Marie, femme et mère de Dieu

Maria, mulher e mãe do dom

L’expression que Jésus utilise pour s’adresser à Marie, « Femme », apparaît exactement deux fois dans l’Évangile de Jean : à Cana (Jean 2,4) et sur la Croix (Jean 19,26). Il ne s’agit pas d’un éloignement, comme une lecture superficielle pourrait le suggérer, mais d’une désignation théologique qui intègre Marie dans la ligne escatologique des Écritures : la « Femme » de Genèse 3,15. Quatre passages bibliques, Luc 2,35, Luc 2,41-51, Jean 19,25-27 et Actes 1,14, révèlent comment cette maternité s’est déployée dans un don total : de la souffrance personnelle à la mission ecclésiale dans l’Église naissante.

« Femme » est le titre que Jésus donne à Marie à Cana (Jean 2,4) et sur la Croix (Jean 19,26), non un éloignement, mais une désignation théologique que la tradition a interprétée comme une recapitulation de la féminité biblique. Cet article examine les quatre textes de Luc, Jean et Actes qui révèlent Marie comme mère appelée à la souffrance, à l’abandon, à l’accueil et au don d’elle-même à l’Église naissante.

Marie, appelée à la maternité et à la souffrance (Luc 2,35)

Après la naissance de Jésus, l’évangéliste Luc nous présente Marie avec Joseph et l’Enfant à Jérusalem, dans deux épisodes.

Le premier de ces épisodes est la présentation au Temple, en obéissance à la Loi. Cet épisode riche et dont l’explication nécessiterait plus d’espace, nous nous contentons de choisir les versets qui font directement référence à Marie : « 33 Le père et la mère de Jésus furent émerveillés par ce qui était dit de lui. 34 Siméon les bénit et dit à Marie, sa mère : ‘Voici que cet enfant sera un signe de contradiction pour que beaucoup soient réduits à l’impuissance en Israël, et un signe d’élévation pour que les nations se tournent vers lui’ ».

Nous sommes au cœur du premier épisode de la vie de Jésus à Jérusalem. Ce détail n’est pas de seconde importance. En effet, surtout dans la littérature prophétique, Jérusalem est symboliquement identifiée comme la mère de tous les peuples, le lieu de la rédemption future de toute l’humanité, non seulement des Juifs. On trouve ces affirmations, par exemple, en Isaïe 56,6-7, 66,18-21 : la ville sainte accueillera les foules de ses enfants dans ses murs, manifestant sa maternité universelle et réunissant toutes les nations dans le temple qui est au milieu d’elle, dans son sein (cf. Isaïe 49,18-23, 50,1-22, 66,7-13, Jérémie 31,10-14, Psaume 87).

Dans une réinterprétation chrétienne, la maternité de Jérusalem est attribuée à Marie : en regardant sur son humilité, Dieu a réaffirmé Sa préférence pour les humbles. En faisant de Elle son habitation, Il l’a rendue le nouveau Temple, la nouvelle alliance. En naissant d’Elle, Il a établi de manière permanente Sa demeure en notre humanité, ouvrant la voie de la salut pour tous. Ce sont les racines bibliques de la maternité de Marie.

Mais, dans cet épisode de l’Évangile de Luc, Marie est une mère soumise à la Loi, avec Joseph, conduisant Jésus, le premier-né, au Temple, pour le présenter à Dieu.

