Léonard de Vinci : les racines de sa peinture mariale (1ère partie)

Introduction

Un esprit assoiffé de connaissance, qui fixe son attention sur tout ce qui se présente à lui. Un homme qui ne cherche pas seulement à travers la peinture, mais élargit son champ d’action dans tous les domaines du savoir. Un génie qui continue de surprendre encore aujourd’hui par un profil progressivement révélé par de nouvelles acquisitions et de nouveaux études qui augmentent son mythe.

Léonard de Vinci a tenté de multiples et véritablement audacieuses prouesses pour son époque : faire voler l’homme, enseigner la beauté et la vérité, aider ses semblables à prendre conscience, découvrir les secrets du corps humain, observer les étoiles, divertir les courtisans et les nobles.

Sa présence, entre la seconde moitié du XVe et le début du XVIe siècle, sert de stimulant à tous : les peintres l’admirent, les nobles le protègent, tout le monde s’émerveille. On le regarde avant tout comme un grand artiste, comme un peintre de maîtrise inégalée, et le mythe de ses œuvres rares, en particulier le Dernier Repas de Milan et la Joconde, continuera de vivre même aux siècles suivants.


En 1468, le très âgé Antoine décéda et un registre mentionne « Leonardo, fils du dit non légitime Sier Piero, âgé de 17 ans » parmi les héritiers. L’adolescent robuste et élancé a grandi à l’air libre, courant dans les champs luxuriants de Vinci, et dès son enfance, il observait la nature, comprenait son message profond et volait ses secrets.

Un matin de 1469, Léonard quitta sa ville natale pour toujours. Il part plein d’espoir vers Florence, suivant son père et son oncle Francesco, qui va habiter dans la via delle Prestanze, l’actuelle via dei Gondi. Caterina le regarde de loin : elle ne le reverra plus jamais. Sier Piero fut nommé greffier, un poste prestigieux. C’est un homme intelligent, concret, pratique, aux manières brusques, mais lorsqu’il réalise les aptitudes inhabituelles du garçon, il lui permet de se consacrer à la peinture.

L’artiste entre ainsi dans l’atelier d’Andrea Verrocchio, l’un des maîtres les plus célèbres de l’époque, où, en constante effervescence, sont réalisés des œuvres de peinture et de sculpture pour une clientèle importante. Léonard rencontra un groupe de jeunes artistes, dont se distinguaient déjà Botticelli, Perugino et Lorenzo di Credi.

Le maître Verrocchio n’a de place que pour ceux qui ont du talent à vendre. Et le talent de Léonard ne manque pas si c’est vrai qu’alors que le jeune homme collabore avec le maître dans la composition du Baptême de Christ, interprétant la douce figure de l’ange de profil et le paysage en arrière-plan à gauche, Andrea a une réaction de déception.

Beaucoup plus agile et gracieux que celui peint par Verrocchio, l’ange se courbe doucement, avec un sourire aux traits plus détendus, et le paysage dans lequel sa tête blonde se détache est un compendium de lieux changeants, de collines, de marges, d’élévations humides par l’atmosphère. Léonard s’inspire des types et formes d’Andrea Verrocchio dans ses premiers essais, mais en raffinant tout avec des signes légers, y infusant une subtilité spirituelle. Tout se ramollit dans la forme de Léonard. Toute rugosité se dissout. Les lumières versent des transparences, touchent les choses avec des reflets perlés, et l’air circule entre elles, les mouille, les enveloppe de tendresse.

Dans son Traité de Peinture, Da Vinci nous rappelle que lorsque le temps est mauvais, la lumière devient mi-claire et confère aux figures grâce et douceur. Le clair-obscur, utilisé jusqu’alors principalement pour obtenir des effets plastiques et lumineux, devient avec Léonard un outil indispensable pour créer des ombres douces, une luminosité harmonieuse et des reflets vibrants. Son clair-obscur n’est pas une simple dégradation chromatique, mais une matisation capable de ramollir les contours rigides des figures et d’offrir l’effet de distance, allant jusqu’à moduler la perception de l’espace, le rendant plus libre et profond, dépassant les limites des lignes de perspective. Avec cette notion, Léonard soumet la couleur au monocromatique du clair-obscur, qu’il ne considère pas comme fondamental pour la forme, mais plutôt comme un accessoire ornemental, et d’autre part, avec la figure humaine, il exprime la nature en parfaite harmonie avec les personnages qu’il dépeint, après les avoir étudiés intensément en profondeur.
Dans la célèbre Anunciação des Uffizi, peinte pour l’abbaye de Monte Oliveto en 1475, Léonard, âgé seulement de vingt ans, confère à la chair une teinte perlée et au ciel une clarté floue, sur lesquelles s’entrelacent, formant le velarium, observons les feuilles en forme d’aiguille du pin.

Nous sentons la première application de la nuance qui disperse la ligne, et obtient l’atmosphère avec la granulation des contours, avec l’oscillation de l’ombre et des lumières, le substrat des choses, l’architecture intérieure, presque le battement cardiaque de la vie.
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