Les anges ont-ils le libre arbitre? Ce que le IVe concile du Latran a défini
Oui, les anges ont le libre arbitre, et l’Église l’a défini dans un texte conciliaire précis. Le IVe concile du Latran, en 1215, a déclaré que le diable et les démons ont été créés par Dieu naturellement bons et que «d’eux-mêmes ils se sont rendus mauvais». La chute angélique n’est pas un défaut de fabrication, c’est un choix.
La formulation conciliaire est délibérément sobre. Comme l’observe la Commission épiscopale pastorale pour la doctrine de la foi de la Conférence nationale des évêques du Brésil, dans le document «Exorcismes: réflexions théologiques et orientations pastorales», le concile se borne à affirmer que les démons, «étant créatures d’un seul Dieu, ne sont pas substantiellement mauvais, mais le sont devenus par leur libre arbitre» (document cité, renvoyant à Denzinger-Hünermann, «Compendium des symboles, définitions et déclarations de foi et de morale», éd. 2007, p. 283). On ne décrit pas la psychologie de l’ange déchu, on définit seulement à qui revient la responsabilité.
Ce que le IVe concile du Latran a défini en affirmant que les anges ont le libre arbitre
La définition de 1215 a un adversaire concret. Le même document de la Conférence nationale des évêques du Brésil explique qu’elle «corrigeait ainsi le dualisme gnostico-manichéen de groupes médiévaux qui tenaient l’existence du diable et des démons pour des créatures d’un principe antidivin du mal». Auparavant, l’Église avait déjà anathématisé quiconque affirmerait que le diable était «le principe et aussi la substance du mal, comme l’ont dit Manès et Priscillien» (même document, renvoyant à Denzinger-Hünermann, p. 165).
La conséquence est décisive et passe d’ordinaire inaperçue: nier le libre arbitre des anges revient, en fin de compte, à affirmer deux principes éternels, l’un bon et l’autre mauvais. C’est précisément pour cela que la doctrine du libre arbitre angélique n’est pas un détail d’angélologie, mais une pièce de la défense du monothéisme. Le document brésilien bâtit sa lecture sur deux piliers patristiques qu’il nomme dans les notes: Irénée de Lyon, «Adversus Haereses» V, 21, 2 et V, 29, 1, et Augustin d’Hippone, «De Genesi ad litteram», livre XI, chapitres XVI, 21 et XXIX, 37.
Le Catéchisme de l’Église catholique, aux numéros 391 et 392, dit la même chose par une autre voie, descriptive et non juridique: l’Écriture parle d’un péché de ces anges, et cette «chute» consiste «dans le choix libre de ces esprits créés, qui ont radicalement et irrévocablement rejeté Dieu et son Règne». Latran IV fixe la responsabilité, le Catéchisme ajoute deux adjectifs que le concile n’avait pas employés: radical et irrévocable.
Pourquoi le libre arbitre des anges ne fonctionne-t-il pas comme le nôtre?
La tradition scolastique lie la liberté à l’intelligence, et non l’inverse. Le «Dictionnaire du Cours philosophique de Coimbra», édité par Mário Santiago de Carvalho en 2020, consigne l’axiome sous sa forme la plus nue: «Le libre arbitre (liberum arbitrium) est l’expression maximale de la nature intellective» (entrée correspondante, référence PhVIIIc2q5a1p729). Plus l’intelligence est parfaite, plus total est l’acte de volonté qui en procède.
Le même dictionnaire établit la différence entre la liberté divine et celle des créatures raisonnables. Chez ces dernières, la volonté «veut, ou ne veut pas, librement, non seulement tel ou tel objet, mais elle a encore la capacité de changer ou d’inhiber l’acte de vouloir», tandis qu’en Dieu l’acte est simple et immuable et n’en est pas moins libre, car «la liberté ne supprime pas l’immutabilité, ni l’immutabilité la liberté». Il convient de dire avec exactitude ce que la source dit et ce qu’elle ne dit pas: l’entrée oppose Dieu et les hommes, elle ne traite pas du cas angélique. C’est la théologie postérieure qui place l’ange entre les deux termes, avec une volonté créée, donc libre, mais relevant d’une intelligence qui ne délibère pas pas à pas comme la nôtre.
La bibliothèque conserve une confirmation venue de l’extérieur de la scolastique. Immanuel Kant, dans «La Religion dans les limites de la simple raison» (édition de Karl Vorländer, traduction portugaise de 1992), soutient que le mal moral n’est possible que «comme détermination du libre arbitre», et distingue l’origine rationnelle de l’origine temporelle d’un effet: lorsque l’action est rapportée à une cause qui lui est liée «selon des lois de la liberté», la détermination «ne peut être dérivée d’aucun état précédent». Appliqué à l’angélologie, le critère explique pourquoi aucune biographie de l’ange déchu ne peut être écrite: son choix a une origine rationnelle, non un état antérieur qui l’aurait préparé.
