L’Annonciation à Marie selon Béatiste Angelic (IIIe partie)

O Anúncio a Maria Segundo Beato Ángelico (IIIª parte)

Les paroles que nous connaissons de l’Évangile de Luc se sont soumises à la Présence du Logos et le dialogue est dépeint sans mots dans les deux fresques et le panneau. À Cortona, certaines paroles peintes en vol (Lc 1,35.38) restent emblématiques du dialogue entre Gabriel et Marie : L’Esprit Saint descendra sur toi, la colombe sur sa tête, la puissance du Très-Haut jettera son ombre sur toi.

L'Annonciation à Marie selon Béatiste Angelic (IIIe partie) | Locus Mariologicus

Un ciel bleu foncé étoilé avec de l’or sur tout le contour du lieu, et des paroles en relief doré sur la tablette entre Marie et Gabriel, peintes à l’envers pour que Dieu le Père au sommet puisse les lire, mais aussi pour symboliser son irruption dans l’histoire du Dieu qui relève les humbles de la poussière et ouvre à l’espérance. De la bouche de la Vierge à celle de l’Ange, on lit : Ecce ancilla Domini, fiat mihi secundum verbum tuum. Sur le bord en dentelle qui entoure la robe rouge, les mêmes paroles sont peintes du côté droit pour être bien lisibles.

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L’art du peintre se montre ici angélique, car il représente l’expression la plus élevée des valeurs spirituelles, des idéaux humanistes et de la nouvelle vision de la réalité apportée par la Renaissance avec l’œuvre novatrice initiale de Brunelleschi et Masaccio, interprétée ici par Beato Angelico d’une manière mariologique. On met l’accent sur l’intérêt pour l’exploration rythmique de l’espace et l’élégance du portique où se déroule l’événement sacré, avec une architecture raffinée des débuts de la Renaissance, aux lignes très pures. Dans les retables de Cortona et Prado, le vert brillant d’un jardin fleuri est un décor splendide, décrit avec un souci botanique et une précision réaliste absolue, et au fond Adam et Ève qui s’en vont souffrant de leur acte.

Le sacrement de la nouvelle Présence du Logos est entièrement entre les mains de l’Ange et de la Vierge, le vrai feu des trois icônes. Mais dans la cellule du couvent, le livre tenu par Marie est également un sacrement de la Parole : la main droite pressée contre le cœur, ouverte par l’annulaire, appuyée sur l’index, le doigt pointeur montre qu’il n’est pas écrit. Le livre, symbole de prière et de familiarité avec la Bible sacrée, indique la présence du Verbe qui devient chair dans le sein de Marie, comme il l’a déjà été présent dans les Écritures sacrées. Avec cette analogie visuelle entre Marie et la Bible sacrée (Virgo liber Verbi), l’événement de l’Incarnation est éclairé et Marie est désignée comme le livre sur lequel Dieu a écrit sa Parole.

Le livre aux genoux de la Vierge rappelle la prophétie d’Isaïe : “C’est pourquoi, le Seigneur lui-même vous donnera un signe. Voici que la Vierge concevra et enfante un fils, qu’elle appellera Emmanuel” (Is 7,14). De plus, dans la patristique mariale, la Vierge est souvent associée à l’image du livre, définie comme Liber Generationis Christi (Ernest de Prague), Liber Dei manu scriptus (Éphrem le Syrien). Elle est considérée comme un livre mystique, qui a offert la Parole de Dieu à la connaissance des hommes.

Catherine de Sienne écrit :

“La glorieuse Vierge Marie fut ce doux champ où fut semée la graine du Verbe incarné du Fils de Dieu. Béni et doux champ de Marie fut cette Parole répandue dans sa chair comme la graine jetée sur la terre, qui par la chaleur du soleil germe et entre fleur et fruit conserve le goût de la terre. Ainsi arriva réellement par la chaleur et le feu de la charité divine qu’Dieu eut pour la génération humaine en semant la graine de sa Parole dans le champ de Marie”.

La composition de l’Annonciation peinte partout est offerte à la mariologie de Thomas d’Aquin :

“L’annonce faite à la Très Sainte Vierge concernant sa conception du Christ fut un événement d’une dignité appropriée pour unir le Fils de Dieu à la Vierge, c’est-à-dire pour qu’elle soit instruite dans l’esprit avant de le concevoir dans la chair, mieux elle fut instruit divinement. Également pour offrir à Dieu le don gratuit de sa dévotion, et elle se présenta disponible en répondant : Voici la servante du Seigneur. Enfin, pour que soit clair qu’un mariage spirituel était sur le point d’être établi entre le Fils de Dieu et la nature humaine. Pour cela, l’annonce demandait le consentement de la Vierge” (I).

“Saint Bède dit qu’il était très cohérent d’avoir la Vierge consacrée au port divin par un ange envoyé par Dieu. En effet, la première cause de la perte humaine venait d’une créature semblable lorsque la serpent fut envoyée par le diable pour séduire la femme” (2).

«Et le nom, dit Grégoire, était tout à fait conforme à sa fonction. En effet, Gabriel signifie Force de Dieu, et celui qui est venu pour vaincre les pouvoirs du mal, Seigneur des puissances et Puissant dans la bataille, a été annoncé comme la Force de Dieu» (a. 2 ad 4).

