Les versets mariologiques sont-ils bien traduits ?

Lorsqu’on aborde les problèmes de traduction des Écritures, une barrière apparaît naturellement concernant la théologie biblique mariale de l’Ancien Testament. Tous les manuels et traités dédiés à ce domaine des Saintes Écritures accordent une attention particulière aux annonces prophétiques de Gn 3,15, Is 7,14, entre autres. Le Concile Vatican II enseigne que la Mère du Rédempteur :
Fig 1
| Elle est déjà, sous la lumière de la révélation, délimitée prophétiquement par la promesse de la victoire sur le serpent (cf. Gen 3,15). De même, c’est la Vierge qui concevra et donnera naissance à un Fils, dont le nom sera Emmanuel (cf. Is 7,14. Mt 1,22-23). | Elle est déjà, à la lumière de cette révélation, délimitée prophétiquement par la promesse de la victoire sur la serpent (cfr. Gén. 3,15), faite aux premiers parents tombés dans le péché. Elle est aussi la Vierge qui concevra et donnera naissance à un Fils, dont le nom sera Emmanuel (cfr. Is 7,14. Cfr. Mt 1,22-23). |
Prénannciée : une expression fort heureuse ! Ainsi, le Concile indique la présence de la Mère du Rédempteur dans le champ du proto-évangile de Gn 3,15. Mais immédiatement après, avec l’adverbe de même (similiter), la même précision terminologique s’étend à Is 7,14.
Quels ont été les chemins empruntés par les auteurs du Nouveau Testament pour parvenir à une réinterprétation, également mariale, des prophéties mentionnées ?
En suivant l’ordre chronologique de leurs écrits, on trouve d’abord Matthieu qui interprète Is 7,14, puis viendra la tradition joannique de l’Apocalypse, qui remonte à Gn 3,15, lorsqu’elle contemple la Femme vêtue du soleil.
Laissons-nous guider par la main des évangéliques et sous leur inspiration, apprenons à discerner les traits de Marie, comme l’aurore qui présage les rayons bénéfiques du Christ, le Soleil de justice (Mal 3,20).
Du point de vue strictement exégétique, il faut reconnaître que les premières interprétations de ce passage ne sont pas mariologiques. De plus, les difficultés rencontrées par ce texte dans l’exégèse sont bien réelles. Tout d’abord, sa formulation littéraire, selon les témoignages dont nous disposons, présente des problèmes sous plusieurs aspects, au point qu’on pourrait même parler de trois textes parallèles : le texte hébreu, la traduction grecque des LXX, et les anciennes versions occidentales qui se sont ensuite fondues dans la Vulgate.
LXX : La version grecque la plus importante de l’Ancien Testament est appelée la version des Soixante, car, selon une légende, elle aurait été réalisée par soixante-dix (ou soixante-douze) érudits travaillant indépendamment les uns des autres. Selon la tradition juive, elle a été commandée par Ptolémée Philadéphos (285-246 av. J.-C.) pour sa célèbre bibliothèque d’Alexandrie. Bien qu’il s’agisse apparemment du travail collectif de nombreux traducteurs, elle a probablement été achevée plus tard : vers 132 av. J.-C. À certains points importants, elle diffère de la Bible hébraïque. Certains livres, même pas trouvés dans la Bible hébraïque (comme Tobie, Judith, Sagesse, Écclésiaste et Baruc), ont été introduits dans les Soixante, tandis que certains livres (par exemple, Esther) apparaissent sous une forme plus longue. Ces livres et passages traditionnels, appelés apocrphes dans la tradition protestante, sont considérés comme « deuterocanoniques » par les catholiques et les orthodoxes. En citant l’Ancien Testament, les auteurs du Nouveau Testament suivent généralement les Soixante plutôt que le texte hébraïque original.
