Marie, en Christ, nous réconcilie entre nous pour faire de l’humanité une famille de frères.

Christ abole la «mémorable inimitié» entre les peuples
Marie nous réconcilie entre nous, tous les hommes sur la terre, afin que nous soyons et nous aimions les uns les autres comme de véritables frères en Christ, et donc tous fils de Dieu.
Magnificat” class=”wp-image-36185″ srcset=”https://locusmariologicus.org/wp-content/uploads/2026/02/Mater_Dolorosa_by_Aelbrectt_Bouts_mid_1490s_-_Fogg_Art_Museum_-_DSC023661-scaled-e1771518633511.jpg 1870w, https://locusmariologicus.org/wp-content/uploads/2026/02/Mater_Dolorosa_by_Aelbrectt_Bouts_mid_1490s_-_Fogg_Art_Museum_-_DSC023661-scaled-e1771518633511-300×193.jpg 300w, https://locusmariologicus.org/wp-content/uploads/2026/02/Mater_Dolorosa_by_Aelbrectt_Bouts_mid_1490s_-_Fogg_Art_Museum_-_DSC023661-scaled-e1771518633511-768×494.jpg 768w, https://locusmariologicus.org/wp-content/uploads/2026/02/Mater_Dolorosa_by_Aelbrectt_Bouts_mid_1490s_-_Fogg_Art_Museum_-_DSC023661-scaled-e1771518633511-1536×988.jpg 1536w, https://locusmariologicus.org/wp-content/uploads/2026/02/Mater_Dolorosa_by_Aelbrectt_Bouts_mid_1490s_-_Fogg_Art_Museum_-_DSC023661-scaled-e1771518633511-624×401.jpg 624w” sizes=”(max-width: 1870px) 100vw, 1870px” />Lorsque Jésus commença son ministère évangélique, le monde, y compris devant Dieu, était divisé en Juifs, peuple de Dieu, et païens, qui formaient le reste de la population mondiale et étaient, officiellement et de fait, hors de Dieu, dans l’idolâtrie. Pour les Juifs, cette division était sacrée et inviolable, sanctionnée par la Loi.
Au commencement, à l’époque de Moïse, cette division avait une raison pédagogique et s’est également avérée avantageuse pour les païens, dans la mesure où, grâce à l’isolement du peuple juif, la révélation du vrai Dieu était préservée des contaminations et, un jour, les païens pourraient l’embrasser dans sa pureté. Mais, à l’époque de Jésus, la doctrine et la pratique religieuses juives avaient perdu leur authenticité, à l’exception d’un «reste». Par conséquent, continuer à affirmer, au nom de Dieu, la division entre Juifs et païens fermait effectivement aux païens la possibilité de connaître et d’embrasser la vraie religion, le vrai Royaume de Dieu.
Et bien, précisément dans la destruction de cette division consiste l’œuvre fondamentale initiale de Christ en tant que mystère universel de salut. Cela nous le dit la lettre aux Éphésiens, adressée aux païens :
«Souvenez-vous qu’autrefois, vous étiez païens… à cette époque, vous étiez sans Christ, étrangers à la citoyenneté d’Israël, étrangers aux alliances de la promesse, sans espoir et sans Dieu dans le monde. Mais maintenant, en Christ Jésus, vous qui étiez loin, vous êtes devenus proches par le sang de Christ. Il est notre paix, qui a fait de deux un seul peuple, en abattant le mur de la séparation, en supprimant dans sa chair la méfiance, les commandements et les préceptes qui séparaient les hommes, pour créer en lui-même un nouveau peuple, en faisant la réconciliation des deux en un seul corps, par le moyen de la croix, en supprimant ainsi la méfiance» (Ef 2,11-16).
Ce texte est très important pour comprendre l’universalité de la réconciliation opérée par Christ comme mystère du Père, par le moyen de la croix. Christ, sur la croix, dans sa propre chair, a proclamé la loi de l’amour, qui a éliminé la loi déformée par les Juifs et, plus radicalement, a tué avec l’amour la méfiance.
