Salut, Reine : origines et commentaires

Salve Rainha: origens e comentários
Pendant des siècles, trois candidats médiévaux ont contesté l’auteur de *Salve Regina* : Hermann Contracto de Reichenau (†1054), Adémar de Monteil, évêque du Puy et prédicateur de la Première Croisade (†1098), et le mystérieux Pierre de Messia. La question reste techniquement ouverte, bien que le consensus moderne favorise Hermann. Mais révélateur que l’auteur, c’est le parcours liturgique de cette antiphone : adoptée par les Dominicains en 1221 pour clôturer l’Office divin, par les Cisterciens, et finalement fixée par Pie V dans les Complétes du Bréviaire romain, *Salve Regina* est devenue le texte marial le plus chanté de l’histoire liturgique occidentale.

L’auteur contestée de *Salve Regina* : Hermann Contracto de Reichenau (†1054), Adémar de Monteil et le problème des sources médiévales

*Salve Regina* au XIe siècle : la grande période de la piété mariale et les premières attestations

*Salve Regina* est bien attestée au XIe siècle, connu comme le grand siècle de la piété mariale, et résume en quelque sorte la dévotion mariale de cette époque. Aucune période n’a jamais chanté la miséricorde de Marie avec un enthousiasme aussi extatique et unanime que le Moyen Âge. La mélodie grégorienne, aussi ancienne que la prière elle-même, si belle et empreinte d’espoir, a certainement contribué à sa diffusion. Comme on le sait, elle a été attribuée à de nombreux auteurs. Nous rappelons, par exemple, le évêque espagnol Pierre Martinez (†1000), le évêque français Adémar (†1098), délégué pontifical lors de la Première Croisade, l’Italien Anselme de Luca (†1086), Saint Bernard et d’autres.Aujourd’hui, on pense qu’elle a presque certainement été composée par Hermann de Reichenau, plus connu sous le nom de Hermann le Boiteux (†1054), également auteur de *Alma Redemptoris Mater*.. Le jésuite anglais Cyril Martindale s’est passionné pour l’histoire d’Hermann après avoir découvert, à la bibliothèque d’Oxford, le volume en latin relatant sa vie. Les informations biographiques sur Hermann dans ces pages, selon Martindale, ne décrivent pas un handicapé abandonné, mais un enfant confié aux soins aimants des moines, devenant rapidement un compagnon précieux pour les religieux. Cette figure singulière est née le 18 juillet 1013, fils d’Eltrude et Goffredo, comte d’Altstausen de Suévie, et a été baptisée Hermann. En raison de sa grave déformation physique (il ne pouvait pas se tenir debout ni marcher), il a reçu le surnom de “Coxo” (du latin “contractus“, qui signifie contracté, rétréci, mais aussi boiteux).À l’âge de sept ans, il a été envoyé au monastère bénédictin de Reichenau, sur une petite île du lac de Constance, où il a passé toute sa vie, devenant moine en 1043. La biographie révèle également qu’Hermann n’était pas seulement un érudit très cultivé, maîtrisant les mathématiques, le grec, le latin, l’arabe, l’astronomie et la musique, mais aussi un homme marqué par une humanité passionnée, une personne “agréable, amicale, toujours souriante. Tolérante, joyeuse“, qui a découvert au monastère la beauté de l’amitié et la chaleur d’un foyer. À son ami intime Bertoldo, qui l’accompagnait quotidiennement, Hermann confiait ses pensées les plus intimes lors des jours de pleurésie qui l’ont conduit à la mort.L’ami, ému, bouchait ses oreilles lorsque le petit moine disait être “las de vivre“. “La vie“, écrit le biographe Bertoldo, “est si pleine de vie que Hermann l’a vécue pleinement […] par son courage, la beauté de son âme, sa sérénité dans la douleur, sa promptitude à jouer, la douceur de ses manières qui l’ont rendu ‘aimé de tous’. […] Hermann prouve que la douleur n’est pas l’infelicité, ni le plaisir, le bonheur.

