Il est ressuscité comme il l’avait dit : à la dixième heure, selon Matthieu 26:3, et le tombeau était vide selon Jean 20.
Il a vu et il a cru.
Jean 20,8
Le dimanche de Pâques, cœur de l’année liturgique, articule trois textes qui proclament le fait central de la foi chrétienne : Dieu a ressuscité Jésus des morts. Actes 10,34a.37-43 présente Pierre comme témoin de la résurrection devant Cornélius : nous l’avons vu, nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection. Colosiens 3,1-4 invite les baptisés à rechercher les choses du haut, car leur vie est cachée avec Christ en Dieu. Jean 20,1-9 raconte la visite de Marie Madeleine au tombeau à l’aube, la pierre déplacée, la course de Pierre et du disciple aimé, et le moment où ce dernier a vu et cru. Les trois textes décrivent le même mouvement : du tombeau vers la vie, de la dissimulation vers la manifestation, de la mort vers la gloire.
I. La première lecture : Actes 10,34a.37-43
Pierre prend la parole dans la maison de Cornélius, le centurion romain, et prononce le premier discours missionnaire à des païens. Il résume ce qui s’est passé : «Vous savez ce qui s’est passé en toute Judée, commençant par la Galilée, après le baptême prêché par Jean» (Actes 10,37). Dieu a oint Jésus de Nazareth avec l’Esprit Saint et avec une puissance, et il a fait de lui un homme utile, accomplissant des œuvres bonnes et guérissant tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable (v.38). Les Juifs l’ont tué, l’ont cloué sur la croix. «Mais Dieu l’a ressuscité le troisième jour, et lui a permis de se manifester, non pas à tout le peuple, mais aux témoins choisis d’avance par Dieu : à nous, qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection des morts» (vv.40-41). Pierre conclut : Jésus est devenu juge des vivants et des morts, et tous ceux qui croient en lui reçoivent le pardon des péchés en son nom (vv.42-43). La Pâques n’est pas une philosophie : c’est un témoignage. Pierre ne raisonne pas, il raconte. La résurrection est un fait vécu, mangé et bu, pas une théorie.
II. La deuxième lecture : Colosiens 3,1-4
«Si vous êtes ressuscités avec Christ, cherchez ce qui est dans les cieux, où se trouve Christ assis à la droite de Dieu» (Colosiens 3,1). Paul ne dit pas que vous allez ressusciter dans le futur : il dit que vous avez ressuscité. Le baptême est déjà une participation à la résurrection de Christ. La conséquence est immédiate : cherchez ce qui est au-dessus, non ce qui est terrestre. «Votre vie est cachée avec Christ en Dieu» (v.3). Cette dissimulation n’est pas absence : c’est la forme de la présence de Christ dans le temps entre l’Ascension et la Parusie. «Quand Christ, votre vie, apparaîtra, alors vous apparaissez aussi avec lui dans la gloire» (v.4). La Pâques du disciple comporte deux phases : la phase de la dissimulation, où la nouvelle vie est cachée sous l’apparence du quotidien, et la phase de la manifestation, qui coïncidera avec la venue glorieuse de Christ.
III. L’évangile : Jean 20,1-9
Le premier jour de la semaine, encore à l’aube, Marie Madeleine se rend au tombeau et découvre que la pierre a été enlevée. Elle court dire à Pierre et au disciple bien-aimé : « On a emporté le Seigneur du tombeau, et nous ne savons où on l’a mis » (Jean 20,2). Les deux se précipitent. Le disciple bien-aimé arrive en premier mais reste à l’entrée. Pierre entre : il voit les linges posés sur le sol et le drap qui couvrait la tête de Jésus, plié et mis de côté. Le disciple bien-aimé entre alors. « Il vit et crut » (v.8). Le texte ajoute avec honnêteté : « car ils n’avaient pas encore compris l’Écriture, selon laquelle il devait ressusciter des morts » (v.9). La foi de Pâques ne naît pas d’une déduction préalable : elle naît du contact avec le signe vide et de l’ouverture à ce que le signe indique. Le drap plié, les linges sur le sol, le tombeau qui garde ce qui n’est plus là : ce sont des signes que le disciple bien-aimé a lus avec les yeux de l’amour avant de les comprendre avec la raison.
IV. Marie et le samedi de la foi
Jean 20 ne mentionne pas la Vierge Marie le jour de Pâques. Mais la tradition contemplative a perçu que Marie est la figure centrale du Samedi Saint : celle qui a maintenu la foi pendant que le Fils était au tombeau et que les disciples avaient fui ou douté. Colossiens 3 dit que la vie des baptisés est cachée avec Christ en Dieu : Marie a vécu cette dissimulation radicale le Samedi Saint, avec la vie du Fils cachée sous la pierre, dans l’attente de la manifestation qu’elle ne pouvait voir qu’en croyant. Actes 10 affirme que les apôtres ont mangé et bu avec le Ressuscité : la tradition, depuis au moins le Ve siècle, a attribué à Jésus la première apparition à sa Mère, avant Marie Madeleine, avant Pierre, avant les disciples d’Émaüs, car l’amour de la Mère était celui qui avait le plus attendu. Le dimanche de Pâques est la réalisation de ce que Marie a veillé dans le silence du Samedi Saint. La pierre que les disciples bien-aimés ont lue avec surprise, Marie l’a lue avec espoir : elle savait, avec la foi que aucun disciple n’avait encore atteinte, que le Fils reviendrait.
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