Saint Joseph : serviteur sage et fidèle


L’antífone d’entrée de la Messe, célébrée en la fête du 19 mars en l’honneur de Saint Joseph, rapporte ces paroles : Voici le serviteur sage et fidèle, que le Seigneur a mis à la tête de sa famille.
D’autres textes sont longs et denses, riches en idées exégétiques et en ouvertures infinies. Ici, nous avons tout le contraire : seulement deux phrases courtes, mais très claires et très applicables. Non pas à considérer de manière abstraite, mais à ramener à la réalité de la vie.
Un serviteur sage et fidèle. Qui est le serviteur sage et fidèle ? Serviteur est celui qui rend un service. Mais le mot indique quelque chose de plus : un serviteur qui, d’une manière ou d’une autre, et dans toute fonction, appartient au Seigneur auquel il sert. Dans ce sens précis, Joseph était un serviteur : un homme qui se consacrait au service de Dieu, mais il n’était pas un esclave, car il y a un élément quelque peu inhumain dans l’esclavage : il lui manque la liberté. De cette dernière, Joseph est resté toujours maître absolu. Il l’exerça, cependant, servant volontairement Dieu dans tout ce qu’il reconnaissait comme sa volonté. Il offrit sa vie à Dieu sans la perdre, comme le font les martyrs, mais en la consacrant à la mission pour laquelle il avait été appelé par Dieu par l’intermédiaire de l’ange.
Il fut fidèle parce qu’il conserva intacte la foi qu’il devait à son Dieu et Seigneur. On pourrait appliquer le concept de fidélité qui s’est développé au plus haut degré durant le Moyen Âge : une relation personnelle d’adhésion et de loyauté envers le Seigneur, une fermeté inébranlable dans la parole donnée, la promesse faite, à tout prix et malgré toute difficulté, obstacle ou problème qui pourrait survenir. Conçue ainsi, la fidélité a une connotation, ou mieux, une propriété, qui inspire la confiance et la confère. Un homme fidèle est un homme ferme dans sa foi et, par conséquent, on peut compter sur lui.
Il était également sage, car il travaillait avec prudence. Agir avec prudence, c’est avoir du discernement, savoir distinguer le bien du mal. Mais la sagesse n’est pas seulement cela. Il y a plus. Un homme sage, avant tout, est un homme capable de connaître la réalité et d’y adhérer, et donc, un homme qui dispose d’une base solide pour prendre ses décisions. En vérité, Joseph ne semble pas faire partie de ces gens qui dépensent leurs forces, ou une grande partie d’entre elles, en développant des projets qui ne seront jamais parfaits, car il leur est difficile de les mettre en œuvre. Ce sont des gens qui rêvent de grandes choses, puis qui, emportés par tant de chimères, abandonnent le devoir concret exigé par le moment, celui qui est plus réel que tous les récits merveilleux, mais imaginaires, qui les attirent. Joseph, comme homme sage, ne construisit pas de châteaux en Espagne, mais prit ses décisions en fonction des données précises qui lui furent fournies par la réalité des choses.
Mais un homme ainsi, un homme clairement conscient de sa condition de serviteur par rapport à son Dieu et Seigneur. Qui, par conséquent, sait qu’il existe pour le servir et le faire avec une liberté pleine et déterminée. Qui, précisément parce qu’il accepta volontairement et librement sa condition, reste fidèle à cette décision jusqu’au point de maintenir cette fermeté malgré tout obstacle, opposition ou danger. Et qui, en outre, prudent et fidèle à la réalité, sait faire le bon choix dans chaque cas et circonstance, sans tomber dans un optimisme infondé, une ambition aveugle ou une vanité stupide, est un homme digne de confiance.