La Salve Regina à Cluny sous Pierre le Vénérable (†1156) et son adoption par les ordres mendicants au XIIIe siècle

D’autres informations sur la Salve Regina indiquent qu’initialement, l’antiphone était une expression de la piété monastique. Elle était chantée comme un hymne processional à Cluny, à l’époque de l’abbé Pierre le Vénérable (†1156), qui l’a instituée pendant la procession de la fête de l’Assomption et d’autres grandes fêtes. Les “Statuts de la Congrégation clunisienne“, rédigés vers 1135, prescrivaient : “Il a été établi qu’à la fête de l’Assomption, pendant la procession, l’antiphone composée pour la sainte Mère du Seigneur, qui commence par les mots : Salve, Regina, mater misericordiae, doit être chantée par la communauté. Il en est de même pour les processions qui, depuis l’église principale des Apôtres, se dirigent, selon la tradition, vers l’église de la même Mère Vierge […].“La raison de cette prescription est que, après le Créateur de toutes choses, chaque créature rationnelle doit nourrir un amour suprême et maximal envers la Mère du Créateur de l’univers.La *Salve* était également utilisée par les cisterciens, ce qui explique l’une des attributions les plus répandues à Saint Bernard de Clairvaux (†1153). Le bienheureux Godfrey de Auxerre († vers 1188), moine cistercien, ami et confident de Saint Bernard, est considéré comme l’auteur du commentaire le plus ancien sur la *Salve Regina*. On sait également que l’Antifonaire cistercien, réformé entre 1135 et 1145, prévoyait le chant de la *Salve* comme antienne à l’Évangile, ou soit au *Benedictus* ou au *Magnificat*, lors des quatre fêtes médiévales de Sainte Marie :– Purification (2 février), – Annonciation (25 mars), – Assumption (15 août), – Nativité (8 septembre).Par une série d’interventions législatives, de 1174 à 1251, les chapitres généraux de l’Ordre ont progressivement élargi l’usage de la *Salve*, lui conférant une plus grande importance et solennité. Ainsi, la *Salve Regina* a été adoptée par les ordres mendicants. En 1221, les dominicains ont introduit le chant quotidien de la *Salve* après les complétes, d’abord à Bologne, puis dans les autres convents de la province de Lombardie, se répandant rapidement dans l’ensemble de l’Ordre. Quant aux Frères Mineurs, on sait qu’après la réforme liturgique réalisée par le ministre général Frère Aimon de Faversham (†1244), la *Salve Regina* a été incluse parmi les quatre antiennes chantées après les complétes, selon les temps liturgiques de l’année.Parmi les ordres mendicants, les Servites de Marie se sont distingués par l’usage fréquent de la *Salve Regina*. Les anciennes constitutions, rédigées en 1280, prescrivaient dans le Chapitre I :« Ne doit pas être omise en aucun temps de l’année liturgique la *Salve Regina* à la fin de chaque heure et après la communion commune, sauf pendant le triduum de la Veille de Pâques. Chaque nuit, la *Salve* doit être chantée avec une grande dévotion après la troisième lecture de la Vigilie de Notre-Dame, lorsque celle-ci est chantée. Si la Vigilie n’est pas chantée, la *Salve Regina* doit être chantée à la fin des complétes. Tous les frères présents au couvent, y compris les provinciaux et autres officiels, doivent y participer dès le début, en laissant de côté toute autre occupation. Et pour que les frères ne puissent pas trouver d’excuses, la cloche doit être sonnée. »Pendant le chant de la *Salve*, les Servites inclinaient la tête et pliaient un genou aux mots « Salve Regina », jusqu’au deuxième « salve ». À l’église Sainte-Marie-des-Servites à Bologne, on peut contempler l’icône de la Vierge de la *Salve*, de l’auteur anonyme du XIIIe siècle. La tradition raconte que Saint Philippe Benizi (†1285) l’a offerte aux moines du couvent bolonais. La communauté se rendait en procession devant cet icône, chantant le Salve. David Maria Turoldo, le plus célèbre frère des Serves de Marie, dans un passage poétique, présente de manière suggestive la relation filiale entre la Vierge et ses serviteurs en rapport avec notre antiphone : “Combien de frères et quel chœur de voix pour me saluer chaque nuit ! Et moi, sans qu’ils s’en rendent compte, avec un léger sourire, je les saluais chaque nuit, un par un.”Dans cette évocation historique, nous ne pouvons pas oublier un autre serviteur inoubliable de Marie, le frère Ignace Maria Calabuig (†2005). Dans son étude sur la Vigilie de Notre-Dame, le célèbre mariologue et liturgiste consacre quelques pages au Salve Regina et présente en trois expressions son contenu :«Le Salve Regina, par son contenu, est à la fois une expression de salutation, une forme de ‘clamor’, une voix de supplication : a) salutation des serviteurs à la Reine de miséricorde. Salutation solennelle, exprimée avec une disposition littéraire heureuse : le même terme ouvre et ferme le premier verset : ‘Salve, Regina […] spes nostra, salve’. b) clamor au sens biblique-liturgique de cri d’un peuple opprimé qui s’élève vers le ciel (cf. Ex 2,23. 3,9). Clamor, donc, qui s’élève des serviteurs à leur Avocate, opprimés par la conscience du péché et gémissant en terre d’exil, pour qu’elle intercède en leur faveur et obtienne pour eux la libération et le retour dans leur patrie. c) supplication des serviteurs à la Mère de Jésus, pour qu’après cet exil, elle leur montre le Fils, ‘fructus bendit’ de son ventre»Le Salve Regina, initialement une expression de piété monastique et adoptée par les ordres mendicants, occupe une place importante dans la piété populaire, gagnant une grande sympathie parmi le peuple. Pour répondre à cette dévotion, au XVIe siècle, il fut établi que, les jours festifs, l’antiphone soit chantée immédiatement après les Vêpres et non lors des Complies. Au XVIIe siècle, afin de populariser le tribut nocturne à la Vierge, la coutume s’est répandue parmi les ordres religieux d’asperger avec de l’eau bénite, pendant le chant du Salve, les frères et le peuple.Le commentaire de Bernard de Claraval (†1153) : les six verbes d’invocation et la théologie de la compassion de Marie dans le Salve Regina

