La mariologie de Saint François d’Assise (d. 1226)


Sainte Marie des anges (la Porciúncula)
Pour comprendre le lien spirituel extraordinaire qui unissait le Saint à l’église de la Porciúncula, située sur les plaines d’Assise, il faut remonter au mandat qu’il a reçu de la Croix : «reconstruire sa maison, qui était en ruines» (Saint Bonaventure, Legenda Maior II, 1, dans : FF 1038). On remarque que le texte latin original utilise le terme domum = maison, au sens de Ecclesia, comme l’explique Saint Bonaventure. Ceci est indicatif pour une évaluation correcte du contenu œcuménique du Saluto alla Vergine, où la Très Sainte Marie est également appelée Domus Eius.
Sa soumission fut immédiate : «Ad obediendum se parat, totum se recolligit ad mandatum» [«Elle se prépare à obéir, se rassemble entièrement pour exécuter le commandement»], (Béni Thomas de Celano, Vita secunda S. Francisci, VI, 10, dans : AF X, p. 137). Luciano Canonici observe avec acuité : «On semble lire (Lc 1,39), l’urgence de Marie après l’Annonciation», (DF col. 1339), bien qu’il ne cherche pas immédiatement à comprendre que Jésus faisait principalement référence non à l’église de pierres, mais à cette Église «quam Christus suo sanguine acquisit, sicut eum Spiritus sanctus edoquit, et ipse postmodum fratribus revelavit» (Saint Bonaventure, Legenda Maior, II, 1, dans : AF X, p. 563). C’est ce que Christ a acquis par son sang, comme l’Esprit Saint lui a enseigné, et qu’il a révélé aux frères plus tard.
Après avoir restauré les petites églises de Saint Damien et de Saint Pierre, poussé par une «devotion fervente, quam tabebat ad Dominam mundi» (Saint Bonaventure, Legenda Maior, II, 8, dans : AF X, p. 566). Cela signifie : «par une dévotion ardente qu’il nourrissait pour la Dame du monde». Il s’est alors installé près de l’église de Sainte Marie des Anges, avec l’intention de la réparer. Cette église sera considérée comme le berceau, «caput et mater». Ce titre est utilisé pour la première fois avec une expression heureuse dans le Specctio di perfezione, n. 82, dans : FF 1779. Le Specctio di perfezione a été publié pour la première fois en 1898 et est également contenu dans les Memorie di frate Leone.
On peut le définir comme «une importante et précieuse collection d’actes, de faits et de discours de François» (FF, p. 1304). Les érudits contemporains ne lui attribuent plus l’œuvre, mais à un compilateur «situé parmi les Spirituels». La datation est donc déplacée de 1227 à 1318) de l’Ordre franciscain (cf. FF 1779).
Ce que le Docteur Seraphique écrit est très significatif à cet égard : « Sentiens autem iuxta nomen ipsius ecclesiae, quo ab antiquo S. Maria de Angelis vocabatur, “angelicarum ibi visitationum frequentiam”, pedem fixit ibidem propter reverentiam Angelorum amoremque praecipuum Matris Christi. Hunc locum vir sanctus amavit prae caeteris mundi locis. Hic etenim tumiliter coepit, tic virtuose profecit, tic feliciter consummavit, tunc in morte fratribus tamquam Virgini carissimum commendavit » (Saint Bonaventure, *Legenda Maior* II, 8, in : *AF* X, p. 566). Cela signifie : sentant… la fréquence des « visites angéliques », il fixa là son pied par respect pour les anges et par amour singulier pour la Mère de Christ. Cet endroit fut pris par un saint, qu’il aimait plus que tous les autres lieux du monde. Ici il commença timidement, ici il progressa vertueusement, ici il accompli heureusement, et à sa mort, il le recommanda à ses frères comme très cher à la Vierge.L’escorte de Sainte Marie des Anges comme berceau de l’Ordre n’est donc pas dénuée de sens, mais répond parfaitement à la conscience que Saint François insista sur la médiation extraordinaire de celle qu’il voulut comme Avocate pour lui et ses frères. Dans les écrits authentiques de Saint François, on ne trouve que des expressions équivalentes au titre de Médiatrice. Des indices précieux de l’usage de ce titre marial dans les premières communautés franciscaines sont fournis par les sermons de Saint Antoine et par la *Legenda Versificata*, écrite certainement avant 1230 : « Ergo supernorum debens oratio niti vestra patrociniis, proprio non evolvet ausu ad superos, immo Mediatrix Virgo beata ad Christum, Christus ad Patrem sit mediator » [« Par conséquent, votre prière, devant s’appuyer sur les protections célestes, n’osera pas s’élever avec audace propre aux cieux. Au contraire, la Vierge bénie Médiatrice soit médiatrice auprès de Christ, et Christ auprès du Père »], (Henricus Abricensis, *Legenda S. Francisci versificata* in : *AF* X, p. 501). On remarque que la même conception de médiation « de Marie à Christ » et « de Christ au Père » est présente dans toute la mariologie de Saint Maximilien. Par exemple *SK* 1310 : « L’âme offre à l’Imaculée ses propres actes d’amour. L’Imaculée offrira à Jésus de tels actes d’amour comme si c’était les siens. Jésus les offrira au Père ».Saint Bonaventure capture admirablement le sens de la profonde dévotion mariale du Patriarche Seraphique : « In ecclesia Virginis Matris moram faciente