Saint Joseph est le père terrestre de Jésus ? La véritable paternité de Joseph

Saint Joseph est-il le père de Jésus ? Oui – et la réponse de la théologie catholique est plus forte qu’on ne le pense souvent. Joseph n’est pas le père biologique de Jésus, qui a été conçu par la Vierge Marie par l’action du Saint-Esprit (Mt 1,20), mais il est son véritable père dans l’ordre légal, juridique et affectif. La tradition a donné à cette paternité plusieurs noms – père putatif (du latin putare, « juger, considérer » : celui qui était considéré comme père), père légal, père adoptif, père virginal – et aucun d’entre eux ne la diminue. Saint Jean-Paul II enseigne que la paternité de Joseph n’est ni apparente ni substitutive, mais pleinement authentique. C’est de cette paternité singulière, cœur de la josefologie, que traite cet article.

Qu’est-ce qu’un père putatif ?

« Putatif » vient du verbe latin putare, « juger, estimer, considérer ». Un père putatif est donc celui qui était considéré comme père aux yeux des hommes. L’expression naît même de l’Évangile : Luc présente Jésus comme le fils de Joseph ut putabatur – comme on le jugeait (Lc 3,23, Nouvelle Vulgata) – et le peuple de Nazareth demande s’il n’est pas le fils du charpentier : Nonne hic est fabri filius ? (Mt 13,55). Le terme est entré dans le vocabulaire officiel de l’Église. Léon XIII, dans son encyclique Quamquam pluries (1889), fonde tout le patronage de Joseph sur l’Église précisément sur ces deux titres – époux de Marie et père putatif de Jésus. Dans le texte officiel espagnol (la Sainte-Siège n’a pas publié de version portugaise) :

« Les raisons pour lesquelles le bienheureux Joseph doit être considéré comme un patron spécial de l’Église, et par lesquelles l’Église attend beaucoup de sa protection et de son patronage, naissent principalement du fait qu’il est l’époux de Marie et père putatif de Jésus » (Léon XIII, Quamquam pluries, n. 3).

Mais attention : « putatif » décrit comment les hommes voyaient Joseph, pas ce qu’il était réellement. Si on s’en tenait à ce nom, on pourrait conclure que la paternité de Joseph était une sorte de mise en scène. La doctrine ultérieure a explicitement corrigé cette lecture réductrice.

Une paternité vraie, pas apparente ni substitutive

Le texte décisif est l’exhortation apostolique Redemptoris custos, de Saint Jean-Paul II (1989), document de référence du magistère sur Saint Joseph. Parlant de la Sainte Famille, le pape affirme :

« Dans cette famille, Joseph est le père : mais sa paternité n’est pas seulement « apparente » ou « substitutive » ; elle est pleinement authentique en tant que paternité humaine, en tant que mission paternelle au sein de la famille » (Redemptoris custos, n. 21).

D’où découle cette paternité, si ce n’est de la génération ? Du mariage. « Comme on peut le déduire des textes évangéliques, le mariage avec Marie est la base juridique de la paternité de Joseph. Dieu a choisi Joseph comme époux de Marie pour assurer la protection paternelle à Jésus » (Redemptoris custos, n. 7). Dans le droit matrimonial juif de l’époque, le mari – et c’est ainsi que l’Évangile désigne Joseph : vir eius, l’époux de Marie (Mt 1,19, Nouvelle Vulgate) – détenait la pleine paternité juridique sur le fils de son épouse, même s’il ne l’avait pas engendré. Les desposoirs de Marie et Joseph conféraient déjà à Marie la condition pleine d’épouse, de sorte que le fils de Marie est également, par le lien matrimonial, le fils de Joseph. C’est pourquoi la paternité josefine est appelée virginale : elle naît d’un mariage véritable et chaste, qui respecte intégralement la virgindade perpétue de Marie, et n’en est pas moins réelle.Le Catéchisme résume cette même doctrine en appelant Joseph le père légal de Jésus : « La soumission de Jésus à sa Mère et à son père légal était l’accomplissement parfait du quatrième commandement. C’est l’image temporelle de son obéissance filiale au Père céleste » (CIC 532). Et François, dans la lettre apostolique Patris corde (2020), résume tout en une phrase percutante : « La grandeur de Saint Joseph réside dans le fait d’avoir été l’époux de Marie et le père de Jésus » (Patris corde, n. 1). Pas « comme un père », pas « presque père » : le père de Jésus.

