Le Seigneur est : Marie, le disciple bien-aimé et la reconnaissance au bord de la mer.

Dominus est !
Jean 21,7, Évangile du Vendredi de la Octave de Pâques
Méditation mariologique à partir des lectures du Vendredi de la Octave de Pâques (Jean 21,1-14)
La méditation mariologique s’appuie sur les lectures du Vendredi de la Octave de Pâques, mettant en lumière le lien intime entre Marie et le Disciple Amé, celui qui reconnaît d’abord la présence du Seigneur.
La liturgie de ce jour nous invite à une réflexion profonde sur la place de Marie, non pas par sa présence directe dans le texte, mais parce que c’est le Disciple Amé, étroitement lié à elle, qui proclame d’abord : « Dominus est ! » (Jean 21,7). La mariologie ne peut ignorer cette connexion.
I. Le Disciple Amé : Fils de Marie
Sur la scène du Calvaire, le Christ ressuscité confie au Disciple Amé les paroles qui expriment la maternité spirituelle de Marie : « Femme, voici ton fils ! » et au disciple : « Voici ta mère ! » (Jean 19,26-27). À partir de ce moment, le Disciple Amé accueille Marie dans sa vie la plus intime.
Ignace de La Potterie, dans son ouvrage *Maria nel mistero dell’alleanza* (1988), souligne que cette « acception » n’est pas seulement physique mais spirituelle. Le Disciple Amé reçoit Marie comme maître de foi, modèle de contemplation, compagne du mystère de la foi. Qui partage la vie de Marie apprend à voir avec ses yeux, les yeux de la foi qui reconnaissent le Fils.
C’est pourquoi, au matin de Tibériade, c’est le Disciple Amé qui s’exclame en premier : « Dominus est ! ». Ce n’est pas un hasard narratif mais une conséquence théologique. L’éducation mariale, celle qui « gardait toutes ces choses dans son cœur » (Luc 2,19), a formé le disciple à reconnaître le Ressuscité là où d’autres ne voient qu’un étranger.
II. Le feu de braises et la mémoire de la négation
Un détail subtil du texte est l’utilisation du terme « braises » (anthrakia, Jean 21,9). Ce même mot grec n’apparaît qu’en un autre endroit dans l’Évangile de Jean : la nuit de la trahison, lorsque Pierre réchauffe ses mains près d’un feu de braises et nie trois fois (Jean 18,18). Jean associe ces deux moments avec le même terme pour souligner que la négation est transformée en réhabilitation.
Où est Marie à ce moment ? La tradition de l’Église, reçue dans le Directory sur la Piété Populaire (n. 157), décrit Marie comme la mère de la miséricorde qui, pendant les jours pascals, intercède pour les disciples qui ont échoué. Le feu de braises de Jo 21 est le signe concret que cette intercession a été entendue : le Ressuscité ne blâme pas, il prépare le petit déjeuner !
Le principe marien de l’Église est le principe de la miséricorde qui accueille avant de juger. Pierre, qui a nié, est le premier à entrer dans la mer et à aller au rencontre du Seigneur (Jo 21,7). Marie a façonné cet élan d’audace confiante : non pas en raison de ce qu’elle a fait, mais à cause de l’amour qu’elle attendait.
III. «Sabez-vous qui je suis ?» : l’identité reconnue
«Aucun des disciples n’osait lui demander qui il était, car ils savaient que c’était le Seigneur» (Jo 21,12). Paradoxe joannique : ils savent et ne posent pas de question parce que la preuve de sa présence dépasse le besoin de la question. La reconnaissance ne vient pas d’une démonstration logique mais d’une expérience de communion : le pain partagé, le poisson grillé, le feu allumé pour eux.
La mariologie pascale identifie ici le modèle de la reconnaissance eucharistique que Marie a vécue toute sa vie. Comme l’écrit Jean Paul II dans Ecclesia de Eucharistia (2003, n. 55) : «Marie est une femme eucharistique dans toute sa vie». L’attitude des disciples à Tibériade, «nous savons que c’est le Seigneur», sans avoir besoin de demander, est l’attitude de ceux qui ont été formés par la pédagogie eucharistique de Marie.
Le Sub tuum praesidium, l’antiphone mariane la plus ancienne (3ème siècle), invoque Marie comme Theotókos précisément dans ce contexte : elle qui a engendré le Seigneur est la garantie de l’identité du Ressuscité. Dans les moments de doute, se tourner vers Marie c’est se tourner vers la source de la certitude sur qui est Christ.
IV. «Apaisez mes brebis» : mission née de la reconnaissance
Le texte de Jn 21 culmine dans le dialogue de réhabilitation de Pierre : «Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? […] Apaisez mes brebis» (Jn 21,15-17). La mission pastorale naît de la reconnaissance du Ressuscité et de l’amour qui le confirme. Seul celui qui a reconnu Dominus est peut apaiser.
Le Redemptoris Mater (Jean Paul II, 1987, n. 45) affirme que «l’aspect marien de la vie des disciples de Christ s’exprime particulièrement dans la fidélité au ministère apostolique». Marie, qui est au Cenacle avec les Onze (Ac 1,14), est la mère de la fidélité apostolique. Pierre reçoit la mission d’apaiser et il la reçoit dans un cadre de miséricorde dont le modèle est Marie.
Nous vous invitons à contempler aujourd’hui la côte de Tibériade aux yeux du Disciple Bien-Aimé, qui a appris de Marie à reconnaître le Seigneur là où d’autres ne voient qu’un Étranger. Que notre vie soit une pêche guidée par son fiat, au lever de chaque jour !
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Pour approfondir la théologie mariane joannique et la reconnaissance du Christ Ressuscité, consultez l’Encyclique Redemptoris Mater du Pape Jean-Paul II.
Prof. Daniel Afonso
Rome, 10 avril 2026
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