Saint Joseph ouvrier : le travail et la fête du 1er mai
Saint Joseph, ouvrier est le titre liturgique par lequel l’Église catholique vénère l’époux de la Vierge Marie comme modèle et patron de tous les travailleurs. La fête de Saint Joseph ouvrier est célébrée le 1er mai, et la raison en est historique et précise : le 1er mai 1955, s’adressant aux Associations chrétiennes des travailleurs italiens réunies sur la Place Saint-Pierre, le pape Pie XII a institué la fête liturgique de « Saint Joseph artisan » et l’a fixée exactement à la date que le mouvement ouvrier mondial célébrait déjà comme sa journée. C’est pourquoi le 1er mai est consacré à Saint Joseph : l’Église a voulu montrer que la dignité du travail, revendiquée dans les places et les usines, trouve en Joseph de Nazareth (Mt 13,55) son icône la plus élevée.
L’institution de la fête par Pie XII (1955)
Le 1er mai est né en dehors de l’Église. Depuis 1889, le mouvement ouvrier international avait adopté cette date comme Journée mondiale du travail, en mémoire des ouvriers de Chicago en 1886, et tout au long du XXe siècle, elle a souvent été capitalisée par les courants socialistes et marxistes comme jour de revendication et, pas rarement, de confrontation. L’Église, cependant, ne regardait pas le monde du travail de l’extérieur : depuis l’encyclique Rerum novarum de Léon XIII (1891), la doctrine sociale catholique défendait un salaire juste, le repos et l’association des travailleurs, ligne poursuivie par Quadragesimo anno de Pie XI (1931).
C’est dans ce contexte que Pie XII, dix ans après sa première audience accordée aux ACLI (11 mars 1945), a reçu les travailleurs italiens sur la Place Saint-Pierre et a annoncé, dans son discours du 1er mai 1955, la création de la nouvelle fête :
« Nous sommes heureux d’annoncer à vous notre décision d’instituer – comme nous le faisons en effet – la fête liturgique de Saint Joseph artisan, lui attribuant précisément le 1er mai » (Pie XII, Discours lors de la solennité de Saint Joseph artisan, 1er.5.1955).
La portée du geste est dans son discours. Accueilli par les travailleurs chrétiens, dit le pape, « le 1er mai, loin d’être un réveil de discorde, de haine et de violence, est et sera une invitation récurrente à la société moderne pour accomplir ce qui manque encore à la paix sociale » – le 1er mai, loin d’être un éveil de discorde, de haine et de violence, est et sera une invitation récurrente à la société moderne pour compléter ce qui manque encore à la paix sociale. Et le choix du patron ne pouvait être autre : « car l’humble artisan de Nazareth ne représente pas seulement auprès de Dieu et de l’Église la dignité du travailleur manuel, mais il est aussi toujours le gardien bienveillant des travailleurs et de leurs familles ».
Dans le calendrier romain actuel, la célébration du 1er mai est une mémoire facultative, distincte de la fête solenne du 19 mars qui honore Saint Joseph comme époux de la Vierge Marie et patron de l’Église universelle. Les deux dates ne se concurrent pas : celle de mars célèbre la personne et la mission du saint dans le mystère de l’incarnation, celle de mai met en lumière son travail comme chemin vers la sainteté.
Le charpentier de Nazareth (Mt 13,55)
La base biblique de ce titre repose sur une question de la foule incrédule dans la synagogue de Nazareth : n’est-il pas le fils du charpentier ? (Mt 13,55). Dans la Nouvelle Vulgate : Nonne hic est fabri filius ? Le terme grec utilisé par les évangéliques, tekton, désigne l’artisan en bois et en construction, l’homme du métier manuel qualifié, qui fabrique des charrues, des portes et des poutres. Marc applique le même terme à Jésus lui-même, que la foule appelle le charpentier, fils de Marie (Mc 6,3) – dans la Nouvelle Vulgate, faber, filius Mariae. Jésus n’était pas seulement le fils du charpentier : il a appris et exercé le métier de son père.
Le Catéchisme en tire une conséquence théologique de grande portée : « Pendant la plus grande partie de sa vie, Jésus a partagé la condition de la majorité des hommes : une vie quotidienne sans grandeur apparente, une vie de travail manuel, une vie religieuse juive soumise à la Loi de Dieu, une vie dans la communauté » (CIC 531). Et, citant Paul VI, il appelle Nazareth école : « Nazareth est l’école où l’on commence à comprendre la vie de Jésus, c’est l’école où l’on entame la connaissance de l’Évangile… Une leçon de travail, Nazareth, la maison du “Fils du charpentier” ! » (CIC 533).
L’atelier de Nazareth n’est donc pas un détail pittoresque de la vie cachée. C’est l’endroit où le Fils de Dieu a souhaité passer presque toute sa vie terrestre, sous l’autorité et aux côtés d’un travailleur. Aucune théologie du travail ne peut dire plus que ce fait : Dieu fait homme a travaillé de ses mains, et il a appris à travailler avec Joseph.
Théologie du travail : de l’atelier à la Rédemption
Jean-Paul II, dans son exhortation apostolique Redemptoris custos (1989), a résumé en une phrase la valeur théologique du métier de Joseph :
« Grâce à son atelier, où il exerçait sa propre profession avec Jésus, Joseph a rapproché le travail humain du mystère de la Rédemption » (Redemptoris custos, n. 22).
