Le rosaire existe-t-il sans la Bible ?

O rosário existe sem a Bíblia?

Le rosaire et la Bible : la question de la dépendance des Écritures dans la structure orante du rosaire

Il est certain que toute prière chrétienne a pour centre la Liturgie, apogée de toute l’action de l’Église, source de toute sa force (cf. Sacrosanctum Concilium 10). C’est pourquoi le chrétien est conscient que la prière de l’Église, constituée par la Liturgie eucharistique et la Liturgie des Heures, forme sa vie de chrétien et lui fournit le quotidien de la Parole et de l’Eucharistie, et cela, comme le rappelait Jean-Paul II, implique que «l’écoute de la Parole devienne une rencontre vitale, dans la tradition ancienne et toujours valable de la lecture divine, qui permet de percevoir dans les Écritures la Parole vivante qui interroge, oriente et façonne l’existence».

En respectant la primauté de la Liturgie, le chrétien, afin que la prière liturgique se prolonge pour devenir une prière incessante et se développe et affine l’art du dialogue avec Dieu, peut recourir à d’autres formes de prière, car, souligne le Sacrosanctum Concilium «la vie spirituelle ne se limite pas à la participation à la seule Liturgie» (Sacrosanctum Concilium 12). Dans la tradition chrétienne, de nombreuses et diverses formes de prière ont permis aux fidèles de renouveler et de confirmer leur communion avec le Seigneur. Parmi les actions cultuelles non liturgiques, se distingue, dans la tradition occidentale du II millénaire, le rosaire.

Le rosaire comme «compendio dell’evangelo» : définition de Jean-Paul II dans Rosarium Virginis Mariae (2002) §1

    Qu’est-ce que le rosaire ? Malgré certains préjugés qui ont tendance à le relativiser et même à le dévaloriser, le rosaire est une réalité originale sur le plan de la dévotion, une forme de prière non liturgique, unique dans la spiritualité occidentale. Le cardinal Newman l’a qualifié de «croyance exprimée en prière», soulignant la foi en les mystères que nous professons dans le Credo. Jean-Paul II, dans sa Lettre Apostolique Rosarium Virginis Mariae n. 18, le définit avec les mêmes mots de Pie XII, réitérés par Paul VI : «le rosaire “compendio dell’evangelo”». Nous nous concentrons sur cette définition. Dès le début de la Lettre, le Pape écrit : «dans la concision de ses éléments, le rosaire concentre en lui la profondeur du message évangélique tout entier, dont il est presque un compendium» (Rosarium Virginis Mariae 1.).Jean-Paul II, avec le don du Rosarium Virginis Mariae, voulait conduire le chrétien à le découvrir comme un exercice précieux et salutaire de communion avec les mystères de Christ à travers le cœur de Marie. Comme expression d’un amour intense qui ne trouve sa plénitude que dans la répétition, comme auto-compréhension anthropologique du chrétien. Aujourd’hui, les érudits et les commentateurs du Rosary aiment mettre l’accent sur le lien Rosary/parole de Dieu, soulignant sa caractéristique particulière d’être une prière biblique et essentiellement évangélique.Dans cette optique, Benoît XVI s’est exprimé à Pompéi le 19 octobre 2008, lors de la tenue à Rome du XII Synode des évêques sur « La parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église ». Le Pape a déclaré : « En effet, le Rosary est intimement lié à des éléments tirés de l’Écriture. Il y a, en premier lieu, l’énonciation du mystère, faite de préférence avec des paroles tirées de la Bible. Ensuite, la prière du Père Notre : en imprimant à la prière une orientation verticale, elle ouvre l’âme de celui qui prie le Rosary à une attitude filiale juste, selon l’invitation du Seigneur : “Quand vous priez, dites : Père…” (Lc 11,2). La première partie de l’Ave Maria, elle-même tirée de l’Évangile, nous fait réentendre les paroles avec lesquelles Dieu s’est adressé à la Vierge par l’intermédiaire de l’Ange, et celles de la bénédiction de la bien-aimée Élisabeth ».On retrouve la même orientation biblique dans une des propositions synodales, au n° 21, où il est question de « former des petites communautés eucharistiques où la parole de Dieu soit écoutée, étudiée et priée, également sous la forme du Rosary comme méditation biblique ». La raison pour laquelle le Rosary est une prière essentiellement évangélique ne tient pas seulement à ce que nous venons de souligner. Elle découle davantage du fait que presque tous les « mystères » tirent directement leur source des pages évangéliques.Seuls deux mystères, le 4ème et le 5ème glorieux, l’Assomption et la Couronne de Marie, ne sont pas documentés par l’Écriture, mais s’en inspirent. « Certes, ces mystères ne remplacent pas l’Évangile, et ne évoquent pas toutes ses pages. Mais si ceux considérés dans le Rosary se limitent aux lignes fondamentales de la vie de Christ, l’âme peut aisément s’étendre sur le reste de l’Évangile » (Rosarium Virginis Mariae, 29).Si le rosaire ne vide pas l’Évangile dans son intégralité, il en évoque néanmoins le cœur, l’essence même, en introduisant l’âme « au goût d’un événement du Christ qui boit continuellement à la source pure du texte évangélique » (Lettre Apostolique *Rosarium Virginis Mariae*, 24). Une référence aux quinze mystères traditionnels, qui ont façonné l’identité unique du rosaire jusqu’à la promulgation de la Lettre *Rosarium Virginis Mariae*, confirme cette orientation évangélique. Les « mystères de joie » trouvent leur origine dans les premiers chapitres de l’Évangile de Luc, récits de l’enfance. Les « mystères de douleur » s’appuient sur les épisodes de la passion rapportés par les quatre Évangiles. Les « mystères de gloire » reflètent la conclusion des Évangiles et leur prolongement dans la nouvelle ère de l’Esprit et de l’Église.Cependant, si le rosaire a une nature profondément évangélique, comme le remarque Jean-Paul II, les quinze mystères traditionnels proposent à la méditation contemplative des fidèles uniquement certains événements de la vie de Christ. Les mystères de joie s’étendent jusqu’à l’épisode de Jésus de douze ans au Temple, les mystères de douleur commencent avec l’Agonie au Jardin de Gethsémani. Entre le baptême et la passion, il n’y a pas de trace de Jésus exerçant son ministère pendant les années de sa vie publique. Le fait est que l’on ne peut véritablement comprendre la mort de Jésus sans la situer dans le contexte de sa vie.Jésus a été tué précisément pour le témoignage qu’il a donné, avec tout ce qu’il était et tout ce qu’il a accompli durant son ministère. « Qui dis-tu que je suis ? » (Matthieu 8, 29) est le défi lancé par Jésus de Marc. La réponse ne réside pas seulement dans sa mort, mais aussi dans ce qui l’a conduit à la mort. L’ajout, ou l’amélioration, par Jean-Paul II des « mystères de lumière » permet d’embrasser également les mystères de la vie publique de Jésus, où il se présente comme la « lumière du monde » (Jean 9, 5). Cette intégration rend le rosaire une prière plus équilibrée.