servo ipsius Francisco et apud eam quae concepit Verbum plenum gratiae et veritatis, continuis insistente gemitibus, ut fieri dignaretur advocata ipsius, meritis Matris misericordiae concepit ipse ac peperit spiritum evangelicae veritatis », (Saint Bonaventure, *Legenda Maior* III, 1, in : *AF* X, p. 567). Autrement dit, François, restant dans l’église de la Mère Vierge, et auprès de celle qui a conçu le Verbe « de grâce et de vérité », insistant avec des gemissements continus pour qu’elle se dignât devenir son avocate, par les mérites de la Mère de miséricorde, il a lui-même conçu et donné naissance à l’esprit de la vérité évangélique.La preuve définitive de l’affection particulière pour Sainte Marie des Anges nous est donnée, en fin de compte, par Saint François. En effet, lorsque le Saint « fut expulsé violemment de Rivotorto, il sortit avec tous ses frères avec une grande aisance » (Canonici L., *Porziuncola* in : *DF* col. 1342), parce qu’« il ne voulait posséder rien comme propriété, afin de pouvoir posséder plus pleinement toutes choses dans le Seigneur » (Béni Thomas de Celano, *Vita prima* 44, in : *AF* X, p. 35).Par contre, lorsqu’il s’agissait de la Porciúncula, il ne voulait pas que ses frères l’abandonnent pour aucune raison : « Abbat proinde fratribus saepe : « Voyez, mes fils, ne quittez jamais cet endroit. Si vous êtes expulsés d’un côté, réintrez de l’autre. Car cet endroit est vraiment saint et demeure de Dieu. Ici, lorsque nous étions peu, le Très-Haut nous a augmentés. Ici, par la lumière de sa sagesse, il a éclairé les cœurs de ses pauvres. Ici, par le feu de son amour, il a enflammé nos volontés. Ici, celui qui prie avec un cœur dévoué obtiendra ce qu’il demandera… » », (Béni Thomas de Celano, *Vita prima* 106, in : *AF* X, p. 82).De plus, pour mieux apprécier la préférence dont jouissait Sainte Marie des Anges auprès de toutes les autres églises et couvents de l’Ordre, il est nécessaire de se rappeler que :– là se multiplièrent les premiers frères (cf. FF 1631, 1777), – Sainte Claire y reçut le vêtement religieux (cf. FF 1781, 1844), – Saint François y convoquait les frères pour les chapitres généraux (cf. FF 592, 1466, 1529), – durant lesquels il envoya les premiers missionnaires (cf. FF 2325). – De Sainte Marie des Anges, Saint François partit pour la France (cf. FF 1755), – pour l’Espagne et pour la Palestine, et y revenait ponctuellement après ses voyages (cf. FF 421).Lorsque le Saint sentit approcher le moment de son départ de ce monde, il voulut être ramené à Sainte Marie des Anges, pour terminer sa merveilleuse existence terrestre sous le patronage de celle dans le sein de qui était né et s’était développé l’Ordre nouveau (cf. Saint Bonaventure, *Legenda Maior*, cap. XIV, n. 3, dans : FF 1237–1239).La Porciúncula fut donc un lieu particulièrement cher à Saint François, au point de la définir « *formam et exemplum* ». Les *Sources franciscaines* attribuent ce titre à Sainte Marie des Anges six fois : deux fois dans la *Compilatio Assisiensis* ou *Legenda perusina* (FF 1556, 1557) et quatre fois dans le *Speculum Perfectionis* (FF 1687, 1688, 1745, 1779). On remarque que Saint François applique également à lui-même l’expression « *formam et exemplum* » quatre fois dans les mêmes sources.Elle, avec Niepokalanów, la ville polonaise de l’Immaculée fondée par Saint Maximilien en 1927, est le modèle, «formam et exemplum», auquel les deux fondateurs, p. Étienne et p. Gabriel, se sont inspirés dès le début, et auquel s’inspirent toutes les maisons mariales des Franciscains de l’Immaculée (cf. Constitutions, art. 48). En effet, les communautés franciscaines de Niepokalanów en Pologne et de Mugenzai au Japon «ont incarné de manière vivante, on pourrait dire, la vie évangélique des premières communautés franciscaines (S. Marie des Anges, S. Damien, Greccio…), renouvelant dans nos jours la vie franciscaine primitive vécue «à la lumière de l’Immaculée» et opérant comme des centres propulseurs d’un apostolat marial d’envergure toujours plus vaste, sans exclure les moyens technologiques à utiliser pour soutenir la «Mission de l’Immaculée»» (cf. Directoire, p. 121). Il n’y a pas eu peu de controverses contre p. Kolbe, accusé par ses confères de contredire la pauvreté franciscaine en introduisant des moyens techniques sophistiqués. À Niepokalanów, «il y avait une pauvreté rigoureuse, le recours exclusif à la Providence divine par l’intermédiaire de l’Immaculée et la limitation la plus stricte possible des exigences personnelles» (SK 260). «Nous religieux», répétait le Saint, «pouvons habiter des cabanes, porter des vêtements remendés, nous nourrir modestement» (des Procès), mais il souhaitait les meilleurs moyens pour la diffusion de la Vérité et la propagation du culte à l’Immaculée. «Tout le capital nécessaire pour construire des maisons confortables doit être employé pour la sanctification des âmes» (Conférences, 4 octobre 1936). «Si nous nous permettions toute commodité, nous serions empêchés dans notre activité» (SK 299).