Vulgata Latine : Ce nom dérive de vulgata editio (lat. « édition populaire ») et se réfère à la traduction latine la plus répandue de la Bible. Lorsque le besoin d’une traduction commune à Rome s’est fait sentir, Saint Jérôme (vers 340-420) s’est engagé à réviser certaines traductions latines existantes du Nouveau Testament. Forcé de quitter Rome, Jérôme a appris l’hébreu et a commencé à traduire également l’Ancien Testament. Vers 404, il a terminé de traduire (ou révisé des traductions existantes) la Bible dans son intégralité. En 1546, le Concile de Trente a déclaré que la Vulgata était la traduction authentique de la Bible (DH 1506).
Considérons les textes
Fig 2
# Texte en français :| Hébreu | וְאֵיבָה אָשִׁית בֵּינְךָ וּבֵין הָאִשָּׁה, וּבֵין זַרְעֲךָ וּבֵין זַרְעָהּ. הוּא יְשׁוּפֶק רֹאשֶׁךָ, וְאַתָּה תְּשׁוּפֶנּוּ עָקֵב. |
| Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta descendance et la sienne. Il te blessera à la tête, et tu lui blesseras le talon. | |
| LXX | καὶ ἔχθραν θήσω ἀνὰ μέσον σου καὶ ἀνὰ μέσον τῆς γυναίκας, καὶ ἀνὰ μέσον τοῦ σπέρματός σου καὶ ἀνὰ μέσον τοῦ σπέρματος αὐτῆς. αὐτός σου τηρήσει κεφαλήν, καὶ σὺ τηρήσεις αὐτοῦ πτέρναν. |
| Je placerai une inimitié entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance (son sperme). Il te blessera à la tête, et tu lui blesseras le talon. |
Fig 3
| Bible – Ave Maria | Bible Pastoral | Bible de Jérusalem | Bible CNBB | Bible TEB |
| Je mettrai une haine entre toi et la femme, entre ta descendance et la sienne. Elle te blessera à la tête, et tu lui blesseras le talon. | Je placerai une inimitié entre toi et la femme, entre ta descendance et ses descendants. Ils vont te briser la tête, et tu briseras leur talon. | Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton héritage et son héritage. Elle te brisera la tête, et tu briseras son talon. | Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta descendance et la sienne. Elle te blessera à la tête, et tu lui blesseras le talon. | Il y aura une hostilités entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance. Elle te touchera à la tête, et tu la toucherás au talon. |
A) Qui brise ?
Le problème qui émerge de ces trois possibilités concerne à la fois la relation entre la serpent et la femme, et surtout, la relation entre la serpent et la descendance/sperme de la femme.
Dans le texte biblique, la descendance (zar·‘āt : masculin) est l’héroïne de la lutte et de la victoire. Il n’est pas précisé quand ou comment, mais une victoire décisive de la descendance de la femme sur la serpent est clairement indiquée. La descendance de la femme est interprétée à la fois collectivement et personnellement. Ce sont en effet ceux qui observent (ou non) la loi de Moïse. Nous sommes donc dans le contexte du peuple d’Israël, pour qui viendra une salut irréversible contre les liens de la serpent avec l’avènement du Messie. En pratique, alors, la femme de Genèse et ses descendants commencent à se identifier avec la communauté d’Israël sur le chemin de la rédemption messianique. Plus simplement : le peuple choisi avec son Messie. Nous ne sommes pas loin du message de l’Apocalypse 12 !La traduction de la Septante met explicitement l’accent sur la descendance, cette forme masculine correspondant au masculin *tū* du texte hébraïque, mais c’est une dissonance grammaticale frappante avec la mention de « la descendance de la femme » (του σπέρματος αυτής) qui est neutre + féminine. Il y a un passage grammatical violent du neutre [descendance] au masculin [Il]. Un phénomène littéraire de ce type suggère qu’il y aura dans la descendance de la femme une personne spécifique qui conduira la progéniture, initialement comprise en sens générique, à la victoire finale dans la supération irréversible du lien avec la serpent. Cela atteste clairement l’attente d’une personne messianique. La discordance entre le pronom masculin de troisième personne *il* et le