Marie en Christ réconcilie avec Dieu


Nous verrons comment Marie, en Christ, nous réconcilie avec Dieu : l’accent est mis sur la restauration du lien d’amitié avec Dieu, qui est un aspect fondamental du mystère de Christ.
Comment Marie, en Christ, nous réconcilie avec Dieu
A) Dieu vient à la rencontre de l’homme
Nous avons dit que c’est Dieu qui nous réconcilie avec Lui-même, en opérant en Christ. Comment, dès lors, pouvons-nous dire que Marie nous réconcilie avec Dieu ? En vérité, j’ai dit Marie en Christ, ce qui équivaut à dire que Christ nous réconcilie avec Dieu, en prenant Marie comme sa ministre particulière, comme nous l’avons déjà longuement envisagé. Il n’y a pas de danger de mariolatrie : au contraire, il s’agit d’exalter la bienveillance compréhensive avec laquelle Dieu se penche sur nous, par une véritable philanthropie.
De toute façon, la vérité selon laquelle Marie nous réconcilie avec Dieu et comment elle le fait est-nous dite par la Parole de Dieu. Elle nous est dite dans la Sainte Écriture, qui révèle l’histoire de la réconciliation, c’est-à-dire l’action de Dieu qui vient à la rencontre de l’homme et l’attache à Lui par un pacte d’amitié, qui, dans la dimension de peuple, se manifeste en alliance.
L’Église, dans la magnifique quatrième prière eucharistique de la Messe, dit : « Quand, par sa désobéissance, l’homme a perdu ton amitié, tu ne l’as pas abandonné au pouvoir de la mort, mais, dans ta miséricorde, tu es venu à la rencontre de tous, pour que ceux qui te cherchent te puissent trouver. De nombreuses fois tu as offert aux hommes ta alliance et, par les prophètes, tu as enseigné à attendre le salut ».
La réconciliation a donc une histoire, et elle continuera d’en avoir une : l’Histoire. C’est elle qui nous dit si et comment Marie, en Christ, nous réconcilie avec Dieu.
B) Marie, « reste d’Israël », va à la rencontre de Dieu et l’exalte
Dieu vient à la rencontre de ceux qui le cherchent, nous dit l’Église dans la prière eucharistique. Dieu réconcilie avec lui-même ceux qui se laissent réconcilier. C’est pourquoi Saint Paul exhorte tous les hommes : (2Cor 5, 20) « Laissez-vous réconcilier ». C’est-à-dire, ne tournez pas le dos à Dieu, qui vient à vous pour vous transformer en ses amis, en un peuple allié à lui. Amitié entre les personnes, amitié entre les peuples.Or, Marie va à la rencontre de Dieu, s’ouvre à Dieu, se laisse réconcilier, racheter et sauver d’une manière tout à fait singulière. Amie de Dieu, jusqu’à devenir Épouse de Dieu, Mère de Dieu, Nouvelle Ève, fille de Dieu. Amie de Dieu en tant que personne singulière. Amie de Dieu en tant que représentante, reste de tout le peuple de Dieu, du peuple qui en elle se laisse régénérer par le Christ, de l’ancienne Synagogue dans l’Église pure, sans tache. Dans le troisième préface marial, la Liturgie nous enseigne ainsi : « Marie, à l’annonce de l’Ange, a accueilli dans son Cœur Immaculé ta Parole (Père) et a mérité de la concevoir dans son sein virginal. Devenant Mère de son Créateur, elle a marqué les débuts de l’Église ».Ce n’est pas un panégyrique construit avec une rhétorique stérile. C’est simplement l’histoire : l’histoire de la réconciliation, telle qu’elle nous est racontée et chantée par la Parole de Dieu. Racontée tout au long de l’Ancien Testament par les événements salutaires, par les prophètes, par les femmes « types » de Marie. Histoire, enfin, résumée et chantée par Marie dans le Magnificat, selon l’intuition révélatrice de la première Église, quelques décennies après la résurrection du Seigneur.Écoutons ici un passage d’un exégète sérieux du point de vue scientifique, mais sans préjugés de minithéologie christologique et, donc, marianne : je fais référence à Albert Gelin.Après avoir rappelé les divers « types » de femmes, choses et figures qui, selon la piété liturgique, préfigurent Marie, Gelin pose, avec Dom Charlier, la question suivante : « S’agit-il de typologie ou d’évolution ? ». Autrement dit, en fondement, s’agit-il de Marie contemplée dans ses privilèges personnels, ou de Marie perçue et proposée dans le dynamisme de l’histoire du salut, dynamisme que nous indiquons maintenant par sa ministerialité ? Charlier et Gelin pensent que la première manière de considérer la typologie mariale doit être intégrée et animée par la