Le texte italien de Salve Regina, en tant que salutation et invocation à la Vierge, conclut la Liturgie des Heures et, dans les Completes, se présente comme suit :

Salut, Reine,
mère de miséricorde,
vie, douceur, espérance de notre cœur, salut !
À Vous nous crions,
les enfants déchus d’Ève.
À Vous nous nous confions, gémissant et pleurant
dans ce valley de larmes.
Venez donc, notre avocate,
tournant vers nous Vos yeux miséricordieux.
Et après cet exil,
montrez-nous Jésus,
fruit béni de Votre sein.
Ô clément, ô pieuse,
ô douce Vierge Marie.
Intercédez pour nous, Sainte Mère de Dieu,
afin que nous soyons dignes des promesses de Christ.

Parmi les commentaires qui ont honoré Salve Regina, on distingue ceux de trois auteurs : Godofredo de Auxerre (†1188), Saint Laurent de Brindisi (†1619) et Saint Alphonse de Ligori (†1787).

Godofredo de Auxerre (†1188) : le premier commentaire à Salve Regina, homélie de la Nativité de Marie à Clairvaux (1162-1165)

Comme mentionné, on pense qu’une homélie du moine cistercien Godofredo de Auxerre, prononcée pour la fête de la Nativité de Marie, probablement durant les années où il fut abbé de Clairvaux (1162-1165), soit le premier commentaire à Salve Regina. Cette homélie-commentaire a représenté une innovation significative dans le domaine de l’hominétique monastique, une innovation destinée à un succès durable. Elle était innovante car les homélies de Godofredo commentaient toujours un texte biblique, alors que, ce 8 septembre, il commença à commenter un “texte liturgique“, récemment inclus dans l’Antifonaire cistercien mentionné précédemment.