Le travail humain, dans l’atelier de Nazareth, est entré dans l’orbite de la Rédemption. Il n’est pas une simple peine imposée par le péché ni une simple marchandise : il participe à l’œuvre créatrice de Dieu et, depuis que le Verbe incarné l’a assumé, devient matière de sanctification. Nous analysons ce document en détail dans l’article consacré à la Redemptoris custos : on y voit comment cette thèse s’articule avec toute la mission de Joseph, gardien du Rédempteur.
Avant Jean-Paul II, déjà Léon XIII, dans l’encyclique Quamquam pluries (1889), publiée deux ans avant Rerum novarum, présentait Joseph comme réponse chrétienne à la question ouvrière. Joseph, écrit le pape dans la version espagnole officielle du site du Saint-Siège, «a passé sa vie à travailler et a gagné par la fatigue de l’artisan le soutien nécessaire pour sa famille». Et il conclut : «le travail de l’ouvrier n’est pas honteux, mais s’il est uni à la vertu, il peut être particulièrement ennobli» (Quamquam pluries, n. 4). La condition humble n’a rien de honteux : voilà, en 1889, le principe qui allait faire de la fête de 1955 une liturgie.
Le Catéchisme résume le fruit de cette école de Nazareth pour toute vie chrétienne : «Par sa soumission à Marie et Joseph, ainsi que par son travail humble à Nazareth pendant de longues années, Jésus nous donne l’exemple de la sainteté dans la vie quotidienne de la famille et du travail» (CIC 564). Travail et famille, les deux axes de l’existence commune, sont le terrain propre de la sainteté de la Sagrada Família – et, par elle, de chaque famille chrétienne.
Joseph, modèle du travailleur
Le pape François, dans la lettre apostolique Patris corde (2020), a consacré une section entière à Joseph «père travailleur», reprenant explicitement la fête du 1er mai :
«Saint Joseph était un charpentier qui travaillait honnêtement pour subvenir aux besoins de sa famille. Avec lui, Jésus a appris la valeur, la dignité et la joie qui consistent à manger le pain issu de son propre travail» (Patris corde, n. 6).
Le commentaire complet du document se trouve dans notre article sur Patris corde. Ici, il importe de retenir l’essentiel : en Joseph, le travail n’est ni carrière ni affirmation de soi, c’est un service. Il travaille pour que Marie et Jésus puissent vivre. Son métier est la forme concrète et quotidienne de sa mission de gardien, et c’est pourquoi la josefologie ne sépare pas Joseph le travailleur de Joseph époux et père : il est l’homme juste (Mt 1,19), qui répond à Dieu non par des discours mais par des œuvres.
C’est pourquoi Redemptoris custos peut le proposer à toutes les vocations : «Que Saint Joseph devienne pour tous un maître singulier dans le service de la mission salvifique du Christ, qui incombe à chacun et à tous dans l’Église : aux époux et aux parents, à ceux qui vivent du travail de leurs mains et de toute autre activité, aux personnes appelées à la vie contemplative et à celles qui sont appelées à l’apostolat» (Redemptoris custos, n. 32).
La fête du 1er mai est, en somme, une thèse de doctrine sociale célébrée sous forme de liturgie : le travail existe pour l’homme, et l’homme pour Dieu. Celui qui souhaite approfondir les fondements bibliques, patristiques et magistériels de la figure de Saint Joseph trouvera le cadre complet dans notre article pilier de josefologie. Et celui qui voudrait porter cette doctrine à la vie de prière peut commencer par les prières à Saint Joseph, demandant au charpentier de Nazareth d’enseigner à chaque travailleur à sanctifier son propre métier, jour après jour, dans l’atelier caché du devoir quotidien.
Foire aux questions
Qu’est-ce que la fête de Saint Joseph ouvrier ?
C’est la célébration liturgique qui vénère Saint Joseph comme modèle et patron des travailleurs, marquée pour le 1er mai. Elle a été instituée par le pape Pie XII en 1955 et, dans le calendrier romain actuel, a le degré de mémoire facultative.
Pourquoi le 1er mai est-il la fête de Saint Joseph ?
Parce que Pie XII a voulu donner un sens chrétien à la journée mondiale du travail, célébrée depuis 1889. Le 1er mai 1955, devant les travailleurs italiens place Saint-Pierre, le pape a institué la fête liturgique de Saint Joseph artisan exactement à cette date. Ainsi, la dignité du travail a été célébrée sous le patronage du charpentier de Nazareth.
Saint Joseph était-il vraiment charpentier ?
Oui. L’Évangile appelle Jésus « fils du charpentier » (Mt 13,55) et applique le même terme à Jésus lui-même (Mc 6,3). Le mot grec tekton désigne l’artisan du bois et de la construction, métier que Joseph exerça à Nazareth et enseigna à Jésus.
Quelle est la différence entre le 19 mars et le 1er mai ?
Le 19 mars est la solennité de Saint Joseph, époux de la Vierge Marie et patron de l’Église universelle, la fête principale du saint. Le 1er mai est la mémoire facultative de Saint Joseph ouvrier, centrée sur son travail comme modèle pour tous les travailleurs.
Que l’Église enseigne-t-elle sur le travail à partir de Saint Joseph ?
Que le travail est participation à l’œuvre créatrice de Dieu et chemin de sanctification, pas punition ni marchandise. Jean Paul II enseigne que, auprès de son banc de travail à Nazareth, Joseph « a rapproché le travail humain du mystère de la Rédemption » (Redemptoris custos, n. 22). François présente Joseph comme le père avec qui Jésus a appris la valeur et la dignité de manger le pain fruit de son propre travail (Patris corde, n. 6.).
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