et pour l’ennemi jusqu’à mourir pour cela. En lui, la

Via crucis fut convertie en via pulchritudinis. Dans «Foste embelezada», se révèle ainsi la raison d’une sortie de Dieu de son silence : rendre belle chaque créature sous le soleil, la remodelant dans l’Esprit selon Christ. Saint, thème déjà développé, est l’image de Christ et sainte est l’Église, image de Christ, don de nouveauté et de possibilité de Dieu dans l’histoire.

«Entrant où elle était, il dit… Voici que tu concevras… l’Esprit Saint descendra sur toi… l’enfant qui naîtra de toi sera saint… Jésus… Fils du Très Haut… Fils de Dieu» (Lc 1,28.31-35). Quatrième chapitre d’un code étroitement lié aux précédents. Le venir, dans la grâce, de l’Autre, le seul bon, est en vue d’une création autre, bonne, destinée, comme nouvelle aurore, à donner lumière au soleil de la justice, destinée, comme nouvelle terre, à contenir et à devenir porte du ciel. Celle qui fut générée pour la beauté est appelée à générer le plus beau parmi les fils des hommes, le don parfait de Dieu, porteur des dons parfaits de Dieu : le pardon, la parole, l’amour, la vie éternelle, l’Esprit Saint et Marie elle-même donnée comme mère à l’Église bien-aimée (Jo 19,25-27). Donnée comme chiffre d’un appel spécifique et permanent. Dans les pas de «Sainte Marie», mère du Fils du Très Haut, Fils de Dieu, devenir «Église sainte», c’est-à-dire humanité mise à part en vue d’une pensée et d’un chemin radicalement autres (Is 55,10-11), tant par origine que par bonté. Dans l’Esprit d’une Pentecôte perpétuelle, la voie de Dieu est de générer pour le monde «Dieu avec nous», «Dieu pour nous», la pensée de Dieu. L’appel particulier de l’Église et du disciple, à la lumière du code «Sainte Marie», est celui de la génération : être le lieu à travers lequel, dans l’Esprit, le Fils continue de faire histoire et compagnie, et cela par le témoignage (Ac 1,8) de la parole, de la vie et du sang.

Appel, aspect très important, dans la parole. Dans «disait» de l’ange à Marie, est résumée l’expérience d’Israël, «peuple de l’écoute» de la parole dans la loi, les prophètes et les sages. Et est prophétisée l’expérience de l’Église, peuple de l’écoute du Verbe fait chair : «Dieu, qui par de nombreux modes a parlé autrefois à nos ancêtres par les prophètes, nous a parlé dans ces derniers jours par le Fils» (Hb 1,1-2). Le lointain devient proche par la parole.

« « Réjouis-toi » » (Lc 1,28), « Bénie sois-tu » (Lc 1,42). L’invitation, impérative, à joie est la première parole que Dieu, dans son messager, adresse à Marie. C’est la première parole que Dieu adresse à quiconque il rencontre. Récapitulant les annonces de salut à la lumière de Sion, cette salutation est un ordre de sortie de la peur devant Dieu. À l’Adam de toujours qui dit : « J’ai entendu ton pas… j’ai eu peur… je me suis caché » (Gn 3,10), Dieu répond : « N’aie pas peur » (Lc 1,30). Le sien est le pas de celui qui ne se soucie que de ta joie, de couvrir de lumière ta honte, ta nudité (Gn 3,10). Et les raisons de l’exultation ne manquent pas. Ce sont celles déjà indiquées jusqu’ici par le code de sainteté « Sainte Marie ». Réjouis-toi parce que le Saint, l’autre de toi aussi bien par le lieu que par la pensée, vient gratuitement et librement à toi, Église et disciple, comme parole pour te rendre saint, c’est-à-dire autre. Une différence de place, dans son environnement divin. Une différence quant au mode d’être et d’exister : regardé avec amour, appelé par son nom, ouvert au dialogue avec Lui, revêtu de lumière et rendu capable d’aimer dans les pas de Christ. Et, enfin, autre par la singularité de la tâche : engendrer le Verbe au monde pour la joie et la salut du monde, témoins avec une présence qui n’incite pas à la peur de l’existence du Dieu de

Sainte Marie», mais joie pour son âme.

