Notre-Dame du Perpétuel Secours : « faites-la connaître dans le monde entier ! »

Presque oubliée de tous, mais non de frère Agostino Orsetti, qui avait été religieux à l’église Saint-Matthieu. Dans son cœur la ferveur n’avait pas diminué, dans son esprit le souvenir des innombrables miracles obtenus par l’intercession de cette incomparable Mère de tous les nécessiteux ne s’était pas effacé. Vers 1850, déjà âgé et presque aveugle, il se lia d’amitié avec un jeune enfant de chœur nommé Michele Marchi, qui fréquentait la chapelle de Santa Maria in Posterula.
Bien des années plus tard, alors qu’il était déjà prêtre rédemptoriste, l’ancien enfant de chœur raconta que ce bon religieux avait coutume d’évoquer la triste situation dans laquelle se trouvait l’image tant aimée.
« N’oublie pas, mon fils, que je la regarde avec beaucoup d’attention » (Père Michele Marchi CSsR)
en parlant de Notre-Dame du Perpétuel Secours qui se trouvait dans notre chapelle. « Elle a été très miraculeuse. Ne l’oublie pas, tu as compris » ?. Frère Agostino mourut en 1853, sans avoir vu s’accomplir son désir que la Vierge du Perpétuel Secours soit de nouveau exposée à la vénération publique. À première vue, les efforts et les prières confiantes de ce zélé augustin semblaient infructueux.
« Faites-la connaître dans le monde entier » !
En apparence seulement, cependant, car le jeune enfant de chœur, plus tard Père Michele Marchi CSsR, n’avait pas oublié ! Au milieu du XIXe siècle, la Congrégation des Pères Rédemptoristes fut invitée par le bienheureux Pie IX à établir sa Maison généralice à Rome. À cet effet, et sans avoir connaissance des faits mentionnés ci-dessus, ils achetèrent un terrain sur la Via Merulana, précisément à l’endroit où s’était élevée l’église Saint-Matthieu.
Comme on le verra, celle qui, par la voix du Pape, attira cette Congrégation dans la Ville éternelle fut la Mère du Perpétuel Secours. Là, les Pères Rédemptoristes construisirent un couvent et l’église Saint-Alphonse. L’un d’eux, étudiant le quartier de la ville où ils s’étaient installés, ne tarda pas à découvrir que l’église Saint-Alphonse avait été construite exactement à l’endroit où avait existé l’église Saint-Matthieu, dans laquelle avait été vénérée pendant des siècles l’icône miraculeuse de Notre-Dame du Perpétuel Secours. Il fit alors part de cette heureuse découverte à ses frères rédemptoristes. Parmi les pères qui l’écoutèrent se trouvait le Père Michele Marchi.
Celui-ci, à son tour, lui raconta tout ce que le vieux religieux augustin du couvent de Santa Maria in Posterula lui avait dit au sujet de l’image. Ici, nous pouvons voir clairement la main de la Très Sainte Vierge guidant les événements, suscitant dans le cœur de ces fils missionnaires le désir ardent d’exposer de nouveau l’image miraculeuse à la vénération publique. Ils exhortèrent le Supérieur général de la Congrégation, le Père Nicola Mauron, à adresser directement au Pape une demande en ce sens. Reçu en audience par Pie IX, le Supérieur général lui raconta l’histoire de l’icône et lui présenta la requête de la confier à la garde de sa Congrégation, afin qu’elle reçoive de nouveau les honneurs et les prières des fidèles au lieu même choisi par Notre-Dame en 1499. Le Pape écouta attentivement et accepta tout. Plus tard, le Saint-Père confia aux Rédemptoristes, en la personne de leur Supérieur général, la mission de répandre la dévotion à Notre-Dame du Perpétuel Secours : « Faites-la connaître dans le monde entier » !
En janvier 1866, les pères Michele Marchi et Ernesto Bresciani se rendirent à Santa Maria in Posterula pour recevoir l’icône des augustins. Les Pères Augustins, se conformant avec un respect filial au désir du Souverain Pontife, remirent l’image miraculeuse à ses nouveaux gardiens. Lors d’une procession solennelle, environ 20 000 fidèles la portèrent à travers les rues décorées de fleurs jusqu’à l’église Saint-Alphonse.
« Chère mère, guérissez mon fils ou emmenez-le au ciel » !
