Rejois-toi, Marie, chaise de l’Annonciation et akathiste.
Se réjouis, Marie : le sens du chaire dans Luc 1,28
Lorsque l’archange Gabriel entre dans la maison de Marie à Nazareth, il prononce comme première parole le terme grec chaire (χαῖρε), traduit en latin par ave et en portugais par « Réjouis-toi » ou « Salve ». Ce mot n’est pas une simple salutation neutre : dans le monde hellénistique, chaire était la formule de salut adressée aux rois et aux personnes distinguées, portant la signification de « réjouis-toi » ou « exulte ». Les exégètes tels que René Laurentin et Ignace de la Potterie soulignent qu’il ne s’agit pas pour l’archange d’une simple formule de courtoisie. Il adresse à Marie une proclamation de joie messianique, celle-là même que les prophètes (Sophonie 3,14-17 ; Zacharie 9,9) annonçaient à la fille de Sion au moment de l’arrivée du Messie.
Marie se réjouit, et la tradition de la fille de Sion
Le contexte de l’Ancien Testament du « chaire » est essentiel. En Sophonie 3,14, Dieu invite la fille de Sion : « Exulte, fille de Sion, crie de joie, Israël ! Réjouis-toi et exulte au cœur, fille de Jérusalem ! ». En Zacharie 9,9 : « Réjouis-toi très fort, fille de Sion, exulte, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient en toi, il est juste et vainqueur, humble et monté sur un âne, sur un fils de chameau ». Ces textes de joie messianique forment le fondement du « chaire » de Gabriel : Marie est la « fille de Sion » qui reçoit la joie promise, car le Roi-Messie va naître d’elle. La joie de l’Annonciation n’est pas seulement individuelle, elle est cosmique et escatologique.
L’Akathiste, « Réjouis-toi » en 24 strophes
La plus riche élaboration poétique de « Réjouis-toi, Marie » est l’Akathiste (Ακάθιστος Ύμνος, « Hymne chanté debout »), le grand poème liturgique marial de la tradition orthodoxe, probablement composé au VIe siècle (attribué à Romain Melode ou à Serge Ier de Constantinople). L’Akathiste est structuré en 24 strophes alternées, kondakia et oikoi, suivant les lettres de l’alphabet grec. Chaque oikos (strophe longue) développe une cascade de « chaire » : « Réjouis-toi, toi par qui la joie a resplendi. Réjouis-toi, toi par qui la malédiction a disparu… ». L’Akathiste est chanté dans les églises orientales le vendredi saint et est devenu l’un des textes mariens les plus influents du christianisme.
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