Mes brebis m’entendent dire : Marie, la pasteure qui connaît ses brebis.

Par Prof. Dr. Daniel C. Afonso · Mis à jour le
Mes brebis écoutent ma voix, et je les connais, et elles me suivent.
Jean 10,27
« »Mes brebis écoutent ma voix. Je les connais, et elles me suivent.« Jo 10 présente Jésus comme le Bon Pasteur dans l’une des images pastorales les plus riches de tout le Nouveau Testament. Le berger qui donne sa vie pour les brebis, qui les connaît toutes par leur nom, dont les brebis reconnaissent la voix, ce berger révèle l’intimité de la connaissance mutuelle entre le Fils et ses. La mariologie trouve dans cette image une place privilégiée : Marie est, dans la tradition, la brebis la plus profondément connue du berger, celle par qui le mystère divin de l’Incarnation et de la Rédemption s’est manifesté au monde. »Il a entendu la voix.“Il suivit plus fidèlement le pasteur.”
Je. Le bon berger : structure et horizon théologique de Jn 10
Jean 10 se structure autour de deux images complémentaires : le Pasteur et la Porte. Jésus est à la fois le Pasteur qui guide les brebis (Jean 10, 11-18) et la Porte par laquelle les brebis entrent (Jean 10, 7-10). La combinaison des deux images est délibérée : le même Jésus qui protège et conduit est également la seule entrée vers la vie.Je suis venu afin que vous ayez la vie et que vous l’ayez en abondance» (Jo 10,10), cette promesse définit l’objectif de la mission du Bon Pasteur.
Le contraste avec le «Assiégé“Et avec”voleur et brigand» (Jo 10,1.12) est révélateur. Le berger fuit lorsque le loup apparaît : il ne donne pas sa vie pour les brebis, car elles ne sont pas siennes. Le vrai berger reste : «Le Bon Berger donne sa vie pour ses brebis» (Jo 10,11). Cettedonner la vie» (Faire don de l’âmeC’est le geste de remise maximale, que Jean associe à la mort volontaire de Jésus sur la Croix (cf. Jo 15,13). Le Bon Pasteur est reconnaissable précisément par cette remise totale.
O «connaissance“Relation mutuelle entre le berger et ses brebis”Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent.» (Jo 10,14), c’est une reconnaissance intérieure et profonde. Le verbe connaître En Jean, il y a une profondeur sémitique : il s’agit de la connaissance d’une relation personnelle, d’un engagement intime qui implique toute la personne.connaissanceElle trouve son fondement dans la connaissance intratrinitaire : «Comment le Père me connaît-il et je le connais-je ?» (Jo 10,15). La connaissance que le Bon Pasteur a des brebis est une participation à la connaissance que le Fils a du Père.
La promesse eschatologique de Jo 10,27-28 confère au thème pastoral une dimension éternelle : «Je leur donne la vie éternelle et elles ne périront jamais, et personne ne les arrachera de ma main.». Comme les brebis du berger, elles ne sont pas seulement protégées dans le présent : elles ont une sécurité escatologique absolue.main“au Père et à la”main» Le Fils (Jo 10,28-29) forme un refuge invulnérable où les brebis reposent pour toujours.
II. Marie, l’agneau qui «J’ai entendu la voix» au pasteur
Jean 10,27 contient trois verbes au présent.Nous ouvrons», «Je connais», «nous continuons», qui décrivent une relation permanente et vivante. L’agneau du Bon Pasteur n’est pas une suiveuse occasionnelle : c’est quelqu’un dont l’état habituel est d’écouter la voix du Pasteur et de le suivre. Cette description trouve son accomplissement le plus parfait en Marie : celle qui «Il observait et méditait» (Lc 2,19.51) chaque mot et chaque événement lié au Fils est la brebis la plus profondément »J’ai entendu la voix» au pasteur
La tradition patristique a identifié en Marie le modèle de la prière contemplative : non la prière vocale ou liturgique, mais l’écoute silencieuse qui laisse la voix de Dieu pénétrer profondément dans le cœur. La scène de Luc où Marie choisit «la meilleure partieEn s’asseyant aux pieds de Jésus (Lc 10,42), bien qu’il s’agisse de Marthe et Marie de Bethanie, et non de la Mère de Jésus, cette expression a été appliquée de manière allégorique à Marie de Nazareth : celle qui, tout au long de sa vie, a choisi d’écouter plutôt que de se disperser dans l’activité.
O (en français : Oh) Le Magnificat (Lc 1,46-55) révèle une femme qui «… est remplie de grâce, et dont le regard est sur les femmes de toutes les générations.»j’ai entendu» Profondément, elle plonge dans les Écritures d’Israël et les reconnaît comme accomplies en elle. Ses paroles sont tissées d’allusions au Psaume 113, au chant d’Anna (1Sa 2,1-10), à la promesse faite à Abraham (Gn 12,1-3). Marie n’improvise pas un chant original : elle reconnaît la voix du Pasteur dans les paroles qu’Israël a reçues au fil des siècles, et répond par une confession à la fois personnelle et communautaire.
La dimension pascal de cette brebis fidèle se manifeste plus clairement sur la croix. Jean 19,25-27 place Marie à côté de la croix : celle qui a suivi le Pasteur sur le chemin des noces de Cana, lors des pèlerinages pascals à Jérusalem (cf. Lc 2,41), dans son ministère public (cf. Jn 2 ; Mc 3,21-35), reste également au moment de l’abandon total. Les brebis des pasteurs humains fuient lorsque le loup attaque. La brebis du Bon Pasteur reste auprès de Lui précisément lorsque Il dit : «Donne la vie pour les brebis».
