La rencontre du Ressuscité avec sa Mère

Encontro do Ressuscitado com a Mãe — processão pascal com a imagem de Cristo Ressuscitado e da Virgem Dolorosa (Domingo de Páscoa)
Le dimanche de Pâques est la plus grande fête de l’année liturgique, jour où l’Église célèbre la rencontre du Ressuscité avec ses disciples. L’antiphone d’entrée proclame avec le Psaume 117(118) : « Voici le jour que le Seigneur a fait : exultons et réjouissons-nous en lui ». La messe de ce jour s’articule autour de trois lectures qui construisent, en couches progressives, la théologie de la Résurrection :
Encontro do Ressuscitado com a Mãe, processão pascal com a imagem de Cristo Ressuscitado e da Virgem Dolorosa (Domingo de Páscoa)
  • le discours kérymatique de Pierre (Ac 10, 34.37-43),
  • l’exhortation pascale de Paul (Col 3, 1-4 ou 1Cor 5, 6-8),
  • le récit joannique du sépulcre vide (Jo 20, 1-9).

Aucune de ces lectures ne mentionne Marie explicitement. C’est précisément là que la mariologie pascale révèle son besoin.

Le Dictionnaire sur la Piété Populaire et la Liturgie enseigne : «la piété populaire a compris que l’association du Fils à la Mère est constante : à l’heure de la douleur et de la mort, et à l’heure de la joie et de la résurrection». Ce principe, association constante, est la clé herméneutique de l’interprétation mariologique du dimanche de Pâques. Ce que les lectures liturgiques proclament sur le Christ, la mariologie lit dans sa répercussion sur Marie, figure et primat de l’Église rédemée. C’est cette lecture qui fonde la rencontre du Ressuscité avec la Mère comme acte primordial de Pâques.

I. Première lecture : Ac 10, 34-37-43, la rencontre du Ressuscité qui le « kéryme » présuppose

Pierre proclame à Césarée : «vous savez ce qui s’est passé en toute la Judée, en commençant par la Galilée, après le baptême prêché par Jean : comment Dieu a oint de l’Esprit Saint et de puissance Jésus de Nazareth» (Ac 10, 37-38). Ce kéryme apostolique commence par la Galilée : il commence là où Marie était. La Galilée dont parle Pierre est la même que celle de l’Annonce (Lc 1, 26), de la noces de Cana (Jo 2, 1), du Magnificat. La Galilée est le territoire de Marie.

Pierre continue : «Dieu l’a ressuscité le troisième jour et lui a fait apparaître, non à tout le peuple, mais à des témoins qu’il avait choisis de loin» (Ac 10, 40-41). La mariologie patristique et médiévale, de Saint Ambrose à Saint Anselme, de Georges de Nicomédie à la tradition dévotionnelle approuvée par la Sé Apostolique, a identifié Marie parmi ces «témoins choisis à l’avance». Non comme une affirmation doctrinale définie, mais comme consensus théologique de haute plausibilité : il était juste que la première à recevoir la joie du monde fût celle qui avait traversé le Sabbat Saint dans la foi. C’est cet argument patristique qui fonde la rencontre du Ressuscité avec la Mère.

II. Deuxième lecture : Col 3, 1-4 et Marie « cachée avec Christ en Dieu »

Paul écrit : « Si vous êtes ressuscités avec Christ, cherchez les choses du haut, où Christ est assis à la droite de Dieu… Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu » (Col 3,1.3). Cette théologie de la vie « cachée avec Christ en Dieu » a une résonance mariologique immédiate : toute la vie de Marie fut une vie « cachée ». Elle fut la première à recevoir le Verbe incarné dans un ventre vierge, à « garder dans son cœur toutes ces choses » (Lc 2,19.51), à suivre le Fils dans sa mission publique « en restant à l’écart » (Mc 3,31-32) pour ne pas interférer à son heure.La Résurrection ne brise pas cette dissimulation : elle en révèle la fécondité. « Quand Christ, qui est votre vie, apparaîtra, alors vous apparaîrez aussi avec lui en gloire » (Col 3,4). L’Assomption de Marie, dogme proclamé par Pie XII en 1950 dans *Munificentissimus Deus* (1950), est la manifestation pleine de cette vie jusqu’alors cachée. Dans l’Assomption, Marie « apparaît avec Christ en gloire » : ce que Col 3,4 annonce pour tous les élus, elle le vit déjà comme primat et figure. La rencontre du Ressuscité avec la Mère révèle précisément cette primat glorieuse.