Pendant la procession, la Mère du Perpétuel Secours intercéda généreusement en opérant quelques miracles. Le plus célèbre fut la supplication d’une mère qui dit : « chère mère, guérissez mon fils ou emmenez-le au ciel » ! Une mère angoissée implora depuis la fenêtre de sa maison, élevant dans ses bras son fils mourant au passage de l’icône. Aussitôt l’enfant se rétablit. Un peu plus loin, une autre mère demanda que sa fille, atteinte d’une paralysie totale, soit guérie. Aussitôt l’enfant retrouva de la force dans les jambes, mais seulement assez pour marcher. Mère et fille se rendirent le lendemain à l’église Saint-Alphonse et implorèrent : « Ô Marie, achevez ce que vous avez commencé » ! La fillette en sortit complètement guérie.
La restauration de l’icône
L’icône dut être nettoyée et restaurée. La tâche fut confiée à l’artiste polonais Leopold Nowotny. Enfin, le 26 avril 1866, l’image fut de nouveau présentée à la vénération publique dans l’église Saint-Alphonse sur la Via Merulana. Ainsi commença une nouvelle étape dans l’histoire lumineuse de l’icône miraculeuse de la Très Sainte Vierge. Aujourd’hui encore, elle accueille maternellement ses fils et ses filles dans le Sanctuaire de Notre-Dame du Perpétuel Secours. Grâce au zèle des Pères Rédemptoristes, des milliers d’autres églises ont été érigées en Son honneur dans le monde entier.
En 1990, l’image de Notre-Dame du Perpétuel Secours fut retirée du maître-autel pour répondre à une demande de nouvelles photographies de l’icône. C’est alors que l’on découvrit son état de grave détérioration : le bois comme la peinture avaient sérieusement souffert des variations environnementales et de tentatives de restauration maladroites.
Le Gouvernement général des Rédemptoristes décida de s’adresser aux services techniques du Musée du Vatican afin de procéder à une restauration générale de l’icône qui résoudrait le phénomène de fissures et de champignons menaçant de causer des dommages qui ne pourraient plus être réparés. La première partie de la restauration consista en une série de radiographies, d’images infrarouges, d’analyses qualitatives et quantitatives de la peinture et d’autres tests infrarouges et ultraviolets. Les résultats de ces analyses, et surtout un test au carbone 14, indiquaient que le bois de l’icône du Perpétuel Secours pouvait facilement être daté des années 1325-1480. La deuxième phase de la restauration consista dans le travail physique de retouche des zones affectées et de renforcement de la structure qui soutenait l’icône. Cette intervention physique se limita au strict nécessaire car, à l’instar des opérations chirurgicales sur le corps humain, tout travail de restauration provoque toujours quelque traumatisme. L’analyse artistique situe la pigmentation de la peinture à une date plus récente (après le XVIIe siècle) : cela expliquerait pourquoi l’icône offre une synthèse d’éléments orientaux et occidentaux, spécialement dans l’aspect des visages.
En 1991, saint Jean-Paul II déclara :
« 125 ans se sont déjà écoulés depuis ce 26 avril 1866, lorsque le Pape Pie IX confia à votre Institut la diffusion du culte de la Vierge du Perpétuel Secours. Depuis lors, vous n’avez cessé de garder avec amour cette icône byzantine, venue d’Orient et devenue un point de référence pour les fidèles qui viennent prier dans ce temple. Comme je l’ai écrit dans ma Lettre apostolique Duodecimum saeculum (1987), « le fidèle d’aujourd’hui, comme celui d’hier, doit être aidé dans la prière et dans la vie spirituelle par la vision d’œuvres qui cherchent à exprimer le mystère sans le cacher » (saint Jean-Paul II, Duodecimum saeculum, 11), mystère de la maternité divine et, en même temps qu’elle invite à la confiance, elle exalte le rôle que la Vierge joue dans la vie de chaque fidèle. Marie est la mère de l’espérance et de la bonté. Mère de miséricorde et de grâce. « Dieu, voulant racheter toute l’humanité, a placé tout le prix de la rédemption entre les mains de Marie, afin qu’elle puisse le dispenser à son gré ». (saint Alphonse M. de Liguori, Opere ascetiche, Rome, 109).
Dans cette icône, Marie nous dispense ce prix avec l’heureuse annonce que la nouvelle Alliance s’est pleinement réalisée en elle et, par elle, est offerte à tous les hommes, les prémices de la rédemption et le témoignage du chemin extraordinaire de la coopération de la Mère du Seigneur au salut de l’humanité. Les yeux de la Vierge regardent les personnes et font rayonner sur elles le don de la grâce divine ». (saint Jean-Paul II).
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