«L’ange annonciateur est apparu à la Mère de Dieu en vision corporelle. En effet, il est venu annoncer l’Incarnation de Dieu invisible. Même les apparitions de l’Ancien Testament étaient toutes préordonnées pour la venue du Fils de Dieu dans la chair. Et c’était une vision appropriée à la dignité de la mère de Dieu qui recevait le Fils de Dieu non seulement dans son esprit, mais aussi dans son corps. Sans compter que tout ce qui se présente aux yeux est saisi avec plus de certitude qu’une seule image. C’est pourquoi Chrysostome dit que l’ange était visible devant la Vierge. Et comme l’ange faisait une révélation très grande, une vision très solennelle a été offerte à la Vierge» (a. 3).

Parmi les nombreuses Vierges Annonciées peintes par Angélico, les plus lumineuses en lumière et en couleur sont celles du Prado et du retabule de Montecarlo, aujourd’hui à Santa Maria delle Grazie à San Giovanni Valdarno. La première existait déjà depuis un certain temps lorsque l’église a été consacrée en octobre 1435. Le dessin est entièrement renaissant dans la structure et la perspective, et dans l’abandon de l’arrière-plan doré. Mais il reste quelque chose d’indit dans les figures, les colonnes sont très fines, le Jardin d’Éden est très proche des deux parents, si grand et pas trop éloigné, qu’il semble contemporain à la scène évangélique.

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Dans l’Annonce de San Giovanni Valdarno, en revanche, le progrès, même au sens théologique, est plus évident. L’espace est indéniablement dominé, l’architecture du portique est proportionnée et possède une perspective éloquente dans les arcs en fuite vers le haut, à gauche, où, dans des dimensions minimales et distantes, est l’expulsion du paradis terrestre. Les figures sont animées, elles se parlent avec des gestes et des regards, tant que les paroles écrites semblent un raffinement gothique superflu. La Vierge modeste et sereine, après les paroles apaisantes de l’Ange, elle porte un voile transparent et une alliance sur le doigt, et est modelée dans les mains et la tête avec une admirable sensation de volume, émergeant des lignes courbes du cou étendu et du corps mis en valeur sur les côtés. Un livre ouvert repose sur son genou. L’intensité de la couleur et la richesse des détails de l’environnement, finement descriptifs, satisfont le regard du fidèle.

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Dans toutes les peintures et fresques de Beato Angélico, les mains, toujours belles, jouent un rôle extraordinaire sur le plan psychologique et spirituel. Dans l’Annonce à Saint Jean Valdarno, les mains sont jointes à la base de la taille et, en même temps, étendues comme une paume. Sur le fond rouge de la robe de la Vierge, le doigt moyen s’élève légèrement de la perspective globale et semble pointer vers la figure d’Isaïe sur le rouleau central. Au-dessus des genoux de Marie, un livre des Écritures Saintes, la Parole de Dieu, a été placé, presque dans un geste de surprise face à l’apparition de l’ange Gabriel. Tout semble converger dans l’élégance du manteau bleu de Marie qui entoure sa silhouette avec le mouvement doux des plis et la bordure dorée, dans son charmant clair-obscur.

Si nous observons une personne, en effet, au moment de la joie, de l’étonnement ou de l’attente, nous remarquons comment ces sentiments se manifestent également dans les mains en même temps. Les mains, après le visage, sont la partie la plus spirituelle du corps. Les mains fermes et vigoureuses peuvent être des instruments de travail, mais aussi d’attaque et de défense. Cependant, aussi fines et délicates que celles de Marie, elles peuvent révéler l’âme et, en même temps, accueillir l’âme des autres.

Nous faisons cela avec nos mains en permanence : n’est-ce pas en accueillant l’âme d’une personne qui nous tend la main ? Ainsi, dans la liturgie, une véritable langue se manifeste devant Dieu : l’âme reçoit Dieu et souhaite se donner. Les mains de la Vierge, tout aussi ouvertes et jointes, correspondent à celles de Gabriel. Tous deux unis et réunis dans la réception du don de Dieu et dans l’adoration de ce don. En regardant les mains de Marie et de l’Ange, il est naturel de penser que les mains de Dieu sont entrelacées avec celles de ses créatures en Jésus.

Note finale

En contemplant les Annonciations de Fiesole (aujourd’hui au Prado) et de Cortona, éclatantes de lumière et de couleurs, jusqu’à celle de la cellule du dormitoire de Saint Marc, le pas est immense : disparition de l’or, des couleurs vives, de l’expulsion d’Éden, des paroles du dialogue entre l’ange et Marie. La nature est un peu éloignée, même si on reconnaît que le hortus conclusus, un symbole bien connu de la virginité qui a préparé Marie à la maternité divine, joue également son rôle. Même l’architecture, bien qu’épaissie, s’ouvre pleinement pour révéler le mystère et accueillir le message céleste, alors qu’auparavant elle restreignait sa vision. Les deux figures sont définies par des couleurs chastes : les ailes irisées du messager céleste se marient avec le bleu dense du manteau de la Vierge ouvert comme un livre au Verbe divin.

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