Cet acte est accompagné de l’offre d’un couple de rouleaux de la Loi, comme la même loi le prescrit pour les familles pauvres ! Nous rappelons ici que l’expropriation de la famille de Nazareth et le rituel de purification ne correspondent pas à la réalité des descendants de David et de la naissance virginale. Cependant, ce n’est pas là notre préoccupation majeure en ce moment.Ce qui est le plus pertinent pour nous, ce sont les paroles que le vieux Siméon, rempli du Saint-Esprit, adresse à la jeune épouse : « Une épée transpercera ton âme ». Il existe différentes interprétations de cette prophétie : on peut certainement penser à la vie difficile de cette mère, qui, selon la tradition, devient veuve tôt et est appelée à accompagner la croissance d’un fils définitivement spécial. Comme nous le verrons dans l’épisode que nous allons analyser prochainement, les difficultés associées à cette tâche doivent avoir été considérables.La référence la plus évidente de Siméon semble être la croix, cette mort cruelle, violente et injuste que Marie accompagne jusqu’au dernier soupir de Jésus et qui a certainement signifié pour elle une douleur particulièrement profonde, une blessure intérieure pouvant être comparée à celle causée par une épée. Cependant, j’apprécie également une autre interprétation, liée à un passage de l’Épître aux Hébreux, où la Parole de Dieu est décrite comme une épée à deux tranchants, pénétrant les articulations et la moelle (Hb 4,12).Marie s’ouvre au don de la maternité divine, elle accueille en elle cette Parole qui se fait chair à travers sa chair. La Parole de Dieu est en elle dès le moment de son « oui » à l’ange et demeure en elle pour toujours, car elle a trouvé en elle un refuge sûr. Même face aux difficultés qu’elle est appelée à affronter, aux incompréhensions auxquelles la maternité l’expose, aux angosces de son cœur pour n’être pas capable de comprendre pleinement qui est ce Fils et ce que signifie réellement être sa mère, Marie nous montre sa persévérance dans la volonté de Dieu, que la Parole manifeste, à travers l’attitude que Luc souligne à plusieurs reprises : « Marie gardait toutes ces choses, méditant-les en son cœur ».Cette Parole dont elle est la mère demeure en elle, c’est une épée qui ne la quitte pas, mais aussi la source de sa foi et de sa capacité de se confier avec confiance au mystère.Marie, mère d’un Fils incompris (Lc 2,41-51) : l’épisode du Temple et le silence de MarieNous pouvons cependant le classer comme un épisode « pascal », car il se déroule à Jérusalem, où se déploie la recherche angoissante de Jésus, qui trouve satisfaction et paix le troisième jour.Mais pour nous, ce qui importe davantage ici est ce qui émerge de l’expérience de Marie, confrontée aux difficultés d’être la mère d’un Fils comme Jésus :> « 41 Ses parents montaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque. 42 À l’âge de douze ans, ils s’y rendirent comme d’habitude. 43 Après la fête, ils retournèrent, et le garçon Jésus resta à Jérusalem, sans que ses parents ne le sachent. 44 Pensant qu’il était dans la caravane, ils firent un jour de voyage et le cherchèrent parmi leurs parents et leurs connaissances. 45 Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, à sa recherche. 46 Après trois jours, ils le trouvèrent assis au milieu des maîtres de la loi, les écoutant et les interrogeant. 47 Tous ceux qui l’écoutaient étaient émerveillés par sa sagesse et ses réponses. 48 Ses parents, lorsqu’ils le virent, furent stupéfaits, et sa mère lui dit : « Pourquoi nous as-tu fait cela ? Nous t’avons cherché avec angoisse ». 49 Il répondit : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? ». 50 Ils ne comprirent pas ce qu’il disait. 