Dans la seconde partie de l’homélie, le bienheureux explique les trois attributs qui accompagnent le titre de Regina misericordiae appliqué à Marie, à savoir : “vie, douceur, espérance de notre cœur.” Selon Godofredo, Marie est notre vie car, par les exemples de sa vie sainte, elle génère et éduque à la vie. Elle est notre douceur car elle apporte des valeurs d’une immense bienveillance, comme l’amour à la contemplation, la joie à son souvenir et la confiance que ses yeux miséricordieux nous infusent. Marie est notre espérance, d’abord, parce qu’elle est “espérance de résurrection.”

Contemplant déjà réalisé en elle ce que nous attendons avec un désir intime et ardent, la victoire sur la mort et le bonheur éternel, nous nous sentons encouragés et remplis de confiance.

Elle est également “espérance de miséricorde” car, en considérant la Vierge comme un icône de la miséricorde divine, nous nous confions à obtenir par son intercession ce que nous ne méritons pas à cause de nos péchés, et surtout, à voir “après cet exil, Jésus, le fruit béni de son ventre.” Ces trois attributs résonnent intensément dans le cœur du chrétien : ils le rappellent au fait mystérieux de son existence (vie), à son besoin de consolation dans l’amertume (douceur), et à la nécessité de vivre dans une attente qui ne déçoit pas (espérance). Godfrey ne rencontre pas la difficulté que représente l’utilisation de ces termes appliqués à la Vierge. Il ne néglige pas que, rigoureusement parlant, notre vie n’est que Christ, lui est la source de la douceur suprême, il est notre seule espérance.Il le sait et, avec les moines, il le chante dans la liturgie chorale, en revenant sur les vers de l’hymne liturgique Jesu Rex Admirabilis : “Jesu… vie désirable/… douceur ineffable/… espérance des repentis.” Mais pour Godfrey, comme pour son maître Bernard, tout cela est une évidence : en Marie, il n’y a pas de lumière qui ne soit un reflet de la lumière de Christ. La Vierge est vie, douceur, espérance nôtre uniquement comme reflet efficace de l’action salvifique de Christ. L’hypothèse de Godfrey dans son commentaire sur Salve est familière à la littérature dévotionnelle médiévale : la conscience de sa propre misère et de ses péchés, et en même temps, le désir de libération et de vie. Devant le trône de la Regina misericordiae, Godfrey et ses moines sont des pauvres qui cherchent de l’aide, des pécheurs qui demandent le pardon.Saint Laurent de Brindisi (†1619) : les six commentaires mariaux et la perspective du docteur capucin sur MarieSaint Laurent, frère capucin, prêtre, docteur de l’Église et bibliste renommé, fut l’un des plus grands dévots de Marie que l’histoire ait connus. Il est l’auteur de 84 discours sur la Vierge, dont 6 sont des commentaires sur Salve Regina. Le Mariale est le titre donné à ces discours réunis et publiés pour la première fois en 1928 par la Province vénitienne des Frères Capucins. Dans ses six discours sur Salve, le saint reprend la question ancienne sur la relation entre les titres “Reine” et “Mère” attribués à Marie : quelle est leur origine ? Comment s’harmonisent-ils ?Plus qu’un problème réel, il s’agit d’une question académique, ou mieux, d’un artifice pastoral pour illustrer les grandeurs de Marie et approfondir sa mission dans la vie de l’Église. Saint Laurent identifie l’origine des deux titres dans