Si votre justice n’était pas abondante : Marie et la justice du cœur

Marie est le modèle de la « justice qui dépasse », non celle qui multiplie les préceptes extérieurs, mais celle qui émane d’un cœur indivisé. Les Évangiles ne consignent aucun conflit de Marie avec quiconque, aucune colère, aucun mépris, aucune insulte. Ce n’est pas un argument du silence (les Évangiles relatent peu de la vie de Marie en général), mais c’est significatif : la tradition qui a médité sur Marie n’a jamais trouvé en elle l’ombre d’une injustice intérieure.
L’épisode le plus proche d’un « conflit » entre Marie et quelqu’un est celui de Mt 12,46-50, où Jésus semble se distancer de sa mère et de ses frères qui le cherchent de l’extérieur : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? ». La tradition a interprété cet épisode de diverses manières, mais la plus commune est que Jésus ne rejette pas Marie, il approfondit les fondements de sa relation : ce qui lie Jésus à Marie n’est pas seulement le lien biologique, mais le lien de la foi, et Marie est du côté de ceux qui « font la volonté du Père ». Il n’y a pas de conflit entre Jésus et Marie, mais un approfondissement du lien.
La réconciliation comme priorité sur le culte (Mt 5,23-24) possède une dimension mariale importante : Marie, qui intercède auprès du Fils pour l’homme (comme à Cana), est la médiatrice de la réconciliation entre les hommes et Dieu. Mais sa médiation ne remplace pas la réconciliation directe entre frères, au contraire, elle y pointe. La prière marienne la plus efficace est celle qui, en invoquant Marie, devient également une disposition à la réconciliation avec le frère. Marie qui est restée auprès de la Croix, où Jésus a accompli la réconciliation suprême, est l’icône d’une foi qui ne sépare pas l’amour pour Dieu de l’amour pour le prochain.
III. « Ne t’irrite point contre ton frère » : la colère et sa racine
L’accent mis par Jésus sur la colère (Mt 5,22) indique une anthropologie biblique du cœur comme source de tous les actes : « C’est du cœur que sortent les pensées mauvaises » (Mt 15,19). La colère, l’*orgê* grec, qui va de l’irritation passagère à la haine enracinée, est la racine du meurtre, non seulement le meurtre est le fruit de la colère. Combattre uniquement les fruits (les actes violents) sans s’attaquer à la racine (la colère du cœur) est une approche superficielle qui ne résout pas le problème.
La tradition ascétique et mystique (en particulier Évagrie de Pont, Jean Climac et plus récemment Thomas Merton) a traité la colère comme l’un des « pensées » fondamentales qui perturbent la prière et la vie spirituelle. La guérison de la colère n’est pas la répression, mais la transformation : la reconnaissance de ses causes (la blessure de l’orgueil blessé, la peur de la perte, le sentiment d’injustice réelle ou perçue) et sa remise à Dieu. Marie, qui ne semble jamais irritée dans les Évangiles, qui « garde dans son cœur » au lieu de réagir avec colère, est le modèle de cette transformation intérieure de la colère en sérénité confiante en Dieu.
Le lien entre la « justice du cœur » décrite par Mt 5,20-26 et la spiritualité mariale est plus profond qu’il n’y paraît : la « justice » pratiquée par Marie n’est pas celle de la loi qui régule les comportements extérieurs, mais celle de l’amour qui transforme le cœur et, à travers le cœur transformé, transforme les comportements. C’est la « justice » qui émane de la « pauvreté d’esprit » des Béatitudes : celle qui ne cherche rien à prouver, rien à défendre, rien à imposer, mais seulement la clarté sereine de celui qui est, en même temps, complètement dépendant de Dieu et complètement disponible pour le frère.
Marie, dont la « justice dépasse » toute observance légaliste en émanant d’un cœur sans colère ni division, est le modèle de la réconciliation intérieure que Jésus demande dans le Sermon sur la Montagne comme condition du culte authentique à Dieu.
Références
- Concile Vatican II, Gaudium et Spes n. 22 (1964).
- Jean-Paul II, Redemptoris Mater n. 39-41 (1987).
- U. Luz, L’Évangile selon Matthieu vol. I (1985).
- R. Schnackenburg, La Predication de la Montagne (1984).
Master en Mariologie
Voulez-vous approfondir votre formation en Mariologie ? Découvrez la Maîtrise en Mariologie de Locus Mariologicus – une formation académique qui allie rigueur théologique, vie spirituelle et tradition vivante de l’Église.
Responses