La nature des apparitions

Quant à la « perception » de l’objet surnaturel, par exemple, alors que le terme « vision » est utilisé, en sens analogique, pour décrire des expériences corporelles, c’est-à-dire la perception sensible d’une réalité objectivement invisible à l’homme, des expériences imaginaires, c’est-à-dire la perception par voie imaginaire d’un objet existant dans le présent, et des expériences intellectuelles, c’est-à-dire une connaissance surnaturelle sans perception d’objet, le terme « apparition » ne peut être utilisé que pour les perceptions corporelles et imaginaires, mais pas pour les intellectuelles.De plus, alors que l’apparition souligne le rôle essentiel de l’objet qui se manifeste, Christ, Marie, un saint, etc., la vision met en évidence l’action du voyant qui perçoit la nature « invisible » de l’objet surnaturel. La différence entre « apparition » et « audition » est encore plus claire. Tandis que l’apparition est la perception d’un objet surnaturel, l’audition est la perception d’une parole qui révèle la volonté de cet objet. Particulièrement aux temps les plus récents, ces deux phénomènes se montrent intimement liés, dans le sens où le voyant, de plus en plus, non seulement « voit » l’objet surnaturel, mais aussi « entend » sa parole. Ainsi, il ne devient pas seulement « révélateur » de l’objet surnaturel, mais aussi son « messager ».La terminologie elle-même utilisée pour décrire les apparitions n’a pas toujours été homogène dans l’histoire de l’Église. Le Concile de Trente, par exemple, parle d’elles comme des « révélations spéciales », tandis que Benoît XIV préfère les appeler « révélations privées », pour les distinguer clairement de la « Révélation publique », dont elles diffèrent essentiellement (Sur Augustinus, *Le révélations privées dans la vie de l’Église*, pp. 29-31).Il n’existe pas non plus d’interprétation unique des apparitions, en raison des présupposés culturels, idéologiques et religieux dont elles sont lues. Une bonne synthèse des diverses positions est offerte par Stefano De Fiores :a) La prière définit les apparitions comme un mécanisme hallucinatoire, c’est-à-dire une perception sans objet. Par conséquent, les voyants seraient des visionnaires et les apparitions une maladie psychique, (Stefano De Fiores, *Marie Mère de Jésus, synthèse historique salvifique*, EDB, Bologne 1992, p. 347).b) Holstein considère que les apparitions répondent à trois besoins psychosociaux : le besoin de faits vérifiables, le besoin de protection et d’émotivité religieuse, et le besoin de sécurité. (Stefano De Fiores, « Les apparitions à l’intersection des études théologiques et interdisciplinaires. État de la question dans la réflexion culturelle contemporaine », dans Actas du Congrès International de Fátima, 9-12 octobre 1997, Sanctuaire de Fátima 1998, pp. 47-48).
c) Drewermann pense que les apparitions sont une projection visuelle d’images idéales provenant de l’inconscient profond de l’être humain. Elles relèvent donc de la langue symbolique et ne peuvent être interprétées qu’à travers une réinterprétation symbolique. (Stefano De Fiores, « Les apparitions à l’intersection des études théologiques et interdisciplinaires. État de la question dans la réflexion culturelle contemporaine », dans Actas du Congrès International de Fátima, 9-12 octobre 1997, Sanctuaire de Fátima 1998, pp. 49-51).
d) Vergote compare les apparitions aux rêves. Elles seraient ainsi une représentation incluant la sensation de réalité, faite d’images et de modèles présents dans la mémoire, et provenant de puissantes motivations affectives. (Stefano De Fiores, « Les apparitions à l’intersection des études théologiques et interdisciplinaires. État de la question dans la réflexion culturelle contemporaine », dans Actas du Congrès International de Fátima, 9-12 octobre 1997, Sanctuaire de Fátima 1998, pp. 52-53).
e) Dierkens considère les apparitions non comme un phénomène pathologique ou religieux, mais comme des manifestations normales de l’expérience créative humaine, telles que la création artistique ou l’activité onirique. (Stefano De Fiores, « Les apparitions à l’intersection des études théologiques et interdisciplinaires. État de la question dans la réflexion culturelle contemporaine », dans Actas du Congrès International de Fátima, 9-12 octobre 1997, Sanctuaire de Fátima 1998, pp. 53-56).