Marie, code de la foi

La sainteté donnée, la nouvelle existence en Christ, selon Christ, par Christ, en tant qu’excès de vérité et de sens, atteint son but existentiel lorsqu’elle devient une sainteté accueillie en pleine confiance, fidélité et fermeté, ouverte au pardon de son contraire. Et Sainte Marie, code de la grâce, devient code de la foi.

«Servante du Seigneur… qu’il se fasse en moi selon ta parole» (Lc 1,38). L’initiative porte le nom de l’Autre : «Saint est son nom», et le projet de l’Autre sur lui-même. L’initié a son propre nom et son propre agir : je suis ta servante, au service de ta parole. C’est l’Autre qui définit l’identité et la mission de Marie. Il en résulte un indice évident de «ce en quoi consiste» la sainteté : se laisser définir et projeter par le Seigneur et par sa parole. Sainteté comme sortie de soi, du don du nom, et des projets, de la propre volonté, pour devenir l’autre, servante est mon nom, et pour l’autre. Le titre de sa décision est mon projet en disponibilité radicale : «Voici, je suis» (Lc 1,38). Ce qui distingue le saint sur les traces de Sainte Marie, c’est la coupure, à la racine, de l’autoréférentiel, le primat du moi, constitué à la racine par la propriété de l’Autre et de son Évangile. Terre de Dieu en Seigneur Jésus. Les citations et les expériences bibliques et de l’histoire de la sainteté mettent en évidence que la sainteté propriétaire est d’être rendu ami de Dieu et mis à part dans ses décisions, c’est simultanément une sainteté munus, une tâche dont on assume publiquement la charge, en adhérant à l’ordre reçu et en aimant le Donneur plus que soi-même et que les choses les plus chères.

Une adhésion-attachement de traits précis. Nous entrons ici dans le mérite de la qualité et de l’articulation de la réponse de la foi. Être pour Dieu de Marie se qualifie et s’articule comme accueil d’une présence, le Fils, qui se produit et s’accomplit dans le temps, dans la crainte (Lc 1,29), dans l’émerveillement (Lc 2,18.48), dans la joie (Lc 2,46-55), dans la douleur (Lc 2,34-35), dans l’obscurité de la compréhension (Lc 2,50 ; Mc 3,31-34 ; Jn 2,2-4), dans la question (Lc 1,29.34. 2,48) et dans la réflexion (Lc 2,19). La relation de Marie avec le Père, en référence au Messie, se situe dans une ligne de oui total qui introduit Marie dans l’horizon de la vision de la foi comme une hospitalité non déçue et jamais interrompue d’un Verbe, à la fois compris et non compris, dans la spécification de sa messianité (Mc 3,31-34), joie et épée, donné, perdu (Lc 2,43-46), retiré (Jn 19,26) et rendu avec les amis (Ac 1,14 ; Jn 19,27). Un chemin avec Dieu, en relation avec Christ, qui fait de Sainte Marie la femme non soustraite à la fonction typiquement humaine de «se questionner» : «Que signifie ceci ?» (Lc 1,29), de «demander» : «Comment cela va-t-il se passer ?» et «Pourquoi nous as-tu fait cela ?» (Lc 1,34. 2,48), de «manquer de vin» (Jn 2,3), et de «réfléchir» : «Marie, quant à elle, gardait toutes ces paroles et ces événements dans son cœur, les méditant».

« (Lc 2,19). En son essence, cela résume de manière admirable l’« ars cogitandi » de notre part. Un code miniature de l’art de penser sa propre expérience par rapport à Christ. »

Premièrement, plonger dans la profondeur des paroles et des événements qui le concernent et sur lui. C’est le moment de placer et de conserver à leur juste place, au cœur des choses à se souvenir. L’intériorité comme lieu de la mémoire gardienne, tabernacle de la conservation de la présence et des fragments. Deuxièmement, il s’agit de composer ensemble ces choses. C’est le moment de la connexion, comme libération de la fragmentarité dispersive des mémoires. Troisièmement, il s’agit de lire ces événements et ces paroles à la lumière de toute une histoire présente et passée. C’est le moment de situer et de comprendre son propre vécu au sein du contexte proche et de la grande tradition. Chacun, à l’école de Marie, est un fragment éclairé par le tout et éclairant le tout, fragment initié à un événement suprême. Ce que tu es et ce qui se passe en toi est un événement de la miséricorde de Dieu (Lc 1,54) pour Israël, pour les Églises et pour le monde. Une miséricorde « subversive » (Lc 1,51-53).