L’Antiphone de l’Ofice de la Passion
Il s’agit d’une prière mariane particulière insérée dans la paraliturgie intitulée Ofice de la Passion, composée par Saint François pour être récitée lors des Heures liturgiques ordinaires. Voici le texte de l’antiphone dans l’édition critique de p. Kajetan Esser : «Sancta Maria virgo, non est tibi similis nata in mundo in mulieribus, filia et ancilla altissimi summi Regis Patris caelestis, mater sanctissimi Domini nostri Iesu Christi, sponsa Spiritus Sancti. Ora pro nobis cum S. Michaël archange et omnes virtutes et omnes sancti apud tuum sanctissimum dilectum Filium, Dominum et magistrem. Gloria Patri. Sicut erat» (Saint François d’Assise, Antiphone de l’Ofice de la Passion, dans : SF pp. 409–410).Comme l’Ofice de la Passion se compose de sept toras et que l’antiphone mariane était chantée deux fois dans chaque tora, avant et après le psaume, il en résultait qu’à chaque jour, l’antiphone mariane Sancta Maria Virgo était récitée au moins 14 fois ! Cela a contribué à la diffusion exceptionnelle de son contenu, notamment depuis que les Frères Mineurs se sont répandus dans le monde entier.Comme on peut facilement le remarquer, l’antiphone mariane a une structure trinitaire : «filia et ancilla altissimi summi Regis Patris caelestis: mater sanctissimi Domini Nostri Iesu Christi, sponsa Spiritus Sancti» (Saint François, Officium Passionis Domini, antiphone Sancta Maria Virgo, dans : SF p. 414).Il n’est pas dans mon intention d’étudier en détail tous les éléments du texte, mais il semble nécessaire de m’arrêter un instant sur le titre sposa Spiritus Sancti (épouse du Saint-Esprit), qui est le plus caractéristique, sans entrer dans le mérite des controverses contemporaines.Antécédents patristiques et médiévaux
Avant tout, le titre sposa Spiritus Sancti semble original. C’est d’ailleurs ce qui surprend de trouver ces mots dans la bouche de Saint François, qui se définissait comme ignorant et illettré («ignorans sum et idiota» (Saint François, Lettre à toute l’Ordre, 39, dans : SF pp. 312, 317). En effet, selon les spécialistes, le titre est très rare dans la tradition patristique et médiévale.Le premier écrivain chrétien de l’Occident à utiliser une expression équivalente au titre marial Épouse de l’Esprit Saint est le poète Prudence (d. 405), dans le Liber Apotteosis : «Innuba Virgo nubit Spiritui» (32: CCL 126, p. 97. Autrement dit : Vierge non fiancée, se marie avec l’Esprit.
Étant une composition poétique, l’expression n’a pas suscité un intérêt théologique particulier. Néanmoins, son importance est indéniable, car la poésie chrétienne est également un «lieu théologique», où la foi du Peuple de Dieu est exprimée et transmise.
Après Prudence, une expression similaire n’apparaît que dans le Códice Vaticano latino 5758 des siècles VI et VII. Ce manuscrit contient, entre autres, la tomilie De Natale Domini (Sermo 140 ter. : CCL 24 B, pp. 854-857).
Le manuscrit Vat. Lat. 5758 mentionne, à la fin de cette tomilie, l’expression suivante : «… Maria sanctae ecclesiae figuram praedicationis fuisse manifestum est, quae dispensata quidem fuerat Josept, sed sponsa inventa est Spiritui sancto» (35: Sermo 140 ter. p. 856). Autrement dit : «Il est manifeste que Marie fut une figure de l’Église sainte dans la prédication, laquelle avait été confiée à Joseph, mais qu’elle fut trouvée épouse de l’Esprit Saint».
Le psalleur Hildefon (identifié à Saint Ambrose Autperte (+784) ou Saint Pascasius Radbert (+860)) représente également l’Esprit Saint s’adressant à Marie avec les paroles du Cantique des Cantiques : «Veni de Libano, sponsa mea!» (Sermo 6 de l’Assomption : PL 96, 266 B). Autrement dit : «Viens du Liban, ma femme».
Parmi les autres anciens écrivains chrétiens de l’Occident, deux se distinguent particulièrement : le bienheureux Amédée de Lausanne (+1159) et Nicolas de Clairvaux, secrétaire infidèle de Saint Bernard (+1176).
