La volonté du Père : Marie et la volonté qui ne laisse personne en dehors.

Par Prof. Dr. Daniel C. Afonso · Mis à jour le
Haec est autem voluntas eius qui misit me Patris: ut omne quod dedit mihi non perdam ex eo.
Jo 6,39
Dans le grand discours du Pain de Vie, Jésus révèle son identité en tant que Pain descendu du Ciel et la logique profonde de sa mission : accomplir pleinement la volonté du Père. Et le cœur de cette volonté est clair : ne pas perdre quiconque. Cette affirmation, apparemment simple, englobe toute la théologie du salut : le Père veut la récupération de chaque être humain, et le Fils est venu réaliser exactement cela. La mariologie trouve ici un point d’ancrage fondamental : Marie, qui a dit : « Fais de moi selon ta parole » (Lc 1,38), a incorporé cette même volonté salvifique du Père d’une manière unique et irrépetable.
I. La volonté du Père au centre de la mission de Jésus
« Je ne suis descendu du Ciel pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jo 6,38), déclare Jésus dans l’Évangile de Jean. La structure est claire : il y a une volonté du Père qui précède et fonde la mission du Fils, et cette volonté a un contenu précis : le salut intégral de toute l’humanité.
Cette subordination de la volonté du Fils à celle du Père n’est ni servile ni hétéonome : Jean la présente comme une identité profonde entre les deux volontés. Le Fils veut ce que le Père veut parce qu’ils partagent la même vie divine, le même amour, la même orientation pour le salut du monde. La volonté du Père n’est pas un ordre extérieur au Fils, c’est l’expression de la communion intratrinitaire qui se déverse vers l’extérieur dans la création et la rédemption.
Le verbe grec apoleso, « perdre », porte un poids théologique considérable dans l’Évangile de Jean. Perdre, c’est s’éloigner de la Source de la vie et périr dans la mort définitive (cf. Jo 3,16 ; 10,28 ; 17,12). La promesse de Jésus est que personne de ceux que le Père lui a confiés ne parviendra à cet état : sa mission est une mission de récupération, de rassemblement, de préservation. Le Bon Pasteur qui rassemble ses brebis (Jo 10) et le Grand Prêtre qui intercéde pour tous les disciples (Jo 17) sont des expressions de la même volonté de ne pas perdre quiconque.
La théologie de la prédestination trouve ici son fondement le plus solide : Dieu veut le salut de tous les hommes (1 Tm 2,4), et cette volonté n’est pas une aspiration vague mais une action efficace qui se réalise dans la personne et l’œuvre de Jésus-Christ. La question de la liberté humaine ne nie pas cette volonté salvifique universelle, mais donne la mesure de la gravité avec laquelle Dieu traite chaque personne, comme quelqu’un capable de répondre librement à l’amour qui le précède.
II. Marie, image de la volonté qui accueille
La scène de l’Annonciation est, dans la tradition mariologique, le moment où la volonté humaine s’aligne parfaitement avec la volonté divine. « Fais de moi selon ta parole » (Lc 1,38), le fiat de Marie n’est pas une résignation passive ni une soumission de l’ego : c’est l’acte le plus libre et le plus conscient de l’histoire humaine, par lequel une femme d’Israël dit :
simÀ la proposition de Dieu, elle devient ainsi le point d’entrée de l’Incarnation dans le monde.
Mais oui Faites De Marie, ce n’est pas seulement un acte singulier et passé : la tradition reconnaît que Marie a vécu entièrement orientée par la volonté du Père. L’obéissance de Marie n’est pas seulement celle du moment initial, elle s’étend à toute sa vie, depuis le «… »simDe l’Annonciation au silence du Calvaire et à la prière du Cenacle. Chaque étape de son existence fut une nouvelle configuration de sa volonté à la volonté de Dieu, souvent dans un contexte d’obscurité et de souffrance.
“Annonciation” Lumen gentium 56 souligne que Marie est «Il a coopéré par la foi et l’obéissance à la salut de l’humanitéCette coopération n’a pas été fortuite ni périphérique : elle a été structurelle pour le plan divin. Dieu a voulu que l’Incarnation du Verbe dépende du «sim“Livre d’une femme, il dit beaucoup sur la manière dont Dieu réalise sa volonté salvifique : non par la contrainte, mais par l’alliance avec la liberté humaine.”
On peut dire que Marie est, dans l’histoire du salut, le modèle parfait de l’harmonie entre la volonté humaine et la volonté divine. Où Adam et Ève ont préféré leur volonté à celle de Dieu (cf. Genèse 3). Genèse Marie préféra la volonté de Dieu à sa propre. Où Israël résista au plan divin (cf. Les Marie l’a accueilli entièrement. Elle est laFille de Sion» en qui l’alliance trouve enfin la réponse fidèle qu’elle attendait depuis le début.