51 Et il descendit avec eux et les fit retourner à Nazareth, et il leur était soumis. Et sa mère gardait toutes ces choses dans son cœur. »Nous sommes à nouveau à Jérusalem, et les références prophétiques mentionnées dans l’épisode précédent sont toujours en jeu. Cependant, maintenant Jésus a douze ans, l’âge de l’entrée rituelle dans la communauté de la synagogue, dans la vie adulte et consciente de sa foi. En effet, ici Jésus manifeste pour la première fois la conscience de sa condition de Fils obéissant au Père, une condition qui atteindra son apogée à nouveau à Jérusalem, au moment de sa remise entre les mains de la passion et de la mort.Le contexte de cet épisode dans l’Évangile de Luc, souvent négligé car il se réfère à l’enfance de Jésus, généralement lu pendant Noël, est en réalité un contexte pascal : nous sommes dans la ville sainte, Jésus se perd et est retrouvé après trois jours, tout cela se déroule pendant la Pâque juive. Ces éléments ne sont certainement pas réunis au hasard, mais visent à offrir une référence supplémentaire, celle de la croix. L’événement est bien décrit : au retour à Nazareth depuis Jérusalem, Marie et Joseph réalisent que Jésus n’est pas dans la caravane, ils retournent et le trouvent au temple après trois jours de recherche et d’angoisse.Il est intéressant de noter que, au moment de la rencontre, celui qui parle avec Jésus n’est pas Joseph, mais Marie ! Et ses paroles sont de réprimande, exprimant presque un ressentiment, une incompréhension certaine.La réponse de Jésus, bien sûr, reste mystérieuse pour eux : ils ne peuvent réellement comprendre ce que son Fils veut dire par « s’occuper des affaires » de son Père ! Ainsi, il n’étonne pas le commentaire de Luc (v. 50) qui semble clore la discussion. Cependant, bien que le comportement de Jésus, sa résistance indue au contrôle de ses parents et sa réponse, révèlent une indépendance déjà atteinte et revendiquée par sa famille, le garçon retourne à Nazareth avec eux et reste soumis pendant de nombreuses années.Cela signifie que l’épisode n’est pas tant indicatif d’un changement consolidé, mais plutôt une anticipation de ce qui sera sa vie lorsqu’il commencera à proclamer le royaume de Dieu présent et actif. Il est également important de noter l’effort de recherche auquel sont « contraints » les parents de Jésus. C’est la recherche d’un fils aimé et perdu, mais symboliquement, c’est la recherche du Christ, qui se cache parfois, même dans nos vies. Ce sont ces moments les plus difficiles dans la vie de la foi, mais aussi les crises qui peuvent mener à un rajeunissement de notre esprit. C’est le temps du retour à Jérusalem, comme Luc nous le rappelle ici : un retour qui signifie conversion, acceptation de notre faiblesse, pour ouvrir de la place au mystère de Sa Présence.De quelque manière que ce soit, ici, Marie et Joseph traversent également un processus de conversion, car ils sont appelés à rechercher le Fils et à reconnaître qu’ils ne le comprennent pas, et encore moins, qu’ils ne le contiennent, car il est plus grand qu’eux. L’appel à la conversion n’est pas forcé : il est présent ici : le retour, la recherche, la découverte, mais surtout, la question de Jésus (« Pourquoi me cherchiez-vous ? »), qui révèle le désir pour Lui, le sens de la recherche de foi. Il faut souligner la force de la figure de sa mère, qui prend la parole pour le réprimander, et même sans comprendre ce qui s’est passé ou les paroles que Jésus lui adresse, elle reste une femme capable de laisser pénétrer en elle l’épée de la Parole, même ses limites, pour habiter plus pleinement son cœur.Marie, mère qui accueille le disciple aimé (Jean 19, 25-27) : le testament de Jésus et la maternité ecclésiastiqueMême si le passage précédent, comme mentionné, a une claire référence pascale, la transition vers cet épisode est assez abrupte, car nous sommes maintenant à la croix, au moment le plus douloureux de l’expérience de Marie en tant que mère. L’évangéliste Jean place cet épisode de la passion au centre de la narration, lui donnant même plus de place que la description de la mort de Christ sur la croix.Il y a de nombreuses références dans ce texte au seul autre moment où Marie est présente dans le quatrième Évangile, l’épisode des noces de Cana. Les points de connexion entre ces deux moments, apparemment si différents, sont dans le thème et l’utilisation du vocabulaire. Mais avant tout, lisons le texte, certainement très connu : « 25 Étaient près de la croix de Jésus sa mère, la sœur de sa mère, Marie, mère de Jacques et de Jean, et Marie Madeleine. »