    Nos mystères de la lumière, du baptême, de Cana, de l’annonce du Royaume, de la transfiguration, de la dernière Cène, Jésus est central. Tandis que la présentation faite par les Évangiles reflète la rencontre avec lui Ressuscité, il demeure fermement le Jésus de Nazareth, celui qui « est né sous la loi » (Galates 4,4), « un en tout frère » (Hébreux 2,17). Cette vérité que l’on souhaite ici souligner est d’une importance vitale pour une christologie équilibrée : les mystères de la lumière révèlent le Christ Lumière qui est la vie du monde, et c’est la vie du monde. Ils révèlent le Verbe incarné.

    Le rosaire est, en fin de compte, une méditation sur le Fils de Marie, sur celui qui révèle le visage du Père et sa présence dans l’histoire. En conséquence, après avoir rappelé l’encarnation et la vie cachée de Christ (mystères de la joie), et avant de s’arrêter aux souffrances de la passion (mystères de la douleur), et à la victoire de la résurrection (mystères de la gloire), Jean-Paul II invite à méditer également sur certains moments particulièrement significatifs de la vie publique de Jésus (mystères de la lumière) (cf. Si le rosaire n’épuisa pas l’Évangile, il en évoque pourtant le cœur, le noyau essentiel, introduisant l’âme « au goût d’un événement de Christ qui boit continuellement à la source pure du texte évangélique » (Rosarium Virginis Mariae 24).

    Une mention des quinze mystères traditionnels, qui ont façonné l’identité inconfondible du rosaire jusqu’à la promulgation de la lettre Rosarium Virginis Mariae, confirme cette orientation évangélique. Les mystères de la joie trouvent leur origine dans les premiers deux chapitres de l’Évangile de Luc, les récits de l’enfance. Les mystères de la douleur s’appuient sur les épisodes de la passion rapportés par les quatre Évangiles. Les mystères de la gloire reflètent la conclusion des Évangiles et leur prolongement dans la nouvelle ère de l’Esprit et de l’Église.