Le bienheureux évêque de Lausanne est l’auteur médiéval qui souligne le plus la relation épousale entre l’Esprit Saint et Marie jusqu’à la fin du XIIe siècle. Parmi les nombreuses citations de ses tomilias mariales, on trouve : «[Beata Virgo] Spiritui Sancto foedere maritali copulata est» (De laudibus beatae Mariae, Homilia II : SCH 72, p. 68). Autrement dit : «[La Bien-aimée Vierge] fut unie à l’Esprit Saint par un lien marital». Et encore : «Gaude ergo et laetare, Maria… Egredere… sponsus venit tibi, venit tibi Spiritus sanctus… Tali Sponso coniungeris, a tali marito fecundaberis» (Homilia III : SCH 72, pp. 102, 104). Autrement dit : «Alegre-toi, Marie, car tu concevras du souffle. Alegre-toi, car tu seras trouvée portant en toi l’Esprit Saint. Sors, car le tálamo est déjà préparé et l’époux vient à toi, l’Esprit Saint vient à toi. Tu t’uniras à un tel époux, tu seras fécondée par un tel mari».
Moins riche en citations, Nicolas de Clairvaux exprime néanmoins cette idée : «Virgo Dei Filio singulariter consecrata, specialiter sancto coniugata Spiritui» (Ps. Damien, Sermo 40 in Assumptione, PL 144, 719 B). Autrement dit : «Vierge consacrée singularement au Fils de Dieu, spécialement unie comme épouse à l’Esprit Saint».
Dans le christianisme oriental, des expressions similaires apparaissent plus fréquemment, et au moins dans un cas, le titre est utilisé explicitement. L’Église orientale s’est distinguée par une pneumatologie plus riche, notamment dans le culte. Voici quelques citations :
Dans une tomilie du cinquième siècle sur Simon et Anne, attribuée par Migne à Saint Méthodius d’Olympie (d. 311) (47: PG 18, 354ss.), mais aujourd’hui considérée comme apocryphe, on lit que Marie n’était pas soumise à la purification parce que «Spiritu Sancto eam sibi iam ante desposante et sanctificante» (Sermo de Symeone et Anna : PG 18, 354 C). Autrement dit : «ayant déjà été désarmée par l’Esprit Saint et sanctifiée».
Cosme le Tisserand (VIIIe siècle) affirme que Saint Joachim «Spiritui Sancto Sponsam genuit» (Sermo in SS. Ioactim et Annam : PG 106, 1006 B). Autrement dit : «a engendré une Épouse pour l’Esprit Saint».
Dans un texte attribué à Jacques d’Edesse (d. 708), dans la liturgie syriaque-occidentale du 26 décembre, on invoque le « Saint-Esprit qui l’a escortée comme épouse » (Testi mariani primo millenio IV, p. 283).
Dans la liturgie syriaque-occidentale du vendredi saint, la Mère de Jésus est invoquée comme « Épouse du Saint-Esprit consolateur des âmes » (Testi mariani primo millenio IV, p. 289).
La liturgie syro-maronite présente plusieurs fois Marie comme Épouse du Saint-Esprit, probablement dès le XVe siècle (par exemple, dans le Proème des Vêpres de l’Assomption, Testi mariani primo millenio IV, p. 515).
De ce qui a été exposé, il résulte que, même avant le XIIIe siècle, l’idée de la relation épousale entre le Saint-Esprit et Marie était présente à l’Ouest et à l’Orient, mais manquait l’expression plus complète, en titre explicite et invocatif, comme chez Saint François. Parmi toutes les études entreprises, il n’a pas été possible de retracer, ni dans des textes liturgiques, ni ailleurs, le titre invocatif « Épouse du Saint-Esprit » pour Marie, bien qu’il y ait eu des expressions similaires.
Toujours à propos de ce titre, Saint Jean-Paul II reconnaît que « Marie répond à l’annonce de l’ange avec l’amour d’une épouse capable de répondre et de s’adapter à la divine escorte de manière parfaite. C’est pourquoi, surtout depuis le temps de Saint François d’Assise, l’Église l’appelle ‘Épouse du Saint-Esprit’ », (Jean-Paul II, catéchèse lors de l’audience générale, 2 mai 1990, dans L’Osservatore Romano, 2–3 mai 1990, p. 4).
Le titre est également présent dans Léon XIII, Divinum illud munus (9 mai 1897), Acta Leonis 17, pp. 125–148.
Pio XII, Discorsi e radiomessaggi 8 (1947), p. 87.
Saint Paul VI, Gaudete in Domino (9 mai 1975), AAS 67 (1975) 289–322, 304.
Après avoir examiné les textes patristiques et médiévaux jusqu’au XIIe siècle, il convient d’admettre que le titre d’Épouse de l’Esprit Saint, tel qu’il apparaît dans l’antiphone de l’Officium Passionis, est une intuition de Saint François, démontrant sa profonde pénétration théologique et sapientielle dans le mystère de Marie. Il ne s’agit pas d’une fantaisie excentrique, mais d’une intuition solidement fondée sur l’Écriture (Lc 1,35 ; 1Cor 6,16-19) et la Tradition. Outre les auteurs mentionnés, il est utile de situer cette expression dans le contexte culturel de l’époque. Guillaume de Saint-Théodore (Pseudo-Bernard) propageait une spiritualité mystique fondée sur l’action spousale de l’Esprit Saint dans les âmes, *Expositio altera in Cantico Canticorum*, chap. II, *PL* 180, 519 B, 520 B. Contemporains : Guerric d’Igny, *Sermo* 11 *In Annuntiatione*, *SCH* 202, pp. 138-144 ; Gertrude de Reichersberg, *De gloria*, *PL* 194, 1105-1109.