26 Jésus, voyant sa mère et, près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » 27 Puis, s’adressant au disciple, il dit : « Voici ta mère. » Et, à partir de ce moment, le disciple la prit chez lui.

Ce ne sont que trois versets, mais ils sont véritablement riches ! Nous ne nous attarderons pas sur le nombre de femmes présentes sous la croix : comme l’écrit l’évangéliste, elles pourraient être trois, ou même quatre. L’essentiel est que Marie, la mère, y soit (v.25). Dans le récit qui se déroule, un détail habituellement passé sous silence se produit. Au départ, Marie est appelée « ta mère » (v.26), la mère de Jésus, puis, dans le verset suivant, elle est simplement « la mère » (v.26), sans autres précisions. Mais, selon les paroles de Jésus adressées à Jean, elle devient « ta mère » (v.27), la mère du disciple bien-aimé.

Notamment, seul avec cette séquence marquée par l’absence ou la présence d’adjectifs possessifs, le quatrième Évangile nous révèle que la transition de la maternité divine de Marie en tant que notre mère se produit sur la croix et est voulue par le Fils, presque comme un testament final, un véritable dernier souhait. L’attitude de Jean n’est pas, comme on pourrait le penser, de « l’accueillir chez lui » (traduction erronée), mais plutôt de « la prendre chez lui » : on ne lit pas ces mots comme une objectivation de la mère, mais plutôt comme la réception d’un héritage précieux qui exprime la volonté suprême, la plus élevée et la plus significative du Seigneur Jésus, au bord de la mort.

Le premier mot qui relie ces deux moments, apparemment si différents, de la vie de Jésus (et de Marie) est la manière dont Jésus s’adresse à sa mère : « Femme ». À Caná, et peut-être aussi ici, cette expression sonne presque étrangement, car c’est le Fils qui s’adresse à la Mère. Mais en réalité, nous devons la comprendre dans son sens plein, comme l’expression de la plénitude du être féminin manifestée en Marie, la vraie femme, la femme par excellence. C’est la femme qui, à Caná comme sur la croix, représente l’Épouse du Verbe, toute l’humanité. Jésus, l’Époux, est Celui qui donne sa vie pour cette Épouse, parce qu’il l’aime « jusqu’au bout » (Jean 13,1). Il ne peut y avoir de mépris dans les paroles de quelqu’un qui est prêt à donner jusqu’à la dernière goutte de son sang pour sauver même ceux qui l’ont cloué sur la croix.

À Caná, Marie demande du vin. La résistance initiale de Jésus survient pour une raison : « L’heure n’est pas encore venue » (Jean 2,4). Mais sur la croix, l’heure est venue, c’est l’heure du mystère de la gloire, le mystère de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus. Ainsi, le don du bon vin, présageé par le signe de Caná, se réalise dans le don du sang sur la croix (le vin est clairement, d’une manière eucharistique, le sang versé dont parle Jésus lors de la dernière Cène). Comme l’heure est venue, il n’y a plus d’hésitation. Jésus réalise le véritable signe, le signe définitif de la mort sur la croix, pour offrir « un vin qui ne manque jamais » (Jean 19,34), « une eau qui étanche pour la vie éternelle » (Jean 4,14).

De la croix, Marie est donnée comme mère au disciple bien-aimé. Mais tous nous sommes des disciples bien-aimés, nous sommes ceux dont parle le début du chapitre 13 : « Ayant aimé ses propres jusqu’au bout » (Jean 13,1). Ainsi, dans ce disciple, nous sommes tous appelés à recevoir Marie dans nos vies, à l’accueillir comme notre mère. Nous pouvons dire que, en acceptant la maternité de Marie, nous reconnaissons être des disciples bien-aimés !