substantif neutre *sème* confirme que pour les Juifs contemporains à la version des Septante, le Messie était un individu, une seule personne, pas un peuple en général.La traduction de la Vulgate a attribué un rôle de leadership aux femmes. C’est la femme (ipsa) qui pourra écraser (conteret) la tête du serpent. La victoire n’est donc pas attribuée directement à la descendance, mais personnellement à la femme.L’interprétation exégétique de Genèse 3,15 oscille, on pourrait dire, entre le texte hébraïque et la traduction grecque des Septante. On insiste encore sur le retour aux sources. La femme est placée comme début de la descendance et ne se sépare jamais d’elle. Cette descendance trouve son point de référence essentiel en Christ. Par conséquent, que la descendance comprise en sens général soit polarisée et concrétisée dans une personne, celui-ci, et que cette personne soit le Christ, est un fait eclesial qui se justifie exégétiquement.B) **Éléments du texte**« Porerai inimitié entre toi et la femme », dit l’ancien oracle de Genèse, considéré comme le « protoévangile ». La femme ne peut être qu’Eva, c’est-à-dire la femme dont l’auteur a parlé jusqu’alors. Cela est exigé par l’article défini (a), qui suppose un lien avec le récit précédent.« Entre ta semence et la sienne », la semence du serpent désigne ceux qui adoptent la tromperie du séducteur, devenant ainsi ses fils, ses disciples, suivant son incitation au mal (cf. Sb 2,24 ; Jo 8,44).Par exclusion, la semence de la multer est constituée par ceux qui restent fidèles aux chemins de Dieu :« Cette [semence] te brisera la tête tandis que tu te mordras la talonette. » Comme nous l’avons dit, selon le texte biblique, c’est la semence, et non la multer elle-même, qui écrasera la tête de la serpent. Comment discerner dans cette semence ou descendance celui qui apporte la victoire finale ?Un collectif (la semence de la maison royale de David ?), un groupe ou un individu ? Les interprétations sont contradictoires et, strictement parlant, ne s’inscrivent pas dans les limites formelles de notre démarche. Cependant, le fait est que la défaite du serpent est fatale, car sa tête est écrasée. Dieu prend le parti du peuple (je mettrai une inimitié entre toi et la multer). Israël sait qu’il peut compter sur les promesses de Dieu.Le contexte immédiatL’exégèse de ce passage est extrêmement complexe. Des éléments strictement linguistiques, des éléments rédactionnels, des éléments stylistiques contribuent à sa complexité. Tout d’abord, par rapport à la formulation actuelle du texte, il y a eu un travail considérable.Les interprétations proposées évoluent vers une position :a) **naturaliste** une animosité perpétuelle entre le peuple et la multer, comme effet de la malédiction divine.b) **éthique** la lutte se donne entre le peuple et la multer comme symbole du mal.c) **sauvifique**Cette dernière interprétation, **sauvifique**, a à son avantage le fait décisif de s’inscrire adéquatement dans le grand contexte des premiers 11 chapitres de la Genèse. Les besoins contextuels, tels qu’ils émergent des premiers 11 chapitres, suggèrent probablement une certaine unité, une concaténation articulée entre les divers éléments, sans espaces vides et sans redondances.En gardant tout cela à l’esprit, nous voyons que toute l’histoire de la deuxième narration de la création peut être liée à la première, car il est possible de dépasser la mentalité qu’elle représente et exprime. En même temps, nous ne pouvons pas nous arrêter à la condamnation de Dieu ; c’est-à-dire que l’histoire de la rédaction, avec ses besoins d’unité, doit être réévaluée pour ne pas se perdre dans l’archipel de l’analyse des éléments isolés, indépendamment de leur champ.Insistant sur le fait de ce que la Genèse veut nous exprimer, qui concerne l’histoire de l’humanité en général, du point de vue d’un développement dialectique de son histoire dans une perspective salvifique, résonne une lecture du texte qui a besoin d’exprimer adéquatement les trames synchroniques.La réinterprétation de Gn 3,15 en Apocalypse 12Peut-on dire que la Vierge a été prédite dans le proto-évangile de la Genèse ?En réponse, il convient de dire que l’aspect mariologique de cette prophétie n’est compréhensible qu’à partir du Nouveau Testament, c’est-à-dire grâce au chapitre 12 de l’Apocalypse. Voyons comment. La question préliminaire est la suivante : qui est la :**« femme vêtue du soleil, avec la lune sous ses pieds et une couronne de douze étoiles sur sa tête » ?