la ressemblance de Marie avec Dieu et avec Christ.Dieu est extrêmement puissant (= Roi) et extrêmement bon (= Père).De manière analogue, Marie possède un grand pouvoir (= Reine) et est pleine de bonté (= Mère).Pour indiquer le pouvoir et la bonté de Marie, le saint appelle la Vierge “Reine” et “Mère de miséricorde“, comme commence justement Salve Regina.Selon notre auteur, Dieu a fait de Marie une reine puissante et une Mère de miséricorde pour intervenir en faveur de l’Église et de l’humanité. Dans cette perspective, il présente l’exercice de la royauté de Marie comme un service maternel de miséricorde et exprime de manière efficace l’émotion intérieure que le titre Mère de miséricorde suscite chez le dévot : “Mère de miséricorde. Quel doux nom que celui de mère ! On ne peut le dire, on ne peut le comprendre. Et la Vierge n’est pas seulement mère, mais mère de miséricorde, d’une miséricorde suprême. Mère pleine de clémence, de tendresse, d’amour.”Grand missionnaire, évêque zélé et écrivain célèbre, il est l’auteur de l’œuvre Les Glories de Marie, publiée en 1750. Le livre a connu un succès extraordinaire et a été traduit en plusieurs langues. Certains érudits le considèrent comme le magnum opus du saint, qu’il a publié après un long travail et des recherches historiques et théologiques minutieuses. Pendant seize ans, il a écouté et examiné la vaste tradition avec la curiosité d’un amour ardent, avec le sens pastoral d’un excellent missionnaire, avec la rigueur d’un théologien auquel Pie IX accordera le titre de docteur de l’Église.L’œuvre est un signe de la grande dévotion du saint et une expression de gratitude à la Mère de Dieu pour l’aide qu’elle lui a accordée tout au long de sa vie, comme en témoigne la déclaration trouvée dans la “Supplique de l’auteur à Jésus et à Marie“, placée au début du livre : “À toi, donc, m’adresse-je, ô ma très douce Dame et ma Mère Marie : tu sais bien que, après Jésus, en toi j’ai placé toute l’espérance de ma salut éternelle. Car toute mon bien, ma conversion, mon appel à quitter le monde et toutes les autres grâces que j’ai reçues de Dieu, je reconnais qu’elles m’ont toutes été données par toi.”Le volume est divisé en deux parties : la première comprend un vaste commentaire à la Salve Regina, et la seconde présente “Les vertus de Marie.” Dans le commentaire à la Salve Regina, qui constitue la partie la plus importante du célèbre livre, Saint Alphonse décrit de manière vivante, parfois dramatique, les multiples interventions de la Vierge en faveur des fidèles. Marie obtient pour eux le pardon, les réconcilie avec Dieu, si le péché les sépare et les éloigne de Dieu, elle les rapproche, les réconcilie et les unit. Elle intervient pour maintenir le pécheur converti dans la grâce : elle l’invite à la prière, lui obtient la lumière et la force, l’empêche de retomber et lui obtient le don de la persévérance finale. Comme avocate puissante et mère miséricordieuse, Marie ne se refuse pas à défendre les causes des plus misérables. Elle est toujours attentive pour voir, se dévouer et secourir, particulièrement dans les moments de danger et, surtout, à l’heure de la mort : elle est ainsi plus présente que jamais pour réconforter ses dévots, les défendre du mal, les sauver de l’enfer et les conduire avec elle au paradis pour une rencontre éternelle avec Dieu.