On est particulièrement frappé par l’équilibre avec lequel le *Poverel* place Marie et le Fils dans un contexte trinitaire, sans tomber dans un pancristianisme ou un marianisme. Cette maturité semble être le fruit direct de son expérience profonde de l’Esprit Saint, Esprit unique du Père et du Fils, dont Marie est l’Épouse. Esprit dont la vie intime consiste à unir l’humanité au Père par le Fils, Dieu-Homme, conçu par l’Esprit Saint, né de la Vierge Marie, faite Église.
Mariologie de l’antiphone *Sancta Maria virgo* chez Saint François
Il est frappant de constater la similarité entre l’image idéale de Marie exprimée dans l’antiphone et l’idéal de vie religieuse que Saint François souhaitait pour les vierges consacrées.
Antiphone : Sancta Maria Virgo (Saint François, *Antiphone : Sancta Maria Virgo*, dans : *SF*, p. 414) et Forma vivendi S. Clarae data (Saint François, *Forma vivendi S. Clarae data*, dans : *SF*, p. 357)
Les paroles et le contenu de la « Forme de vie » rappellent étroitement l’antiphone mariale du Office de la Passion. La vocation virginale, épousale et maternelle des « Sœurs Pauvres » est une participation, dans l’Église, à la maternité de la Mère de Jésus. Ce mystère de la maternité partagée, François l’a intuit, du moins pour les Sœurs Pauvres, dès les premiers années de sa conversion. Il est probable qu’il y soit parvenu grâce à Sainte Claire. Les paroles mentionnées ci-dessus le laissent supposer : « Par l’inspiration divine… vous vous êtes épousées avec l’Esprit Saint ». Dans la Première et la Deuxième Lettre de Saint François aux Fidèles, la maternité spirituelle est attribuée à tous les pénitents du monde.P. Cornélius Del Zotto remarque à juste titre que, quant à la vocation spécifique des Sœurs Pauvres, il s’agit avant tout d’une escorte préférentielle et d’une proposition de vie, qui s’inscrivent dans la forme parfaite de la vie de Marie, première et parfaite glorifiante du Père, en raison de son être Fille bien-aimée. Très Sainte Mère du Fils et épouse de l’Esprit Saint, en elle s’ouvre la nouvelle forme de vie « consacrée ».La participation du Saint au mystère de grâce et de fécondité de Marie est l’intuition sous-jacente à toute la spiritualité franciscaine. La dévotion du Saint à la Vierge Marie signifie revivre dans un rite mémoriel perpétuel le mystère de grâce de la Mère Vierge, permettant à cette grâce singulière de devenir pour lui et pour les frères une véritable forme de vie. À l’image de Marie, Saint François devient Mère pour ses frères. Frère Pacifique appelait Saint François « Mère » (cf. FF 721) et souhaite que l’amour maternel inspire les relations fraternelles : « Si mater nutrit et diligit filium suum (cfr 1 Ttess 2,7) carnalem, quanto diligentius debet quis diligere et nutrire fratrem suum spiritualem ? » (Saint François, Règle Bollée VI, dans : SF, p. 466). Autrement dit : « Si une mère nourrit et aime son fils charnel (cf. 1Ts 2,7), combien plus diligemment ne doit-on aimer et nourrir son frère spirituel ? ».La dimension essentiellement mariale de la forme de vie franciscaine est attestée par le titre « Épouse de l’Esprit Saint » inséré dans le contexte trinitaire de l’antiphone et de la forme de vie de 1212-1213. De la profonde analogie entre les deux textes et de la correspondance des titres, il résulte que, dès cette date, la vie trinitaire « mariale » était la forme de vie fondamentale, tant pour François que pour Claire.Il est utile de souligner que le modèle de vie religieuse parfaitement évangélique auquel Saint François s’inspire explicitement n’est pas seulement Christ, mais Christ avec sa Vierge Mère. Cela apparaît également dans le dernier testament écrit par François à Claire : « Ego frater Franciscus parvulus volo sequi vitam et paupertatem altissimi Domini nostri Jesu Christi et eius sanctissimae matris et perseverare in ea usque in finem… » (Saint François, Dernier testament écrit à Sainte Claire : « SF » p. 586). Autrement dit : « Je, frère François, petit, veux suivre la vie et la pauvreté de notre Altissime Seigneur Jésus-Christ et de sa Très Sainte Mère et y persévérer jusqu’à la fin… ».De plus, l’antiphone montre que la dévotion mariale de Saint François est profondément enracinée dans une spiritualité christocentrisme. Saint Bonaventure donne la raison : le « Poverel » « embrassait la Mère du Seigneur Jésus avec un amour ineffable, car elle a rendu pour nous frère le Seigneur de la majesté, et par elle nous avons obtenu la miséricorde. En elle, après Christ, en la confiant surtout, il l’a constituée avocate de lui et de ses » (Saint Bonaventure, Légende Major IX, 3, dans : « AF » X, p. 598. « FF » 1165).Dans ces mots simples, le biographe exprime la raison profonde de la vénération de Saint François pour la Sentor. L’Incarnation de Dieu était le fondement de toute sa vie religieuse, et il s’est toujours efforcé de suivre les pas du Verbe Encarné. C’est pourquoi