« Examinons-nous comme des enfants » : Thérèse, la voie petite et Marie

À moins que vous ne vous convertissiez et ne deveniez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux.
Mt 18,3
La fête de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (Doctrice de l’Église, 1er octobre) relie Isaïe 66 à la tendresse maternelle de Dieu qui console comme une mère réconforte son enfant, avec Matthieu 18, où Jésus place un enfant comme modèle du disciple du Royaume. La « voie petite » de Thérèse est la synthèse vécue des deux textes : l’enfance spirituelle qui reconnaît Dieu comme Père-Mère qui console. Marie, qui a chanté le Magnificat, est la mère qui réconforte et le modèle de l’enfant spirituel qui reçoit.
I. La première lecture : Isaïe 66,10-14c
Isaïe 66 conclut avec l’une des images les plus tendres de Dieu dans tout l’Ancien Testament : « Comme une mère console son enfant, ainsi je vous consolerai » (v.13). Jérusalem-mère qui nourrit ses enfants et Dieu qui console comme une mère : l’image est délibérément maternelle. La tendresse que Thérèse a découverte en Dieu trouve ses racines dans la Bible : le Dieu qu’elle appelait « Abba » n’était pas son invention mais celui d’Isaïe 66.
« Vous verrez et votre cœur se réjouira » (v.14) : la consolation promise par Isaïe n’est pas simplement émotionnelle mais transformatrice. Thérèse, qui est morte de tuberculose à l’âge de 24 ans, a vécu cette promesse de la manière la plus paradoxale : consolée par la tendresse de Dieu au milieu de sa détérioration physique. La joie que le prophète promet et que la sainte a vécue est la joie qui ne dépend pas des circonstances mais de la présence du Dieu-mère qui console.
II. L’Évangile : Matthieu 18,1-5.10
La question des disciples « Qui est le plus grand dans le royaume des cieux ? » (v.1) et la réponse de Jésus avec l’enfant sont le parallèle évangélique de l’image d’Isaïe 66. Devenir comme les enfants (v.3) n’est pas une régression à l’immaturité psychologique mais une disposition spirituelle de dépendance totale envers le Dieu-Père. L’enfant placé au milieu par Jésus n’est pas un symbole de pureté mais celui qui reçoit parce qu’il n’a aucun statut pour exiger.
« Qui recevra l’un de ces petits enfants en mon nom, m’accueillera » (v.5) : l’enfant est le modèle du disciple qui reçoit le Royaume comme don. La « voie petite » de Thérèse est la synthèse de ce verset : recevoir chaque jour comme l’enfant reçoit, sans calculer les mérites, sans comparer avec les autres, sans exiger de garanties. Les anges de l’enfant qui « voient toujours le visage du Père » (v.10) sont les intercesseurs de l’enfance spirituelle que Thérèse a découverte.
III. La voie petite : Thérèse entre Isaïe et Matthieu
Thérèse a synthétisé dans la « voie petite » ce qu’Isaïe et Matthieu décrivent sous des angles différents : la tendresse divine qui console (Isaïe 66) et l’enfance spirituelle qui reçoit (Matthieu 18). Sa découverte, selon laquelle la sainteté n’est pas l’ascension héroïque mais la descente confiante dans les bras du Dieu-Père, est l’exégèse vécue des deux textes. Non pas gravir l’ascenseur de la perfection mais prendre l’ascenseur de la miséricorde divine.
L’image que Thérèse a utilisée de l’ascenseur qui élève le petit enfant au lieu des escaliers que le fort grimpe est la synthèse précise de Matthieu 18,3. Devenir comme un enfant signifie accepter l’ascenseur de la miséricorde plutôt que d’insister à gravir par sa propre force. Isaïe promettant la consolation maternelle de Dieu et Jésus plaçant l’enfant au centre sont les deux écrits que Thérèse a vécus pendant ses années de tuberculose et dans la nuit de sa foi.
IV. Marie : modèle suprême de la « voie petite »
Marie est le modèle suprême de la « voie petite » de Thérèse : la « servante du Seigneur » qui a reçu l’Incarnation non comme fruit de ses mérites, mais comme don de la grâce qui l’« a comblée ». Le Magnificat est le chant de celui ou celle qui reçoit comme un enfant : « elle a regardé avec humilité sa servante » (Lc 1,48). La grandeur de Marie dans le Magnificat n’est pas la grandeur que les disciples disputaient, mais la grandeur que Dieu donne aux petits.
La fête de Thérèse invite à reconnaître en Marie la figure maternelle d’Isaïe qui console et la figure enfantine de Matthieu qui reçoit. Marie qui a réconforté les disciples après la crucifixion (Ac 1,14) a pratiqué la tendresse maternelle d’Isaïe. Marie qui a dit « Fiat » à l’Annonce (dictionnaire mariologique : Annonciation) a pratiqué l’enfance spirituelle de Matthieu. Thérèse qui a choisi Marie comme modèle y a découvert la synthèse que propose la fête : la petitesse qui reçoit la grandeur que Dieu donne.
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