III. Évangile : Jn 20,1-9 et le « disciple qui a vu et cru »

L’Évangile de Jean raconte la découverte du tombeau vide : Marie de Magdala court, Pierre et le disciple bien-aimé courent à sa suite, « les deux couraient ensemble » (Jn 20,4). Jean arrive le premier, il n’entre pas. Pierre entre, puis Jean : « Il entra également le premier dans le tombeau, et il vit les linges posés sur le sol, et le sudaire qui avait été sur la tête de Jésus, non pas plié, mais déroulé sur un côté » (Jn 20,6-7).La mariologie lit cet épisode avec un détail que l’exégèse rarement met en lumière : Jean avait été présent aux côtés de Marie sous la Croix (Jn 19,26-27). Le disciple qui « a vu et cru » devant le tombeau vide est le même qui avait reçu Marie comme mère. Sa foi pascale est inséparable de la compagnie de Marie durant la nuit du Samedi Saint. Il « a cru » car Marie, cette nuit-là, avait gardé en elle la foi qu’il retrouve confirmée par les linges pliés. C’est le fondement mariologique de la rencontre du Ressuscité avec la Mère.

IV. Le « rencontre du ressuscité avec la mère » et le « Regina coeli »

La piété populaire pascale, que l’Église recommande et intègre dans la célébration du dimanche de Pâques, exprime sous forme processionale ce que les lectures liturgiques proclament sous forme kérygmatique : « deux cortèges, l’un portant l’image de la Mère Douleuruse et l’autre celle du Christ Ressuscité, se rencontrent pour signifier que la Vierge fut la première et pleine participante du mystère de la résurrection du Fils ». Cet exercice, la rencontre du Ressuscité avec la Mère, est approuvé par la Sé Apostolique et fait partie de la célébration pascale de nombreuses communautés.

À la fin de la Veillée pascale et aux Vêpres du dimanche, l’Église remplace l’Angelus par le Regina Coeli : « Rejois-toi, Reine du Ciel, alleluia. Car celui que tu as mérité de porter en toi, alleluia, est ressuscité, comme il l’avait dit, alleluia ». Cette antienne, attribuée au XIIe siècle, enrichie par la piété médiévale et confirmée par le Magistère, est la synthèse mariologique du dimanche de Pâques : la Mère qui avait engendré le Fils dans son ventre vierge est maintenant invitée à se réjouir de sa Résurrection. Le cercle pascal se ferme : l’Incarnation et la Résurrection ont le même visage maternel. La rencontre du Ressuscité avec la Mère est l’icône vivante de ce cercle.

En ce dimanche de Pâques 2026, nous unissons notre voix à celle de l’Église entière : Surrexit Dominus vere, alleluia. Et nous ajoutons, avec la tradition la plus ancienne : rejois-toi, Reine du Ciel. Il est ressuscité, comme il l’avait promis. Ce que tu as cru le samedi saint, le monde entier proclame aujourd’hui. Regina Coeli, laetare. Alleluia. Lire également : la rencontre du Ressuscité avec la Mère et les articles connexes : Marie, maîtresse de l’espérance pascale, la joie pascale de Marie Madeleine. Cf. Redemptoris Mater § 26.

Le Nouveau Testament ne raconte pas explicitement la rencontre de Jésus ressuscité avec Marie, sa Mère. Toutefois, la tradition théologique et patristique, incluant Saint Ambrose, Saint Jérôme et des auteurs médiévaux comme Rupert de Deutz, soutient que cette rencontre fut réelle et prioritaire : il serait incohérent que Christ apparaisse d’abord à Pierre, à Marie de Magdala et aux disciples, et non à sa propre Mère. La théologie mariale soutient que le silence biblique est éloquent : la rencontre avec la Mère était d’une intimité telle que les évangéliques la présupposent sans la narrer.La théologie mariologique, développée principalement à partir du XIIe siècle, voit dans la rencontre de Jésus ressuscité avec Marie l’accomplissement de l’Annonciation : le même Fils qui l’a saluée par l’intermédiaire de l’Ange au début (Lc 1,28) revient glorieux pour confirmer sa foi inaltérée. L’encyclique *Redemptoris Mater* (Jean-Paul II, n. 18) affirme que Marie “a cru” avant de voir, et que sa foi durant le Sabbat Saint fut le fondement de l’espérance de l’Église. La rencontre pascale avec la Mère est ainsi la “première apparition” implicite, prioritaire par l’amour filial.Le dimanche de Pâques, dans la spiritualité mariale, est le jour de la confirmation pleine du “fiat” : Marie, qui a dit “oui” à l’Annonciation et est restée fidèle à la Croix et le Sabbat Saint, reçoit désormais le fruit éternel de sa foi. La liturgie pascale, avec le kérygme de Pierre (Ac 10,37-43), l’exhortation paulinienne (Col 3,1-4) et le récit évocateur de Jean sur le tombeau vide (Jo 20,1-9), est lue par la mariologie comme l’accomplissement de l’espérance que Marie a gardée seule durant l’heure la plus sombre. Elle est l’icône de l’Église qui attend et célèbre la Résurrection.Approfondissez vos connaissances en Mariologie : cet article fait partie de notre vaste collection de réflexions mariales. Si vous souhaitez étudier la Mariologie avec rigueur académique, découvrez notre *Maîtrise en Mariologie*. Pour en savoir plus sur les apparitions mariales et la théologie mariale, explorez les ressources de l’Institut Locus Mariologicus.

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