    L’insertion des mystères lumineux, d’une part, confirme le rosaire comme « compendium de l’Évangile », et d’autre part, enrichit-le de contenu spirituel, comme une « vraie introduction à la profondeur du Cœur de Christ, abîme de joie et de lumière, de douleur et de gloire » (Rosarium Virginis Mariae 19). Une telle intégration confère au rosaire cette complétude « biographique », qui le rend d’une manière extraordinaire adapté non seulement pour contempler, mais aussi pour narrer l’histoire de Jésus. Il complète avec la parole rezée ce que le peuple de Dieu a appris au fil des siècles par la parole peinte, c’est-à-dire par l’image. La vie de Jésus, en effet, a été la plus haute source d’inspiration pour les artistes de tous les siècles et de toutes les cultures.

    Dans Rosarium Virginis Mariae,Le Pape Jean-Paul II suggère une série d’actes qui confèrent dignité et importance au Rosaire. Tout d’abord, l’énonciation biblique du mystère. Celle-ci peut être accompagnée de la contemplation d’un icône le représentant, afin de concentrer immédiatement l’attention sur ce qui est sur le point d’être médité. Le Pape n’hésite pas à faire appel à des « éléments sensibles », pour une raison théologique en harmonie avec le Verbe incarné et avec notre condition humaine : « c’est une méthodologie qui correspond à la logique de l’Incarnation : Dieu a voulu s’assumer, en Jésus, des traits humains. C’est à travers sa réalité corporelle que nous sommes conduits à entrer en contact avec son mystère divin » (Rosarium Virginis Mariae, 29).Encore plus importante est la suggestion de suivre l’énonciation du mystère avec « un pas biblique correspondant ». Ce pas peut être « plus ou moins étendu », de manière à rappeler la priorité et la primauté de la parole de Dieu, qui est vivante et efficace (cf Hb 4,12) et dont le Rosaire constitue la méditation actualisée. Jean-Paul II affirme : « les autres paroles ne parviennent jamais à l’efficacité propre de la parole inspirée. Cette dernière doit être écoutée avec la certitude qu’elle est la parole de Dieu, prononcée pour aujourd’hui et ‘pour moi’. Écoutée ainsi, elle s’inscrit dans la méthodologie de la récitation du Rosaire sans provoquer l’ennui qui résulterait d’un simple retour d’une information déjà bien acquise. Il s’agit donc de laisser ‘parler’ Dieu » (Rosarium Virginis Mariae, 30).L’Écriture, en nous communiquant le Seigneur, nous offre la possibilité de l’écouter, d’établir un dialogue avec lui qui se révèle, de lui donner la réponse qu’il suggère lui-même. La prière se développe en réponse à la pénétration de l’Écriture sous l’action mystérieuse de l’Esprit qui l’a dictée et oriente chaque disciple de Christ à se perfectionner dans l’amour. Cette approche biblique enrichit certainement le Rosaire, surtout lorsque un commentaire approprié explique les contenus des mystères individuels et les applique à la situation des individus et des communautés.Mais plus que d’ajouter des paroles humaines à la parole de Dieu, il est fondamental de l’internaliser. Il convient donc que, juste après sa proclamation, on observe un moment de « silence » pour fixer mieux le regard sur le mystère : « l’écoute et la méditation s’alimentent du silence ». La redécouverte de la valeur du silence est l’un des secrets pour pratiquer la contemplation et la méditation. Dans notre société fortement spécialisée en technologies et médias de masse, le fait que le silence devienne de plus en plus difficile est également un problème.De même que dans la Liturgie on recommande des moments de silence, dans la récitation du Rosaire une brève pause est opportune après l’écoute de la parole de Dieu, tandis que l’âme se fixe sur le contenu d’un mystère donné (cf.Rosarium Virginis Mariae 31). Ici également, le Pape attire l’attention, d’une part, sur la Parole de Dieu à méditer et à personnaliser intérieurement, et d’autre part, sur la société de notre temps où tant de messages se superposent, laissant peu de place au silence. Il est donc plus que temps de redécouvrir des moments de silence remplis de la Parole salvifique.La prière du rosaire comme respiration de l’Évangile : fondement biblique des Ave Maria (Lc 1,28.42) et du Notre Père (Mt 6,9-13)Les prières évangéliques du rosaire, comme mentionné, proviennent à la fois des prières et de la formulation des mystères du rosaire de l’Évangile.Le « Notre Père », en raison de sa grande valeur, est la base de la prière chrétienne et nous vient directement de Jésus. Sa récitation au début de chaque mystère place le priant dans une attitude filiale envers le Père, toujours présent dans les mystères de Christ. « Le Père qui est aux cieux, lisons dans la Dei Verbum, vient avec une grande tendresse à la rencontre de ses enfants et entre en conversation avec eux » (Dei Verbum 21).Après l’écoute de la Parole et la focalisation sur le mystère, il est naturel que l’âme s’élève vers le Père. Jésus, dans chacun de ses mystères, nous conduit toujours vers le Père, à qui il s’adresse continuellement, car dans son « sein » (cf Jn 1,18) repose (cf. Rosarium Virginis Mariae 32). Christ souhaite nous introduire dans l’intimité du Père, pour répéter avec Lui « Abbà, Père » (Rm 8,15. Gl 4,6). Saint Cyprien dit : « Celui qui nous a donné la vie de grâce comme Sauveur, nous a appris à prier comme Maître ».Jésus, dans le Notre Père, révèle le cœur du Père, nous faisant connaître les demandes et les sentiments qu’Il souhaite de Ses enfants. « C’est par rapport au Père qu’Il nous fait frères les uns des autres et frères de Lui, en nous communiquant l’Esprit qui est à Lui et du Père à la fois » (Rosarium Virginis Mariae 32).De plus, il est notable que le rosaire, en tant qu’expression de piété populaire, ne suit pas l’usage liturgique, mais procède selon sa propre nature. Alors que dans la célébration liturgique des laudes matinales et des vêpres nocturnes, le Notre Père est placé à la fin des invocations des fidèles, au sommet de la célébration, ici la même prière est positionnée à la base de la méditation des mystères de