Un érudit croyant en Dieu et dans la possibilité de sa révélation dans l’histoire définit l’apparition comme « une expérience psychique dans laquelle des personnes non perceptibles par nos facultés visuelles et auditives, bien que hors de notre expérience humaine, entrent par voie surnaturelle dans le champ des sens. » (Karl Rahner, Herbert Vorgrimler, article « Apparitions », dans Nouveau Dictionnaire de Théologie, Herder, Morcelliana, Rome, Brescia 1968, p. 42).
René Laurentin considère dans l’apparition «la manifestation visible d’une entité dont la vision, en ce lieu ou en ce temps, est inhabituelle et impensable selon l’ordre naturel des choses», (René Laurentin, article «Apparitions», dans Stefano De Fiores, Salvatore Meo (dir.), Nuovo Dizionario di Mariologia, Éditions Paoline, Milan 1986, p. 126).
À la lumière de ces définitions, l’apparition se caractérise par deux éléments : la «présence» d’une personne qui échappe à l’expérience sensorielle ordinaire et la «perception» de cette présence par le biais de la connaissance sensible. Le visionnaire, qui entre souvent en extase, s’éloigne du monde qui l’entoure, tout en restant pleinement conscient de ses facultés, et est convaincu d’être en contact direct et immédiat avec l’entité qui s’est manifestée. Cette entité ne se présente pas sous la forme d’une image statique, mais avec toutes les caractéristiques de la tridimensionnalité, (Stefano De Fiores, Maria Madre di Gesù, sintesi storico salvifica, EDB, Bologne 1992, p. 348).
Il convient toutefois de réaffirmer une priorité et une différence qui qualifient la dignité et la vérité entre une théophanie de révélation historique-sauvifique et une manifestation transcendantale qui n’a pas de rapport avec l’essence de la foi. La «révélation publique» requiert l’obéissance de la foi. Les «révélations privées» nécessitent une adhésion conditionnée aux preuves présentées et à l’exercice du sens critique personnel, (Giandomenico Mucci, Rivelazioni private e apparizioni, p. 15).
À la frontière entre réalité naturelle et réalité transcendantale
Selon Saint Thomas d’Aquin, l’apparition n’impliquerait pas, au lieu où elle se produit, la présence «réelle» du corps glorifié, qui ne peut être vu qu’en un seul endroit où il est définitivement contenu, (Somme Théologique, Partie III, Question 76, Article 8). Il affirme en effet : «Corpus Christi non potest in propria specie videri nisi in uno loco, in quo definitivamente continetur», (Somme Théologique, Partie III, Question 76, Article 8).
Au lieu de cela, il y aurait la perception, par le visionnaire, d’une forme sensible ou lumineuse qui le représente, ce qui expliquerait, par exemple, comment Marie apparaît parfois sous une forme, parfois sous une autre, (Adolphe Tanquerey, Compendio di teologia ascetica e mistica, Société de Saint Jean Baptiste, Rome, Tournai, Paris 1927, pp. 914-915).
Sainte Thérèse d’Avila, à ce sujet, écrit que Jésus, après être monté au ciel, ne descend plus sur terre pour communiquer avec les hommes, sauf dans le Saint-Sacrement (Adolphe Tanquerey, Compendio di teologia ascetica e mistica, Société de Saint Jean Baptiste, Rome, Tournai, Paris 1927, p. 915).
