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Quiconque souhaite saisir la profondeur de la vénération mariale chez les premiers chrétiens n’a qu’à se rendre à Rome. Au nord de la ville éternelle, près de la Via Salaria, se trouve l’une des catacombes les plus anciennes. Elle porte le nom de sa fondatrice, Prisca, dont une inscription funéraire la présente comme épouse de Manlius Acilius Verus et clarissima femina (femme illustre), un titre honorifique réservé dans l’ancienne Rome aux membres d’une famille sénatoriale.

La dévotion mariale dans les catacombes de Prisca : Flavius Ciment, Domitien et la persécution des chrétiens (I-II siècles)
Selon l’historien romain Suéton, sous le règne de l’empereur Domitien, la famille de son épouse fut accusée de souhaiter introduire de nouvelles idées, probablement faisant référence au christianisme. Vers la moitié du IIe siècle, Prisca offrit un terrain familial à l’Église romaine, qui y construisit un coemeterium, un lieu souterrain de sépulture, qui est précisément cette catacombe. Elle fut utilisée jusqu’au VIe siècle, sept papes et de nombreux martyrs des temps des persécutions y trouvèrent leur dernier repos.

Les fresques mariennes des catacombes de Prisca : les plus anciennes représentations picturales de Marie avec l’Enfant Jésus
Ce qui rend les catacombes de Prisca particulièrement intéressantes, ce sont leurs fresques, qui constituent l’une des plus anciennes preuves de l’art chrétien. L’une des plus belles représente la Vierge Marie tenant l’Enfant Jésus dans ses bras. Elle date du IIIe siècle. Devant elle se tient Balaam, prophète et voyant de l’époque de l’Exode, pointant du doigt avec sa main droite une étoile. C’est l’étoile du Messie, l’étoile annoncée par lui, la étoile de Bethléem, la supernova de -5 ans avant J.-C. Marie est assise, portant une étole à manches longues et un turban couvrant sa tête, inclinée avec tendresse vers l’enfant. C’est une image bien connue, copiée par des milliers d’artistes, devenant un symbole du christianisme primitif.

La chapelle grecque des catacombes de Prisca : inscriptions grecques et scènes mariennes parmi les plus anciennes de l’art chrétien
En avançant à travers quelques salles, on arrive dans ce qui est peut-être le lieu le plus beau de tout ancien cimetière : la Chapelle Grecque, nommée ainsi en raison de deux inscriptions grecques. Ses riches décorations représentent les moments les plus significatifs de l’histoire du salut, y compris le sacrifice d’Abraham, les prophètes Moïse et Daniel, mais aussi des chrétiens réunis pour la Cène eucharistique. Cependant, le motif principal représenté au centre de la voûte est la scène la plus familière pour nous. Il montre à nouveau Marie avec l’enfant dans ses bras, cette fois pendant l’adoration des mages, reconnaissables par leurs chapeaux friges. Bien que les couleurs soient un peu fanées et que de nombreux détails aient disparu, l’image est très significative. L’afresh, en effet, date sans aucun doute de la seconde moitié du IIe siècle, et c’est ainsi la plus ancienne représentation marienne au monde.

Marie dans l’iconographie chrétienne primitive : de la Vierge orante aux représentations mariennes des IIe et IIIe siècles
Le fait que, même après des milliers d’années, presque tout le monde reconnaisse instantanément ce motif révèle beaucoup sur la continuité de l’art chrétien. Mais encore plus que cette représentation de Marie comme mère, pour les premiers chrétiens des catacombes, il était courant de représenter Marie en prière, comme l’image typique de l’orante avec les mains levées, telle que la icône Advocata. À cette époque déjà, on faisait confiance à son pouvoir d’intercession. Il n’est donc pas surprenant qu’un mur de graffitis à côté du tombeau de Pierre, sur lequel Constantin a construit la grande basilique romaine avant de laisser place à la basilique de Michel-Ange, contienne des invocations à la Mère de Dieu, gravées par les chrétiens du IIIe siècle. À cette époque, ils s’adressaient à elle avec l’invocation grecque nika ou la latine vince, qui signifient vaincre, et la vénéraient aux côtés de Christ.

Le papyrus du sub tuum praesidium : découvert en Égypte (1917) et la plus ancienne prière mariale en grec
Une preuve d’un type complètement différent de dévotion mariale des premiers chrétiens a été découverte en Égypte en 1917. Il s’agit d’une courte prière en grec écrite sur un papyrus, laissée dans le tombeau d’un défunt. Connu sous le nom de Papyros 470, il a fini dans une collection britannique prestigieuse, la Bibliothèque John Rylands à Manchester, et a été publié pour la première fois en 1938. Les papyrologues l’ont datée du premier tiers du IIIe siècle, ce qui est sensationnel.

Sub tuum praesidium : l’antiphone mariale la plus ancienne comme prière commune de l’Église orthodoxe grecque et catholique romaine
En effet, cette prière est encore récité aujourd’hui comme une antiphone mariale à la fois dans l’Église orthodoxe grecque et dans l’Église catholique romaine. Elle est connue ici sous le nom de Sub tuum praesidium, du fait de ses premières paroles latines. En portugais, elle est généralement récitée dans cette version : «Sous ta protection, nous nous refugions, Sainte Mère de Dieu. Ne ferme pas tes oreilles à nos supplications. Nous sommes tous si nécessiteux. Sauve-nous toujours de tout danger, Vierge Glorieuse, bénie par Dieu». Cette traduction est tirée du texte original du papyrus : «Sous ta miséricorde, nous nous refugions, Mère de Dieu. Ne rejette pas notre supplique au moment du besoin, mais délivre-nous du danger, toi qui es pure et bénie».
Le titre Theotokos avant Éphèse (431) : du papyrus copte du IIIe siècle au Synode d’Antioche (324/325) et aux Pères de Cappadoce
Jusqu’à présent, on pensait que le titre de “Mère de Dieu“, trouvé dans la déclaration du Concile d’Éphèse, remontait aux Pères de Cappadoce du IVe siècle ou au Synode d’Antioche de 324/325. C’est pourquoi certains théologiens zélés ont tenté de dater le papyrus différemment. On disait qu’il ne pouvait être que de la seconde moitié du IVe siècle ou peut-être d’une période ultérieure. Cependant, les papyrologues se sont opposés, et sa datation est indéniable. Ainsi, l’opinion actuelle est que la prière remonte à la persécution sous Septimie Sévère (après 202) ou sous Décie (250). Mais elle pourrait être encore plus ancienne !
Cette prière, la plus ancienne des prières mariales connues, est aussi la plus belle. Elle témoigne de la confiance que les chrétiens ont toujours placée dans l’intercession de la Mère de Dieu. Cette foi les a soutenus dans les moments de besoin et de persécution, une foi confirmée par tant de prières exaucées, car Marie ne les a jamais abandonnés. Elle est toujours notre Mère et le sera pour l’éternité !
La prière Sub tuum praesidium est considérée comme la plus ancienne prière mariale connue. Sa valeur est reconnue dans le document Marialis Cultus de Paul VI sur la dévotion mariale.
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