la salut, pour souligner que le Père est à l’origine du plan salvifique qui se déroule tout au long du rosaire. « Le Notre Père, placé presque comme fondement de la méditation christologique-mariane qui se développe à travers la répétition de l’Ave Maria, fait de la méditation du mystère, même lorsqu’elle est réalisée en solitude, une expérience ecclésiale » (Rosarium Virginis Mariae 32).Rosarium Virginis Mariae 32.) La récitation de la Ave Maria, répétée dix fois, fait du Rosary une « prière mariale par excellence ». Tirée des paroles adressées à Marie par l’ange Gabriel et par Élisabeth, l’Ave Maria a un caractère strictement biblique et, par conséquent, inévitablement orienté vers le Christ : c’est la contemplation du mystère qui s’accomplit en Lui. La répétition de l’Ave Maria dans le Rosary devient une joie, une admiration, une reconnaissance du plus grand miracle de l’histoire et l’accomplissement de la prophétie de Marie : « De maintenant en avant, toutes les générations me diront bienheureuse » (Lc 1,48).Comprise et évaluée sagement, on perçoit dans l’Ave Maria que « le caractère marial ne s’oppose pas au christologique, mais le sublimine et l’exalte » (Rosarium Virginis Mariae 33). De plus, en suivant une procédure utilisée dans le livre de Judith, où ce qui vient après compte plus que ce qui vient avant, la bénédiction de Marie prépare la bénédiction de Jésus, qui est la raison ultime pour laquelle la Mère est bénie. Cela est bien démontré par le parallélisme entre l’acclamation d’Ozias adressée à Judith et celle d’Élisabeth à Marie : « Bénie sois-tu […] plus que toutes les femmes qui vivent sur la terre et béni soit le Seigneur Dieu qui a créé le ciel et la terre » (Jdt 13,18). « Bénie sois-tu entre les femmes et béni soit le fruit de ton ventre » (Lc 1,42).Jean-Paul II conclut que l’Ave Maria est une prière mariale, mais surtout christologique car son « centre » est le nom de Jésus. Saint Jean-Paul II insiste :> « Parfois, dans une récitation hâtive, ce centre échappe, ainsi que le lien au mystère du Christ qu’on contemple. Mais c’est précisément en mettant l’accent sur le nom de Jésus et sur son mystère que l’on distingue une récitation du Rosary significative et fructueuse. Elle exprime avec force la foi christologique, appliquée aux différents moments de la vie du Rédempteur. C’est une profession de foi et, en même temps, un moyen d’aider à garder vivante la méditation, permettant de vivre la fonction assimilante inhérente à la répétition de l’Ave Maria, par rapport au mystère du Christ ».> Rosarium Virginis Mariae 33Répéter le nom de Jésus constitue un chemin d’assimilation visant à nous immerger de plus en plus profondément dans la vie de Christ. Pour souligner davantage ce caractère christologique, Jean-Paul II affirme qu’il est « un usage louable, notamment dans la récitation publique », d’ajouter au nom de Jésus « une clause évocatrice du mystère que l’on médite ». Cette clause a pour fonction de fixer l’esprit sur le mystère, empêchant le priant de se perdre dans la distraction.« Gloria au Père », qui conclut chaque série de dix Ave Maria, est considéré comme le sommet de la méditation. Il développe la formule trinitaire prononcée par Jésus lors de l’envoi des disciples dans le monde : « Allez, donc, et faites des disciples de toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (Matthieu 28, 19). Jean-Paul II déclare :> « La dosologie trinitaire est l’objectif de la contemplation chrétienne. Christ est le chemin qui nous mène au Père dans l’Esprit. Si nous parcourons ce chemin jusqu’au bout, nous nous retrouvons continuellement face au mystère des trois Personnes divines à louer, adorer, remercier. Il est important que le Gloria, sommet de la contemplation, soit bien mis en valeur dans le Rosario. Dans la récitation publique, il pourrait être chanté… De Ave en Ave, la glorification trinitaire à chaque série, loin de se réduire à une conclusion rapide, acquiert son juste ton contemplatif, jusqu’à nous faire revivre, dans une certaine mesure, l’expérience du Tabor, anticipation de la contemplation future : “Il est bon pour nous d’être ici” (Luc 9, 33) » (Rosarium Virginis Mariae, 34).Les mystères de la lumière (Rosarium Virginis Mariae, §21) : Jean-Paul II 2002 et le fondement biblique des cinq nouveaux mystèresCaractère biblique des mystères de la lumière : références en Jean 2, 1-11. Luc 4, 43. Marc 9, 2-8. Matthieu 26, 26-28.Dans la Lettre Apostolique Rosarium Virginis Mariae, le Pape Jean-Paul II propose d’intégrer dans la méditation les mystères de Christ avec ceux relatifs à sa vie publique. Ils peuvent être spécialement appelés « mystères de la lumière », car ils sont des moments de révélation lumineuse du Royaume, déjà présents dans la personne de Jésus. Le Pape identifie cinq d’entre eux :1. Le baptême dans le Jourdain. 2. Le miracle à Cana de Galilée. 3. L’annonce du Royaume de Dieu. 4. La transfiguration. 5. L’institution de l’Eucharistie.Dans cette nouvelle série, le caractère biblique-théologique du Rosary a été enrichi de manière originale. Il n’est pas sans importance de considérer d’abord le terme « mystère ». Dans l’usage courant, « mystère » signifie quelque chose d’occult, à enquêter, non immédiatement discernible. Dans la catéchèse du passé, « mystère » définissait une vérité révélée que nous ne pouvons pas comprendre.Dans l’usage biblique, et c’est là que nous nous en tenons ici, *mysterion* n’est pas quelque chose de mystérieux. Un « mystère » est l’intention de Dieu ou un de Ses projets, caché, certes, dans le passé, mais maintenant révélé (cf Rm 11,25-26). La lettre de Paul aux Colossiens parle d’un « mystère » gardé longtemps caché par Dieu, mais maintenant « manifesté à Ses saints » (Col 1,26). De là découle que « mystère » est identifié à la personne de Christ. En résumé : c’est révélateur.. Les mystères du rosaire révèlent le Christ, guident pour le comprendre plus profondément. C’est ce que nous voulons mettre en évidence, en soulignant le caractère biblique des « mystères de la lumière ».