L’autel de Dieu sur l’autel de Myriam, la belle, devient dès à présent une célébration chantée de ce qui n’aura pas d’avenir : la fierté de la vie, l’autosuffisance de l’intérieur, l’arrogance du pouvoir et de la culture, et la présomption d’une justice revendiquée comme fruit d’une religiosité affichée et accusatrice. C’est la liturgie des humbles, humbles parce qu’ils ne se sont pas auto-proclamés grands, mais parce que Dieu les a rendus grands (Lc 1,49) et leur a donné la capacité, comme le suggère l’étymologie de « magnifier » (de rendre Dieu grand) (Lc 1,46) dans leur existence.

En quatrième lieu, Marie est une figure de conjugaisons qui ne peuvent être séparées : le cœur nouveau, « tu as été embellie », dit dans un nouveau chant, le « Magnificat », et dans une nouvelle existence, le « Fiat », comme génération et communication du Fils à Israël (Lc 1,43 ; 2,16) et aux nations (Mt 2,11). Fils à écouter (Jo 2,5) et à suivre jusqu’à la croix (Jo 19,25-27).

Le discours s’explique. Marie, c’est la mémoire de la proximité gratuite et bien-aimée d’un Dieu passionné par la vérité du prendre et ami qui révèle aux alliés ses desseins. Elle est aussi la manière d’être devant Dieu. En termes négatifs, une « typologie de la réponse» non confiante au sentiment, à l’inquiétude de soi et à la prétention de tout avoir clair et évident. En termes positifs, une « typologie de la réponse» dans la veine de la grande tradition d’Israël et des Églises. Réponse qui qualifie la sainteté comme adhésion inconditionnée à la Parole nue, qui se dépouille de soi et des raisons du soi. Pour devenir, dans l’Esprit, lieu du Verbe hors de toi, qui vient à toi, Église et chrétien, pour sortir avec toi vers la vie comme Bonne Nouvelle du pardon, de la sagesse, de l’amour et de la résurrection de Dieu.

Le saint, selon le code de sainteté « Sainte Marie », est le détaché de soi, l’aliéné par excellence, constitutionnellement pour Dieu et pour le prendre : engendrer pour la terre le Fils avec son visage, sa parole, sa vie et sa mort. Un

Donum-munus qui constitue la merveille de sa vie, à la fois pensée, joyeuse, souffrante et en attente. Comme les mystères du rosaire reflétés avec Marie devant Dieu : joyeux, douloureux et glorieux.

Marie, code de représentativité

Une dernière observation. Marie, fille de la grâce, fille du commandement, fille de l’obéissance de la foi, fille de la résurrection, est pour les Églises et pour les disciples un indice d’une sainteté représentative. Dans son élection, c’est Israël, les Églises et le monde qui sont appelés. Dans son Fiat et son Magnificat, c’est Israël, les Églises, l’humanité et l’univers qui prononcent le « oui » dans le chant. Cela dit « fille de Sion » et « nouvelle Ève ». Code de la manière dont la sainteté ne peut être comprise qu’en termes de catholicité et d’œcuménicité.

Fragmentes, indices de la présence de Dieu à la fois dans l’universel et dans le particulier. Fragmentes, indices de la présence de l’universel et du particulier en Dieu. Microcosme du macrocosme. Créatures qui se lisent elles-mêmes comme « le Seigneur avec tous » et « tous avec le Seigneur ». Intercesseurs cosmiques dans une miséricorde qui atteint l’universel et embrasse le particulier : un enfant né dans la pauvreté, une femme âgée dans le besoin, un couple de mariés sans vin et un crucifié tombant.

Pour approfondir le tissu de la sainteté en suivant l’exemple de Marie, l’encyclique Redemptoris Mater de Jean-Paul II présente Marie comme le plus parfait modèle de disciples et de sainteté chrétienne.

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