Joseph fut fait de cette matière, c’est pourquoi le Seigneur le mit à la tête de sa famille. Dieu lui confia la mission de placer son Fils incarné et sa Très Sainte Mère sous sa protection : les trésors les plus extraordinaires jamais confiés à une créature. Confier signifie espérer en quelqu’un avec fermeté et sécurité, placer quelque chose de précieux entre ses mains avec la seule garantie constituée par la certitude de cette fidélité. Dieu savait que Joseph était sage et fidèle, et c’est pourquoi il le fit son homme de confiance, un de ceux en qui on peut avoir toute tranquillité, sûr qu’il ne manquera pas si les circonstances sont adverses, qu’il restera fidèle en toute adversité, qu’il accomplira de la meilleure façon les tâches qui lui furent confiées.
Rien ne détourna Joseph de la voie qui lui avait été tracée. Aucun obstacle, aucune menace, aucun danger ne pouvait briser ou ébranler sa loyauté. Joseph resta en son lieu et soumit toute aspiration légitime à la mission reçue. L’Église, par conséquent, avait toutes les raisons de choisir et d’appliquer à Joseph, pour l’antiphone de la communion de la Messe du 19 mars, les paroles de la parabole des talents rapportées par Saint Matthieu : « Bien, bon et fidèle serviteur… prends part à la joie de ton Seigneur » […] (Mt 25,21).Un serviteur sage et fidèle est en effet un bon serviteur, c’est-à-dire un serviteur qui fait le bien, non pas parfois ou par accident, mais généralement, comme effet durable d’une cause. La cause, dans ce cas, est la bonté. Un homme est bon parce qu’il est de telle qualité que le bien en découle, comme de bons fruits viennent d’un bon arbre.
Que fut encore sa vie, si ce n’est une dévouement ininterrompu au service pour lequel il fut appelé ? Époux de la Vierge Marie, père légal de Jésus, il n’en demeure pas moins que la qualification qui spécifie le substantif est nécessaire pour éviter des malentendus. À son tour, l’Évangile n’utilise pas d’adjectifs de ce genre, et cela offre également un excellent motif de réflexion. Il passa sa vie à les protéger, se consacrant au service de la mission à laquelle il avait été appelé. Et comme ceux qui se sont consacrés ne lui appartiennent plus, il cessa de se soucier de lui-même dès qu’il accepta pleinement les desseins que Dieu avait tracés pour lui, accueillit Marie comme son épouse et commença à vivre pour ceux qui avaient été placés sous sa garde. Si le Seigneur lui confia sa famille, Joseph ne le défit pas. Si Dieu s’appuya sur lui, il resta ferme dans toutes les circonstances. Le rôle qui lui fut attribué n’était pas brillant (comme on le croit communément), mais cela ne l’importait pas, et en accomplissant bien sa tâche sombre, il employa le même effort qu’il aurait fait pour accomplir tout autre service dans lequel Dieu voudrait l’employer.
Ainsi, à un homme simple, travailleur, patient, expérimenté, serviable, silencieux, humble, obéissant et méconnu, fut adressé le louange d’un homme juste, fidèle, sage et bon. D’un homme efficace, qui sut surmonter les circonstances difficiles pour la famille que Dieu lui avait confiée, la préservant des dangers ou la sortant de ceux-ci. Et il le fit sans la moindre fierté ou arrogance, par la confiance qui lui fut accordée. Sans se plaindre et protester, sans un geste d’impatience dans les moments difficiles, incompréhensibles du point de vue humain, par lesquels Dieu le fit passer. Ni les temps favorables ni les adverses ne changèrent sa fidélité à Dieu et sa dévouement au service de Jésus et Marie : sa constance atteignit un tel point qu’on puisse dire, s’il y a jamais eu dans le monde un homme qu’on puisse appeler fidèle en tout, cet homme est Joseph de Nazaréth.
Si l’Église appelle Joseph de Nazareth de serviteur, si elle désigne les hommes qui meurent au nom de la sainteté de serviteurs de Dieu, cela signifie que être serviteur, homme qui se consacre au service des autres, ne doit pas être en soi un état si dépréciable : du moins pas autant qu’il semble le juger par le son que cette expression a pris dans les oreilles de nos contemporains super-civilisés. Il y a quelque chose de négatif, dans la considération actuelle de l’homme qui sert, si ce service ne concerne pas l’État, une entreprise, une entité vague et impersonnelle. Comme si servir un autre homme concret, une famille, plus généralement d’autres hommes, signifiait se rabaisser, se laisser marquer d’un sceau d’infériorité qui place le serviteur en dessous de la dignité humaine.