    Le baptême dans le Jourdain

    Le passage du baptême dans le Jourdain revêt une grande importance pour les trois Évangiles synoptiques, mais il se distingue particulièrement dans l’Évangile de Marc (Mc 1, 9-11), car il marque le début de la présentation de Jésus par l’évangéliste. Marc n’offre ni une généalogie ni des épisodes de l’enfance, ainsi le premier contact avec Jésus coïncide avec son passage au Jourdain pour être baptisé par Jean.

    De nombreux hommes et femmes se rassemblent pour écouter Jean le Baptiste, qui parle de la visite imminente de Dieu à son peuple et réalise le geste pénitentiel du baptême, confessant leurs péchés. Au milieu de cette foule, pénitente et désireuse d’accueillir Dieu dans leur vie, apparaît une figure inattendue, Jésus de Nazareth. Il entame sa « mission » parmi les pécheurs et terminera son aventure sur la croix entre deux malfaiteurs. « En ces jours-là, Jésus vint de Nazareth de Galilée et fut baptisé par Jean dans le Jourdain » (Mc 1, 9).

    En se plaçant au milieu de la foule venue au Jourdain pour se faire baptiser, Jésus exprime également son désir de la visite de Dieu, invoque le pardon pour Israël et plonge dans l’eau, réalisant le rite symbolique. Le lecteur de l’Évangile est perplexe face à tout cela. La réponse devient évidente lorsque Jésus sort de l’eau : les cieux s’ouvrent, l’Esprit descend et une voix céleste proclame tout son amour pour lui : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai trouvé ma joie » (Mc 1, 11).

    Chacun de nous a besoin, pour vivre, d’un amour qui le fasse se sentir unique, a besoin d’une reconnaissance qui le déclare « préféré » parmi tant d’autres. Ici, au Jourdain, on entend une voix qui vient du cœur de Dieu. C’est une manifestation et une confirmation d’une relation spéciale déjà existante entre Jésus et le Père. Il ne s’agit pas seulement de dire que Jésus est le Fils bien-aimé, mais qu’il l’est précisément de cette manière, c’est-à-dire dans la solidarité avec ses frères pécheurs.