Partant des affirmations de Saint Thomas et de Sainte Thérèse sur l’immobilité du corps glorifié, et cherchant à comprendre ce qui se passe lors d’une apparition, il est nécessaire de clarifier les notions de «lieu de l’apparition» et de «lieu du Transcendant».Le «lieu de l’apparition» est compris comme un lieu naturel et inséré dans l’histoire, clairement distinct du «lieu du Transcendant», où il n’y a plus d’histoire, mais l’éternité, et qui, par conséquent, se trouve au-delà de nos catégories de temps et d’espace.Cependant, le «lieu de l’apparition», appartenant à la réalité et à l’histoire, peut également être considéré comme «partie» de l’éternité de Dieu, dans le sens où toute la réalité et toute l’histoire sont mystérieusement «procheslieu du Transcendant», tel que pensé par Saint Thomas, n’est pas un «lieu» éloigné par rapport à notre réalité. Il est si proche que la peau semble lointaine par rapport aux os, si l’on compare la «proximité» et la présence du Transcendant auprès de nous. L’Ancien et le Nouveau Testament soulignent constamment cette «proximité» active de Dieu, son «être auprès», son «se trouver proche» de l’homme et des «lieux» de son histoire, en tant qu’auteur et opérateur de salut.Le Coran exprime avec force l’idée de la proximité extrême de la réalité transcendantale par rapport à notre réalité, affirmant souvent qu’elle est proche des hommes, qu’elle connaît ce qui est devant eux et derrière eux, si proche «comme la carotide» au cou (Paolo Branca, Introduction à l’Islam, San Paolo, Milan 1995, pp. 216-217).Reconnaissant la proximité extrême du lieu du Transcendant au lieu du temps et de l’histoire, il est nécessaire de questionner, dans quel sens et dans quelle mesure les créatures célestes, Jésus, Marie, les Anges et les Saints, qui appartiennent à la Transcendance, sont « proches » de l’homme au moment où ils deviennent visibles et de quelle manière le visionnaire perçoit et vit cette proximité.On peut penser, en excluant la « descente » du corps glorieux, qu’elle n’est pas nécessaire étant donné la proximité des deux lieux, à une « attraction » de la personne humaine vers une situation qui la rend capable de percevoir, de manière « sensible », la « présence » du Transcendant, qui en tout cas est déjà proche. Cette situation peut être décrite comme une fenêtre ouverte, par laquelle l’être humain, attiré, envoûté ou transporté, peut voir, entendre, toucher l’« objet » transcendant et même lui parler.Parafrinant l’affirmation de Saint Thomas et sans contredire le principe de la « staticité » des corps glorieux, on peut dire que ce n’est pas tant le Transcendant qui se déplace vers l’homme, mais le Transcendant qui déplace et envoûte l’homme, rendant visible sa « proximité ».Quel type de contact ?Reste mystérieux, même pour les visionnaires, le dilemme de Paul, « enlevé » au troisième ciel (2Cor 12,1-4) : le contact avec le Transcendant se fait-il avec le corps ou sans le corps ? L’Apôtre ne sut pas répondre. On peut cependant affirmer que, franchissant le seuil de la « fenêtre » vers la « réalité » du Transcendant, le visionnaire est comme s’il entrait dans une autre dimension.
Sa perception du temps est altérée. À la fin de l’apparition, il ne réalise pas combien de temps elle a duré. Sa perception de l’espace se réduit au minimum nécessaire. Il perçoit la présence d’objets, la grotte, l’arbre, la roche, etc., comme des symboles qui l’aident à mieux comprendre le sens de l’apparition et le message qu’elle transmet. Son corps subit des transformations non seulement psychiques, mais aussi physiques, qui défient les lois de la réalité terrestre, (Sur Augustinus, Les révélations privées dans la vie de l’Église, pp. 134-148).
Le dilemme évangélique de Thomas, quant à savoir ce qu’il a réellement « touché » du corps glorieux de Jésus ressuscité, reste également sans réponse. Le vident croit-il toucher ou touche-t-il réellement le corps glorieux ? Lors du contact avec ce corps, s’agit-il d’une sensibilisation psychique et intellectuelle de la part du Transcendant, ou y a-t-il un contact physique réel ?
L’expérience de certains visionnaires, comme Catherine Labouré et d’autres contemporains, confirme la théorie du contact réel. S’approcher si « réellement » du Transcendant (cf. Mt 17,1-8. La Bible de Jérusalem, EDB, Bologne 1971, pp. 2125-2126. Rinaldo Fabris, Matthieu. Traduction et commentaire, Borla, Rome 1996, p. 381), en passant par la « fenêtre ouverte » dont il a été question, permet au visionnaire de voir, d’entendre et de toucher sereinement l’objet transcendant, même si de manière imparfaite. Cela se produit car il n’est pas complètement séparé de son propre corps, qui interfère dans une certaine mesure dans l’acquisition pure et complète de la réalité céleste, tout en « traduisant » sensiblement les données acquises lors de cette expérience.