Mais Jésus dit qu’il était venu pour servir et non pour être servi
(Mt 20,28).
En s’agenouillant devant les disciples pour leur laver les pieds, Il leur montra l’exemple, Celui qui était le Seigneur ! Je vous ai donné un exemple
(Jo 13,15)
Il leur dit : « Si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous faire les uns les autres des services similaires. Servir, ce n’est pas une attitude néfaste, méprisable ou humiliante envers la nature humaine. Et l’état de serviteur n’est en rien déshonorant. Servir n’est pas une honte. Joseph de Nazareth n’a fait autre chose que servir ses proches par sa personne et ses voisins par son travail : tout cela, bien que n’étant pas parmi les activités communément considérées comme dignes d’une mention particulière, constitue précisément l’essence de la vie de chaque homme, comme cela l’a été pour Joseph.
Il n’est pas facile pour un père de famille de vivre à la hauteur de sa mission s’il n’est pas disposé à servir ses proches avec abnégation, à rechercher leur bien au-dessus de tout, même au prix de lui-même. S’il ne parvient pas à ne pas se sentir humilié par le fait que ce service exige qu’il consacre le temps nécessaire à sa famille, en déduisant une partie de celui-ci des amis, du loisir, des relations sociales ou professionnelles.
Même nous qui nous appelons chrétiens, c’est-à-dire disciples de Christ, ne semblons pas, de nos jours, très enclins à la vertu de l’humilité. Et qui sait si ce n’est précisément la raison du déclin de tant de métiers et professions accomplis sans amour, sans esprit de service, sans dévouement à un travail bien fait. Le chrétien doit savoir qu’il n’est qu’un maître. Et si Jésus a dit qu’il n’était pas venu pour être servi, mais pour servir, être au service des autres doit constituer une aspiration, qui devient même une obligation lorsqu’il s’agit de ceux que Dieu a confiés à nos soins.
À la lumière de cela, on comprend facilement la raison qui a poussé Saint Jean-Paul II, lors de la messe inaugurale de son pontificat, à s’exclamer :
« Christ ! Accordez-moi de pouvoir devenir et être un serviteur ! […] Laissez-moi être un serviteur !
À qui, mieux que Joseph, Dieu aurait-il pu confier la Sainte Famille ? Lorsque Saint François d’Assise a dit qu’on ne doit jamais se considérer comme supérieur aux autres, mais qu’il faut servir chaque créature humaine pour Dieu, il pensait très bien à Joseph. Et la raison excellente que Saint Thomas prend pour affirmer la convenance de la Vierge de se marier vient de Saint Jérôme : Pour qu’Joseph la serve, dit-il.
Sainte Thérèse a appelé Saint Joseph glorieux saint en paroles courtes mais denses :
« Maître de la vie intérieure, travailleur acharné dans le devoir quotidien, serviteur fidèle de Dieu en relation constante avec Jésus : tel est Joseph. De Joseph, le chrétien apprend ce qu’est appartenir à Dieu et être pleinement inséré parmi les hommes, sanctifiant le monde. Répondez à Joseph et vous trouverez Jésus, répondez à Joseph et vous connaîtrez Marie, qui a toujours rempli de paix l’atelier de Nazareth. »Pour approfondir le rôle de Saint Joseph comme protecteur de Marie et de Jésus dans l’histoire du salut, consultez l’encyclique *Redemptoris Mater* de Saint Jean-Paul II.Poursuivez vos études : explorez la *Mariologie*, la *Théologie mariale*, les *Apparitions mariennes* et le *Diplôme de maîtrise en Mariologie*.Master en Mariologie
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