    La phrase de l’Évangile devient la synthèse de trois passages bibliques. Elle évoque, en premier lieu, le Psaume 2, où Dieu proclame la puissance de son Messie à qui il confie le gouvernement des nations, dont la souveraineté se manifeste pourtant au milieu de vives oppositions. Le thème de la souffrance et de la mort est encore plus évident dans un autre texte biblique, l’épisode du sacrifice d’Isaac, une dure épreuve qui, selon la tradition juive, ne concerne pas seulement Abraham, mais aussi Isaac, le fils unique. Ainsi comme Jésus, Isaac est « le fils bien-aimé » (Gn 22, 2) et n’est pas épargné de l’angoisse de la mort violente (cf Heb 5, 7).

    Le troisième passage cité fait référence à la figure décrite par Isaïe du Serviteur du Seigneur, une personnalité empreinte de l’Esprit et qui meurt au service du plan de Dieu pour la salut d’Israël et de toute l’humanité.

    La rencontre baptémal avec la paternité inefable de Dieu envers Jésus est ainsi l’événement d’un amour qui ne se limite pas à l’intimité entre Lui et le Père, mais qui demande à se communiquer à chaque être.

    “J’ai vu les cieux s’ouvrir et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe” (Mc 1,10).” Les cieux ouverts présagent le voile du Temple qui se déchire à la mort rédemptrice de Jésus, révélant un Dieu sans secrets, car sa dernière parole est le Crucifié (Mc 15,38). L’Esprit qui descend comme une colombe rappelle la fin du déluge et le début d’un nouveau monde, ainsi, avec ce Jésus baptisé dans le Jourdain, s’initie la nouvelle création de Dieu, celle qui ne meurt pas.

    Le miracle de Caná en Galilée

    “Jésus a accompli son premier signe à Caná en Galilée, il a manifesté sa gloire et ses disciples ont cru en lui” : ainsi se termine le récit joannique du premier miracle de Jésus (Jn 2,1-12), qui pour l’évangéliste est le “signe” de la révélation divine en lui. La fête de mariage qui est sur le point de faire faillite pour manque de vin représente, en premier lieu, l’espérance d’Israël qui attend la libération, mais menacée par les dénis de l’histoire, et en second lieu, c’est une figure de la vie humaine, qui commence comme une fête prometteuse, mais où la joie cède rapidement la place à une dure réalité décourageante.

    Le fait que Jésus commence par ce miracle singulier, qui conclut la semaine inaugurale de sa mission (cf Jn 1,19-2,1), signifie que la révélation qu’il apporte est une nouvelle création et apporte à l’humanité une joie indestructible et parfaite. Caná est donc la présence de Jésus comme épiphanie d’un Dieu nouveau et différent de celui que nous attendions. Le Dieu que Jésus révèle n’a pas besoin de sacrifices, mais vit parmi l’humanité pour partager ses joies et ses soucis.

    C’est le Dieu de la fête, celui qui souhaite faire participer l’humanité à sa joie : “Comme le marié se réjouit de la mariée, ainsi ton Dieu se réjouira de toi” (Is 62,5). Caná est aussi la présence de Marie, c’est-à-dire d’une foi qui attend la réalisation des promesses de Dieu et devient une supplication confiante, laissant à lui le mode et le temps de la réponse : “Ils n’ont plus de vin” (Jn 2,3). Marie est la mère du peuple qui a cette foi, et c’est d’abord aux disciples de Jésus qu’elle s’attache (Jn 2,11).

    La Mère de Jésus est la personnification concrète du peuple de Dieu, qui cultive l’espérance dans la promesse et attend fidèlement le accomplissement de l’Alliance : elle exerce sa préoccupation maternelle, son intercession pour ces mariés. La figure traditionnelle de Marie, comme celle qui intercéde continuellement pour le peuple de Dieu, trouve ici ses racines bibliques. Caná est surtout l’annonce de la “Heure” de Jésus. Toute la mission de Jésus est un chemin vers l’Heure décisive, celle de la croix.

    Là, ce que Jésus apporte à l’humanité, le vinagre, est contrasté avec la présence de la Mère de Jésus, qui devient la mère du peuple né de la croix du Fils. Et s’il est appelé « multer », c’est pour souligner en elle la nouvelle Ève, la mère de la nouvelle création. Marie comprend la réponse de Jésus et, dans la certitude de la splendeur de cet amour qui se révélera à cette heure, exhorte les serviteurs à obéir à son commandement. C’est sa première et dernière parole dans l’Évangile de Jean et son testament spirituel adressé aux disciples du Fils : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jo 2,5).