J’ai déjà dit que Dieu, en voulant la réconciliation opérant en Christ, a également voulu assumer Marie comme ministre de charité maternelle en Christ pour tous les peuples. C’est ainsi qu’elle, avec une grande gratitude envers Dieu, a reconnu cette volonté du Père, qu’elle a exprimée par son « fiat » : «… le Puissant a fait en moi des merveilles» (Lc 1,49) et, en même temps, constatant sa présence universelle dans l’œuvre de réconciliation de l’humanité, elle a également dit : «… toutes les générations me diront bienheureuse» (Lc 1,48). Ce n’était pas un auto-éloge, mais une simple constatation, bien qu’intuitive, de la volonté de Dieu, dans laquelle le louange de l’humanité à Marie était un louange de Christ et, en Christ, de Dieu.Marie, dans le Magnificat, dénonce les racines des divisionsMais, malgré cette œuvre de Dieu en Christ, l’inimitié dans l’humanité persiste. Il est vrai que l’Antéchrist promeut cette inimitié. Il est vrai qu’il est lié à la croix de Christ, qui, en fin de compte, triomphera sur lui et sur toute inimitié. Cependant, sur terre, les peuples ont la liberté de s’y associer. Et nous voyons encore aujourd’hui comment la brutalité divise et arme les uns contre les autres les nations. Or, Marie, dans le Magnificat, indique les sources de cette brutalité mutuelle et anticipe presque celle qui sera la grande lettre de la loi nouvelle de Christ : les Béatitudes.«… Il a dispersé les fiers dans les pensées de leur cœur. Il a abaissé les puissants de leur trône et il a élevé les humbles» (Lc 1,51-52).Ainsi, voici ce que Marie nous dit en exaltant la conduite de Dieu, passée et future :La racine de la division, de l’inimitié entre les peuples, se trouve dans les plans conçus secrètement par les puissants pour étendre leur propre domination. Une soif de domination qui conduit également à l’extermination de peuples, considérés comme un obstacle à l’expansion de cette domination.Peu de temps après que Marie ait ainsi dévoilé et dénoncé les machinations secrètes des puissants, elle-même expérimentera une de ces machinations d’un puissant, Hérode, qui voit dans la naissance du Messie une menace à son domaine et médite sur sa suppression. Mais Dieu vient au secours de la famille humble de Nazareth et la sauve.De même, la forme de pouvoir religieuse des prêtres juifs, voyant son pouvoir menacé, tente de supprimer Jésus, puis l’Église naissante. Nous contemplons le plan des ennemis de Jésus, mais Dieu sauve Christ et son Église.Il faut donc renverser les puissants de leurs trônes, de leurs sièges, qu’ils soient ou non des palais, et donner de l’espace aux humbles. C’est-à-dire donner de l’espace aux valeurs engendrées par la bonté naturelle et chrétienne du peuple simple, authentiquement humble. Et l’authenticité humble consiste à se sentir frère, sœur de tous.C’est pourquoi le premier et indispensable moyen et force de réconcilier les peuples entre eux est de les réconcilier avec eux-mêmes : des personnes droites ne forgent pas de plans de pouvoir.Marie rend et défend la famille, premier noyau de réconciliation des peuplesEt ici, il convient de signaler une action de Marie qui, par sa présence, guérit l’institution où l’on apprend la réconciliation interpersonnelle, école de réconciliation également internationale : la famille. En effet, dans la famille, l’homme naît de l’amour des parents et de Dieu, il naît comme personne et y grandit en personnalité ouverte à Dieu et au monde.C’est pourquoi, dans la famille, si elle est telle que Dieu l’a créée et si la culture, selon la nature, la favorise, l’homme apprend à donner à sa vie le sens juste de la vie. Cela se réalise en résolvant les crises intérieures au cours de la croissance de ses propres énergies : c’est là la réconciliation de l’homme avec lui-même. Et ici, la véritable piété est un facteur irremplaçable. Le laïcisme, qui se passe de Dieu et veut que la jeunesse grandisse sans qu’on lui parle de Dieu, crée un grand vide au cœur de l’homme, qui restera toujours divisé en lui-même.Et je dirais avec force que également une fausse éducation religieuse dans la famille conduit à cette division intérieure de la personnalité de l’homme.Dans la famille, cet amour grandit dans la dimension interpersonnelle qui est filiale, fraternelle et parentale. C’est la famille qui constitue l’école pratique pour apprendre à se pardonner mutuellement, soit par la force de l’amour intrinsèque à la famille, soit par la coopération naturelle de ses membres au développement de la famille. Surtout, dans la famille, on apprend à partager avec les autres la douleur, la maladie. On apprend à faire de ces expériences des occasions de réagir à la douleur par des actes d’amour. Tout cela conduit à la solidarité, qui agit dans le monde contre les divisions. Dans la famille, on apprend à mettre en œuvre ses propres énergies, ses propres originalités créatives, non pas pour imposer le pouvoir sur les autres, mais pour le service communautaire et pour créer des valeurs. Et c’est la meilleure école pour former des personnalités non dominantes, mais créatrices de valeurs dans la cité nationale et internationale.