En effet, les versets 26-27 suivent un « schéma de révélation » typique du quatrième Évangile, marqué par une séquence précise : voir profondément, parler, et constater un résultat, un fait révélé. Ici, cela se produit ainsi : Jésus voit Marie et le disciple bien-aimé, s’adresse à eux et affirme ce que ses paroles accomplissent : « Voici ! » Le même schéma est trouvé, par exemple, en Jean 1,29, où c’est Jean le Baptiste qui parle et dont l’objet de la révélation est Jésus lui-même. Ces affirmations constituent donc une « révélation », une « désvelation », sont de nature dogmatique, dans le sens qu’elles expriment une vérité absolue. « La vérité que Jésus révèle ici est le fait de la maternité de Marie à l’égard du disciple bien-aimé et, par conséquent, de l’Église. »

Mais qu’il en est, car comme nous l’avons déjà souligné, la référence claire au signe de Cana, qui trouve en Jésus sur la croix son accomplissement plein, nous permet de dire que c’est précisément de la croix que le Fils confie à la mère la tâche d’introduire le disciple dans le mystère de l’amour crucifié ! C’est dans ce mystère que repose notre foi, la foi de l’Église. Ainsi, Marie est notre mère avant tout parce qu’elle fut la première à croire en l’accomplissement des promesses, dont la croix est le signe le plus mystérieux et le plus sublime.

Pour le disciple, accepter le don de la maternité de Marie signifie accueillir sa maternité protectrice, reconnaître qu’en tant que mère du Verbe fait chair, elle nous appartient, est inscrit dans notre ADN en tant que fidèle (entre nos biens, précisément, ce qui est le plus cher à nous, ce qui est le plus nôtre). Pour l’Évangile selon Saint Jean, la prophétie d’Isaïe sur la nouvelle Jérusalem, « mère qui console ses enfants » (Is 66,13), « se réalise dans la maternité de Marie » qui est l’image de la maternité de l’Église : dans l’Église, comme dans la prophétie, les enfants dispersés sont réunis en Christ, tous ceux qui s’ouvrent à la foi à travers la maternité de la Vierge de Nazareth, qui est mère, fille et épouse.

La maternité de Marie doit être un appel à l’unité pour ses enfants. Cela est affirmé par l’évangéliste Jean à travers la référence, qui précède immédiatement notre scène, à la tunique non divisée, tandis que les vêtements furent déchirés (Jean 19,23-24). « Déchirer les vêtements » a une signification symbolique de « division entre le peuple », causée par l’« infidélité » et la « corruption ». Dans son dernier geste, de la croix, en confiant l’humanité à la maternité de Marie, le Seigneur nous rappelle l’importance de l’unité, une unité qui doit découler de son sacrifice et pour laquelle il prie le Père avant de faire face à la passion (Jean 17,22-23).

Toutes les divisions qui sont un signe de la lutte entre les êtres humains, de la quête mutuelle d’affirmation aux dépens de l’autre, rendent en quelque sorte vaine le don de l’amour de Christ. En Marie, qui est le signe d’une seule maternité qui embrasse toute la créature humaine, nous trouvons celle qui nous guide sur le chemin de l’unité, non comme annulation des différences, mais comme espace de réconciliation dans la fraternité.

Marie au Cenacle de Jérusalem (Actes 1,12-14) : la présence orante dans la communauté apostolique avant le Pentecôte

L’Évangile selon Jean nous dit que Jésus nous a donné sa mère. Luc nous présente, au sein de la première communauté, une femme « assidue » (Luc ne le dit pas explicitement, mais il est clair que la présence de Marie est celle d’une mère, plus mûre que les apôtres), qui est là et prie : avec la communauté et pour la communauté.

Lisons le bref texte des Actes : « 12 Ils retournèrent à Jérusalem, du mont appelé des Oliviers, qui est à une journée de marche de là. »

13 Lorsqu’ils furent arrivés dans la ville, ils montèrent au haut de la maison où ils avaient l’habitude de se rassembler : il y avait là Pierre et Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques, fils d’Alphée, Simon, le Zélote, et Judas, fils de Jacques.