Joseph donne le nom et la lignée davídique

La paternité de Joseph n’est pas un titre honorifique : elle s’exerce dans des actes concrets, et le premier d’entre eux est l’imposition du nom. L’ange ordonne à Joseph, selon la Nouvelle Vulgate de Mt 1,21 : pariet autem filium, et vocabis nomen eius Iesum – elle donnera naissance à un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Et l’évangéliste enregistre le respect de cet ordre en Mt 1,25 : et vocavit nomen eius Iesum – et il lui donna le nom de Jésus. Dans le monde biblique, donner un nom est l’acte paternel par excellence : celui qui nomme son fils le reconnaît publiquement comme le sien et prend la responsabilité à son égard. François souligne exactement cela : Joseph « a eu le courage d’assumer la paternité légale de Jésus, à qui il a donné le nom révélé par l’ange : lui donneras-tu le nom de Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés » (Patris corde, préface).

De cet acte dépend quelque chose de immense : la messianité davídique de Jésus. Les promesses faites à David (2Sm 7) exigeaient que le Messie soit fils de David, et c’est par Joseph, non par voie biologique, que Jésus entre légalement dans cette descendance. La généalogie de Matthieu s’achève sur Joseph, l’époux de Marie, de qui est né Jésus, appelé Christ (Mt 1,16 – dans la Nouvelle Vulgate : Ioseph virum Mariae, de qua natus est Iesus, qui vocatur Christus), et le Catéchisme explique que Dieu a voulu que Jésus naisse «de l’épouse de Joseph, dans la descendance messionique de David» (CIC 437). François tire la conséquence théologique : «Tant qu’il est descendant de David (cf. Mt 1, 16.20), de qui il devait naître selon la promesse faite au roi par le prophète Natan (cf. 2 Sam 7), et comme époux de Marie de Nazareth, Saint Joseph constitue l’articulation qui unit l’Ancien et le Nouveau Testament» (Patris corde, n. 1). Sans la paternité légale de Joseph, Jésus ne serait pas juridiquement fils de David. La paternité putative est ainsi un engrenage réel de l’histoire du salut.

Ton père et moi : la paternité reconnue par Marie

C’est la Mère de Jésus elle-même qui confirme cette paternité avec l’autorité la plus forte possible. En retrouvant leEnfant dans le Temple, Marie dit, selon la Nouvelle Vulgate de Lc 2,48 : Ecce pater tuus et ego dolentes quaerebamus te – Voici ton père et moi, nous t’étions désespérément à la recherche de toi. Marie, qui savait mieux que quiconque que Joseph n’avait pas engendré Jésus, l’appelle simplement ton père. L’Évangile inspiré ne corrige pas l’expression : il la consagrent.

Jésus a vécu comme fils de cette paternité. Luc note qu’il erat subditus illis – était soumis à eux (Lc 2,51). Léon XIII, cité par Jean-Paul II, en tire là une dignité inégalée pour Joseph : «Il se distingue parmi tous, par sa dignité sublime, puisque, par la volonté divine, il a été gardien et, aux yeux des hommes, père du Fils de Dieu. D’où il s’ensuivait, par conséquent, que le Verbe éternel était soumis à Joseph, lui obéissait et lui accordait cette honneur et cette révérence que les enfants doivent à leurs parents» (Redemptoris custos, n. 8, citant Léon XIII). Le Verbe éternel a obéi à un charpentier et l’a honoré comme père : aucune définition de paternité ne pourrait être plus concrète.