La lecture kabbalistique: des anges au «libre arbitre très limité»
Toutes les traditions religieuses ne répondent pas de la même manière, et le fonds de la Locus conserve l’alternative. Migene González-Wippler, dans «Jésus et la kabbale mystique» (Editora Pensamento, 2006), résume ainsi la position kabbalistique: «Les kabbalistes disent que les anges ont un libre arbitre très limité et aucune inclination à pratiquer le mal.» La chute s’explique alors par excès de zèle, non par refus: «Les anges ne tombent pas parce qu’ils haïssent Dieu, mais parce qu’ils veulent être plus près de lui, être égaux à lui», et l’auteure rapporte le récit de la chute au livre d’Hénoch, dans le recueil de Charlesworth, «Old Testament Pseudepigrapha».
La divergence avec Latran IV est réelle et ne doit pas être dissimulée. Si l’ange n’a aucune inclination au mal et ne fait qu’outrepasser un ordre reçu, la chute devient un accident de service, et la formule conciliaire «d’eux-mêmes ils se sont rendus mauvais» perd exactement ce qui en elle est décisif, à savoir l’imputation. Ajoutons que la lecture kabbalistique décrite par González-Wippler maintient l’ange déchu à l’intérieur d’un mouvement de rapprochement de Dieu, tandis que le Catéchisme parle de rejet radical et irrévocable. Ce sont deux anthropologies angéliques incompatibles, et non deux formulations de la même.
Si le choix fut libre, pourquoi est-il irréversible?
Le contraste avec le cas humain éclaire le point. L’entrée de Coimbra attribue à la volonté créée la capacité de «changer ou d’inhiber l’acte de vouloir», et c’est précisément cette réversibilité que la tradition ne reconnaît pas à l’ange. Le Catéchisme, au numéro 392, qualifie l’option angélique d’irrévocable, sans l’expliquer. La différence ne tient pas à la liberté, qui est la même racine dans les deux cas, mais à la manière de l’exercer.
De là découle la conséquence pastorale qui intéresse le plus celui qui cherche ce sujet. La Commission épiscopale pastorale pour la doctrine de la foi rappelle que «les êtres humains sont libres de consentir, ou non, au diable et au péché» et que «le message de rédemption et de salut de l’Évangile n’aurait aucun sens si les êtres humains n’étaient pas doués de libre arbitre», citant Matthieu 15, 19, «c’est du cœur que sortent les mauvaises intentions», et Jacques 1, 14, «chacun est tenté par sa propre convoitise, qui l’entraîne et le séduit». Le démon suggère, l’homme décide. Aucun texte du magistère ne lui reconnaît le pouvoir de choisir à la place de quelqu’un.
Ce qui reste en discussion
Deux fronts demeurent ouverts dans les sources mêmes du fonds. Le premier est exégétique. Le matériel de troisième cycle «Démonologie de l’Ancien Testament», attribué dans le catalogue de la bibliothèque à Eliézer Magalhães (2017), observe que «le mot satàn apparaît 26 fois dans l’Ancien Testament» et que «le sens exact de la figure est discuté», posant la question de fond: «n’existe-t-il que le mal, ou aussi le malin?». On notera que le même texte figure dans le fonds sous une seconde fiche, au nom de Charbel Antônio et sous le titre «Démonologie de l’Ancien Testament: entre symbole et réalité», datée de 1957. La divergence est de catalogage, non de contenu, et elle est consignée ici plutôt qu’harmonisée en silence.
Le second front est systématique. L’édition de Carlo Carena de la «Demonialità» de Ludovico Maria Sinistrari, publiée en 1986, rappelle en note que Luis de Molina (1535-1600) fut «un théologien de grande renommée surtout pour sa doctrine sur le libre arbitre de l’homme face à la grâce et à la prédestination divine» (traduction littérale de l’italien). La célèbre controverse sur le concours de la grâce et de la liberté est née à propos de l’homme, et c’est d’elle que dépendent, en aval, les réponses les plus fines sur la manière dont une créature spirituelle choisit.
Pour poursuivre, voyez le texte du IVe concile du Latran sur les anges et les démons, les numéros du Catéchisme sur les anges et les démons et l’article sur la hiérarchie des anges selon la Bible.
Questions fréquentes
Les anges ont-ils le libre arbitre selon l’Église catholique?
Oui. Le IVe concile du Latran, en 1215, a défini que le diable et les démons ont été créés par Dieu naturellement bons et sont devenus mauvais d’eux-mêmes, c’est-à-dire par leur libre arbitre. Le Catéchisme de l’Église catholique, au numéro 392, appelle la chute un choix libre d’esprits créés.
Les démons ont-ils été créés mauvais?
Non. L’affirmer reviendrait à admettre un principe éternel du mal, thèse condamnée dans l’Église comme manichéisme et priscillianisme. Les démons sont des anges créés bons qui sont devenus mauvais par leur propre choix.
Le choix des anges peut-il être défait?
Le Catéchisme qualifie le choix des anges déchus de radical et irrévocable, à la différence de ce que la tradition scolastique reconnaît à la volonté humaine, qui peut changer ou inhiber son acte de vouloir. La différence tient à la manière d’exercer la liberté, non à la liberté elle-même.
Le démon peut-il annuler le libre arbitre d’une personne?
Non. La Conférence nationale des évêques du Brésil rappelle que les êtres humains demeurent libres de consentir ou non au diable et au péché, et que sans libre arbitre le message même de salut de l’Évangile perdrait son sens.
Responses