Lors de ce contact avec l’apparition, il faut distinguer entre « résistance » et « sensation tactile ». L’objet que le visionnaire touche est quelque chose qui s’oppose à un mouvement contraire. Il a l’impression d’être face à quelque chose qui résiste à son geste, comme dans la nature lors du contact entre deux solides. En même temps, il a du mal à décrire, de manière compréhensible, en quoi consiste cette sensation tactile, c’est-à-dire à dire clairement ce qu’il touche.
L’objet touché, le pied, la robe, les genoux, la main de l’apparition, lui semble extrêmement fin, comme un voile de trame douce et délicate, comme la surface calme de l’eau, sans toutefois ressentir de chaleur, de tiédeur ou de froid. En somme, le visionnaire, bien qu’étant certain de toucher quelque chose, reste incertain et hésitant lorsqu’il s’agit de décrire la nature de ce qu’il touche.
En conclusion, on peut affirmer que, étant donné l’extrême proximité entre « le lieu de l’apparition » et « le lieu du Transcendant », le visionnaire est rendu capable de percevoir sensiblement cette « proximité ».Le « lieu de l’apparition » n’est autre que le point de rencontre proche et privilégié avec le Transcendant, la fenêtre ouverte par laquelle se concrétise la « visibilité » du surnaturel, le « lieu » où s’affine jusqu’à disparaître complètement le mur fluide et ténu qui « sépare » deux réalités distinctes, mais extrêmement proches dans l’éternité de Dieu. (Fondement du paragraphe soutenu par une collecte privée de témoignages et par des notes et études personnelles de l’auteur sur les apparitions contemporaines).ConclusionLa réflexion sur la nature des apparitions mariennes exige, avant tout, une précision conceptuelle et un discernement eclesial. Les termes comme « apparition », « vision » et « audition » ne sont pas équivalents et, lorsqu’ils sont utilisés de manière indifférenciée, ils peuvent obscurcir le phénomène au lieu de le clarifier. Du point de vue théologique, l’apparition se caractérise par la présence extraordinaire d’un sujet transcendant et par la perception sensible de cette présence, souvent associée à une parole communiquée, ce qui confère au voyant une double fonction : témoigner de la rencontre et transmettre le message.En même temps, la tradition de l’Église rappelle une hiérarchie indispensable : la Révélation publique, culminant en Christ, exige l’obéissance de la foi, tandis que les révélations privées demandent une adhésion prudente, proportionnée aux preuves et toujours soumise au sens critique et au jugement pastoral. C’est pourquoi le discernement n’est pas un détail disciplinaire, mais un service à la vérité et à la communion, afin d’accueillir ce qui édifie et d’éviter ce qui désoriente.À partir de cette base, il devient possible de comprendre les apparitions comme un phénomène situé à la frontière entre la réalité naturelle et la réalité transcendante. Sans postuler une « descente » locale du corps glorieux, on peut expliquer l’expérience comme une forme d’ouverture, une sorte de fenêtre à travers laquelle le visionnaire est rendu capable de percevoir sensiblement la proximité du Transcendant, déjà présent de manière active dans l’histoire du salut. Cette perspective éclaire également les caractéristiques typiques de l’événement : altérations dans la perception du temps et de l’espace, expériences corporelles inhabituelles et, parfois, la conviction d’un contact réel, dont la description reste limitée par les catégories ordinaires de la langue humaine.Aborder les apparitions mariennes avec sérieux implique d’unir théologie, anthropologie et prudence spirituelle. La voie la plus sûre n’est ni l’enthousiasme acritique ni le scepticisme automatique, mais une lecture ordonnée par la foi et orientée par l’Église, capable de reconnaître la primauté de l’Évangile et, en même temps, d’évaluer la valeur éventuelle d’un charisme qui, lorsqu’il est authentique, appelle à la conversion, renforce l’espérance et conduit avec une fidélité accrue à Christ.Pour les critères de discernement des apparitions mariennes et leur place dans la dévotion catholique, consultez l’exhortation apostolique *Marialis Cultus* : critères théologiques pour les apparitions mariennes. Lisez également : Nature des apparitions et présence de Marie dans la vie de l’Église.Approfondissez vos études : explorez la Mariologie, la Théologie mariale, les apparitions mariennes et le Master en Mariologie.
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