Ce que nous enseigne la paternité de Joseph

Les divers noms – putative, légale, adoptive, virginale – décrivent des aspects d’une seule réalité : une paternité vraie qui ne passe pas par la chair. Il n’étonne pas que François écrive : «Après Marie, Mère de Dieu, aucun Saint n’a occupé tant de place dans le magistère pontifical que Joseph, son époux» (Patris corde, préface). La josefologie contemporaine, de Tarcisio Stramare à Francisco Canals Vidal, insiste sur le fait qu’il s’agit peut-être de la leçon la plus actuelle de Joseph : la paternité, au cœur même, n’est pas un simple fait biologique, mais un acte d’accueil, de responsabilité et de don. François l’a formulé mémorablement : «On ne naît pas père, on devient tel… Et on ne devient pas père simplement parce qu’on a mis au monde un enfant, mais parce qu’on s’en occupe de manière responsable» (Patris corde, n. 7).

Pour les parents adoptifs, Joseph est la preuve que l’amour qui assume un enfant constitue une paternité pleine. Pour tout père, il est le modèle de celui qui exerce sa mission paternelle sans se placer au centre. Et pour la théologie, il est le gardien appelé à servir « directement la Personne et la mission de Jésus » (Redemptoris custos, n. 8). Saint Joseph est le père de Jésus – non par génération, mais par vocation, par mariage et par cœur. Comme le dit la première ligne de Patris corde : « Avec un cœur de père : ainsi Joseph a aimé Jésus, désigné dans les quatre Évangiles comme « le fils de Joseph ».

Foire aux questions

Saint Joseph est-il le père de Jésus ?

Oui, véritablement, bien qu’il ne soit pas son père biologique. Jésus a été conçu par l’action du Saint-Esprit, mais Joseph est son père légal et réel en raison du mariage avec Marie. Saint Jean-Paul II enseigne que cette paternité n’est ni apparente ni substitutive, mais dotée de la pleine authenticité de la paternité humaine (Redemptoris custos, n. 21).

Qu’est-ce qu’un père putatif ?

Putatif vient du latin putare, qui signifie juger ou considérer. Un père putatif est celui qui était considéré comme le père aux yeux des hommes, comme le dit Luc 3,23 à propos de Joseph. Le terme décrit la perception publique, mais ne réduit pas la réalité : la doctrine enseigne que la paternité de Joseph est vraie, fondée sur son mariage avec Marie.

Saint Joseph est-il le père adoptif de Jésus ?

On peut parler de paternité adoptive au sens où Joseph a accueilli un enfant qu’il n’a pas généré, mais la doctrine préfère les termes de père légal et de véritable père. La paternité de Joseph ne découle pas d’un acte ultérieur d’adoption : Jésus est né dans le mariage de Joseph avec Marie, et il est donc juridiquement son fils dès le premier instant.

Comment Jésus est-il descendant de David si Joseph ne l’a pas généré ?

Par la paternité légale. Dans le droit juif, le mari détenait la pleine paternité juridique sur l’enfant de son épouse, et c’est Joseph, descendant de David (Mt 1,16.20), qui a donné le nom à Jésus (Mt 1,21.25), reconnaissant ainsi publiquement Jésus comme son fils. Ainsi, Jésus est légalement entré dans la descendance messianique de David, comme l’explique le Catéchisme (CIC 437).

Marie a-t-elle appelé Joseph le père de Jésus ?

Oui. Lors du retour au Temple, Marie dit que « le père de Jésus et elle le cherchaient avec angoisse » (Lc 2,48, dans la Nouvelle Vulgate : Ecce pater tuus et ego dolentes quaerebamus te). La Mère de Jésus, qui savait que la conception était virginale, appelle simplement Joseph le père, et l’Évangile consacre cette expression sans la corriger.

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