Chronologie magistrale de Medjugorje (1982-2000)

En novembre 1999, Monseigneur Brincard de Puy-en-Velay, responsable du suivi de l’Association des Œuvres Mariannes, a répondu aux questions posées par les membres de la Conférence Épiscopale Française. Ses intentions sont empreintes de la précision d’un mariologue, attentif à la perspective canonique, aux problèmes de foi et de discernement :
1. Existe-t-il une position officielle et autorisée de l’Église concernant Medjugorje ?
La véritable dévotion envers la Vierge Marie ne repose pas sur les apparitions qui lui sont attribuées, ni sur celles reconnues authentiques par l’Église, encore moins sur des révélations privées. Ces interventions extraordinaires peuvent constituer des signes à ne pas négliger lorsque l’Église, après avoir effectué les discernements nécessaires, les a déclarées authentiques.
2. Qui est autorisé à parler au nom de l’Église ?
Les normes relatives au discernement des révélations privées, publiées le 24 février 1978 par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, avec la signature de son préfet, le Cardinal Franjo Seper, précisent : c’est à l’Ordinaire du lieu qu’il incombe de mener une enquête et d’intervenir. De fait, de 1982 à 1986, une enquête a été menée par Monseigneur Pavao Zanic, évêque de Mostar. Rappelez-nous brièvement les étapes de cette enquête :
- Le 11 janvier 1982, une commission d’enquête composée de quatre membres (deux franciscains et deux clercs séculiers) est constituée.
- En janvier 1984, cette commission est élargie avec la nomination de douze autres clercs, choisis parmi les spécialistes en questions théologiques des différentes facultés théologiques de Croatie et de Slovénie, ainsi que certains médecins.
- La Conférence Épiscopale de Yougoslavie est informée du travail de la commission d’enquête.
- Dans une déclaration du 12 octobre 1984, cette même conférence épiscopale indique que les évêques demandent de ne pas organiser de pèlerinages officiels à Medjugorje […], afin de ne pas compromettre le verdict.
- Le 30 octobre 1984, alors qu’une conclusion définitive de la commission d’enquête est imminente, Monseigneur Zanic publie un rapport intitulé : Position actuelle et non officielle du diocèse de Mostar sur les événements de Medjugorje.
- Le 2 juin 1982, Monseigneur Zanic soumet un premier rapport à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.
- Le 26 avril 1986, il remet au Cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation, une ébauche de décision négative, car les conclusions de la commission d’enquête semblent aller dans ce sens.
- Le Cardinal Ratzinger demande le report de la publication de la décision finale.
- Le 2 mai 1986, la commission d’enquête a voté, par scrutin secret, à 11 voix contre 4, un résultat qui va à l’encontre de la reconnaissance du caractère surnaturel des faits : non constat de supernaturalité.
- La commission, cependant, ayant achevé ses travaux, accepte de se dissoudre, notamment parce que la question relève désormais de Rome.
- Le 15 mai 1986, Monseigneur Zanic a envoyé à la Congrégation l’évaluation négative donnée par la commission. Il n’est donc pas tout à fait exact de dire que l’Archevêque Zanic a été privé du dossier.
- Le dicastère romain instruit la Conférence épiscopale de Yougoslavie de rouvrir le dossier, avec l’aide d’une nouvelle commission créée pour cette fin.
- Les travaux de cette deuxième commission ont conduit aux déclarations de Zara du 10 avril 1991.
- Monseigneur Brincard rapporte la déclaration de la Conférence épiscopale datée du 10 avril 1991, qui affirme que la Conférence s’occupe de la pastorale de Medjugorje et garantit la poursuite de l’enquête grâce à la commission qui n’a encore rien conclu sur la surnaturelité ou non des événements.
- Monseigneur Brincard souligne que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi n’a pas pris position.
- En février 1999, Monseigneur Brincard a invité la Conférence épiscopale de Bosnie (composée de trois diocèses) à se prononcer sur la question.
3. Le jugement des autorités ecclésiastiques compétentes.
Seuls les évêques de Mostar, Monseigneur Zanic puis Monseigneur Peric, ainsi que la Conférence épiscopale yougoslave (qui s’est dissoute de facto avec la division du pays à la suite de la guerre) ont exprimé un avis sur les événements de Medjugorje. En revanche, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi n’a jamais émis de jugement officiel. Elle a simplement fourni des indications de nature pastorale.