Je répète : si la famille s’affirme ainsi comme Dieu l’a instituée, elle est école et source de cité où tout s’harmonise et forme une civilisation d’amour et de valeurs. À l’inverse, si la famille n’est pas réconciliée au sein de ses membres, elle devient école de division.
Et il est nécessaire de dire ici avec beaucoup de clarté que ce n’est pas une famille réconciliée au sein de ses membres si ces derniers ne grandissent pas dans une véritable interpersonnalité. Une véritable interpersonnalité suppose que les membres de la famille soient réellement des personnes réconciliées en elles-mêmes, des personnes qui créent des valeurs. Les hommes qui se dégradent en simples individus avec des impulsions individualistes ne sont pas des personnes, c’est-à-dire qu’ils ne reflètent pas l’image de Dieu, qui est la négation de l’individualisme. Une famille où les membres grandissent dans l’individualisme n’est plus une famille et se divise en elle-même. Elle contamine la cité en tant que source de producteurs de divisions.
De même, une famille dont les membres sont étroitement solidaires entre eux, mais non pour former une famille ouverte qui offre des valeurs à la société, mais plutôt comme un noyau de personnes unies pour se présenter comme une famille dominante au détriment des autres, est également une source de divisions et de graves dommages pour la société.
La communion de sang peut être une richesse pour la cité, mais elle peut aussi être une source de grande misère. C’est pourquoi il est nécessaire de promouvoir la formation de la famille selon la volonté de Dieu et, par conséquent, selon la nature qui vient de Dieu par la création.
Ainsi, dans l’Évangile, Marie, bien que rarement mentionnée explicitement dans les révélations en épisodes, apparaît à trois reprises comme une aide pour la famille.
La première fois est lors de la visite à la sainte grand-mère Élisabeth. Dès qu’elle apprit que la grand-mère, bien qu’en âge avancé, avait conçu un enfant, poussée par une sensibilité familiale, se mit en route et accourut rapidement, comme le rapporte Luc, cum festinatione. Sa visite est inattendue, de sorte qu’Élisabeth s’émerveille : « Comment la mère de mon Seigneur peut-elle venir vers moi ? » (Lc 1,43). Et Marie apporte à cette famille toute sorte de grâce. Et certainement aussi, par son service de femme, si elle resta avec Élisabeth pendant environ trois mois. Mais surtout, elle fait en sorte que Jésus, déjà conçu, soit présent là, et Jean, dans l’exaltation, l’annonce à sa manière au monde, et toute la famille d’Élisabeth devient une famille évangélisatrice.
La deuxième fois que Marie apparaît dans l’Évangile en matière de famille, c’est dans l’épisode des noces de Cana, un épisode fortement symbolique. Une famille est sur le point de naître et la communauté l’accueille et la célèbre. Jésus est également présent, avec sa mère et les premiers disciples. C’est la fête de l’amour et de la vie que Dieu a créés et offerts à l’homme et à la femme. Cette fête se manifeste et se communique à travers les petits grands valeurs de la convivialité autour de la table. Jésus les confirme par sa présence, dans l’économie et le style de son incarnation.
Cependant, vers la fin du banquet, cette fête est sur le point d’être perturbée : il manque du vin. Avec délicatesse féminine et maternelle, Marie pressent ce qui va se produire et intervient. Elle demande à Jésus, et Jésus réalise le miracle. Les vérités cachées sous le voile du symbole sont nombreuses. Il n’est pas ici le lieu d’en parler. Seulement, de manière sublime, on pourrait penser qu’il n’est pas sage de solliciter l’intervention du pouvoir de Christ pour un fait mineur. Et pourtant, les familles vivent de ces réalités : de petits grands faits.