seconde, qui fait apparaître avec évidence « la voie centrale où Marie se révèle et se montre engagée » : voie centrale trop négligée, affirment les deux auteurs, et à juste titre. En suivant ce critère historique évolutif du salut dans le peuple de Dieu, la question se pose : comment Marie se place-t-elle par rapport au peuple de Dieu dans l’histoire du salut ? Et la réponse est qu’en effet, « elle apparaît comme son accomplissement authentique ».Considérant comme véritable « peuple de Dieu » le peuple fidèle à l’alliance et à l’amitié de Dieu, on voit dans l’histoire qu’il devient de plus en plus petit, socialement et religieusement discriminé. À l’époque post-exil, les prophètes parlent du « Reste » d’Israël, composé des « pauvres », c’est-à-dire les simples, socialement petits, maintenus dans un état d’humiliation, mais fidèles à Dieu et à sa loi, non corrompue par les puissants. Sur ce « Reste » Dieu veille comme son véritable « peuple », il le purifie comme on purifie l’or et le conduit vers le « Jour » qui sera le « Jour du Messie ».De ce peuple des pauvres de YHWH montent vers Dieu les prières, dit Gelin, qui se succèdent dans l’histoire. Et il continue : « Un jour, toutes ces prières se concentreront en Marie, véritable point de passage entre l’ancienne et la nouvelle Alliance. Marie sera l’écho instantané d’une longue chaîne de priants : elle accueillera dans son âme toute la capacité de recevoir le Dieu qui vient. Elle résumera toute cette immense attente, qui est la dimension spirituelle d’Israël, et qui aboutira finalement à Christ. L’Église des pauvres, dans sa vaste symphonie de prière, annonçait le Magnificat. « Toute la vie spirituelle », dit Gelin citant R. Bernard, « atteint en Marie son apogée, son point de pleine maturité ». Et chacun des « anawin » (les pauvres de YHWH), membre de ce véritable Israël, la préparait, l’annonçait » (A. Gelin, *Les pauvres que Dieu aime*, Éditions du Cerf, 1968, p. 115), (P. R. Bernard, *Le mystère de Marie*, Paris, 1933, p. 101).Marie, donc, résume dans son esprit toute la capacité d’accueil que Dieu a gardée et purifiée au cœur du petit Reste. Chaque personne et tout le petit, véritable peuple de Dieu, la vraie Synagogue, se rassemble en elle, dit oui au Dieu qui vient. Et c’est ainsi qu’en s’ouvrant, elle nous réconcilie en Christ avec Dieu : nait la nouvelle Synagogue, le nouveau peuple, qui s’étendra à toutes les générations, jusqu’aux confins de la terre.De l’histoire ancienne naît la nouvelle histoire, et Marie sera la première à la raconter, à la chanter dans le Magnificat, révélant comment Dieu l’a réconciliée en nouvelle vie et comment, en Christ, son Fils, il réconciliera le monde selon une nouvelle loi : la loi des pauvres de Dieu, que Christ exprimera un jour dans ce qu’on appelle les Béatitudes. Le Magnificat les annonçait.Si tout cela est vrai, nous pouvons véritablement dire : « Marie, en Christ, nous réconcilie avec Dieu ». Cela la place indéniablement au cœur de l’histoire du salut. N’y voyons pas une menace pour l’unicité de la réconciliation de Christ, ni l’exaltation de Marie comme un danger. La piété populaire qui exalte Marie, qui la prie pour trouver la réconciliation avec Dieu, n’est-elle pas plutôt un aspect de la vie de l’Église à préserver, comme une énergie spirituelle essentielle, capable de nuire à l’Église ?
Si l’exaltation est authentique, et non une parodie fantaisiste, elle ne nuit pas à l’Église. Au contraire, elle favorise la réconciliation avec Dieu, car le véritable louange se transforme en énergie vitale, en harmonie avec la capacité d’accueil de Dieu qui vient, du Christ qui vient, apporté par elle.
Il y a un épisode de la vie de Marie qui est révélateur. Dieu lui fit comprendre qu’sa cousine Élisabeth, malgré son âge, avait conçu Jean le Baptiste, le précurseur de Jésus. Mue par sa « volonté de servir », comme le pape Paul VI dans Marialis cultus, Marie se rend auprès d’Élisabeth. En la voyant, Marie salue-la, mais sa voix devient la voix de Jésus, et elle est accueillie par Jean, qui exulte dans le sein maternel, et Élisabeth éclate en louanges en l’honneur de Marie : (Lc 1, 39-45) « Bénie es-tu parmi les femmes, et béni est le fruit de ton ventre… Heureuse celle qui a cru, car tout ce qui lui a été dit trouvera son accomplissement ».
