L’écoute et le regard contemplatif de Marie

L’écoute attentive de Marie : la méditation au cœur de Lc 2,19), la grotte de Bethléem et la visite des bergers dans l’herméneutique de la foi
Pour comprendre la profondeur et l’étendue de l’écoute de Marie, nous devons descendre à la grotte de la Nativité à Bethléem et revivre la visite des bergers au berceau de Jésus.
Les bergers vinrent et racontèrent de nombreuses choses merveilleuses qui s’étaient produites cette nuit-là, pendant qu’ils gardaient leurs troupeaux : Et tous ceux qui l’entendirent furent émerveillés par les récits des bergers (Lc 2,18).
Marie, quant à elle, gardait toutes ces choses dans son cœur (Lc 2,19).
Ici, l’écoute de Marie est une méditation. Et pour comprendre cette attitude, il est important de savoir que méditer signifie rassembler, unir. Marie pratiquait la méditation des Écritures saintes et méditait ensuite sur tout ce qu’elle entendait et comprenait de Dieu : elle unissait la Parole à la Parole, la connaissance au Savoir, la décision à la Décision, l’amour à l’Amour.
De cette façon, la Mère de Jésus s’est immergée de plus en plus dans le mystère de Dieu et dans la compréhension de sa Parole. Tout ce travail de méditation est marqué par une grande discernement :
Marie ne répond pas, mais s’adresse aux serviteurs en disant : Faites tout ce qu’il vous dira. Marie prend donc conscience que l’heure est venue. Et cette connaissance lui vient de son esprit prophétique. Ainsi comprenons-nous à quel point notre écoute de la Parole de Dieu devient attentive : nous parlons des paraboles, des paroles aux sens multiples qui servent à les éclairer (pour ceux qui adhèrent à Jésus) et aussi à les cacher (de ceux qui n’y adhèrent pas), et ensuite les mots et les gestes s’unissent jusqu’à ce qu’apparaisse la seule Parole et le seul geste : la Croix, révélation et don de l’amour de Dieu. Il semble que Marie écoute les paroles et comprend les paraboles, par le silence et la vigilance, qui rendent audible la Parole, l’étonnement face à la compréhension avec l’annonce, la mémoire qui garde le cheminement avec la parabole dans l’intimité personnelle.
Le regard contemplatif de Marie sur la Croix : la théorie de Luc (Jo 19,25) et la contemplation de l’agapè divin sous la croix
Pour comprendre le regard de Marie, sa capacité à pénétrer avec les yeux de la foi dans le mystère de l’amour de Dieu, nous devons monter avec elle au Calvaire aux pieds de la Croix de Jésus. C’est là que Marie perçoit ce que les autres ne voient pas :
son regard prophétique, regard pénétrant (Nm 24,3)
Son regard discerne la présence de chaque manifestation suprême de l’agapè divin. En effet, nous lisons :
“Et toutes les foules qui étaient venues pour assister à cette manifestation, se remémorant ce qui s’était passé, rentrèrent en battant leur poitrine. Mais les amis de Jésus et ses disciples, qui l’avaient suivi depuis la Galilée, restèrent à distance et observaient tout.” (Lc 23,48-49)
Le fait de la mort de Jésus est qualifié par Luc de « théoria », terme grec aux significations profondes : la théoria était l’explication suprême de tout. Luc trouve cette explication universelle sur la croix. Et avec Luc, Marie, qui voit ce que les autres ne voient pas, car ses yeux sont lavés par les larmes et déchirés par la douleur. Pour pénétrer le mystère de l’amour de Dieu avec le regard, il est nécessaire que le mystère pénètre d’abord dans le regard, adoucisse le cœur. La prière réalisée par le regard, à la fois extérieur et intérieur, jaillit de la manifestation suprême de l’amour de Dieu envers l’homme. La croix devient ainsi le cœur de la vie contemplative, car c’est l’endroit où l’amour se déverse sur nous. La croix est l’icône de la charité divine, le don plein de l’amour de Dieu envers l’homme, selon une belle expression de Saint Maxime le Confesseur. Nous pouvons ainsi comprendre ce qu’affirme le II Concile de Nicée (787), dans sa définition dogmatique, lorsqu’il précise le type de vénération réservé aux icônes sacrées. Selon notre foi, il ne s’agit pas d’un véritable culte de latrie, réservé uniquement à la nature divine, mais d’un culte semblable à celui rendu à l’image de la croix précieuse et vivifiante, aux Évangiles saints et à d’autres objets sacrés, en les honorant avec l’offre d’encens et de lumière, comme c’était la coutume chez les anciens. En effet, l’honneur rendu à l’image se transmet à celui qu’elle représente. Et qui vénère l’image, vénère la personne dont elle reproduit l’essence.
À ce propos, il nous semble clair que si nous voulons mûrir dans la prière et la contemplation du mystère de la croix, qui est le trône de l’Agneau autour duquel l’Église se rassemble, il faut découvrir, peut-être redécouvrir, la tradition iconographique de l’Église. Il existe une iconographie dans les Églises orientales et occidentales : la première est plus représentative et atteint son expression la plus caractéristique dans la peinture (ou plus précisément l’écriture) des icônes. La seconde est plus abstraite et atteint son expression la plus caractéristique dans l’architecture (je fais surtout référence au gothique).