4. Les jugements personnels des évêques successifs du diocèse de Mostar-Duvno.
Les jugements des évêques de Mostar sont des jugements personnels qui sont devenus publics dans leurs diocèses. Ils sont critiques à l’égard de Medjugorje. Ils ont été exposés dans la Position de l’Archevêque Zanic (30 octobre 1984), puis dans une notification contenant 28 points et datée de mars 1990. Monseigneur Peric a confirmé les jugements négatifs de son prédécesseur dans un ouvrage intitulé ‘Siège de la sagesse’ en 1995. Un chapitre est consacré à la question de Medjugorje dans cet ouvrage, à la conclusion : Il est interdit de soutenir et de prêcher dans les églises et communautés religieuses l’apparition de Notre-Dame à Medjugorje. Ces interventions épiscopales ont eu lieu à la fin de longues et laborieuses enquêtes officielles, dont de nombreux éléments nous sont inconnus.
La Congrégation pour la Doctrine de la Foi n’a jamais émis la moindre réserve à l’égard de ces jugements lorsqu’ils ont été publiés. Compte tenu de l’autorité que cette Congrégation reconnaît au chef du bureau, c’est-à-dire au évêque local, en matière de discernement et d’intervention, il ne semble pas prudent de minimiser ce que les évêques qui se sont succédé dans le diocèse de Mostar-Duvno ont affirmé.
5. La déclaration de Zara (1991).
Le jugement de la Conférence épiscopale yougoslave était un jugement confidentiel provisoire et formulé comme suit :
Sur la base des enquêtes menées jusqu’à présent, il n’a pas été possible d’établir qu’il s’agit de révélations surnaturelles. Ce qui est défini comme non constat de supernaturalité par la Conférence épiscopale de Yougoslavie n’a pas permis de poursuivre les enquêtes. Mais le fait qu’en 1991, il n’ait pas été possible de mettre en évidence aucun élément décisif en faveur d’une origine surnaturelle souligne la complexité du dossier.
À partir de février 1999, la Conférence épiscopale de Bosnie-Herzégovine a reçu de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi la tâche de faire un prononcement définitif après une nouvelle et dernière enquête. Jusqu’à présent, cette conférence n’a pas encore émis d’opinion.
L’histoire de l’Église montre que Rome a toujours fait finalement référence à l’autorité et à la compétence de l’ordinaire local. C’est le cas à La Salette, où l’évêque de Grenoble, Dom De Bruillard, a pu se prononcer malgré l’opposition de son métropolite, le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon. Le même scénario s’est produit avec les événements de Beauraing (1932-1933) et Banneux (1933) en Belgique. L’évêque de Namur et Liège, temporairement privé du pouvoir de se prononcer, au profit du cardinal Van Roey, archevêque de Malines et primat de Belgique, à qui a été confié le dossier relatif à toutes les “apparitions belges” de 1932 à 1934, a finalement pu rendre un jugement positif sur les événements survenus dans son diocèse, malgré l’opinion encore très négative du cardinal Van Roey et de la commission qu’il avait créée.
Un cas similaire s’est produit au Japon avec les événements d’Akita (1974-1981), où Dom Ito, évêque de Niigata et ordinaire local, a pu se prononcer favorablement le 22 avril 1984 sur les apparitions, malgré l’opposition de la Conférence épiscopale japonaise.
6. Intervention de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi
En ce qui concerne Medjugorje, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi n’est intervenu qu’au niveau pastoral. Les documents officiels sur cet événement sont en effet rares :
Le 23 mai 1985, Dom Bovone, secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a envoyé une mise en garde à Dom Caporello, secrétaire de la Conférence épiscopale italienne. Voici le contenu du courrier :
«On remarque et on regrette, de plusieurs points de vue, notamment en ce qui concerne l’ordinaire compétent (l’évêque de Mostar), une véritable promotion des faits liés aux prétendues apparitions de Medjugorje. Une organisation spéciale est mise sur pied pour les pèlerinages et d’autres initiatives sont prises qui contribuent à confondre les fidèles et entravent le travail délicat d’examen mené par la commission spéciale chargée d’étudier les faits en question. Afin d’éviter l’extension de cette promotion et la spéculation qu’elle suscite en Italie, malgré les avertissements et recommandations de la Conférence épiscopale yougoslave, la présidence [de la Conférence épiscopale italienne] examine attentivement l’opportunité de conseiller l’épiscopat italien à décourager publiquement l’organisation de pèlerinages vers cet endroit des apparitions, ainsi que toute autre forme de publicité, notamment éditoriale, jugée préjudiciable à l’étude pacifique des faits par la commission spéciale canoniquement constituée à cet effet».