Nous sommes des hommes, pas des anges. L’humanisme de Jésus le sait et, tout au long de sa vie d’évangélisation, il agira souvent comme à Cana. Nous, en revanche, vivons à une époque où les familles, notamment les mères et les pères, sont en grave crise à cause du manque ou de la mauvaise qualité des petits grands choses du quotidien. Et pourtant, nous construisons des vaisseaux spatiaux pour aller sur d’autres planètes. La sagesse ne manquait pas à Marie. Elle nous manque.
Il convient, en fin de compte, de noter que cette famille qui naissait devenait, comme celle d’Élisabeth, une famille évangélisatrice. On dit, en effet, que les disciples crurent en Jésus : ils étaient la première Église. On prend également, autrement dit, plus que jamais, l’Église comme ayant besoin de l’évangélisation typique qui peut venir des familles, si l’on prend soin d’elles comme Marie l’a fait. Cette sollicitude ne se limite pas au domaine religieux, mais s’étend également à la promotion et à la défense des petits grands valeurs de sa vie quotidienne.
La dernière fois que Marie apparaît dans l’Évangile en lien avec la famille, c’est sur la croix. Elle y est présentée comme l’objet de la préoccupation filiale de Jésus et comme le principe d’une nouvelle vie familiale au sein d’une famille : celle de Jean. Cet épisode, comme celui de Cana, est chargé de vérités symboliques qui, dans la tradition et la théologie, passent sans aucun doute au premier plan : Jean représente toute la nouvelle humanité à laquelle Jésus offre Marie comme mère.
Au-delà de cette vérité qui marque un point important dans la vie de Jésus comme mystère de salut de l’humanité, cet épisode a également une valeur dans la vie humaine quotidienne de Jésus, déjà proche de la mort. C’est lui qui avait pris soin de Marie après la mort de son père putatif, Joseph. Or, Marie se retrouvait seule sur terre. Jésus pense à elle. Il se tourne vers Jean, le disciple bien-aimé, le seul parmi les autres à être venu au Calvaire. Jésus le voit, sait qu’il prendra soin de Marie avec cet amour filial qui était le sien. Alors, se tournant vers Marie, il dit : «Femme, voici ton fils». Et ensuite, se tournant vers Jean : «Voilà ta mère». Et, à partir de ce moment, dit l’Évangile, «il la prit chez lui» (Jean 19,26-27).
J’ai dit que, dans les trois fois où Marie apparaît dans l’Évangile en lien avec la famille, elle est présentée comme une secourante. En vérité, à cette dernière occasion, elle semblerait plutôt être secourue par le Fils et également par Jean. En réalité, elle est secourue par le Fils et par Jean. Cependant, Jésus donne Marie à Jean comme mère. Elle entre donc dans la famille du disciple en tant que mère. Et elle sera mère pour lui, pour la famille de Jean : ainsi le souhaite Jésus, et elle lui sera, comme toujours, fidèle. Et cela a certainement été une grande grâce pour la famille de Jean de s’ouvrir à la mère de Jésus et de réaliser l’un des plus grands valeurs qui constituent la famille : être une famille ouverte à l’hospitalité, être une école d’hospitalité.
Ainsi, il semble que cet enseignement, l’un des derniers de la vie terrestre de Jésus, parle de l’événement majeur qu’il déclare, après avoir remis Jean à Marie, comme étant «accompli» : «Consummatum est», la régénération de l’humanité en famille de Dieu, où la maison de chacun est la maison de tous comme frères. Autrement dit, la nation de chacun est la nation de l’autre, de l’autre groupe. Ainsi, Jésus, sur la croix, ne détruit pas seulement les murs qui divisent les peuples, ne supprime pas seulement l’inimitié, mais il fonde la loi de la communion fraternelle sans limites. La réconciliation atteint son apogée avec Dieu et les frères. Et, dans cette réconciliation de l’humanité en tant que famille, Marie est présentée par Jésus comme la mère de la fraternité.
Marie exalte ceux qui ont soif de bonté, de justice et de paix.
Dans le Magnificat, Marie nous révèle une autre dimension de l’action réconciliatrice de Dieu sur terre : Dieu vient en aide à ceux qui ont soif, soif de justice, dit Jésus, et il les rassure avec des biens. Tandis qu’il laisse les riches partir les mains vides. Il y a ici aussi une inversion de ce que le monde considère comme richesse et pauvreté, et il place la cause de tant de misères, de malheurs et même de guerres à une échelle déjà planétaire.