    L’annonce du Royaume de Dieu

    Le troisième mystère de la Lumière invite à méditer sur le premier moment de la mission de Jésus, qui se résume dans l’annonce du Royaume de Dieu. L’Évangile de Marc synthétise ce moment en introduisant l’activité de Jésus en Galilée : « Après que Jean eut été emprisonné, Jésus partit en Galilée, prêchant l’Évangile de Dieu et disant : “Le temps est accompli, et le Royaume de Dieu est proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile” » (Mc 1,14-15).

    Tout d’abord, il est évident le lien entre le début de la mission de Jésus et l’emprisonnement de Jean-Baptiste. Le texte évangélique lit littéralement : « après que Jean eut été livré… ». Il s’agit d’une manière biblique de parler, faisant allusion à l’intervention mystérieuse de Dieu dans les événements humains. Il existe donc un plan divin qui se réalise avec la livraison de Jean-Baptiste. Dieu, dans Sa volonté insondable, livre le juste Jean aux mains des impies, mais même cette « livraison » dramatique devient une source de salut ! Les puissants peuvent emprisonner les justes, voire les éliminer, mais le plan divin pour le bien de l’humanité avance inévitablement.

    Pour apprécier ce que Marc dit sur la prédication de Jésus, il est bon de se rappeler ce que nous savons de Jésus jusqu’à ce stade de son Évangile. Jusqu’à présent, nous avons entendu deux choses fondamentales sur Jésus : au baptême dans le Jourdain, Dieu le proclame Son Fils bien-aimé, et pendant la période de tentation qui suit, Jésus reste entièrement fidèle à son identité de Fils. Pour les pharisiens et les esséniens, la venue du Royaume dépend de leurs efforts.

    Ils croyaient qu’il ne viendrait qu’après qu’ils aient accompli leur part, c’est-à-dire observé toute la loi. Jésus dit le contraire : « le Royaume est venu », il est déjà là, parmi eux, indépendamment de leurs efforts. Quand Jésus affirme : « le Royaume est venu », il ne dit pas qu’il est sur le point de venir à ce moment-là, mais qu’il est déjà présent. Ce que tous attendaient était déjà présent au milieu du peuple, et ils ne le savaient pas, ni ne le percevaient (cf Lc 17,21). Jésus révèle et annonce aux pauvres de sa terre cette présence cachée du Royaume parmi le peuple.

    Pour accueillir le Royaume de Dieu présent dans le monde, il n’est pas nécessaire de faire des efforts surhumains, d’avoir des qualités religieuses et morales élevées, mais il suffit d’une décision accessible à tous : croire et se convertir.Jesus ne demande pas seulement que l’on croie en ses paroles, mais qu’on lui fasse confiance avec foi, en reconnaissant l’annonce de la venue du Royaume comme une nouvelle véritablement « bonne » pour la vie. L’adhésion de la foi se concrétise en donnant une nouvelle forme à l’être et à l’agir : c’est précisément la « conversion », la deuxième condition exigée par Jésus pour l’accueil du Royaume.La TransfigurationLa Transfiguration est le mystère de la lumière par excellence (Mc 9,2-10). Dans cet événement, la gloire du Père rayonne sur le visage de Jésus, tandis que la voix divine le confirme, devant les témoins choisis, comme le Fils bien-aimé. La première communauté chrétienne désignerait la Transfiguration comme une sorte de synthèse du ministère public de Jésus (cf 2 Pe 1,16-19). L’Évangile de Marc utilise des textes de l’Ancien Testament pour décrire la scène de la Transfiguration.L’évangéliste place l’événement au début du voyage vers Jérusalem (Mc 9,2-10) et le relie à une escorte précise de Jésus : « Il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmena seuls sur une montagne haute. Et il fut transfiguré devant euxMonter sur la montagne » dans la langue biblique signifie ouvrir son cœur à l’amour de ce Dieu qui, sur le Mont Sinaï, a établi l’Alliance avec son peuple. Dans cet horizon de foi en l’Alliance, prend sens l’expérience des trois disciples avec Jésus sur la montagne, seuls. Dans la solitude du mont, ils voient Jésus transfiguré, enveloppé d’une lumière éblouissante. À ses côtés apparaissent les deux plus grandes autorités de l’Ancien Testament, Moïse et Élie : le premier représente la loi, l’autre la prophétie.Le prophète Malachie avait annoncé qu’Élie devait revenir pour préparer la voie du Messie (Ml 3,23-24). Le même annonce se trouve dans le livre des Sagesses (Eclo 48,10). Ainsi, comment Jésus peut-il être le Messie, si Élie n’est pas encore revenu ? D’où la question des disciples : « Pourquoi les scribes disent-ils qu’Élie doit venir en premier ? » (Mt 9,11). La réponse de Jésus est claire : « Élie est déjà venu, et ils ont fait avec lui ce qu’ils ont voulu, comme il est écrit à son sujet » (Mt 9,13). Jésus parle de Jean-Baptiste, assassiné par Hérode (Mt 17,13).Ce Jésus qui est sur le chemin d’une destination de mort et dont l’apparence sera défigurée par la douloureuse passion, se révèle soudainement dans son identité la plus secrète. C’est ce qui est accordé aux trois disciples d’intuir pendant quelques instants. La demande de Pierre de construire trois tentes pour prolonger l’expérience spirituelle de la montagne nous offre une perception précieuse : il est nécessaire de garder dans la routine, dans l’usure du quotidien, la vérité sur nous-mêmes et sur Dieu qui, dans certains moments d’écoute, de recueillement, a brillé dans le cœur.Conserver la mémoire de la Transfiguration devrait donner aux trois disciples « privilégiés » la force de rester proches de Jésus dans les moments les plus difficiles, comme à Gethsémani. Sur la montagne, Pierre, Jacques et Jean sont appelés à découvrir le sens de toute discipline comme une obéissance à Dieu, écoutant la Parole de Jésus comme son Fils bien-aimé et le suivant jusqu’à ce qu’ils se conforment à la beauté inatteignable qui brille sur son visage défiguré et transfiguré de Fils de Dieu. Le Tabor est pour le chrétien, non tant le lieu de la découverte de Dieu à travers la contemplation de la beauté de la nature, mais la montagne de la révélation à laquelle on n’a accès qu’à travers la foi, qui devient prière et obéissance. C’est la montagne de l’invitation à savoir voir le projet divin sur le monde, manifesté en Christ, et persévérer sur cet autel de foi.L’institution de l’EucharistieLe cinquième mystère de la lumière est consacré à la contemplation de l’institution de l’Eucharistie. Les textes bibliques qui en parlent explicitement sont les Évangiles synoptiques et 1 Cor 10-11. Les paroles de l’institution dans Marc et Matthieu sont probablement parvenues jusqu’à nous par l’intermédiaire de la Liturgie de l’Église de Jérusalem, tandis qu’en Luc et Paul, elles sont médiées par la Liturgie de la communauté d’Antioche.

