Décision du CDF sur les œuvres des anges (1er juillet 1983) : les trois archanges canoniques et les limites de la révélation privée
La décision de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur l’Opus Angelorum (Œuvre des Anges), approuvée par le Saint-Père Jean-Paul II le 1er juillet 1983 et rendue publique par décret du 24 septembre 1983, est le document magistériel le plus précis sur la distinction entre une dévotion légitime aux saints anges et les abus dérivés de prétendues révélations privées. Texte dans l’Enchiridion Vaticanum vol. 9 (1983-1985), paragraphe 410.
| Collection | Enchiridion Vaticanum vol. 9, paragraphe 410 |
| Auteur | Congrégation pour la Doctrine de la Foi (Card. Joseph Ratzinger, préfet) |
| Document | Décret sur l’Opus Angelorum |
| Audience papale d’approbation | 1er juillet 1983 (Saint-Père Jean-Paul II) |
| Publication | 24 septembre 1983 |
Contexte : l’Opus Angelorum
L’Opus Angelorum (Œuvre des Anges), également connue sous le nom de Werk der heiligen Engel, a été fondée à Innsbruck (Autriche) en 1949 par Gabriele Bitterlich (1896-1978), une laïque autrichienne qui affirmait avoir reçu des révélations privées des anges pendant la Seconde Guerre mondiale. Les éléments centraux de l’Œuvre comprenaient :
- Promotion de la dévotion aux saints anges
- Attribution de noms spécifiques à des anges individuels (supposément révélés à Bitterlich)
- Doctrine élaborée sur les « hiérarchies angéliques » avec des détails non confirmés par la Tradition
- Rites spécifiques avec des formules de consécration à des anges nommés
- « Promesse du silence » (Schweigen-Versprechen) imposée aux membres
- Tendance à utiliser l’exorcisme de Léon XIII en conjonction avec des formules privées
Le mouvement s’est étendu dans les décennies 1960-1970, particulièrement en Autriche, en Allemagne et en Amérique latine. Il a suscité une préoccupation croissante au sein du Magistère face à l’écart avec la doctrine catholique équilibrée sur les anges.
Texte italien, paragraphe 410
Votre Éminence,
Par lettre du 1er décembre 1977 adressée au cardinal secrétaire d’État, vous avez demandé un examen de l’Opus des anges. Cette question a été transmise par la Secrétairerie d’État, pour compétence, à cette Congrégation.
Les cardinaux de cette Congrégation, après examen le 22 juin 1983, sont parvenus aux décisions suivantes, approuvées par le Saint-Père lors de l’audience du 1er juillet :
Votre Excellence,
Par lettre du 1er décembre 1977 adressée au cardinal secrétaire d’État, vous avez demandé un examen sur l’Œuvre des Anges. Cette question a été transmise par la Secrétairerie d’État, par compétence, à cette Congrégation sacrée.
Les cardinaux éminents de cette Congrégation, après examen le mercredi 22 juin 1983, sont parvenus aux décisions suivantes, approuvées par le Saint-Père lors de l’audience du 1er juillet :
1. L’Œuvre des Anges, dans la promotion de la dévotion aux saints anges, doit se conformer à la doctrine de l’Église et des Pères et Docteurs saints. En particulier, elle ne diffusera pas, parmi ses membres et les fidèles, un culte des anges utilisant des «noms» connus par une prétendue révélation privée (attribuée à Mme Gabriela Bitterlich). Il n’est pas licite d’utiliser ces mêmes noms dans aucune prière de la communauté.
2. L’Œuvre des Anges n’exigera pas de ses membres et ne leur proposera pas la fameuse «promesse du silence» («Schweigen-Versprechen»), bien qu’il soit légitime de garder une juste discrétion sur les affaires internes de l’Œuvre des Anges, ce qui convient aux membres d’instituts de l’Église.
Les trois principes doctrinaux établis
- Dévotion légitime aux saints anges : la CDF ne condamne pas la dévotion aux anges, mais la confirme comme traditionnelle et louable.
- Limite des révélations privées : aucune «révélation privée» (même d’une âme pieuse) ne peut introduire dans la liturgie ou dans la pratique dévotionnelle communautaire des noms d’anges non confirmés par la Sainte Écriture.
- Seuls trois noms canoniques : l’Église catholique reconnaît publiquement seulement trois noms d’anges :
Les sept archanges des traditions apocrifes
Le Livre d’Enoch (apocrife, 2e s. av. J.-C.) et d’autres écrits pseudo-épigraphiques mentionnent sept archanges :
- Michel
- Gabriel
- Raphaël
- Uriel (« Lumière de Dieu »)
- Selaphiel (« Suppliant à Dieu »)
- Jegudiel (« Louange de Dieu »)
- Baraquiel (« Bénédiction de Dieu »)
L’Église catholique ne reconnaît comme canoniques bibliques que les trois premiers. Les quatre autres noms peuvent être conservés dans la piété personnelle et privée, mais ne peuvent être utilisés dans les litanies ou les prières publiques. La décision du CDF de 1983 est le document qui établit clairement cette limite.
Réorganisation de l’Œuvre des Anges
Suite à la décision du CDF de 1983, l’Œuvre des Anges a été réorganisée, abandonnant les éléments rejetés :
- Éliminé les noms non bibliques de ses prières publiques
- Supprimé la « promesse du silence
- Soumis au contrôle pastoral des évêques diocésains
Le 31 mai 2010, le CDF a publié une nouvelle note déclarant que l’Œuvre des Anges, après avoir accepté les corrections, pouvait poursuivre son activité « en accord total avec la doctrine de l’Église et ses dispositions pastorales ».
Signification pour la dévotion mariale et angélique
Cette décision du CDF établit un cadre pour le magistère sur les dévotions fondées sur des révélations privées :
- Toute révélation privée est soumise au discernement de l’Église
- Aucune révélation privée ne peut obliger les fidèles à des pratiques de dévotion non reconnues par le magistère
- Le culte public (liturgie, litanies, offices) ne peut utiliser que des éléments confirmés par la Tradition
- La piété populaire a une place légitime, mais dans les limites de la foi de l’Église
Ce principe s’est appliqué par la suite à d’autres révélations privées (Vassula Ryden, Medjugorje, etc.) avec des critères analogues.
Lecture complémentaire
Saint Michel Arcange | Saint Gabriel Arcange | Saint Raphaël Arcange | Les Anges Gardiens | Jean-Paul II Catecheses 1986 | CDF Foi et Démonologie 1975
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