il traitait avec le plus gratifiant amour celle qui n’a pas seulement apporté Dieu à notre condition humaine, mais « a rendu notre frère le Seigneur de la majesté ». Elle est étroitement unie à l’œuvre de notre rédemption et nous devons lui être reconnaissants si nous trouvons grâce auprès de Dieu.L’appel constant de François à la « visibilité » du mystère divin, dont l’expression maximale se trouve dans l’Incarnation, confère également à sa dévotion mariale un caractère d’immédiateté qui constitue son principe vital et fécond. La dévotion mariale de Saint François est concrète, loin de la science purement conceptuelle. Elle repose sur la palpabilité du concret et de l’historique, sur la révélation divine manifestée dans des événements tangibles de l’histoire du salut. Cet élément rendra possible l’efficacité vitale de cette dévotion pour l’avenir de l’Église.Salutation à la ViergeDans cette prière composée par Saint François, dont l’authenticité substantielle n’a jamais été sérieusement contestée, il y a des nouveautés et des intuitions véritablement inattendues pour un « simplex et idiota » (c’est-à-dire « simple et illettré », comme le Saint aimait à se qualifier). Voici le texte dans l’édition critique la plus récente :Salutation de la Bienheureuse Vierge Marie*Ave, Dame, sainte Reine, génitrice de Dieu, Marie,* *qui es devenue Vierge pour l’Église,* *et choisie par le Père saint du ciel,* *qu’il a consacrée avec son Fils bien-aimé et l’Esprit Saint Paraclète,* *en qui était et est toute la plénitude de la grâce et tout bien.**Ave, son palais.* *Ave, son tabernacle.* *Ave, sa maison.* *Ave, sa robe.* *Ave, son servante.* *Ave, sa Mère.**Et toutes les vertus saintes,* *qui, par la grâce et l’illumination de l’Esprit Saint,* *sont infusées dans les cœurs des fidèles,* *pour qu’ils deviennent fidèles à Dieu, après avoir été infidèles.*(Saint François, Salutation de la Vierge Marie : *SF* p. 549).Dans ce bref commentaire de la prière, comme dans l’antiphone de l’Ofice de la Passion, je me concentre uniquement sur les expressions les plus significatives pour l’objectif de cette étude.Tout d’abord, il convient de noter le titre qui résume le mieux la théologie mariale de François par rapport à l’Église. Pour Saint François, la sainte Mère de Dieu est « *Virge faite Église* ». Cette expression semble être le thème central autour duquel s’articule la prière-chant.Nous sommes également face à un titre original, du moins dans sa forme. La doctrine qui voyait Marie comme archétype et modèle idéal de la sainteté de l’Église était courante dans la patristique et le Moyen Âge, mais l’utilisation du titre *Virge faite Église* était plus rare.Jusqu’au XIIe siècle, celui qui a le plus développé la relation Marie-Église a été Isaac de Stella (†1169). Dans son sermon classique, il condense la tradition patristique : « *Unus enim totus ac solus Christus, caput et corpus…* » (*Sermo* 51, *in Assumptione B.M.* : *SCH* 339, pp. 202, 204. *Cf.* *Sermo* 42, *in Ascensione Domini*SCH 339, p. 50, 52. cf. Sermo 45, in die Pentecostes 3, in : PL 194, 1841). Il s’agit du texte qui affirme : « Christ est un, tête et corps. Marie et l’Église sont une mère et multiples, une vierge et multiples. Et chaque âme fidèle, pour sa propre raison, est l’épouse du Verbe, Mère de Christ, filiale et sœur, vierge et féconde. Ainsi, ce qui est dit universellement de l’Église, est dit singulièrement de Marie et aussi de l’âme fidèle. »D’autre part, le seul auteur cité jusqu’à présent qui a utilisé explicitement le titre marial Virgo ecclesia facta avant Saint François est le Ps. Hildebert, dont le nom, selon la critique, correspondrait à Pierre Lombardo. Dans son sermon sur l’Assomption, il affirme : « Virgo enim Maria Virgo facta est Ecclesia, vel quaelibet anima fidelis, quae incorruptione voluntatis casta et sinceritatis fidei virgo est » (Ps. Hildebertus, Sermones de Sanctis, 55 in Assumptione B. Mariae; in : PL 171, 609 AB). Autrement dit : « La Vierge Marie est devenue Vierge-Église, ou toute âme fidèle, qui, par incorruptibilité de la volonté, est chaste et, par sincérité de la foi, est vierge ».Comme on peut le voir, Marie et chaque âme fidèle se confondent avec l’Église. On verra que dans le texte franciscain, il existe également une relation profonde entre Marie et les fidèles, avec une addition significative, l’action du Saint-Esprit. On a rappelé que dans le titre, Marie est, en un sens, la première Église, consacrée par le Dieu unique et trinitaire (cf. SF, p. 548). Toutefois, pour apprécier le sens de Virgo ecclesia facta, il est nécessaire de déterminer précisément le sens de ecclesia dans l’esprit de Saint François dans le contexte de la prière.Au sens littéral le plus simple, ecclesia signifie avant tout l’assemblée des fidèles, c’est-à-dire le Corps mystique de Christ, le Peuple de Dieu, qui est le premier sens du mot depuis l’Écriture et la