Il existe encore aujourd’hui des occasions uniques : la croix, le crucifix, le cierge pascal, l’autel sont des images à déchiffrer et à interioriser qui entrent dans l’action liturgique comme des images sacrées. Ensuite, il y a une redécouverte de l’art des icônes, latines et byzantines, qui offrent une occasion singulière pour la prière. Cependant, pour lire ces images, il faut un méthode, sinon on risque de tomber dans le sentimentalisme ou d’attribuer des sens complètement libres : ce qui ne favorise pas une contemplation sage, en harmonie avec la tradition vivante de l’Église et en harmonie avec la liturgie.
Si une icône est comprise, en recevant son service de référence à l’archétype, alors elle permet la lecture divine, avec plus de profondeur et de clarté que ce qu’un texte des Écritures peut faire. Une méthode positive de lecture d’icônes peut être concentrée sur cinq opérations : thème, narration, stimulation, distance et labyrinthe.
Découvrir le thème, même avec l’aide de l’inscription, signifie identifier le texte des Écritures auquel l’icône se réfère. En effet, chaque icône doit rendre visible, par le dessin et les couleurs, ce que les Écritures annoncent avec les mots. Le thème est reexprimé dans l’icône avec un langage visuel. Et cette fait crée une sorte de narration, une séquence d’images qui font de l’icône un équivalent visible de la réalité invisible qu’elle invite à penser et à croire.
La stimulation rappelle la fonction des couleurs, car la couleur est un stimulus psychoémotionnel. Une lecture correcte de l’icône permet d’identifier sa couleur centrale et ses couleurs secondaires qui s’harmonisent comme les notes d’une musique. L’aspect chromatique et son symbolisme implicite sont la cause de la puissance thérapeutique des icônes, capables de guérir l’imagination et de libérer la raison des agressions d’images perverses.
Cependant, nous devons également nous distancier des stimulii chromatiques, car l’homme n’est pas seulement imaginatif (nocturne), mais aussi rationnel (diurne). Nous sommes conduits à cette opération par la découverte de l’icône iconographiée, du symbolisme géométrique et abstrait sous-jacent.
Chaque icône a son mystère, offre son propre trésor, au-delà de ce qui se voit immédiatement. Et ce trésor suggère le symbole du labyrinthe, car la lecture de l’icône est comme un chemin qui conduit précisément à la salle du trésor, à Jérusalem céleste, comme dans les labyrinthes que l’on trouve sur le sol de certaines églises anciennes, parcourus par des pénitents à genoux, en lieu de pèlerinage vers la terre sainte.
Ainsi, chaque icône est présentée comme une petite iconostase qui cache et révèle le mystère de la foi aux yeux perçants. C’est comme un labyrinthe qui doit être parcouru lentement, à genoux, jusqu’à découvrir le point d’irradiation qui brûle notre regard pour nous amener à réfléchir avec amour sur ce qui est réel mais invisible. Le feu qui brûle le regard, introjeté, illumine le cœur et réchauffe la prière et la contemplation.
Si une icône ne brûle pas le regard, elle reste une surface externe, peut-être aussi belle qu’elle puisse être regardée, jusqu’à devenir respectueuse. Ainsi naîtra l’idole, une manipulation impie de l’icône incapable de communiquer le mystère contemplé. Si l’icône ne conduit pas le contemplant à participer à la réalité contemplée, elle sera plus une image représentant une réalité comme une photographie du passé.
Dans le regard pénétrant de Marie, nous voyons se réaliser l’iconographie. Marie voyait au-delà des couleurs, des moments, des voix et s’enfonçait dans un mystère qui se révélait, voilé et lisait ces marques de l’histoire qui était sauvée à chaque instant. Le mystère n’est pas en dehors de nous, nous sommes à l’intérieur du mystère et en regardant ce qui nous entoure, nous prenons conscience de sa présence. Ainsi fut la voie de Marie, où l’absolu transcendant devant lequel on se couvrait le visage parce qu’il ne pouvait être vu, devint homme au milieu de nous, touchable, atteignable mais n’a pas perdu son mystère ni la force de la révélation. Maintenant, nous avons une histoire qui sauve, racontée dans l’icône continue de la vie… qui ne cesse de couler.
Pour approfondir la réflexion sur l’écoute contemplative de Marie, consultez la encyclique Redemptoris Mater de Jean Paul II, qui présente Marie comme modèle de foi, d’écoute et de pèlerinage spirituel.
Profondez vos études : explorez la Mariologie, la Théologie mariane, les Apparitions mariennes et le Master en Mariologie.
Master en Mariologie
Voulez-vous approfondir votre formation en Mariologie ? Découvrez le Master en Mariologie de Locus Mariologicus – une formation académique qui allie rigueur théologique, vie spirituelle et tradition vivante de l’Église.
Responses