    L’inquiétude de Marc est de relier cette dernière cène à la Pâque juive (Mc 14, 12-25) : au v. 14, il parle explicitement d’un banquet pascal. Cela signifie que, dans sa chronologie, Jésus meurt pendant la fête de la Pâque. À ce point, Marc est suivi par Matthieu et Luc. Le quatrième Évangile affirme avec la même clarté que Jésus meurt la veille de la Pâque (Jo 18, 28). En effet, il semble que la dernière cène ait été une cène d’adieu solennelle et non un repas pascal traditionnel.

    Cela a marqué le sommet d’une série de repas partagés par Jésus avec ses disciples. Jésus suit la pratique d’une fête familiale juive, en partageant un repas festif, en brisant du pain et en distribuant les morceaux. Il « prend le pain », « bénit », « brise » et « donne » : ce sont les mêmes gestes et les mêmes paroles dans les deux récits où Jésus nourrit les foules (Mc 6, 41. 8, 6). Il est certain que la correspondance est intentionnelle. À cette époque, les disciples « n’avaient pas compris la signification des pains » (Mc 6, 52). Maintenant, le mystère est révélé. Jésus est « le seul pain » (Mc 8, 14) pour les Juifs et les Gentils, son corps est donné et son sang est versé pour tous.

    Paul et Luc (1 Cor 11, 24-25. Lc 22, 19) ajoutent le commandement de faire en mémoire de lui ce que Jésus a fait cette nuit-là. Le commandement est adressé non aux individus, mais à la communauté des disciples, car célébrer l’eucharistie est le point culminant de la rencontre de la communauté et la source de la vie ecclésiale. L’Église est consciente que la célébration eucharistique, considérée comme le lieu de la communion sacramentelle à la mort et à la résurrection de Christ, la constitue dans son essence en « corps du Christ » (1 Cor 10, 17) et en communauté du temps de la salut, convoquée par son Seigneur comme signe d’espoir dans le monde.

    Parmi les cinq mystères, seul celui-ci ne semble pas, à première vue, un événement lumineux. L’eucharistie apparaît comme un mystère d’occultement et de kenosis de la présence de Christ sous les signes sacramentels du pain et du vin. Mais lorsque l’on considère que l’eucharistie annonce la mort et la résurrection du Seigneur, il est possible de percevoir sous la simplicité du signe la gloire du mystère pascal, avec toute sa charge de grâce, d’amour et d’espérance.

    On peut véritablement conclure que le rosaire laisse derrière lui une traînée lumineuse d’Évangile, guidant des milliers et des millions de personnes vers Jésus-Christ et vers la Sainte et Adorable Trinité.

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