patristique jusqu’à nos jours.Les édifices sacrés sont appelés « églises » dans un sens dérivé, car ils sont des images du Corps mystique de Christ, comme l’enseigne le Concile Vatican II : « Saepius quoque Ecclesia dicitur aedificatio Dei (cf. 1Cor 3,9)… et praesertim templum sanctum… » (LG, 6).Ce serait le sens évident dans Salutatio beatae Mariae Virginis si n’existaient pas d’autres titres en plus de Virgo ecclesia facta qui semblent faire référence à une église de pierre : palatium, domus, tabernaculum, vestimentum. Saint François pensait-il au Corps mystique de Christ ou à une église de briques ?L’opinion la plus largement acceptée est qu’il faisait référence à l’Église, Corps mystique du Christ, Peuple de Dieu, dont la tête et le Sauveur est Christ, et non simplement à un bâtiment. En effet, les quatre titres dans la Tradition patristique et médiévale sont des symboles de l’Église, Corps mystique du Christ. Par exemple, (Hébreux 3,6) : « de qui est la maison » (de qui est la demeure). Aussi dans le Père Hermas (Similitude IX) et la Lettre de Barnabé 16. Origène identifie l’Église comme maison construite de pierres vivantes (Commentaire sur Matthieu 16,21, PG 13, 1443 C). Augustin appelle la communauté des fidèles maison de Dieu (Sermon 336-338, PL 38, 1471-1479).Le Concile Vatican II représente l’Église comme « maison de Dieu » (cf. 1 Timothée 3,15) et tabernacle de Dieu avec les hommes (Apocalypse 21,3) (LG 6). De même, la Croix de Saint Damien, en demandant de réparer la « maison », entendait celle-ci comme l’Église « que Christ a acquise par son sang », comme l’expliqua Saint Bonaventure (80 : Légende majeure II, 1, dans : AF X, p. 563).De plus, François voulait illustrer le titre Mère de Dieu en lien avec la proposition. Un bâtiment en briques ne représente pas facilement la maternité, car il peut abriter le Corps du Seigneur dans l’Eucharistie, mais il ne peut réaliser l’acte constitutif de la maternité, qui est l’accouchement, c’est-à-dire manifester Christ aux hommes. Sans l’Église de pierres vivantes, le Corps mystique, le bâtiment ne peut être mère.Étant une prière laudative, il semble logique d’attribuer aux mots le sens le plus excellent. Il serait peu de confondre Marie avec une simple église muraire alors que le mot Église signifie principalement le Corps mystique de Christ.Ainsi, selon les érudits du franciscanisme, il faut voir dans cette expression l’identification de la Très Sainte Marie avec l’« Église, Corps mystique de Christ ». Le titre « Église naissante » avec son image originale, sa perfection définitive, sa gloire inégalable. Et, grâce à cette identification, toute l’Église apparaît « mariale », vierge et Mère de Christ. Une deuxième expression à considérer est : « Marie est celle « en qui fut et est toute plénitude de grâce et tout bien » (Salutatio Mariae Virginis. C’est-à-dire : celle dans laquelle fut et est toute la plénitude de grâce et tout bien.Ici, la grâce de Marie est marquée par trois connotations qui excluent toute limite : temporelle (fuit et est, sans début ni fin), qualitative (omnis) et quantitative (plenitudo).Le bienheureux Thomas de Celano a écrit : « Il entourait de son amour indissociable la Mère de Jésus, car il avait fait notre frère le Seigneur de la majesté. Dans son regard, il chantait des louanges particulières, élevait des prières et offrait des affections si nombreuses et si grandes que la langue humaine ne pouvait les exprimer », (Vita seconda 198, dans : FF 786).Il est notable que cette expression peut être lue comme un approfondissement théologique de la salutation angélique « kátharē kektarítoménē » (Lc 1,28).Une troisième considération part de la dernière invocation : « salut sur elle et sur vous toutes les vertus saintes, qui, par la grâce et l’illumination du Saint-Esprit, sont infusées dans les cœurs des fidèles, afin de faire des infidèles des fidèles à Dieu ».La question est de comprendre qui sont et à qui appartiennent les « vertus saintes » (saintes vertus). Elles appartiennent à la Vierge devenue Église, les vertus appartiennent probablement à Marie, en se fondant sur eius présent dans certains manuscrits (cf. SF 522) et doivent être comprises comme des concrétisations de sa plénitude de grâce et de tout bien. Il s’agit, donc, de vertus mariennes saintes, auxquelles nous participons dans l’Église. Ainsi, le thème principal de la Salutatio apparaît avec plus de clarté : Marie est Vierge devenue Église parce que sa plénitude, son bien et ses vertus saintes sont partagés par les fidèles par l’œuvre de l’Esprit Saint.On ne réfléchit peut-être jamais assez sur cette admirable intuition mystique de Saint François d’Assise, qui irradie une lumière infinie sur le mystère insondable de Marie. Mystère de plénitude de grâce qui se centre en Christ et se réfléchit dans l’Église, étendant la maternité divine de Marie à tous les êtres, car nous naissons enfants de Dieu