** (Ap 12, 1b).Nous sommes en présence d’un **grand signe** (1a). Ce signe doit donc être décodé.**Quelle est l’identité de la figure féminine qui occupe le champ visuel ?**a) Un symbolisme multipleLa femme de l’Apocalypse 12 rassemble un symbolisme polyvalent qui évoque à la fois **Ève**, **Israël** et l’**Église**.**Ève**Bien que la femme ne soit pas nommée, le lecteur associe facilement cette figure à Ève en lutte avec la serpent (Gn 3, 15). En effet, le dragon est décrit comme **« la vieille serpent, que l’on appelle Diable et Satan »**, qui tente toute la terre (Ap 12, 9. Cf. Gn 3, 15). Il est en guerre ouverte contre les femmes. Il est prêt à dévorer son enfant dès sa naissance (Ap 12, 4). Son tentative est contrecarrée par l’intervention divine qui enlève le nouveau-né vers Dieu et son trône (v. 5), il ne renonce pas à poursuivre la femme, qu’il poursuit dans le désert (v. 13), il vomit un fleuve d’eau mais celui-ci est absorbé par la terre qui s’ouvre (vv. 15s). La colère du serpent se déverse alors contre la femme : **« contre le reste de ses descendants, contre ceux qui gardent les commandements de Dieu et ont le témoignage de Jésus »** (v. 17).**Israël**Les douze étoiles avec lesquelles elle est couronnée (Ap 12, 1) symbolisent les douze tribus du peuple d’Israël (cf. Gn 37, 9). Nous sommes donc en présence de la femme-Noce de l’ancienne Alliance. Elle incarne toute la communauté d’Israël-peuple de Dieu, qui au premier siècle après J.-C. vénérait Ève comme la première de ses **mères** et dans une perspective messionique.**L’Église**La femme, en effet, est celle qui génère le Messie, élevé au trône de Dieu (Ap 12, 5), et elle est également la mère de ceux qui vivent les commandements divins et donnent témoignage de Jésus (v. 17). À la fin du livre de l’Apocalypse, on trouve une autre confirmation de la valeur eclesiale-communautaire de la femme. Cela est démontré par le fait qu’elle réapparaît sous le déguisement de **”la femme-Épouse du Agneau”** (21, 2.9). En elle, nous avons la Cité Sainte, la nouvelle Jérusalem (21, 10), qui inclut à la fois les douze tribus d’Israël (21, 12) et les douze apôtres de l’Agneau-Christ (21, 14). En d’autres termes : cette unique même femme rassemble et synthétise tout le peuple de Dieu, de la première Alliance scellée à Sinaï et de la seconde née du mystère pascal de Christ.**La femme de l’Apocalypse 12 représente-t-elle Marie ?**La mère de Jésus était-elle présente auprès du visionnaire de Patmos lorsqu’il a reçu son livre de révélation pour les sept églises ?Les exégètes, à une large majorité, répondent : la Femme de l’Apocalypse 12 représente directement l’Église, c’est-à-dire le peuple de Dieu de l’Ancien et du Nouveau Testament. Dans le contexte de l’Église, on peut également entrevoir Marie, mère du Messie Jésus, dans cette femme.
a. La naissance de la Femme : c’est une réincarnation symbolique de la passion et de la résurrection du Christ. Après avoir établi ce point, l’esprit du lecteur se tourne naturellement vers Jean 19,25-27. Dans ce passage, il est dit qu’au moment où Jésus passa de ce monde au Père, la communauté messianique (ou le reste fidèle d’Israël) fut représentée par trois ou quatre femmes et le disciple bien-aimé. Parmi celles-ci, un rôle de premier plan est reconnu à Marie, devenue mère de tous les disciples.