14 Ils persévéraient tous ensemble dans la prière, avec quelques femmes, dont Marie, mère de Jésus, et ses frères.

Le verset 14 est le seul du livre des Actes qui mentionne Marie. Il est certes important, mais il doit être lu dans son contexte immédiat et, plus largement, dans le cadre des premier et deuxième chapitres des Actes, qui se concentrent tous deux sur l’attente et le don du Saint-Esprit lors de la Pentecôte. Au cœur du premier chapitre se trouve la péricophe qui inclut notre verset, Actes 1:12-14.

Au verset 12, nous avons l’emplacement du récit à Jérusalem, en obéissance au commandement de Jésus avant son ascension (v. 4). De plus, le retour à Jérusalem du mont des Oliviers établit un lien évident avec la scène de l’ascension (vv. 9-11). Le verset 13 énumère les onze, préparant ainsi le terrain pour la reconstitution du groupe des douze qui suit (vv. 15-26). Le chapitre 2 commence par une référence au même groupe (les douze avec Marie), toujours réunis en prière le jour de la Pentecôte, attendant le don de l’Esprit promis “dans quelques jours” (1:5). C’est un groupe solide, uni par la foi commune aux promesses de Christ et par la pratique de la prière collective. Parmi les femmes, Marie se distingue comme la mère de Jésus.

Le lien entre 1:12-14 et 2:1-4 est particulièrement fort et nous révèle la dynamique essentielle de la vie chrétienne, qui implique l’attente et la réalisation. L’attente découle d’un commandement et d’une promesse qui se concrétisent par le don. Mais le sens de tout cela se réalise dans le témoignage inspiré par l’Esprit donné aux disciples, immédiatement. Par conséquent, la force du don promis entraîne le courage de l’annonce pour les douze.

Mais quel est l’annonce, le témoignage de Marie ?
Elle, que Jean avait déjà présentée comme la mère des vivants, la mère du corps de Christ qui est l’Église, est ici au centre de la première communauté chrétienne, revitalisée par le don de l’Esprit. Avec la descente de l’Esprit le jour de Pentecôte, la troisième personne de la Trinité inaugure l’aube des derniers temps, où l’Église, précisément par ce don, devient visible aux yeux du monde.
Et le témoignage de Marie, la manière dont elle rend présente la présence de l’Esprit en elle, est la prière ! La prière de la Vierge, à l’Annonciation, ainsi que dans le chant du Magnificat et à chaque instant de sa vie en tant que mère, est caractérisée par l’offre généreuse de toute son être dans la foi.

La prière de Marie comme coopération unique avec l’Esprit : du Fiat (Lc 1,38) à la Pentecôte (Ac 2)

La prière de Marie nous est révélée explicitement par ce verset des Actes (1,14), qui marque déjà le temps de l’Église, de la communauté unie au nom de Christ et par la puissance de l’Esprit, une communauté qui se reconnaît celle qui a en elle le Fils, par la puissance du Saint-Esprit. On pourrait dire que Marie n’avait pas besoin de la Pentecôte, ce don (le « Don des dons », comme la Tradition l’appelle) opérait déjà en elle depuis le moment de son « oui » au message de l’ange.Avant l’Incarnation du Fils de Dieu et avant de devenir elle-même le temple de l’Esprit, sa prière cooperait de manière unique au plan de rédemption du Père. Nous pouvons l’affirmer car chacun sait, par expérience, que la capacité de faire confiance en Dieu et de se soumettre à sa volonté n’est pas quelque chose d’improvisé.Dans la foi de sa « humble servante », le don de Dieu trouve l’accueil qu’il attendait depuis le commencement. Celle que le Tout-Puissant a rendue « pleine de grâce » (Lc 1,28) répond par l’offre de toute son être : « Voici, je suis l’humble servante du Seigneur. Que tout se passe selon ta parole » (Lc 1,38). Cette confiance placée entre les mains de Dieu est l’essence, le sens de la prière chrétienne : être entièrement pour Lui, puisque Lui est entièrement pour nous.Le jour de la Pentecôte, l’Esprit de la Promesse fut répandu sur les disciples, qui « étaient tous ensemble dans le même lieu » (Ac 2,1), dans l’attente, « persévérant dans la prière » (Ac 1,14). Dans l’Esprit, qui instruit l’Église et rappelle tout ce que Jésus a dit (Jo 14,26), la vie de prière de l’Église est façonnée. Par la prière, l’Esprit Saint nous unit à la Personne du Fils unigénite, dans sa Humanité glorifiée. Par elle, notre prière filiale entre en communion, dans l’Église, avec la Mère de Jésus.