et de Marie par la maternité de l’Église. Après avoir constaté la cohérence mariologique de la pensée de François, il devient clair que, dans l’esprit des Fondateurs, la spiritualité mariale des Franciscains de l’Immaculée n’est pas étrangère à la spiritualité franciscaine, mais qu’elle est ancrée au cœur du cristocentrisme franciscain.Méditer sur le Père Seraphique, cela signifie pour nous aujourd’hui, plongés dans ce moment difficile, à travers la figure lumineuse de Saint Maximilien Marie, redécouvrir dans sa totalité l’essence de notre vocation cristocentrique, qui est précisément mariale. Et encore : à cette époque, nous ne pouvons pas ne pas nous sentir, en plus d’être spécifiquement de vocation et de filiation avec notre Patriarche Seraphique, entièrement mariaux, car totalement cristocentriques.Mettre en lumière le caractère mariologique de l’expérience spirituelle du Père Seraphique signifie établir les fondements de toute la théologie et spiritualité mariale qui a marqué presque huit siècles de franciscanisme. Toujours au cœur d’une doctrine authentiquement franciscaine se cache l’idéal de Saint François… comme le cœur anime.L’actualité de cette perspective mariologique peut être vérifiée dans les documents magisteriels contemporains. Il suffit de considérer que la « *note trinitaire et christologique* » (Marialis cultus, n. 25), « *l’importance appropriée à la personne du Saint-Esprit* » (Marialis cultus, n. 26) et l’explication de l’« *intrinsèque contenu œcuménique* » (Marialis cultus, n. 28) du culte marial, comme indiqué dans les orientations de Paul VI, font partie intégrante de la vision mariologique de Saint François (cf. Paul VI, Exhortation Apostolique Marialis cultus, 2 février 1974).ConclusionÀ la lumière de tout ce qui a été exposé, il devient évident que la mariologie de Saint François d’Assise n’est pas un ornement périphérique de sa spiritualité, mais son cœur palpitant, profondément enraciné dans le mystère trinitaire et dans l’Incarnation du Verbe. La Vierge Marie, considérée comme *Fille du Père, Mère du Fils et Épouse du Saint-Esprit*, n’est pas pour le Poverel seulement un objet de dévotion affective, mais l’icône vivante de l’Église, le modèle parfait de la réponse humaine à l’initiative divine, la « *Vierge faite Église* » dans laquelle resplendit la plénitude de la grâce.À Porciúncula, berceau de l’Ordre et demeure préférée du Saint, dans l’antiphone *Sancta Maria Virgo* et dans la *Salutatio beatae Mariae Virginis*, nous voyons émerger une vision théologique étonnamment mûre, marquée par l’équilibre, la profondeur biblique et l’intuition mystique. François ne sépare pas Marie de Christ, ni Christ de l’Église, ni l’Église de l’action vivifiante du Saint-Esprit. Tout s’articule dans une harmonie trinitaire lumineuse, où la Mère du Seigneur apparaît comme médiatrice de la grâce, avocate des fidèles et forme vivante de l’existence évangélique.C’est pourquoi la spiritualité franciscaine est, dès ses origines, radicalement mariale, non par sentimentalisme, mais par fidélité au mystère de l’Incarnation. Marie est aimée parce qu’elle a rendu notre Seigneur, Maître de majesté, frère de l’humanité. Elle est vénérée parce qu’en elle, Dieu s’est fait visible, palpable, proche. Et elle est imitée parce que sa vie exprime la forme la plus pure de pauvreté, d’obéissance, de fécondité spirituelle et de communion avec la volonté divine.Dans cette perspective, la troisième personne de Saint François s’étend organiquement à la figure de Saint Maximilien Marie Kolbe et à la spiritualité des Franciscains de l’Immaculée, qui reprennent, avec ardeur missionnaire et créativité apostolique, le même idéal : vivre l’Évangile *à la lumière de l’Immaculée*, avec une confiance radicale en la Providence et une totale consécration au Saint-Esprit.Ainsi, redécouvrir aujourd’hui le Père Seraphique, c’est retrouver la source vive d’une mariologie christocéntrique, trinitaire et ecclésiale, capable de renouveler la foi, de purifier la dévotion et d’impulser la mission. Dans un monde marqué par les incertitudes, les fragmentations et les pertes de sens, la figure de Marie, telle qu’elle a été contemplée par Saint François, brille comme signe d’espoir, d’unité et de fidélité à la Vérité incarnée.Car dans le cœur du franciscanisme, comme dans celui de l’Église, bat toujours le même secret : plus profondément marial, plus authentiquement christocentrisme.
Pour le cadre doctrinal de la vénération à Marie, le chapitre VIII de la Lumen Gentium du Concile Vatican II systématise la doctrine sur Marie que Saint François d’Assise a intuit spirituellement.
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Pour approfondir la théologie mariale dans la tradition franciscaine et le rôle de Marie dans l’histoire de l’Église, consultez l’Encyclique Redemptoris Mater du Pape Jean-Paul II.
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