III. «J’ai d’autres brebisMarie et la catholicité du troupeau
Jean 10,16 : « Je suis le bon berger, qui donne sa vie pour ses brebis. »J’ai d’autres brebis qui ne sont pas de ce pâturage. À elles aussi, je dois les amener, et elles entendront ma voix. Il y aura un seul troupeau et un seul berger.Cette affirmation, qui ouvre la mission du Pasteur au-delà d’Israël, est la base théologique de la catholicité de l’Église.un troupeau uniqueQue Jésus souhaite rassembler n’est limité par les murs d’aucune communauté particulière : il inclut.Toutes les nations» (Mt 28,19), tous ceux qui entendent la voix du Bon Pasteur.
Marie, dans la tradition mariologique, occupe une place singulière dans cette catholicité. Comment Mater Ecclesiae
En tant que Médiatrice, elle se trouve au cœur du processus par lequel le Pasteur rassemble le troupeau en unité. Sa maternité n’est ni ethnique ni géographique, elle est universelle. Le disciple bien-aimé auquel Jésus la confie (Jo 19, 26-27) représente toute l’humanité rédemée : chaque fidèle de tous les temps et de tous les lieux est confié à la garde maternelle de Marie.
Les grandes apparitions mariales, Guadalupe (1531), Lourdes (1858), Fátima (1917), ont été historiquement des moments de rassemblement et de renouveau du troupeau. Il n’est pas surprenant que chacune de ces apparitions ait eu comme effet immédiat et mesurable une mobilisation des communautés de foi, une renouvellement de la prière et des sacrements, une intensification de la vie spirituelle. Marie, en tant qu’aide du Bon Pasteur, rassemble les brebis dispersées et les conduit à nouveau au bercail.
La dimension œcuménique de cette catholicité est de plus en plus reconnue. Les communautés chrétiennes séparées de Rome partagent souvent une vénération de Marie, bien que avec des expressions théologiques différentes, comme expression de la vocation universelle du Bon Pasteur. Le document œcuménique du Groupe des Dombes (Marie dans le dessein de Dieu et la communion des saints, 1998) a reconnu que la mariologie peut être un point de convergence œcuménique précisément parce que la figure de Marie pointe vers Christ, le seul Pasteur.
IV. « Ma main et celle du Père » : sécurité escatologique et Assomption de Marie
Jo 10, 28-29 : « Nul ne les arrachera de ma main. Mon Père qui m’a donné est plus grand que tout, et nul ne peut les arracher de la main du Père ». Cette promesse de sécurité escatologique absolue, « la main du Fils » et « la main du Père », trouve sa réalisation la plus pleine et la plus visible dans l’Assomption.
La définition dogmatique de l’Assomption (Pio XII, Munificentissimus Deus, 1950) affirme que Marie « ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut assise en corps et en âme à la gloire du Ciel ». Cette formulation prudente ne se prononce pas sur les modalités, si Marie est morte ou non, mais affirme le fait : Marie est entièrement dans « la main du Père et du Fils », entièrement à l’abri de la corruption et de la mort définitive.
L’Assomption est ainsi la confirmation ultime de la promesse du Bon Pasteur : « Personne ne les arrachera de ma main ». Marie, qui fut l’agneau le plus fidèle, le plus proche du Pasteur, qui ne s’est jamais enfui même lorsque le loup attaquait, a reçu l’accomplissement définitif de la promesse. Elle est désormais dans le berger éternel, où aucune menace de loup n’existe, où le Pasteur guide ses brebis « vers des sources d’eau vive » (Ap 7,17).
L’icône de la Dormition (Koimesis) dans la tradition orthodoxe représente Marie allongée en paix, entourée des Apôtres, tandis que Jésus, le Bon Pasteur, soutient son âme représentée comme un enfant. L’image capture théologiquement l’essentiel : Marie, l’agneau fidèle, repose dans les bras du Pasteur qui l’a connue et l’a guidée tout au long de sa vie. La promesse de Jo 10,28 a un visage, un nom, une histoire : elle s’appelle Marie de Nazareth.
Marie, la brebis qui a le plus profondément écouté la voix du Bon Berger et qui l’a suivi le plus fidèlement jusqu’à la Croix, est l’image de l’Église qui repose en sécurité dans les mains du Fils et du Père.
Références
- Jean-Paul II, Redemptoris Mater, n. 20-24 (1987).
- Pius XII, Munificentissimus Deus (1950).
- Groupe des Dombes, Marie dans le dessein de Dieu (1998).
- C. Spicq, Agapè dans le Nouveau Testament, vol. III.
- X. Léon-Dufour, Lecture de l’Évangile selon Jean, vol. II (1990).
Cursus de spécialisation en mariologie
Voulez-vous approfondir votre formation en Mariologie ? Découvrez la Spécialisation en mariologie de Locus Mariologicus – une formation académique qui associe rigueur théologique, vie spirituelle et tradition vivante de l’Église.
Voulez-vous étudier sérieusement la mariologie ?
Cet article est issu des œuvres de la bibliothèque de Locus Mariologicus. La formation postuniversitaire en mariologie vous plonge dans les mêmes sources, avec un encadrement académique : Écriture, Pères de l’Église et Magistère, du premier dogme aux questions contemporaines.
Réponses