Marie dans l’histoire du salut : Lumen Gentium 55 et les préfigurations dans l’Ancien et le Nouveau Testament

En ce qui concerne la présence de Marie dans les pages de l’Ancien Testament, le document qui résume les travaux du Concile Vatican II, la *Lumen Gentium*, mentionne :… (extrait du texte original en latin, non traduit) …, n° 55, s’exprime ainsi :

«Les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, ainsi que la vénérable tradition, révèlent de manière de plus en plus claire le rôle de la mère du Sauveur dans l’économie du salut et la présentent, pour ainsi dire, à notre contemplation. Les livres de l’Ancien Testament décrivent l’histoire du salut, dans laquelle se prépare lentement l’avènement de Christ dans le monde. Ces documents primitifs, lus dans l’Église et interprétés à la lumière de la révélation ultérieure et complète, mettent de plus en plus en évidence la figure d’une femme : la Mère du Rédempteur. Sous cette lumière, elle est déjà insinuellement annoncée dans la promesse faite aux premiers ancêtres tombés dans le péché, concernant la victoire sur la serpent (cf. Gn 3,15). C’est elle, la Vierge, qui concevra et donnera naissance à un Fils, dont le nom sera Emmanuel (cf. Is 7,14. Mt 1,22-23). Elle se distingue parmi les humbles et les pauvres du Seigneur, qui mettent leur confiance et reçoivent le salut de lui avec foi. Et enfin, avec elle, la fille de Sion par excellence, après une longue attente de la promesse, les temps s’accomplissent et s’établit la nouvelle “économie”, lorsque le Fils de Dieu prend de elle la nature humaine pour libérer l’homme du péché par les mystères de sa chair»

En la Mère de Dieu, nous trouvons la synthèse de tout ce qu’une femme est : fille, épouse, mère, vierge. Marie est fille de Dieu, mais aussi fille de Sion, c’est-à-dire une femme juive qui reçoit l’héritage de foi des générations qui l’ont précédée et qui complète sa capacité d’accueillir la volonté de Dieu dans l’obéissance de l’écoute et de la foi.

Mais en même temps, elle est non seulement l’épouse de Joseph. Aux noces de Cana, comme sous la croix, nous trouvons en elle les signes de l’épouse qui fait confiance en Christ comme époux, qui par l’amour donne sa vie. Dans son rôle d’épouse, Marie est une figure de l’Église, mais aussi de chaque homme et femme qui s’ouvrent à cette union spirituelle avec Christ qui est l’objectif de tout parcours de foi chrétienne. Ainsi, toutes les filles d’Israël et toutes les épouses que nous rencontrons nous aident à reconstruire la beauté de l’épouse, qui idéalement se trouve dans la beauté de la femme du Cantique des Cantiques, mais de manière plus concrète est synthétisée dans la beauté de la Vierge de Nazareth.

Marie est à la fois, de manière paradoxale, épouse et vierge. Non pas à cause d’une supériorité dans son humanité (Marie est et reste une femme, elle n’est pas divine), mais en raison de l’abondance de la grâce déversée sur elle et acceptée par elle avec foi et portée à son accomplissement.

Enfin, Marie, avant tout, est mère. Nous essayons de la définir comme Mère du don, qui est certainement Jésus, mais aussi l’Esprit, l’Église, est chaque personne qui sait et désire s’ouvrir à son cœur maternel, pour apprendre à faire de toute sa vie un don.