Dieu vient donc en aide à ceux que le monde place dans la condition d’avoir soif. Marie pensait à la soif de bonté du peuple pauvre, opprimé, discriminé, qui constituait le véritable peuple de Dieu dans un état de simple «Reste» et qui, fidèle à la vraie loi, invoquait la venue du Messie. Ce sera le peuple des petits, à qui Dieu fait comprendre la vérité de Jésus, tandis que les sages selon le monde resteront dans l’ignorance.
Quelle est donc l’enseignement du Magnificat? Rejeter l’abus des richesses, que Dieu rejette et qui, en réalité, ne sert qu’à rendre misérable celui qui les prend et à diviser les peuples entre eux. Avoir soif des véritables valeurs, des biens que Dieu donne à ceux qui se trouvent dans les conditions des bienheureux proclamés par Jésus : les pauvres en esprit, qui ne comptent que sur Dieu. Les affligés. Les doux. Les affamés et assoiffés de justice. Les miséricordieux. Les purs de cœur. Les promoteurs de la paix. Les persécutés pour la justice (Mt 5,3-10).
Demander ces valeurs authentiques signifie surtout les demander à Dieu. C’est pourquoi, après la proclamation des Béatitudes, l’Évangile de Matthieu place la prière qui se révèle une prière de fraternité universelle, réconciliée par le pardon réciproque : Père notre qui es aux cieux. Un monde qui prie serait un monde véritablement réconcilié. La nature elle-même invoque la révélation de ces mystères, ainsi que la gloire des enfants de Dieu (Rm 8,21).
Ainsi, la dernière fois que la Bible parle de Marie, elle la révèle en prière avec les apôtres, puis descend le Saint-Esprit, qui seul peut renouveler le visage de la terre en véritable cité des enfants de Dieu.
Conclusion
Si, dans un premier mouvement, nous contemplons Marie en Christ comme celle qui nous réconcilie avec Dieu et, par conséquent, restaure l’unité intérieure perdue en chaque fidèle, le deuxième mouvement élargit l’horizon : la réconciliation n’est pas seulement personnelle, elle est historique et sociale. En Christ, Dieu abatte le « mur » de l’inimitié et fait de deux peuples un seul, inaugurant la paix comme réalité concrète, fondée sur la croix (Ef 2,11-16). Marie est insérée, de manière singulière, dans cette œuvre universelle : son fiat reconnaît et accueille le dessein du Père, et le louange que l’Église et les générations lui rendent n’est pas un auto-éloge, mais la transparence de l’action de Dieu en Christ (Lc 1,48-49). Ainsi, la maternité de Marie apparaît comme une maternité de fraternité, au service de l’unité des enfants de Dieu.
Le Magnificat, cependant, interdit toute lecture naïve : la division entre les peuples a des racines spirituelles et morales. Elle naît de la présomption et des « pensées du cœur », des projets cachés de domination, de la manipulation du pouvoir, même lorsqu’elle se revêt de formes religieuses (Lc 1,51-52). Par conséquent, la première condition pour réconcilier l’humanité est de réconcilier la personne : des cœurs divisés et déformés naissent des structures de violence. Des personnes droites, capables de vérité et de décision, naissent de nouvelles relations et de nouvelles politiques. La loi nouvelle de Christ, annoncée dans le cantique de Marie et explicitée dans les Béatitudes, déplace le centre de l’histoire : ce n’est pas la domination qui fait la grandeur, mais la douceur, la miséricorde, la pureté du cœur et la faim et la soif de justice (Mt 5,3-10).