Tout se déroule dans une tension du Saint-Esprit, qui enveloppe Élisabeth et Zacharie. L’étonnement, la louange, ne restent pas confinés aux personnes, mais, à partir des personnes, s’élèvent vers Dieu.
C’est précisément Marie qui recueille la louange, l’étonnement, et les transforme en révélation et en exaltation de l’histoire du salut de Dieu, avec le Magnificat. Elle exalte Dieu et reconnaît qu’elle sera exaltée par toutes les générations.
Je comprends que c’est la première Église qui en a eu la perception, mais l’intuition est une révélation formelle des réalités dans l’esprit de Marie. Il ne faut donc pas craindre d’exalter Marie, si tout se déroule dans la vérité et devient une histoire du salut, pour les personnes et pour la communauté.
Après cette digression en défense de la piété populaire mariale, qui exalte joyeusement Marie, reprenons notre discours sur la manière dont Marie recueille en elle, pour elle et pour nous tous, la capacité d’accueil de Dieu qui vient nous réconcilier en Christ, et sur la façon dont elle célèbre l’action de Dieu dans son Église et, par elle, dans le monde. C’est toujours dans le Magnificat que Marie nous en parle.
C) Chemin de foi et de silence de Marie
Comment Marie recueille-t-elle en elle, comme reste d’Israël, la capacité d’accueil du Dieu qui réconcilie ? En acceptant la condition, commune à elle et à son environnement de Nazareth, d’être discriminée par sa fidélité à la loi de Dieu : condition objective de nécessité souffrante, tapeinosis, humiliation qui ne se rebelle pas avec violence, mais qui ne cède pas non plus au conformisme. Et elle s’ouvre, en prière, à Dieu, avec une foi ferme et une espérance dans la fidélité de Dieu aux promesses faites aux pères : (Lc 1, 46-48) « Mon âme exulte en l’Éternel, et mon esprit se réjouit en Dieu mon sauveur, car il a regardé l’humilité de sa servante ».Marie était consciente que Dieu l’avait visitée. Elle était également consciente d’avoir dit un « Oui » qui l’engageait sur un chemin dont elle ignorait le cours et la fin. C’était un « Oui » de foi, qui n’éliminait pas l’obscurité de cette même foi. D’ailleurs, elle était si pleine de Dieu, si imprégnée du Saint-Esprit, et maintenant aussi de la présence toute spéciale du Verbe, et elle en avait conscience uniquement comme un abandon total à Dieu, suscité par Dieu, qui n’avait pas besoin de révélations extraordinaires pour dissiper l’obscurité de sa foi. Elle restait, pour elle-même, dans un abandon confiant en Dieu. Elle en avait l’expérience, et c’était une expérience unique, ineffable, aussi bien souffrante. Expérience de foi unique dans l’histoire, plus grande que celle d’Abraham. Épopée de sa terre, d’elle-même, vers Dieu qui vient réconcilier le monde avec lui-même, en Christ.Mais les paroles suivantes du Magnificat nous font prendre conscience qu’elle pressentait que le Royaume de Dieu pour son peuple était proche et que son aventure de foi s’insérait dans cette histoire, maintenant parvenue à son apogée. Elle se voyait là, portée par Dieu, non tant par elle-même, mais par son peuple. Elle restait dans sa foi, dans son état de pauvreté souffrante, et pourtant, pour le peuple des pauvres de tous les siècles, elle serait un signe bienheureux que la réconciliation du Royaume de Dieu commençait précisément avec son « Oui » à Dieu, avec ce Fils qu’elle portait dans son sein et qu’elle savait être uniquement sien, par la volonté de Dieu. C’est pourquoi, dans sa conscience, elle sentait pouvoir dire aussi : (Lc 1, 48-49) « Toutes les générations m’appelleront bienheureuse, car le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses, et son nom est saint ».Nous appelons également bienheureuse Marie, car Dieu a fait en elle de grandes choses pour nous : il s’y est mis comme Père, comme Verbe et comme Esprit Saint, et par elle et d’elle, il a tiré la nouvelle Arche de l’alliance, qui est l’humanité de Christ. Et ainsi, en acceptant le Réconciliateur, elle nous a réconciliés.Profondez cette méditation sur Marie : Comment, avec Marie, ouvrir-nous à Christ pour aller à l’encounter de Dieu et Marie en Christ nous réconcilie avec nous-mêmes et avec les autres. Pour l’enseignement magistral sur Marie, consultez Redemptoris Mater : Marie, chemin de réconciliation.Approfondissez vos connaissances en Mariologie : Si vous souhaitez étudier la Mariologie avec rigueur académique, découvrez notre Master en Mariologie. En savoir plus sur la Théologie mariale et les apparitions mariales approuvées par l’Église.
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