La différence entre Apocalypse 12 et Jean 19,25-27 réside ici : tandis que la scène de l’Apocalypse a une tonalité eclesiale, celle du quatrième Évangile est centrée sur la personne de Marie. Mais cette différence est complémentaire. Ainsi, le chapitre 12 de l’Apocalypse confirme le sens eclesial de Marie aux côtés de la croix. Et inversement, la présence de Marie près du Crucifié permet d’étendre la dimension mariologique à la Femme de l’Apocalypse combattant le dragon.
L’extension de la dimension mariologique à la Femme de l’Apocalypse n’est pas seulement possible, mais obligatoire, et ce au niveau du sens littéral. En effet, la « Femme-Église » de l’Apocalypse 12, présentée comme la mère du Messie et de tous ses suiveurs, est la transposition symbolique de la « Femme-Marie » qui fut réellement la mère de Jésus et, par volonté de Jésus lui-même, devint la mère de tous ses disciples. Étant donné que Marie a vécu concrètement au sein de l’Église joanique, l’auteur de l’Apocalypse a pu créer la scène du chapitre 12, qui étend et applique la mission de Marie à l’Église. En d’autres termes : l’exemple de l’Église est Marie.
Les grandes images du chapitre 12 sont incompréhensibles sans référence au rôle historique de Marie. Le sens eclesial et mariologique ne sont pas alternatifs, comme on pense souvent, mais complémentaires : l’Église sans Marie manquerait d’un point de repère concret et d’une dimension qualifiante. Marie, sans l’Église, serait une météorite soudaine et inexplicable dans le ciel de l’Apocalypse, une présence étrangère difficile à justifier.
b) La Femme de l’Apocalypse 12 est donc la même que celle qui sera glorifiée dans les nouveaux cieux et sur la nouvelle terre de Jérusalem céleste, comme la « Femme-Épouse du Agneau » (Apocalypse 21,1-22,5). Dans la réflexion escatologique de cette dernière destination, la communauté des fidèles élève l’autel à Marie, « Assumée » avec le Fils dans la gloire céleste. À travers sa personne, redémise dans l’intégrité physique et spirituelle de son être, l’Église salue avec joie les premiers fruits de la salut parfait que le Christ ressuscité déversera sur toute créature.
Is 7,14
Fig 4.1
Isaías 7,14 [Hébreu] | לָכֵן יִתֵּן אֲדֹנָי ה֛וּא לָכֶ֖ם א֑וֹת הִנֵּ֣ה הָעַלְמָ֗ה הָרָה֙ וְיֹלֶדֶת בֵּן, וְקָרָא שְׁמ֖וֹ עִמָּנוּ אֵֽל. |
| Par conséquent, l’Éternel vous donnera un signe : voici, la Vierge deviendra enceinte et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d’Emmanuel. | |
Isaías 7,14 [LXX] | δια τοῦτο δώσει Κύριος αὐτὸς ὑμῖν σημεῖον ἰδοὺ ἡ παρθένος ἐν γαστρὶ λήμψεται καὶ τέξεται υἱόν, καὶ καλέσεις τὸ ὄνομα αὐτοῦ Ἐμμανουήλ. |
| Par conséquent, le Seigneur lui-même vous donnera un signe : voici, la Vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d’Emmanuel. | |
Isaías 7,14 Vulgate Latine | propter toc dabit Dominus ipse vobis signum ecce virgo concepiet et pariet filium et vocabitis nomen ejus Emmanutel. |
| Par conséquent, le Seigneur vous donnera un signe : voici, la Vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel. | |
Mt 1,23 [Grec] | Ἰδοὺ ἡ παρθένος ἐν γαστρὶ ἕξει καὶ τέξεται υἱόν, καὶ καλέσουσιν τὸ ὄνομα αὐτοῦ Ἐμμανουήλ, ὅ ἐστιν μεθερμηνευόμενον Μεθ’ ἡμῶν ὁ θεός. |
| Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel, ce qui signifie “Avec nous le Dieu” |
Fig 5
| Bíblia Ave Maria | Bíblia Pastoral | Bíblia de Jérusalem | Bíblia da CNBB | Bíblia TEB |
| [Is 7,14] Par conséquent, le Seigneur lui-même vous donnera un signe : une vierge concevra et enfante un fils, et on l’appellera Emmanuel. | [Is 7,14] Sachez donc que le Seigneur vous donnera un signe : la jeune femme concevra et enfantera un fils, qu’on appellera par le nom d’Emmanuel. | [Is 7,14] Voici donc que le Seigneur lui-même vous donne un signe : une jeune femme va concevoir et donner naissance à un fils, et on l’appellera Emmanuel. | [Is 7,14] Car voici que le Seigneur vous donnera un signe. Une jeune femme va concevoir et donner naissance à un fils, qu’on appellera Emmanuel. | [Is 7,14] Voici donc que le Seigneur lui-même vous donne un signe : une jeune femme est enceinte et va mettre au monde un fils, qu’on appellera Emmanuel. |
| [Mt 1,23] Une vierge concevra et enfantera un fils, qu’on appellera Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous. | [Mt 1,23] Voici donc que la vierge concevra et donnera naissance à un fils. On l’appellera Emmanuel, ce qui signifie : Dieu est avec nous. | [Mt 1,23] Une jeune femme va donc concevoir et donner naissance à un fils, qu’on appellera Emmanuel, ce qui signifie : Dieu est avec nous. | [Mt 1,23] Voici donc que la vierge sera enceinte et donnera naissance à un fils. On l’appellera Emmanuel, ce qui signifie : Dieu est avec nous. | [Mt 1,23] Une jeune femme concevra et enfantera un fils, auquel on donnera le nom d’Emmanuel, ce qui signifie : Dieu est avec nous. |
Le contexte original de Is 7,14 se situe dans les événements liés à la guerre syro-éphraïmite contre le royaume de Juda. Nous sommes en 734-733 av. J.-C. Jotan, roi de Juda, meurt à Jérusalem. Il est remplacé par son fils Acaz, âgé de seulement vingt ans. Les rois de Damas (Razon) et d’Israël (Pekak) mènent des guerres contre le jeune souverain, car il a refusé de se joindre à eux dans la coalition contre Tiglath-Pileser III (745-727), roi d’Assyrie. Les armées des deux assaillants pressent déjà les portes de Jérusalem.
Acaz, effrayé, décide d’appeler Tiglath-Pileser à l’aide. À ce moment, le prophète Isaïe intervient pour tenter de dissuader Acaz de son projet : s’allier au monarque assyrien reviendrait à adorer les fausses divinités qu’il vénérait, mais cela irait à l’encontre du premier commandement de l’alliance : « Ne te feras point d’autres dieux devant ma face » (Ex 20,3). Comme Acaz ignore son avertissement, Isaïe dirige son oracle vers la maison de David, gravement menacée (Is 7,13).
Il annonce qu’une jeune femme (la femme d’Acaz, Abia, cf. 2 Rois 18,2) va donner naissance à un fils (Ézéchias), auquel elle donnera le nom prestigieux d’Emmanuel, signifiant « Dieu avec nous » (Is 7,14). L’enfant boira du lait et du miel (v. 15a). Autrement dit : il devra se nourrir de ces produits rares de la pâture, les seuls qui subsistent dans une terre appauvrie par la guerre et un peuple contraint d’abandonner l’agriculture (cf. Is 7,22-25).