Marie reçoit la prophétie de Siméon, elle sait que sa vie en tant que jeune mère sera marquée par la souffrance, une souffrance profonde, comme une blessure ouverte : “Seigneur, ta Parole est une blessure ouverte, aussi dans nos vies, si nous la laissons pénétrer en nous avec toute sa puissance. Donne-nous le courage de dire oui à toi, de nous mettre constamment en écoute, de nous laisser blesser par toi et d’être guéris par la chaleur de ton amour“.

Il n’a pas dû être facile d’avoir un fils adolescent comme Jésus. Nous ne devons pas penser à la condition d’adolescence qui caractérise notre époque, mais l’épisode de Jésus qui reste à Jérusalem nous offre un tableau d’une situation complexe, dans laquelle Marie, ainsi que Joseph, semble ne pas trouver la bonne clé pour comprendre. Les parents de Jésus doivent le chercher, ils doivent faire face à l’angoisse de l’avoir perdu. De même, nous sommes appelés à le chercher, chaque fois que nous percevons que la peur, l’anxiété et la difficulté de faire face aux incertitudes que la vie nous présente s’intensifient en nous. Mais nous savons que tu es là, Seigneur, nous savons que si nous te cherchons, tu te laisseras trouver et nous rendras la paix.

Sous la croix, baignée dans son sang, Marie contemple ce Fils unique, aimé et maintenant humainment perdu, dans cette mort violente, sans sens et inexplicable. Mais elle reste là et continue d’être un don, reste là parce qu’elle croit et espère :

Sur nos croix, Seigneur, fais que nous sentions Marie à nos côtés, comme une mère qui ne nous oublie pas, qui nous comprend parce qu’elle a su comprendre Toi. Fais que nous apprenions également de la croix la beauté de nous donner, la valeur de l’humilité de celui qui sait devenir petit. Fais que nous acceptions Marie comme notre mère, comme faisant partie de nous, toujours.

L’ascension de Jésus est précédée de la promesse de l’Esprit. Avec la première communauté, Marie croit en la promesse et attend en prière, bien qu’elle soit déjà temple de l’Esprit. Et elle rend toujours pleine et significative sa présence car elle est la mère qui garde dans son cœur orant les fils que le Fils lui a confiés. Nous recevons le don des dons et encore dans les sacrements. Fais, Seigneur, que ton Esprit prie en nous, comme en Marie, qui fasse de nous des personnes qui vivent de Toi, avec Toi et pour Toi, dans la joie d’une vie donnée par amour.

Approfondissez vos études : explorez Mariologie, Théologie mariale, Apparitions mariennes et le Diplôme de Master en Mariologie.

Le titre de “Femme” que Jésus s’adresse à Marie à Cana (Jean 2:4) et sur la croix (Jean 19:26), n’est pas un détachement affectif : c’est une désignation théologique qui évoque la femme du Génèse (Genèse 3:15) et anticipe la maternité spirituelle universelle. L’encyclique Lumen Gentium 55 et la lettre Redemptoris Mater (Jean-Paul II, 1987) ont approfondi ce lien entre la maternité divine de Marie et sa mission ecclésiastique en tant que mère offerte à l’Église sur la croix.

Maîtrise en Mariologie

Souhaitez-vous approfondir votre formation en Mariologie ? Découvrez la Maîtrise en Mariologie de Locus Mariologicus, une formation académique qui allie rigueur théologique, vie spirituelle et tradition vivante de l’Église.

Inscrivez-vous ou en savez plus →

Voulez-vous étudier sérieusement la mariologie ?

Cet article est issu des œuvres de la bibliothèque de Locus Mariologicus. La formation postuniversitaire en mariologie vous plonge dans les mêmes sources, avec un encadrement académique : Écriture, Pères de l’Église et Magistère, du premier dogme aux questions contemporaines.

Découvrir la formation postuniversitaire en mariologie

Related Articles

Responses