Dans cette même logique, la famille émerge comme le premier laboratoire de réconciliation des peuples. C’est en elle que l’on apprend à être fils, frères et sœurs, et à transformer les blessures en solidarité, les limites en soin, et les différences en service. Marie, dans les épisodes évangéliques, apparaît comme une secouriste de la famille, car la famille est à la fois fragile et décisive : elle visite Isabelle et apporte la présence de Jésus, soutient Cana dans la délicatesse des « petites grandes » réalités, et sur la croix, elle est remise comme mère à la nouvelle humanité représentée par le disciple bien-aimé (Lc 1,43 ; Jn 19,26-27). Le mot « accompli » ne scelle pas seulement la fin d’une vie, mais indique la régénération d’un nouveau peuple, où la maison de chacun devient accueillante pour l’autre, et la nation de chacun s’ouvre comme lieu de communion.En fin de compte, la tension réconciliatrice ne repose pas uniquement sur des idées ou des programmes, mais sur une spiritualité réelle : la soif des véritables biens. Dieu remplit de biens ceux qui ont soif, et laisse vides ceux qui absolutisent les richesses et le pouvoir. C’est pourquoi la prière du Notre Père, placée par Matthieu après les Béatitudes, se révèle être la prière de la fraternité universelle, réconciliée par le pardon mutuel. Et ce n’est pas un hasard que l’image biblique finale de Marie soit celle d’une femme en prière avec les apôtres : de là descend le Saint-Esprit, seul capable de renouveler le visage de la terre.On en déduit que la réconciliation en Christ, servie maternellement par Marie, possède une structure intégrale : elle commence par la réconciliation avec Dieu, restaure l’unité intérieure de la personne, désarme les racines de l’inimitié, forme des familles ouvertes à l’hospitalité, et s’étend comme culture des Béatitudes et de la miséricorde, jusqu’à ce que l’humanité devienne, en vérité et en œuvres, une famille de frères. Là où Marie est accueillie comme mère, grandit la capacité de dire oui à Dieu, de vivre la charité comme loi, et de transformer l’histoire en communion.Lisez également dans cette série : « Avec Marie » pour une communauté chrétienne réconciliée et « La rencontre du Ressuscité avec la Mère ». Pour approfondir le rôle de Marie dans la mission de l’Église, consultez l’encyclique *Redemptoris Mater* §37 : lien.Marie et la fraternité des peuples.
Marie réconcilie les êtres humains entre eux car elle est Mère universelle : en acceptant d’être Mère de tous les peuples sur la Croix (Jo 19, 26-27), elle embrasse toute l’humanité comme ses enfants. La mariologie considère sa maternité spirituelle comme le fondement d’une fraternité universelle : celui qui reconnaît Marie comme Mère se reconnaît frère de tous ses enfants. Ef 2, 14-16 décrit Christ comme celui qui abattra « l’inimitié » entre les peuples. Marie, unie au mystère du Fils, est l’icône vivante de cette réconciliation.
La maternité spirituelle de Marie, proclamée dans Jo 19, 27 lorsque Christ dit au Disciple Bien-aimé « Voici ta Mère », a une dimension universelle : le Disciple Bien-aimé représente toute l’humanité rédemptée. En acceptant d’être Mère de tous, Marie devient le lien qui unit les êtres humains en une fraternité fondée non sur le sang, mais sur la grâce. La mariologie propose cette maternité universelle comme antidote aux individualismes et aux divisions : nous sommes tous enfants de la même Mère, membres de la même famille de Dieu.
L’expression « famille de frères » dans la mariologie évoque la vision escatologique de l’humanité réconciliée en Christ. Marie, en tant que Mère de l’Église et de toute l’humanité, intercède pour que les êtres humains se reconnaissent comme frères, non seulement en théorie, mais dans la pratique concrète de la miséricorde, du pardon et de la solidarité. Le Magnificat (Lc 1, 46-55) est le manifeste de cette vision : Marie chante une société où les humbles sont exaltés et les puissants abaissés, où la fraternité remplace la domination.
Approfondissez vos connaissances en mariologie : cet article fait partie de notre vaste collection de réflexions mariales. Si vous souhaitez étudier la mariologie avec rigueur académique, découvrez notre Master en Mariologie. Pour en savoir plus sur les apparitions mariennes et la théologie mariale, explorez les ressources de l’ Institut Locus Mariologicus.
Master en Mariologie
Voulez-vous approfondir votre formation en Mariologie ? Découvrez la Maîtrise en Mariologie de Locus Mariologicus, une formation académique qui associe rigueur théologique, vie spirituelle et tradition vivante de l’Église.
Voulez-vous étudier sérieusement la mariologie ?
Cet article est issu des œuvres de la bibliothèque de Locus Mariologicus. La formation postuniversitaire en mariologie vous plonge dans les mêmes sources, avec un encadrement académique : Écriture, Pères de l’Église et Magistère, du premier dogme aux questions contemporaines.
Responses