La Salve Regina dans la liturgie contemporaine : le Missel romain, le Breviary et l’actualité de l’antiphone médiévale

Passons maintenant au troisième point : la valeur et la signification de la Salve Regina pour notre temps. Nous avons mentionné que, par son langage et son attitude culturelle, par l’environnement social qu’elle reflète et par la conception théologique qu’elle exprime, la Salve Regina est une expression typique de la Moyen Âge. D’une période qui exprime des valeurs religieuses éternelles :– la conscience du besoin de miséricorde, – la conscience d’être en terre d’exil, – la vie dans un monde comme lieu de construction du Royaume, – le désir de contempler le visage de Christ, – la confiance en la Mère de la Miséricorde, à qui Dieu a confié une mission spéciale de grâce et d’intercession en faveur de son peuple.C’est pour ces valeurs que la Salve Regina a été et est aimée par des générations de fidèles. C’est une prière authentique sur les lèvres des premiers orants et résonne encore, bien qu’il y ait des changements culturels, sur les lèvres des fidèles de notre temps. Le peuple chrétien invoque la Mère de la Miséricorde car il reconnaît en elle la miséricorde du Père sous une forme maternelle, composée de tendresse, de gratuité, de générosité et d’accueil. Ces manifestations prennent parfois un caractère public. Pensons, par exemple, aux ex-votos et aux plaques votives accrochées aux murs des sanctuaires : elles attestent que Marie montre sa miséricorde en aidant dans les dangers, en obtenant des guérisons et des grâces. Le titre de “Mère de la Miséricorde”, présent dans la Salve Regina, célèbre justement cela. Tout d’abord, parce qu’elle est la Mère de Celui qui est Miséricorde, Christ, comme le déclare Saint Jean-Paul II dans l’encyclique Dives in misericordia. Envoyé dans le monde par Dieu, Christ se fait homme par amour pour l’humanité, pour partager sa douleur, sa solitude, sa peur et sa mort. De plus, parce que ce titre nous rappelle que Jésus, sur la croix, a offert à l’Église une mère : “Voici ta Mère” (Jean 19,25), comme guide et réconfort pour les fils pèlerins sur terre, et lui a confié ses frères : “Voici ton fils” (Jean 19,26), devenus tous ses fils bien-aimés, également dans le besoin d’une mère à côté de sa croix.Faire appel confiant à la Mère de la Miséricorde n’est pas seulement une demande d’intercession pour les péchés d’un peuple dévot, mais surtout une supplication pour obtenir son aide afin de devenir miséricordieux, comme le commande le Fils Jésus : “Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux” (Luc 6,36). Cette attitude est requise par le Seigneur à ceux à qui il accorde la miséricorde. Faisons alors une simple question : qu’est-ce que cela signifie pour nous d’être miséricordieux ? Littéralement, cela signifie avoir un cœur sensible aux misères des autres, être prêt à porter secours. C’est l’attitude du bon Samaritain qui, en trouvant un étranger maltraité au bord de la route, d’une autre foi religieuse, ressent de la compassion (cf. Lc 10,33), ressent une douleur au cœur qui l’amène à une série d’actes de secours. Cela signifie percevoir l’autre au lieu de “passer son chemin“, être sensible à ses besoins, l’aider concrètement, en utilisant ses propres moyens, son temps, ses forces et même sa vie. Conscients que, sur le chemin de l’imitation de Christ, nous sommes sujets à des chutes et des erreurs, nous implorons l’aide de celle qui, comme personne d’autre, a expérimenté la miséricorde de Dieu : elle s’est sentie regardée avec amour et aimée par Lui (Lc 1,48), proclamant dans le Magnificat que sa miséricorde se “étend de génération en génération” (Lc 1,50).Par conséquent, en priant/chantant à la Mère de la Miséricorde à travers la Salve Regina, nous pouvons nous engager à suivre Christ, le chemin que la Mère de Dieu nous enseigne à parcourir : “Faites tout ce qu’il vous dira” (Jo 2,5). Comme si on disait : “Mon Fils peut vous dire quelque chose qui vous semble étrange, mais faites confiance, comme j’ai appris à faire confiance, même quand ses paroles me semblaient étranges (cf. Lc 2,49-50). En effet, le Fils dit aux serviteurs quelque chose d’assez étrange : les invités veulent du vin, et vous leur apportez de l’eau. Ils font confiance et survient le “grand signe” : “l’eau de la Loi” (“servie pour les ablutions des Juifs” : Jo 2,6), lorsqu’elle est apportée au maître d’hôtel, se transforme en vin. “Faites tout ce qu’il vous dira” (Jo 2,5).Comment ?En abandonnant les sentiments de colère et les desseins de vengeance contre ceux qui nous blessent, en reprenant les dialogues interrompus, en vainquant le mal par le bien, la haine par l’amour, l’indifférence par l’amour, l’offense par le pardon, l’ingratitude par la gratitude.Profondez vos études : explorez la *Mariologie*, la *Théologie mariale*, les *Apparitions mariennes* et le *Diplôme de Master en Mariologie*.Pour approfondir votre dévotion à la Vierge Marie par la prière, consultez l’Exhortation Apostolique *Marialis Cultus* du Pape Paul VI : Marialis Cultus.

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