Cette alimentation perdurera jusqu’à ce que l’enfant « apprenne à rejeter le mal et à choisir le bien » (v. 16a). Cette expression (en tenant compte du précieux parallélisme qu’elle a avec Is 8,4) signifie : « avant que l’enfant sache dire père et mère ». Ces premiers signes de discernement (cf. Gn 4,11) peuvent se manifester vers deux ans. À la fin de cette période, déclare le prophète, les deux rois qui inspirent tant de peur à Acaz seront vaincus (v. 16).
L’évolution immédiate des faits a confirmé la véracité de la prophétie. En 733, Tiglath-Pileser conquiert Samarie, et en 732, Damas tombe entre les mains des Assyriens. Ézéchias est né pendant l’hiver 733-732, selon les calculs les plus fiables. Lorsqu’il a un peu plus d’un an, la menace de la ligue syro-éphraïmite est ainsi évitée. Ézéchias succède alors à Acaz et son bon gouvernement démontre réellement que « Dieu est avec nous », c’est-à-dire avec son peuple (Is 8,10).
La maison de David, à laquelle le Seigneur a promis une stabilité perpétuelle par la bouche de Nathan (2Sm 7,8-16), a survécu grâce à la personne et à l’œuvre d’Ézéchias. Cette interprétation de la célèbre prophétie d’Is 7,14 est appelée messianique indirecte car elle considère Ézéchias comme une figure du Christ. C’est la plus ancienne des interprétations et elle retrouve de nombreux accords même parmi les exégètes contemporains.
Malgré toute volonté de retarder, il ne sera jamais possible de limiter les perspectives du prophète aux limites du royaume de Juda ou à la cour d’Acaz. Isaïe a devant lui plus qu’une invasion, une libération, un signe. Dans son esprit, donc, le moment et les destinataires des menaces et des promesses respectives doivent être clairs.
Dans le cas contraire, la prophétie serait contradictoire (avec des insinulations salutaires et punitives, relatives au présent, « avant que l’enfant distingue le bien du mal » et un futur non spécifié, « ce jour-là »), excessivement emphatique (annoncer simplement un événement historique n’est pas expliqué avec une telle solennité), même confus, allant à l’encontre du style habituel des prophètes, donc également superflu.
Interprétation d’Is 7,14 dans Mt 1,22-23
Matthieu, après avoir raconté la conception virginale de Jésus (1,18-21), conclut : « Tout cela s’est accompli pour que s’accomplisse ce que le Seigneur a dit par le prophète : Voici que la jeune femme concevra et donnera naissance à un fils, qu’on appellera Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous ».
L’oracle auquel Matthieu fait référence est celui d’Is 7,14. Nous voyons d’abord le contexte original de cette célèbre prophétie, puis la réinterprétation christologique et mariane que l’Évangéliste fait de celle-ci.
Matthieu 1,22 réinterprète Isaïe 7,14 dans une perspective messianique et mariologique. L’évangéliste vient de narrer la conception virginale du Christ et affirme que, malgré l’exclusion de Joseph, Jésus descend de la dynastie davidique. C’est en effet Joseph, fils de David (Matthieu 1,20), qui lui confère la paternité légale (Matthieu 1,21,24), l’insérant ainsi dans la société juive comme « fils de David ». À la lumière de cet événement extraordinaire, Matthieu réfléchit aux circonstances de la prophétie d’Isaïe 7,14 et en déduit qu’elles trouvent leur plein sens maintenant que Marie a conçu le Christ par l’action de l’Esprit.
Comment ?
On pourrait dire que la réinterprétation matthéienne d’Isaïe 7,14 présente deux aspects : l’un concerne le Messie, l’autre sa mère.
A) Le Messie
Tout comme à l’époque de la guerre syro-éphraïmite, la survie de la dynastie davidique fut assurée par la naissance d’Ézéchias, fils de David, de même la naissance de Christ issu de la lignée de David garantit par Dieu la pérennité de cette lignée, prolongée désormais dans l’Église. La figure d’Ézéchias, très célébrée par le prophète (Isaïe 7,14s. 8,5-10. 9,5ss.), est une préfiguration typique du Christ. Jésus est le véritable et parfait Émanuel, « Dieu avec nous » : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Matthieu 28,20).