III. «Ne perdre personne‘: la maternité universelle de Marie
Jean 19,26-27 raconte le moment où Jésus, depuis la croix, confie le disciple bien-aimé à Marie et Marie au disciple : «Femme, voici ton Fils… Voici ta Mère». La tradition interpréta ce geste comme l’institution de la maternité spirituelle de Marie sur tous les disciples. »Le disciple bien-aiméCe n’est pas seulement Jean, c’est le disciple de tous les temps, le fidèle qui se trouve auprès de la Croix et à qui Jésus remet sa Mère.
Cette maternité universelle de Marie est en directe continuité avec la volonté du Père de «ne pas perdre qui que ce soitMarie, qui a participé de manière unique à la mission rédentrice du Christ, a également participé à sa mission de rédemption. La tradition parle de Marie comme la Médiatrice de toutes les graces. Médiatrice, non dans le sens d’une médiation parallèle à celle de Christ, mais d’une médiation subordonnée et participée : elle intercéde pour les fils spirituels avec l’autorité de celle qui a été associée à l’œuvre de la rédemption.
Le titre marial de Refuge des pécheurs, Réfuge des pécheurs, exprime précisément cette dimension. Marie est le refuge de tous ceux qui se sont écartés de la voie, de tous ceux qui sont en péril de se «Nous perdrionsSa maternité n’est pas sélective, elle ne se limite pas aux justes ou aux dévots : elle est universelle comme la volonté salvifique du Père, car elle en découle et la sert.
L’iconographie orientale de Theotokos, qui protège sous son manteau tous les fidèles, le célèbre icône de Pokrov, exprime théologiquement cette conviction : Marie étend son manteau sur toute l’humanité, sans faire de distinction entre pécheurs et justes, car la miséricorde du Père s’étend à tous et elle en est l’instrument. Jo 6,39 se conclut par une promesse eschatologique : «qu’il les ressuscite le dernier jour». La mission de Jésus n’est pas seulement de préserver dans le présent, mais de résurrection future. Le salut a une dimension corporelle et définitive qui la résurrection du Christ inaugure et que la résurrection universelle accomplira. Le Père ne veut pas seulement que personne ne se perde maintenant, il veut que tous vivent pleinement pour toujours. Marie est, dans la théologie catholique, la prémice de cette résurrection finale. La définition dogmatique de l’Assomption (Pio XII, Munificentissimus Deus, 1950) affirme que Marie fut assumée «en corps et en âme» au Ciel : elle anticipe, en sa personne, le destin ultime de toute l’humanité rédemée. Ce que le Père a promis à tous, «de les ressusciter le dernier jour», s’est déjà accompli en Marie de manière pleine et définitive. Cette dimension eschatologique de la mariologie n’est pas un détail périphérique : c’est l’horizon qui donne du sens à toute dévotion mariale. Regarder Marie, ce n’est pas regarder le passé, c’est anticiper l’avenir. Elle est l’image de ce que l’Église sera, le symbole de ce que chaque chrétien attend, la confirmation que la volonté du Père de «ne pas perdre quiconque» parviendra à sa plénitude le dernier jour. La liturgie pascale, qui célèbre le Christ ressuscité et glorifié, a en Marie sa référence mariale privilégiée : elle qui a accueilli l’Encarnation avec son «oui» est aussi la première à contempler la gloire du Ressuscité. La tradition, bien qu’sans témoignage biblique explicite, a toujours intuit que c’est à Marie que le Ressuscité est apparu en premier, comme le fils qui montre à sa mère la victoire conquise. Dans cette logique, Marie est le premier témoignage vivant que la volonté du Père de «ne pas perdre quiconque» est une volonté puissante, qui triomphe même de la mort. Marie, qui a accueilli la volonté du Père avec son «fiat» et qui participe à la mission du Fils de ne pas perdre quiconque, est pour l’Église le signe vivant que le salut est possible, réel et définitif. Voulez-vous approfondir votre formation en Mariologie ? Découvrez la Spécialisation en mariologie de Locus Mariologicus – une formation académique qui associe rigueur théologique, vie spirituelle et tradition vivante de l’Église. Voulez-vous étudier sérieusement la mariologie ? Cet article est issu des œuvres de la bibliothèque de Locus Mariologicus. La formation postuniversitaire en mariologie vous plonge dans les mêmes sources, avec un encadrement académique : Écriture, Pères de l’Église et Magistère, du premier dogme aux questions contemporaines.
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