Le 23 mars 1996 et ensuite en juin 1996, Monseigneur Bertone, Secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a répondu aux demandes adressées à la Congrégation par Monseigneur Taverdet, évêque de Langres, et par Monseigneur Daloz, archevêque de Besançon. Se référant à la déclaration de Zara, l’évêque Bertone rappelle notamment que le culte n’est pas autorisé.
Le 26 mai 1998, Monseigneur Bertone répond cette fois à Monseigneur Aubry, évêque de Saint-Denis de la Réunion. Après avoir rappelé la déclaration de Zara, il ajouta : «Je tiens à préciser que ce n’est pas la fonction de la Sainte-Siège de prendre en premier lieu sa propre position concernant des phénomènes surnaturels présumés» et précise : «Enfin, en ce qui concerne les pèlerinages à Medjugorje qui ont lieu notamment, la Congrégation estime qu’ils sont autorisés sous la condition qu’ils ne soient pas considérés comme authentifiant des événements actuels nécessitant un examen par l’Église».
Question : comment peut-on organiser une pèlerinage privée sans que cela soit motivé par la croyance en l’origine surnaturelle des événements de Medjugorje ? Dans le cadre d’une authentification d’événement en cours ? Est-ce cette difficulté que Monseigneur Kuharic et Dom Zanic entrevoient dans leur déclaration conjointe du 9 janvier 1987 ?
7. Le critère des fruits.
À ce sujet, nous faisons une observation préliminaire. D’après le document publié en 1978 par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, il est nécessaire, en premier lieu, d’évaluer un fait selon des critères positifs et négatifs et, donc, si cet examen s’est avéré favorable, d’autoriser certaines manifestations de culte et de dévotion publique, tout en continuant à enquêter sur les faits avec une extrême prudence. Ce qui équivaut à la formule : Pour l’instant, aucune objection. Lorsque cette consigne n’est pas respectée, des erreurs d’évaluation peuvent survenir.
Qu’observons-nous en regardant les événements de Medjugorje à la lumière des fruits ?
Il est indéniable qu’à Medjugorje, il y a eu des retours à Dieu et des guérisons. Il est également clair que la vie sacramentelle est régulière et que la prière est fervente. Ces bons fruits ne peuvent être niés.Mais pouvons-nous dire qu’ils persistent dans les paroisses ?Malheureusement, on constate que la sensibilité, voire l’agressivité, de certains partisans de Medjugorje envers ceux qui ne partagent pas leur enthousiasme crée, ici et là, de sérieuses tensions affectant l’unité du peuple de Dieu, indéniablement observée à Medjugorje.Déclaration de Dom Peric qui peut enrichir notre réflexion sur ce point :> « Les fruits n’apportent pas en eux-mêmes les preuves dérivant des apparitions. Mais dans la mesure où ils sont authentiquement chrétiens, ils peuvent être interprétés comme le produit de l’opération normale de la grâce divine, par la foi en Dieu, par l’intercession de la Vierge Marie, Mère de Christ, et par les sacrements de l’Église catholique. Enfin, il convient de se demander si les fruits de Medjugorje ont porté des fruits bons dans les visionnaires qui, du moins pendant les apparitions, doivent être les premières témoins de la grâce qu’ils disent recevoir. »En conséquence, la question suivante doit être posée :> Ont-ils obéi au évêque de Mostar ? > L’ont-ils respecté ?Certains aimeraient passer sous silence les fruits dont on doute ou qui sont néfastes. Mais la vérité nous oblige à dire qu’ils existent. Nous citons, par exemple :– Le questionnement, voire la diffamation, du évêque local ainsi que la désobéissance à son autorité légitime. – L’exaspération de la « question » de l’Herzegovine résultant des paroles attribuées à la Gospa, paroles en faveur des franciscains contre l’évêque.> En conclusion : nous n’avons pas l’autorité pour prononcer tout jugement eclesial sur les événements de Medjugorje. Nous devons respecter les décisions pastorales de l’évêque de Mostar.La chronologie des positions magistérielles sur Medjugorje s’inscrit dans le processus de discernement eclesial orienté par les principes de l’encyclique Redemptoris Mater de Jean-Paul II, qui place Marie au centre de la foi de l’Église et offre des critères théologiques pour accueillir ses manifestations.> Approfondissez vos études : explorez la Mariologie, la Théologie mariane, les Apparitions mariennes et la Formation postuniversitaire en Mariologie.Master en Mariologie
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