La nouvelle maison de David est désormais l’Église du Christ (cf. Matthieu 16,18 : « Je vais bâtir mon Église »). Elle jouit d’une stabilité perpétuelle car Jésus y vit. Les forces du mal ne prévaudront pas (cf. Matthieu 16,18). L’amour triomphe de la mort. Dans le Christ ressuscité, agissant dans l’Église, s’ manifeste la toute-puissance de Dieu, « Dieu avec nous ».
B) La mère du Messie
Le sens mariologique de la prophétie d’Isaïe, selon la citation de Matthieu, réside dans la personne de la mère d’Ézéchias. Tout comme elle donna naissance à un fils qui assurait la continuité de la maison de David, Marie donne naissance à un fils qui régnera éternellement sur le trône de David, dans la maison de Jacob, en Israël de Dieu (cf. Matthieu 16,18; 28,20; Galates 6,16; 2 Samuel 7,16). On remarque la royauté des deux mères. De plus, tout comme la naissance d’Ézéchias avait le caractère d’un prodige, étant prédite par le prophète comme un signe, la naissance du Christ fut elle aussi extraordinairement prodigieuse, car elle fut conçue par une vierge par l’action uniquement de l’Esprit (Matthieu 1,18; 2,20).
En résumé : le verset Is 7,14 est le premier des oracles de l’Ancien Testament à être compris également d’un point de vue mariologique par un auteur du Nouveau Testament. La Vierge Marie est « prophétiquement tracée » (Lumen Gentium, 55). Si plusieurs Pères, comme Justin, rapportaient cette prophétie directement à Christ et à Marie, cela s’est probablement produit sous l’influence de la controverse avec les cercles juifs qui nièrent toute teneur christologique de l’Ancien Testament. Cependant, en respectant l’économie dynamique et théologique de la Révélation, nous ne voyons la figure du Sauveur et de sa mère derrière les personnages typiques du roi Ézéchias et de la reine-mère Abia qu’à partir du témoignage de Matthieu.
Ce qui s’est passé à l’époque du roi Acaz est maintenant accompli de manière parfaite et définitive dans le mystère de la conception virginale de Christ, « fils de David » (Mt 1,20) et « Dieu avec nous » (1,23).
Le Nouveau Testament complète l’Ancien, le surpassant. Jésus dira : « Ne pensez pas que je suis venu pour abolir la Loi ou les Prophètes. Je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir » (Mt 5,17).
Conclusion
La réinterprétation des annonces prophétiques d’Is 7,14 et Gn 3,15 par les évangiles de Matthieu et Jean est une étape supplémentaire pour comprendre le rôle attribué à la Vierge dans l’histoire préparatoire de l’Ancien Testament. La figure de la mère du Messie s’est progressivement dessinée dans l’ombre de la parole prophétique. L’attente du peuple élu est désormais consciente que sa Mère doit également se joindre au côté du Sauveur. À côté de la chaîne qui prépare le Messie, l’Ancien Testament présente une chaîne plus discrète mais parallèle qui prépare la communauté messianique. C’est précisément la personnification féminine de la Vierge, filte d’Israël ou Filta de Sión. Il est légitime de penser que cette seconde chaîne s’écoule vers Marie, tout comme la première coule vers Jésus. Bien qu’elles se distinguent, toutes deux portent en elles le destin du Messie et de son peuple.
Prof. Dr. Daniel Afonso
Profa. Carolline Muniz
Pour approfondir l’étude des versets mariologiques et leur interprétation théologique, consultez la encyclique Redemptoris Mater de Jean Paul II, qui analyse les textes bibliques fondamentaux sur Marie avec rigueur exégétique et théologique.
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